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revue de presse
Revue de presse
Dépistage de l’hypertension
artérielle en médecine du tra-
vail : l’expérience française
La mesure de la pression artérielle
par le médecin du travail est une circons-
tance habituelle de découverte de l’hyper-
tension artérielle. Si la mesure tensionnelle
est réalisée par des médecins utilisant une
méthode standardisée, un appareil électro-
nique validé (OMRON 705CP), et qu’une
deuxième mesure est effectuée après un
mois de surveillance chez les sujets dont la
première mesure était élevée, il est possible
de connaître la prévalence de l’hypertension
artérielle et de son traitement dans une
population de sujets jeunes (60 % des sujets
sont âgés de 30 à 50 ans), qui ont un travail
et qui se rendent à la médecine du travail.
C’est tout l’intérêt de la grande étude réali-
sée par un groupe de travail de la Société
française d’hypertension artérielle au cours
de l’année 1998 (étude IHPAF).
Les principaux résultats sont qu’une seule
mesure de la pression artérielle conduit à
augmenter faussement la prévalence de
l’hypertension artérielle et à diminuer injus-
tement la qualité du contrôle de l’hyperten-
sion artérielle dans une population. Au
terme de la deuxième visite, il est observé
dans cette population de sujets jeunes une
prévalence de l’hypertension artérielle
(> 140/90 mmHg) de 16,2 % chez les
hommes et de 9,4 % chez les femmes. Ces
chiffres varient avec l’âge de la population,
car la prévalence est chez les hommes de
4,9 % avant 30 ans et de 36,8 % après 50 ans,
alors que chez la femme, on note pour les
mêmes âges 1,4 % et 28,6 %. La prescrip-
tion d’un traitement antihypertenseur est
très fréquente chez les sujets qui se connais-
sent comme hypertendus, car on note une
prescription chez 74,3 % des hommes et de
87 % des femmes. Chez ces hypertendus
traités, le nombre de sujets dont la
PAS/PAD est inférieure à 140/90 mmHg est
de 34 % chez les hommes et de 52,2 % chez
les femmes, mais ces résultats sont d’autant
meilleurs que le sujet est jeune (47 % chez
les hommes avant 30 ans et 28 % après
50 ans). Enfin, la connaissance par le patient
de la présence d’une hypertension artérielle
(PAS/PAD > 140/90 mmHg à la deuxième
visite) est de 49,4 % chez les hommes et de
73,1 % chez les femmes et cette connais-
sance est à mettre en relation avec l’âge du
sujet. En effet, si seulement 27 % des
hommes âgés de moins de 30 ans connaissent
leur hypertension, 60 % des hommes de plus
de 50 ans sont au courant de leur hypertension
artérielle.
Commentaire : Cette étude indique que le
système de soin français dépiste insuffi-
samment l’hypertension artérielle des sujets
jeunes mais n’hésite pas à traiter cette
hypertension artérielle lorsqu’elle est dépis-
tée. Ce sont les sujets les plus âgés qui sont
le plus souvent pris en charge mais para-
doxalement, ce sont ces sujets qui attei-
gnent le plus difficilement l’objectif d’une
PAS/PAD < 140/90 mmHg. Si les détails ne
sont pas donnés dans cette publication, c’est
très probablement la difficulté à traiter la
PAS qui est la cause de cet échec relatif.
L’objectif du contrôle de la PAS doit deve-
nir l’enjeu majeur dans la lutte contre
l’hypertension artérielle.
– Lang T et al. Prevalence and therapeutic
control of hypertension in 30 000 subjects in the
workplace. Hypertension 2001 ; 38 : 449-54.
X.G.
Nouveau score pour estimer
le risque cardiovasculaire chez
l’hypertendu fondé sur les
résultats des essais
thérapeutiques
Si le concept de la prise en compte
du risque cardiovasculaire d’un sujet pour
fonder sa décision thérapeutique est
aujourd’hui passé dans toutes les recom-
mandations de bonne pratique clinique,
force est de constater que l’outil donné par
l’équation de risque de Framingham reste
très inadapté, car il est d’une très grande
imprécision. Proposer une quantification
plus précise du risque pour les sujets
hypertendus vivant en Europe et traités
selon les normes récentes serait d’une très
grande utilité. La recherche élaborée par
le groupe INDANA va dans le bon sens
avec la publication d’un nouveau calcul
du risque s’appuyant sur les données de
morbi-mortalité cardiovasculaires obser-
vées chez les 47 008 participants des
grands essais thérapeutiques entrepris
dans l’hypertension artérielle entre 1970
et 1995 (par comparaison, rappelons que
la formule de Framingham est fondée sur
une cohorte de 5 000 individus suivis
entre les années 1950 et 1970). Il apparaît
que le risque de voir survenir dans les 5
années une maladie cardiovasculaire peut
être estimé précisément en tenant compte
des onze facteurs suivants : âge, tabagisme
de cigarette, PAS, cholestérol total, pré-
sence d’un diabète, présence d’une HVG,
valeur de la créatininémie, valeur de la
taille du sujet (plus il est petit, plus il est à
risque), antécédent d’infarctus du myocarde,
antécédent d’accident vasculaire cérébral,
prescription d’un médicament antihyper-
tenseur.
À partir de la valeur du score (de 0 à 70)
est déduite la probabilité de mortalité par
maladie cardiovasculaire dans les 5 ans
(de 0 à 37 %). Chez un homme hyperten-
du de 50 ans, la valeur du score médian est
de 38 avec un risque de mortalité par
maladie cardiovasculaire à 5 ans de 2 %.
Le calcul de ce score et du risque est dis-
ponible sur le site www.riskscore.org.uk,
qui permet de connaître la valeur de ce
risque par comparaison à un individu de
même âge et de même sexe.
Commentaire : Ce score de risque est le
premier à prendre en compte les effets du
traitement antihypertenseur. Les utilisa-
teurs de cette information constateront le
rôle modeste du traitement antihyperten-
seur sur la prévention du risque, car 2
points sont retirés au score total alors que
par comparaison 6 points sont ajoutés
lorsque la taille est inférieure à 1m 60. Si
c’est à l’usage que ce score de risque
gagnera ses lettres de noblesse, il est cer-
tain que l’amélioration de la précision de
l’évaluation du risque cardiovasculaire est
une étape qui devra précéder l’appropria-
tion par les médecins et leurs patients de
ce nouvel outil de la décision thérapeu-
tique.
– Pocock SJ et al. A score for predicting risk of
death from cardiovascular disease in adults
with raised blood pressure, based on indivi-
dual patient data from randomised controlled
trials. BMJ 2001 ; 323 : 75-81.
X.G.