Revue de presse
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La Lettre du Rhumatologue - n° 342 - mai 2008
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Dirigée par le Pr B. Combe
Sténose lombaire : résultats
de l’étude SPORT comparant
traitement chirurgical
et traitement médical
■
La sténose du canal rachidien lombaire
est l’une des premières causes de chirurgie
lombaire après 65 ans. Les preuves de l’efficacité
du traitement chirurgical par rapport à la pour-
suite du traitement médical sont faibles. L’essai
SPORT (Spine Patient Outcomes Research Trial)
a été mis en place pour comparer le traitement
chirurgical et le traitement médical des lombo-
radiculalgies lombaires en rapport avec les
hernies discales, les sténoses lombaires et les
spondylolisthésis. Cet essai comprenait deux
parties : un essai randomisé et le suivi d’une
cohorte de patients. Seuls les résultats des
patients ayant une sténose lombaire sans spon-
dylolisthésis sont présentés dans ce travail.
Pour être inclus dans l’essai, les patients devaient
présenter une radiculalgie persistante ou une
claudication de type neurologique depuis plus
de 12 semaines, associées à une imagerie de
sténose lombaire concordante à un ou plusieurs
étages. Les patients ayant une instabilité définie
par une translation de plus de 4 mm ou par une
mobilité angulaire de plus de 10° sur des clichés
en extension et en flexion du rachis lombaire ne
pouvaient pas être inclus. Après explication, les
patients avaient le choix de participer soit à la
cohorte (traitement au choix du patient après
information), soit à l’essai randomisé (traite-
ment tiré au sort). Les patients étaient traités
médicalement (traitement usuel, laissé à l’ap-
préciation du médecin, incluant AINS, conseils,
infiltrations, thérapie physique…) ou par lami-
nectomie par voie postérieure, associée ou non
à une arthrodèse instrumentée ou non.
Tous les patients devaient être revus à 3, 6, 12
et 24 mois. Le critère principal d’évaluation
comprenait la composante fonction physique
et la composante douleur du SF-36 et une
version américaine de l’échelle d’évaluation
de la fonction Oswestry.
Parmi les 654 patients ayant accepté d’être
inclus, 289 ont participé à l’essai randomisé
(138 assignés au traitement chirurgical et
151 au traitement médical) et 365 ont été inclus
dans la cohorte (219 ont choisi la chirurgie et
146 le traitement médical).
Parmi les patients opérés, 89 % ont subi une
chirurgie de décompression simple et 11 %
une chirurgie de décompression associée à
une arthrodèse non instrumentée (6 %) ou
instrumentée (5 %).
Dans l’essai randomisé, l’adhésion au traite-
ment n’a pas été bonne puisque seuls 63 %
des patients assignés au traitement chirur-
gical ont été opérés dans les 12 mois suivant
la randomisation et 42 % des patients assignés
au traitement médical ont été opérés sur la
même période.
Une amélioration statistiquement signifi-
cative de l’état clinique a été observée dans
les deux groupes. L’analyse en intention de
traiter, conduite chez les patients dont le
traitement a été assigné par randomisation,
a mis en évidence une différence statistique-
ment significative entre les deux groupes de
traitement sur la composante douleur du SF-
36 à 24 mois. La différence, entre les deux
groupes de traitement, du changement sur
ce critère est de 7,8 (IC
95
: 1,5-14,1) en faveur
du groupe chirurgie. Les différences sur les
changements pour les deux autres critères
à 2 ans n’étaient pas statistiquement signi-
ficatives.
Une analyse prévue avant l’essai (sur les
patients de la cohorte et ceux de l’essai
randomisé), prenant en compte le traitement
effectivement reçu, ajustée sur les variables
d’inclusion et le moment de la réalisation de
la chirurgie, montrait également des résultats
nettement en faveur de la chirurgie à tous les
temps et sur les trois composantes du critère
principal.
À 2 ans, la différence sur le score d’Oswestry
(0 à 100) entre les deux groupes de traitement
était de – 11,2 (IC95 : – 14,1-8,2) en faveur du
groupe chirurgie. À l’inclusion, les patients
qui avaient choisi la chirurgie étaient plus
sévèrement atteints, de façon statistiquement
significative, que ceux du groupe ayant opté
pour le traitement médical.
Les résultats de cette importante étude sont
extrêmement informatifs et montrent l’in-
térêt du traitement chirurgical par rapport
au traitement médical. Les biais et facteurs
de confusion, que les auteurs ont bien essayé
de contrôler, doivent être pris en compte dans
l’interprétation. Pour l’essai randomisé, les
principales limites sont le fort pourcentage de
patients n’ayant pas respecté le traitement qui
leur avait été assigné, la non-standardisation
du traitement médical et l’absence de double
aveugle. Pour la cohorte, les principales limites
sont l’absence de randomisation, l’interférence
de la préférence des patients dans les résul-
tats et la non-standardisation du traitement
médical.
Le traitement médical et la chirurgie consti-
tuent une alternative thérapeutique dans le
traitement de la de la sténose lombaire. Les
deux options s’accompagnent d’une amélio-
ration de l’état des patients avec le temps
sans, toutefois, que l’une ou l’autre donne
des résultats totalement satisfaisants. Pour
différentes raisons (persistance ou aggravation
des symptômes, apparition de complications,
modification des préférences des patients, etc.)
un nombre important de patients finissent
par accepter ou désirer la chirurgie. On peut
regretter que les auteurs de cette étude (mais
cela pourrait faire l’objet d’une nouvelle publi-
cation) n’aient pas fourni les éléments de bon
pronostic du traitement médical d’une part et
du traitement chirurgical d’autre part. La vraie
question n’est-elle pas de déterminer, en cas
de persistance de la claudication neurogène,
le moment opportun de la chirurgie ?
M. Marty, Créteil
Weinstein JN, Tosteson TD, Lurie JD et al. Surgical vs nonsur-
gical therapy for lumbar spinal stenosis. N Engl J Med 2008;
358:794-810.
Excellente tolérance des anti-TNF
chez les patients ayant un cancer
évolutif
■Nos connaissances sur le rôle du tumor
necrosis factor (TNF) dans la cancéro-
genèse progressent. L’effet antitumoral qui lui
vaut son nom, attribué principalement à un
mécanisme vasculaire, est observé seulement
lorsque le TNF est utilisé à fortes doses.
A contrario, son effet protumoral, observé
quand il est utilisé à “dose physiologique”, a
maintenant été confirmé par de nombreuses
études. Le TNF, comme d’autres cytokines
pro-inflammatoires, est acteur de la promotion
et de la progression locale et métastatique des
cancers. Ainsi, alors que les taux plasmatiques
de TNF sont indétectables chez le sujet sain,
des concentrations de l’ordre du picogramme
ont pu être décelées chez les patients présen-
tant un cancer évolué.
En s’appuyant sur le lien entre inflammation
chronique et cancer, sur le rôle du TNF dans
la promotion de cancers expérimentaux ainsi
que sur la présence de TNF dans le sang et
les tissus de patients cancéreux, les auteurs
ont étudié le profil de tolérance et la réponse
biologique à l’infliximab, anticorps monoclonal
anti-TNF, chez des patients cancéreux.
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