FACE À FACE...
La Lettre du Neurologue - n° 3 - vol. IV - juin 2000
176
incompréhension et “l’oubli” partiel ou total de l’information
médicale. L’angoisse due à l’attente des signes cliniques avec
polarisation sur le corps est particulièrement marquée au
moment de l’annonce de la maladie. À cette période, le patient
envisage l’avenir en s’identifiant systématiquement aux aspects
les plus péjoratifs de la maladie, mais aussi en rejetant cette
éventualité : “Je sais bien qu’on finit en fauteuil avec cette
maladie, jamais je n’accepterai d’en arriver là”. On observe
une forte culpabilité et une perte de confiance en soi vis-à-vis
de l’entourage affectif. Ces sentiments sont renforcés par la
honte d’appartenir à la “catégorie des malades” et la peur de
devenir un “fardeau” moral et physique (1). L’incertitude quant à
l’avenir, la remise en question des projets de vie aboutissent par-
fois à une inhibition de l’action qui peut prendre la forme d’une
dépression, dépression réactionnelle, certes, mais dont les causes
sont multifactorielles, puisque les lésions y jouent un rôle (2).
Très souvent, la confrontation avec la maladie met en lumière
et cristallise des souffrances antérieures non élaborées. Le vécu
de la maladie qui induit une surcharge de souffrance devient
alors le révélateur de blessures, voire même de traumatismes
psychiques antérieurs. Ainsi, des situations particulièrement
dramatiques, parfois jamais exprimées au cours de la vie de
certains patients, sont dévoilées dans les entretiens psycholo-
giques. Dans tous les cas, la confrontation avec la maladie
réactive le souvenir des situations d’échec, elle actualise
un sentiment de dévalorisation et une perte de confiance en soi.
En psychothérapie, une réflexion sur le passé et le présent doit
aider le patient à comprendre ses réactions négatives actuelles,
conditionnées par son histoire, et qui renforcent sa souffrance
morale face à la maladie.
Au cours de la maladie, qu’est-ce qui motive
une demande d’aide psychologique ?
De nombreux patients observent que les événements de vie à
forte charge émotionnelle (familiaux, professionnels, etc.)
aggravent très souvent les symptômes de la maladie. Dès les
années 1950, cette question était déjà soulevée par les clini-
ciens (3). Depuis, ces observations cliniques ont fait l’objet de
quelques recherches traitant de l’influence du stress sur les
poussées (4). Bien que nous connaissions mal la nature exacte
du lien entre stress et poussées, une prise en charge psycholo-
gique aide le patient à mieux contrôler les émotions et à anticiper
leur répercussion sur le plan psychique et somatique. La maladie
elle-même, par son imprévisibilité, peut produire des stress
émotionnels qui favorisent le développement de somatisation.
C’est-à-dire que l’incertitude qui entoure la nature, l’intensité
et le devenir des symptômes peut concourir à ce que certains
malades préoccupés par leur corps et leurs symptômes aient
des réactions émotionnelles massives, difficiles à contrôler et à
contenir. Par ailleurs, les troubles cognitifs et affectifs propres
à la maladie peuvent compliquer le tableau clinique. Toutes ces
situations sont source de déstabilisation interne, car le patient a
conscience avec culpabilité, honte et angoisse, d’une perte des
repères et du contrôle.
Le travail d’acceptation de la maladie doit respecter un rythme
propre à chaque individu. Il est fonction de la personnalité
antérieure et de la souplesse des mécanismes de défense en
œuvre. Il est aussi en relation avec la rapidité d’évolution de la
maladie. Ainsi, les périodes de rémission représentent un répit.
Elles permettent un temps d’élaboration psychique sur ce qui
est perdu et ce qui peut et doit être réinvesti.
Quelles sont les techniques de prise en charge
psychothérapeutiques proposées ?
Je prends le parti de présenter brièvement deux techniques
essentielles de prise en charge psychothérapeutique des
patients SEP, techniques qui sont complémentaires. Il s’agit,
d’une part de la relaxation, car une prise de conscience des
émotions peut se faire en partant des perceptions corporelles
chez des patients qui ont des difficultés à exprimer ce qu’ils
ressentent affectivement, d’autre part des psychothérapies
verbales qui nécessitent un minimum d’élaboration conceptuelle
pour être efficaces.
Quels sont les objectifs de la relaxation ?
Aucune recherche sur les spécificités techniques et les effets de
la relaxation dans la sclérose en plaques n’est actuellement
publiée. Cependant, il existe différentes techniques et approches
théoriques en relaxation qui ont toutes un intérêt pratique
lorsque le praticien sait s’adapter au patient. Pour bien conduire
le travail de relaxation, un entretien préliminaire à la prise en
charge est indispensable. Il permet au thérapeute d’individualiser
la technique et de répondre aux besoins spécifiques du patient.
Schématiquement, on distingue plusieurs étapes qui se succè-
dent dans le temps : la prise de conscience du corps, la visuali-
sation, le relâchement musculaire, la verbalisation.
Par exemple, dans le cas d’une relaxation centrée sur le contrôle
des émotions, et en particulier de l’anxiété, le thérapeute hié-
rarchise avec le patient une liste de situations source d’anxiété.
Ces troubles sont généralement analysés en termes de condi-
tionnement. L’objectif thérapeutique est de mettre en place une
relaxation musculaire, puis le patient est invité à visualiser le
plus intensément possible les situations anxiogènes, de manière