La Lettre du Neurologue - Suppl. Les Actualités au vol. X - n° 6 - juin 2006
ACTUALITÉS
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P
lusieurs données anatomiques et
expérimentales laissent penser que la
dopamine pourrait être impliquée dans la
maladie de Huntington. Par exemple, chez
les malades, la perte des neurones stria-
taux progresse selon un axe dorso-ventral
qui correspond au gradient de concentra-
tion de dopamine dans le striatum. D’autre
part, en 1998, l’équipe de J. Morton a
montré, dans un modèle murin pharmaco-
logique de la maladie de Huntington, que
la lésion des afférences dopaminergiques
protégeait les neurones striataux de la
mort. De plus, chez les souris knock-out
pour le transporteur de la dopamine, DAT,
qui présentent des concentrations de
dopamine anormalement élevées dans les
synapses, on observe une neurodégéné-
rescence striatale spontanée et des alté-
rations comportementales rappelant celles
de la maladie de Huntington, et qui se
déclarent spécifiquement au cours du
vieillissement des souris. Malgré l’exis-
tence de ces arguments indirects, il n’exis-
tait pas, jusqu’alors, de lien direct entre la
dopamine et la toxicité de la huntingtine
mutée dans les neurones striataux.
fonction constitue la base des symp-
tômes de cette maladie. L’origine de la
vulnérabilité préférentielle des neurones
striataux à la toxicité de la huntingtine
mutée demeure une question à laquelle il
semble difficile de trouver une réponse,
mais qui devrait permettre de trouver une
thérapie contre la maladie, à ce jour
incurable. Les neurones striataux pour-
raient comporter des éléments intrin-
sèques qui les rendent plus vulnérables
que les autres cellules à l’expression de la
huntingtine mutée. Par exemple, les neu-
rones striataux semblent souffrir d’un
déficit énergétique qui leur est propre
dans la maladie de Huntington. Ce sont
aussi les premières cellules dans les-
quelles se forment les agrégats de hun-
tingtine mutée. L’environnement de ces
cellules pourrait également contribuer à
cette situation. Ainsi, un défaut d’apport
du facteur neurotrophique BDNF (brain
derived neurotrophic factor) par les affé-
rences corticales pourrait être impliqué
dans la vulnérabilité des neurones stria-
taux, bien que ces cellules ne soient pas
les seules à recevoir du BDNF dans le sys-
tème nerveux central. En revanche, le
striatum est la structure cérébrale qui
reçoit la plus dense innervation dopami-
nergique. La dopamine est un neuro-
modulateur qui assure de multiples
fonctions physiologiques telles que le
contrôle de la coordination motrice, de
l’humeur, et les processus d’apprentissage
liés à la récompense. Toutefois, sous
certaines conditions, la dopamine peut
avoir un effet neurotoxique, aussi bien in
vitro qu’in vivo. C’est le cas par exemple
lorsque de trop fortes doses d’amphéta-
mine (un agoniste indirect de la dopa-
mine) sont administrées chez l’animal.
Nous avons donc envisagé la possibi-
lité que la vulnérabilité spécifique des
neurones striataux dans le cadre de la
maladie de Huntington puisse être liée
à leur innervation massive par les voies
dopaminergiques.
téine, soit 103 glutamines pour sa forme
mutée. Ces séquences sont fusionnées à
leur extrémité 3’ avec celle codant la
green fluorescent protein (GFP), ce qui
permet d’identifier les neurones trans-
fectés par émission de fluorescence et
de suivre la localisation cellulaire de
la huntingtine. Nous avons choisi ces
constructions pour plusieurs raisons :
– l’équipe de G. Bates a démontré en
1996 que la surexpression de l’exon 1 du
gène humain codant la huntingtine
mutée (avec 115 glutamines) est suffi-
sante pour reproduire un phénotype de
la maladie de Huntington chez la souris ;
– le fragment N-terminal codé par cette
construction possède les caractéristiques
importantes de la huntingtine mutée,
telles que la capacité de former des agré-
gats et la possibilité d’influencer les
interactions de la huntingtine avec
nombre de ses partenaires protéiques.
Nous avons démontré que ce modèle cel-
lulaire reproduisait deux caractéristiques
neuropathologiques importantes de la
maladie de Huntington, à savoir la for-
mation d’agrégats de huntingtine mutée
dans tous les compartiments intraneuro-
naux : noyau, soma, neurites dans les
neurones striataux, puis la dégénéres-
cence progressive de ces neurones, qui
se caractérise par la rétraction des neu-
rites précédant la condensation puis la
fragmentation du noyau. Tous les effets
observés dans ce modèle sont spéci-
fiques à la forme mutée de la huntingtine
puisque, par comparaison, l’expression du
fragment N-terminal de la huntingtine
normale, contenant 25 glutamines, ne
forme pas d’agrégat et n’est pas toxique
pour les neurones striataux. Nous avons
appliqué sur ce modèle cellulaire des
doses de dopamine subtoxiques, c’est-
à-dire induisant peu d’effet par elles-
mêmes sur la mort striatale, et analysé
les effets de ce traitement sur la toxi-
cité de la huntingtine mutée.
La dopamine,
suspectée de jouer un rôle
dans la maladie de Huntington
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A
fin de déterminer de manière
directe si la dopamine a un rôle à
jouer dans la maladie de Huntington,
nous avons utilisé un modèle in vitro de
cultures primaires de neurones stria-
taux. Ceux-ci sont transfectés transitoi-
rement avec des ADN complémentaires
codant l’exon 1 du gène humain de la
huntingtine, possédant soit 25 gluta-
mines pour la forme normale de la pro-
À la recherche d’un rôle
éventuel de la dopamine
dans la maladie de Huntington
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