ayant autant de retentisse-
ment sur le plan psychique que
sur le plan somatique, les infir-
miers passent beaucoup de temps
au chevet de ces patients pour ten-
ter de communiquer avec eux, de
les comprendre, de les réconforter
de les encourager et de les soute-
nir. Ces soins sont aussi impor-
tants que les soins techniques qui
leur sont prodigués étant donné
l’état de détresse et de dépendance
de ces patients. Les soignants ac-
compagnent les patients à travers
des deuils successifs à caractère
transitoire ou définitif auxquels ils
doivent faire face (perte de la mo-
tricité, de la parole, de la fonction
de nutrition, de l’autonomie res-
piratoire, perte du rôle familial et
du statut social...). L’implication
émotionnelle des soignants est
souvent très importante car ils vi-
vent au jour le jour, avec les ma-
lades, les périodes d’amélioration,
de régression et les échecs. De
plus, les hospitalisations sont sou-
vent longues et peuvent durer plu-
sieurs mois. Les familles ont éga-
lement besoin, et tout autant, d’un
soutien et d’un accompagnement
en rapport avec la gravité et la du-
rée de la pathologie du proche. La
vie des familles est souvent ryth-
mée par les horaires des visites, par
les long moments d’attente à l’ac-
cueil et les appels téléphoniques.
Elles vivent dans une angoisse
et une incertitude constantes, at-
tendant mais aussi redoutant toute
nouvelle information. Les familles
sont fragilisées par la fatigue, l’at-
tente, la crainte de l’avenir et ont
souvent les nerfs “à fleur de peau”.
Elles sont souvent très sensibles
aux marques d’attention que les
soignants peuvent leur témoigner.
Les hôtesses d’accueil ont aussi un
rôle primordial d’accompagne-
ment, d’information et de soutien
auprès de ces familles. Quant aux
infirmiers, ils occupent un rôle im-
portant mais difficile. Ils servent
souvent d’intermédiaires ou d’in-
terprètes entre les familles et les
médecins. En fait, les relations soi-
6Professions Santé Infirmier Infirmière - No24 - mars 2001
gnants/familles se tissent au fur
et à mesure de l’hospitalisation,
fondées sur l’information, l’écoute
mutuelle et le partage des émo-
tions, de sorte que, lorsque le pa-
tient est en phase critique ou dé-
cède, les relations entre la famille
et les soignants sont souvent le re-
flet et la continuité des relations
qui se sont établies lors de l’hos-
pitalisation. L’accompagnement ne
s’arrête pas au décès du patient,
mais se poursuit par l’accueil, l’ac-
compagnement dans la chambre,
l’écoute, le soutien, l’aide aux dé-
marches, une liberté de visite, le
respect de l’intimité de la famille.
Soins de confort
et de prévention
Un gros travail de prévention et de
confort est réalisé en réanimation
auprès de tous les patients dès leur
admission et quelles que soient
leurs pathologies, depuis l’instal-
lation du patient dans son lit jus-
qu’à l’aménagement pratique de
son environnement. Des soins de
base sont instaurés dès l’entrée
comme les soins de bouche, les
soins oculaires, les soins de confort
et de prévention : pratique de mas-
sages ou frictions, surélévations
des membres pour les risques po-
tentiels du décubitus, prévention
des positions vicieuses, position et
fixation des sondes, soins de
sondes vésicale, gastrique et à oxy-
gène. La surveillance et l’évalua-
tion de la douleur sont évidem-
ment inclus dans ces soins.
Obstacles
On peut relever plusieurs obs-
tacles à l’intégration de la phi-
losophie des soins palliatifs en
réanimation. Le premier est la
non-reconnaissance de l’accom-
pagnement et du soutien des ma-
lades et de leurs familles comme
un soin à part entière et néces-
saire. Le deuxième est la souf-
france et le stress des soignants,
rarement évoqué et pris en charge
en réanimation. Le troisième obs-
tacle est le manque de temps
consacré au malade et à sa famille.
Ce manque de temps, considéré
quelquefois comme une indispo-
nibilité, constitue un problème
majeur en matière de nursing.
L’absence ou la rareté des cas re-
levant des soins palliatifs explique
en partie le peu de sollicitations
ou de demandes d’intervention
des équipes mobiles de soins pal-
liatifs. Le souhait des équipes mé-
dicales de réanimation de prendre
en charge leurs patients jusqu’au
bout, sans aucune aide extérieure,
peut être considéré comme une
résistance à l’intégration des soins
palliatifs. Cependant, la difficulté
de prendre en charge certains pa-
tients ou de gérer certaines situa-
tions peut parfois susciter l’envie
de passer le relais à une autre
équipe, d’être conseillé pour la
prise en charge de certains symp-
tômes, pour une orientation, ou
d’être éclairé par rapport à un
problème éthique.
De même, il est important de sou-
ligner la différence de statut du
corps selon que le patient est pris
en charge en réanimation ou par
les équipes de soins palliatifs. En
réanimation, on parle volontiers
de “corps-machine” ou de “corps-
objet”, c’est-à-dire d’un individu
dépossédé de sa capacité à gérer
sa propre existence, alors que la
philosophie des soins palliatifs
encourage à une réappropriation
et au maintien de l’autonomie du
patient jusqu’au bout, ceci devant
guider la relation de soins.
En effet, l’expérience de l’accom-
pagnement a permis aux acteurs
des soins palliatifs de s’orienter
vers la prise en charge d’autres
patients, notamment ceux de ré-
animation. Seule subsiste la diffi-
culté de déterminer les frontières
entre les soins dits “curatifs” et
“palliatifs”. Car ces frontières res-
tent encore actuellement floues
dans ces services.
Sylvie Van Daele
Infirmière, équipe mobile de soins
palliatifs, pavillon Christiaens,
hôpital A.-Calmette, CHRU de Lille.
Soins palliatifs et réanimation
●●●