au chant, jeunes citoyens - Fédération de Paris de la Ligue de l

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« AU CHANT, JEUNES CITOYENS ! »
À LA DÉCOUVERTE DE LA MARSEILLAISE
ET DES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE
FICHES PÉDAGOGIQUES D’ACCOMPAGNEMENT COLLÈGE
FNAM
Avec la participation de la Garde Républicaine et le Chœur des Polysons.
SOMMAIRE
Fiche enseignant n°1 : La naissance et la diffusion de La Marseillaise
(1792-1804)
page 4
Fiche enseignant n°2 : Claude-Joseph Rouget de Lisle :
l’auteur de La Marseillaise
page 9
Fiche enseignant n°3 : Les paroles de La Marseillaise
page 12
Fiche enseignant n°4 : La Marseillaise dans l’art
page 15
Fiche enseignant n°5 : La Marseillaise, entre récupération vichyste
et chant de la Résistance (1940-1944)
page 18
Fiche enseignant n°6 : La Marseillaise et ses rivales en France
(fin XIXème – début du XXème siècle)
page 20
Fiche enseignant n°7 : La Marseillaise, une destinée internationale
page 22
Fiche enseignant n°8 : La Marseillaise remise en cause :
profanations et parodies
page 24
Ces fiches ont été réalisées par Kamel Chabane, enseignant d’Histoire Géographie - collège Gustave Flaubert à Paris et par Thierry Levasseur,
enseignant d’Histoire-Géographie - Académie de Versailles - lycée de la Vallée de Chevreuse à Gif sur Yvette.
Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°1
Niveau Collège
LA NAISSANCE ET LA DIFFUSION
DE LA MARSEILLAISE (1792-1804)
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : HISTOIRE
Niveau : classe de 4ème
Thème 1 : Le XVIIIème siècle, Expansions, Lumières et révolutions […], La Révolution française et l’Empire, nouvel ordre politique et sociétés révolutionnées en France et en Europe :
« On caractérise les apports de la Révolution française, dans l’ordre politique
aussi bien qu’économique et social non seulement en France mais en Europe
dans le contexte des guerres républicaines et impériales. On peut à cette occasion replacer les singularités de la Révolution française dans le cadre des révolutions atlantiques. On rappelle l’importance des grandes réformes administratives
et sociales introduites par la Révolution puis l’Empire. »
Référence aux pages du livret :
Pages 8 et 10.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin a été créé par le capitaine du Génie, Claude-Joseph Rouget de Lisle, dans la nuit du 25 au 26
avril 1792 dans la ville frontière de Strasbourg.
A l’époque, la France est en pleine révolution et se retrouve menacée d’invasion, l’Assemblée Législative ayant déclaré la guerre à l’Autriche le 20 avril. La nouvelle parvient quatre jours plus tard dans cette ville de garnison où le maire, le baron François Dietrich, organise
une réunion de militaires durant laquelle il fait observer que les volontaires qui accourent de tout le royaume pour défendre « la patrie en
danger » n’ont pas d’hymne digne de leur cause.
Rouget de Lisle compose La Marseillaise en une nuit mais ne la chante pas (contrairement à ce que montre le tableau commémoratif
d’Isidore Pils en 1849). C’est en effet le maire de Strasbourg et non le capitaine du Génie qui l’a interprétée dans son salon devant les
invités, accompagné au clavecin par sa femme. Le thème musical reprend la musique écrite en 1781 par un italien peu connu, Giovanni
Battista Viotti.
La Marseillaise est donc produite dans un contexte de ferveur patriotique et révolutionnaire. Depuis l’été 1789, le processus révolutionnaire en marche a été marqué par l’effondrement de la monarchie absolue, la fin de la société d’ordres avec l’adoption de la Déclaration
des droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789), mais aussi la tentative d’instauration d’une monarchie constitutionnelle qui s’avère
compromise par la fuite du roi à Varennes en juin 1791. C’est dans ce contexte que la France révolutionnaire déclare la guerre à l’Autriche soutenue secrètement par la Prusse.
Le chant est très rapidement diffusé en France. De l’Alsace au Midi, il est reconnu comme un chant révolutionnaire, repris par les Fédérés
de Marseille venus en le chantant défendre « la patrie en danger » qui a été proclamée le 12 juillet. Interprété à toutes les étapes de leur
remontée vers Paris, il acquiert dès lors le nom de Chant ou Hymne des Marseillois.
Chant de guerre, il galvanise les troupes au combat. C’est un agent efficace du succès des troupes françaises face aux monarchies européennes coalisées. Chant révolutionnaire, La Marseillaise est utilisée pour lutter contre les ennemis de l’intérieur et accompagne ainsi
toutes les journées révolutionnaires à partir du 10 août 1792 qui marque la chute de la monarchie (prise du palais des Tuileries) jusqu’à
ce qu’elle soit déclarée « chant national » par le décret du 26 Messidor an III (14 juillet 1795).
La Marseillaise est interdite par tous les gouvernements autoritaires à partir de 1804. Elle est en revanche ravivée dans les moments de
détresse ou de crises et accompagne les épisodes révolutionnaires du XIXème siècle : 1830, 1848, 1870-1871.
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OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ
CONNAISSANCES :
Connaitre le contexte historique de la naissance de La Marseillaise.
Comprendre comment La Marseillaise devient l’hymne national durant la Révolution française.
COMPÉTENCES TRAVAILLÉES :
Se repérer dans le temps : construire des repères historiques
Situer un fait dans une époque ou une période donnée.
Ordonner des faits les uns par rapport aux autres.
Mettre en relation des faits d’une époque ou d’une période donnée.
Analyser et comprendre un document
Situer un fait dans une époque ou une période donnée.
Ordonner des faits les uns par rapport aux autres.
Mettre en relation des faits d’une époque ou d’une période donnée.
Analyser et comprendre un document
Comprendre le sens général d’un document.
Identifier le document et son point de vue particulier.
Extraire des informations pertinentes pour répondre à une question portant sur un document ou plusieurs documents,
les classer, les hiérarchiser.
Confronter un document à ce qu’on peut connaître par ailleurs du sujet étudié.
Utiliser ses connaissances pour expliquer le document et exercer son esprit critique.
Pratiquer différents langages en histoire et en géographie
Écrire pour construire sa pensée et son savoir, pour argumenter et écrire pour communiquer et échanger.
S’exprimer à l’oral pour penser, communiquer et échanger. Connaître les caractéristiques des récits historiques et des descriptions
employées en histoire et en géographie, et en réaliser.
S’approprier et utiliser un lexique spécifique en contexte.
S’initier aux techniques d’argumentation.
Coopérer et mutualiser
Organiser son travail dans le cadre d’un groupe pour élaborer une tâche commune et/ou une production collective et mettre à la
disposition des autres ses compétences et ses connaissances.
Adapter son rythme de travail à celui du groupe.
Discuter, expliquer, confronter ses représentations, argumenter pour défendre ses choix.
Négocier une solution commune si une production collective est demandée.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
SUPPORTS DOCUMENTAIRES :
Une chronologie : Chronologie de « La Marseillaise »
Trois documents iconographiques :
Gouache de Lesueur de la fin du XVIIIème siècle, musée Carnavalet, Paris
Marche des Marseillois chantée sur diférans théâtres, composée en 1792, estampe en couleur 1792, BNF, Paris.
La Prise du palais des Tuileries, cour du Carrousel, 10 août 1792, Jacques Bertaux, Huile sur toile, 1793, Musée national du Château de Versailles.
ACTIVITÉS PROPOSÉES :
Les élèves sont invités à former des groupes de travail pour rédiger un texte dans lequel ils expliquent en utilisant les documents
proposés, comment La Marseillaise est devenue dans le contexte de la Révolution française, l’hymne national.
Plan à suivre pour rédiger le texte :
1.Un contexte historique particulier : processus révolutionnaire en cours, guerre contre les monarchies absolues,
menaces aux frontières.
2.Du Chant de guerre pour l’Armée du Rhin à l’hymne des Marseillois : une diffusion rapide et efficace.
3.Un chant révolutionnaire et patriotique devenant l’hymne national.
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DOCUMENT 1 : CHRONOLOGIE DE LA MARSEILLAISE
Eté 1789 : Début du processus révolutionnaire et chute de la monarchie absolue.
26 août : Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.
14 juillet 1790 : Fête de la Fédération
20-21 juin 1791 : Fuite du roi et arrestation à Varennes.
20 avril 1792 : Déclaration de guerre à l’Autriche.
25 avril 1792 : Rouget de Lisle compose à Strasbourg le Chant de guerre pour l’Armée du Rhin.
Juin 1792 : Diffusion en France du Chant de guerre pour l’Armée du Rhin
11 juillet 1792 : L’Assemblée déclare « La patrie en danger », le pays est menacé aux frontières par les armées autrichiennes et prussiennes.
23 juillet : Premiers échos du Chant à Paris, entonné par les volontaires marseillais et rapidement baptisé par les Parisiens Chant (ou
Marche, Hymne ou Chanson) des Marseillois.
10 août 1792 : Prise du palais des Tuileries et chute de la monarchie au chant de La Marseillaise.
20 septembre 1792 : Victoire de Valmy.
21 septembre 1792 : Abolition de la royauté.
14 juillet 1795 : La Marseillaise devient l’hymne national jusqu’en 1804 et le début du Ier Empire.
DOCUMENT 2 : GOUACHE DE LESUEUR DE LA FIN DU XVIIIÈME SIÈCLE, MUSÉE CARNAVALET, PARIS
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DOCUMENT 3 : MARCHE DES MARSEILLOIS CHANTÉE SUR DIFÉRANS THÉÂTRES
composée en 1792, estampe en couleur 1792, BNF, Paris.
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DOCUMENT 4 : LA PRISE DU PALAIS DES TUILERIES, COUR DU CARROUSEL
10 août 1792, Jacques Bertaux, Huile sur toile, 1793, Musée national du Château de Versailles.
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°2
Niveau Collège
CLAUDE-JOSEPH ROUGET DE LISLE :
L’AUTEUR DE LA MARSEILLAISE
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : HISTOIRE
Niveau : classe de 4ème
Thème 1 : Le XVIIIème siècle, Expansions, Lumières et révolutions […], La Révolution française et l’Empire, nouvel ordre politique et sociétés révolutionnées en France et en Europe :
« On caractérise les apports de la Révolution française, dans l’ordre politique
aussi bien qu’économique et social non seulement en France mais en Europe
dans le contexte des guerres républicaines et impériales. On peut à cette occasion replacer les singularités de la Révolution française dans le cadre des révolutions atlantiques. On rappelle l’importance des grandes réformes administratives
et sociales introduites par la Révolution puis l’Empire. »
Référence aux pages du livret :
Page 7
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
Claude-Joseph Rouget de Lisle est né à Lons-le-Saunier le 10 mai 1760. Fils de petits notables de Franche-Comté, il peut intégrer l’École
militaire de Paris puis l’École du génie de Mézières grâce à une complaisance qui lui a permis d’adjoindre à son nom la particule de Lisle
ou de L’Isle.
Officier en garnison dans divers lieux entre 1784 et 1789, il exerce son métier de soldat mais il profite de la vie de garnison pour écrire
à l’occasion des compositions musicales sans réelle formation. En 1789, il est attiré à Paris par la Révolution se montrant curieux des
événements qui s’y déroulent et désireux de gagner une notoriété d’auteur et de compositeur. Il ne connaît cependant qu’un succès
modeste.
Il reprend du service à Strasbourg le 1er avril 1791 avec le grade de capitaine et fréquente les notables de la ville dont le maire Dietrich,
riche industriel éclairé et patriote.
Après la déclaration de guerre à l’Autriche, le maire organise un repas réunissant chez lui l’élite municipale et de la garnison. Les
convives demandent à Rouget de Lisle de composer un chant permettant de galvaniser les soldats car les chants révolutionnaires existants comme la Carmagnole ou le Ça ira dont les couplets sont jugés trop vulgaires et pas assez dignes. Dans la nuit du 25 au 26 avril,
exalté et enthousiaste, Rouget de Lisle compose le Chant de guerre pour l’armée du Rhin. Il présente sa nouvelle composition le soir
même chez le maire. Le succès est immédiat et c’est Dietrich lui-même qui l’interprète accompagné de sa femme au clavecin.
Rouget de Lisle, après le 10 août 1792, se montre plus critique vis-à-vis des événements en cours (chute de la monarchie, proclamation de la République, arrivée des Montagnards au pouvoir) et il quitte l’armée pour se retrouver à Paris où il tente une carrière dans le
théâtre. Arrêté dans le cadre de la Loi des suspects en septembre 1793, il est détenu à la prison de Saint-Germain en Laye mais son
statut d’auteur de La Marseillaise le protège de la guillotine. Libéré après la chute de Robespierre, Rouget de Lisle se réconcilie avec la
Révolution thermidorienne et réintègre l’armée pour une brève période, démissionnant définitivement en 1796.
Dès lors, l’auteur de La Marseillaise tombe progressivement dans l’oubli. Il vit dans la gêne, n’arrivant pas à se faire connaître par ses
compositions et, ne recevant aucun secours, il végète durant l’Empire vis-à-vis duquel il se montre critique.
A la Restauration en 1815, sa situation ne s’arrange guère puisqu’il se retrouve emprisonné pour dettes en 1826 à l’âge de 66 ans. Libéré grâce aux gestes des quelques amis qui lui restent notamment l’abbé Grégoire, il retrouve une certaine notoriété avec les journées
révolutionnaires de juillet 1830 durant lesquelles, La Marseillaise est de nouveau à l’honneur aussi bien sur les barricades que dans les
théâtres de Paris et de province. Après son accession au pouvoir, Louis-Philippe lui accorde une pension annuelle modeste et Rouget
de Lisle s’éteint à 76 ans dans son domicile de Choisy-le-Roi.
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Après sa mort, Rouget de Lisle fait l’objet de commémorations assez nombreuses, surtout avec la IIIème République. Sans parler du
tableau d’Isidore Pils de 1849, on retiendra que deux statues de l’auteur de La Marseillaise ont été érigées en France. L’une à Lons-leSaunier, la ville où il vit le jour et l’autre à Choisy-le-Roi où il s’est éteint. Celle de Lons est due à Bartholdi, le sculpteur de la Statue de
la Liberté dans le port de New-York et a été érigée en 1882. Celle de Choisy-le-Roi a été dévoilée en 1902.
Le personnage a aussi fait l’objet de commémorations philatéliques. En juin 1936, un timbre est émis pour célébrer le centenaire de sa
mort. Cette émission peut être reliée au contexte politique du moment qui voit les débuts du gouvernement du Front populaire. Le timbre
représente la statue de Bartholdi. En juillet 2006, la Poste a émis un second timbre à l’effigie de l’auteur de La Marseillaise qui s’inspire
du tableau d’Isidore Pils.
OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ
CONNAISSANCES :
Connaitre un personnage historique et faire le récit de sa vie.
COMPÉTENCES TRAVAILLÉES :
S’informer dans le monde du numérique
Connaître différents systèmes d’information, les utiliser.
Trouver, sélectionner et exploiter des informations.
Utiliser des moteurs de recherche, des dictionnaires et des encyclopédies en ligne, des sites et des réseaux de ressources documentaires, des manuels numériques, des systèmes d’information géographique.
Vérifier l’origine/la source des informations et leur pertinence.
Exercer son esprit critique sur les données numériques, en apprenant à les comparer à celles qu’on peut tirer de documents de
divers types.
Analyser et comprendre un document
Comprendre le sens général d’un document.
Extraire des informations pertinentes pour répondre à une question portant sur un document ou plusieurs documents, les classer,
les hiérarchiser.
Confronter un document à ce qu’on peut connaître par ailleurs du sujet étudié.
Pratiquer différents langages en histoire et en géographie
Écrire pour construire sa pensée et son savoir, pour argumenter et écrire pour communiquer et échanger.
S’exprimer à l’oral pour penser, communiquer et échanger. Connaître les caractéristiques des récits historiques et des descriptions
employées en histoire et en géographie, et en réaliser.
S’approprier et utiliser un lexique spécifique en contexte.
Coopérer et mutualiser
Organiser son travail dans le cadre d’un groupe pour élaborer une tâche commune et/ou une production collective et mettre à la
disposition des autres ses compétences et ses connaissances.
Adapter son rythme de travail à celui du groupe.
Discuter, expliquer, confronter ses représentations, argumenter pour défendre ses choix.
Négocier une solution commune si une production collective est demandée.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
Il s’agit au cours d’une séance d’une heure de rédiger une biographie de l’auteur de La Marseillaise à partir de sources internet et de
dictionnaires des noms propres. Le but final est d’arriver à établir un modèle de fiche biographique pouvant être réutilisé en Histoire.
SUPPORTS DOCUMENTAIRES :
Dictionnaires comme Le Robert 2 ; Le Larousse des noms propres ; Le petit Mourre, dictionnaire de l’Histoire.
Sitographie conseillée :
http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/dossier-historique-la-marseillaise/claude-joseph-rouget-de-lisle (page consultée le 02.01.2016)
https://sepia.ac-reims.fr/clg-delisle/-joomla-/index.php/presentation/rouget-de-lisle (page consultée le 02.01.2016)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Joseph_Rouget_de_Lisle (page consultée le 02.01.2016)
http://www.philateliefrancaise.fr/Timbre.php?Nom_timbre=Rouget_de_Lisle_314 (page consultée le 02.01.2016)
http://www.assemblee-nationale.fr/12/evenements/rouget-de-lisle/rouget-de-lisle.asp (page consultée le 02.01.2016)
https://www.laposte.fr/toutsurletimbre/connaissance-du-timbre/dicotimbre/timbres/rouget-de-lisle-1760-1836-3939 (page consultée le 02.01.2016)
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ACTIVITÉS PROPOSÉES :
L’activité doit se dérouler dans une salle informatique dans laquelle les élèves travaillent par deux sur chaque poste.
La classe est alors divisée en trois groupes d’élèves. L’un relève à l’aide des sources indiquées des éléments sur la jeunesse, l’origine sociale
et la formation de Rouget de Lisle. Un deuxième groupe rassemble les éléments qui montrent que ce personnage est passé à la postérité. Un
troisième groupe travaille sur la fin de la vie de l’auteur, les héritages et le souvenir laissés par le personnage.
A l’issue de cette première phase de recherche, un rapporteur-trice pour chaque groupe est invité à faire état des éléments trouvés.
Les différents éléments déterminés sont ensuite mis en commun dans un tableau en trois colonnes. Ce dernier permet de rédiger la biographie
finale comportant trois parties qui peuvent être reprises dans un modèle de fiche biographique à utiliser pour les personnages étudiés ensuite
dans le cadre du programme d’histoire.
DOCUMENT 1 : CLAUDE-JOSEPH ROUGET DE LISLE.
Illustration de Mathieu Binand
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°3
Niveau Collège
LES PAROLES DE LA MARSEILLAISE
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : EMC
Niveau : classe de 3ème
Thème du programme : Cycle 4
La sensibilité : soi et les autres.
Objectifs de formation (…)
3. Se sentir membre d’une collectivité (…)
Connaissances, capacités et attitudes visées
Objets d’enseignement
Exemples de pratiques en classe, à
l’école, dans l’établissement
3/b – Connaître les principes, valeurs
et symboles de la citoyenneté française et de la citoyenneté européenne.
Citoyenneté française et citoyenneté
européenne : principes, valeurs, symboles.
L’exemple choisi est celui de l’étude
des paroles de La Marseillaise.
Le droit et la règle : des principes pour vivre avec les autres :
Objectifs de formation (…)
2. Comprendre les principes et les valeurs de la République française et des sociétés démocratiques.
Une alternative est possible : cette étude peut-être aussi menée dans le cadre d’un travail en interdisciplinarité avec un EPI Français-Histoire sur la thématique “poèmes et chansons révolutionnaires, XIXème-XXème siècle”.
Référence aux pages du livret :
Pages 6, 11 et 12.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
Les six premiers couplets de La Marseillaise ont été écrits par Rouget de Lisle dans un laps de temps assez court. Il a suffit d’une nuit,
celle du 25 au 26 avril 1792, pour que les paroles de ce qui est à l’origine le Chant de guerre pour l’Armée du Rhin soit composées pour
la postérité. Assez rapidement, durant l’été 1792, un septième couplet, dit “couplet des enfants” dont l’auteur reste inconnu, est ajouté
aux vers de Rouget de Lisle.
Car La Marseillaise est d’abord et avant tout un chant de guerre dont les paroles sont destinées à galvaniser les troupes françaises
dans le contexte de la guerre contre l’Autriche (“le Roi de Bohême et de Hongrie”). Elle dénonce l’ennemi étranger (Quoi ! Des cohortes
étrangères/Feraient la loi dans nos foyers !). Le chant s’adresse au peuple en armes qui est héroisé (Aux armes, citoyens !/Formez vos
bataillons ! ; Quoi ! Des phalanges mercenaires/Terrasseraient nos fiers guerriers ! ; Tout est soldat pour vous combattre/S’ils tombent,
nos jeunes héros/La terre en produira de nouveaux/Contre vous tout prêt à se battre ; Français, en guerriers magnanimes/Portons ou
retenons nos coups !).
Ce peuple est invité à se regrouper sous les drapeaux de la patrie (sixième couplet). De fait, les paroles de Rouget de Lisle fixent ainsi
pour longtemps l’image de la patrie en armes. La Marseillaise est souvent entonée à des moments de l’histoire où le besoin de galvaniser
le peuple se fait ressentir (Guerre de 1870, Ière Guerre mondiale).
Dans le prolongement de cette idée, il est clair que le sang coule avec La Marseillaise, le carnage est à l’oeuvre. Mais “ce carnage n’a
rien d’haineux, ni d’aveugle” comme l’affirme Michel Vovelle. On a beaucoup polémiqué sur les deux derniers vers du refrain (Qu’un sang
impur…/Abreuve nos sillons !). Ces deux vers so nt sujets à des interprétations contradictoires. Pour l’historien Bernard Richard dans les
Emblèmes de la République, le sang impur correspondrait à celui des nobles par un retournement historique contemporain de la
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Révolution. Ainsi, le sang pur (« le sang bleu ») qui était celui des nobles durant l’Ancien Régime est transformé par les révolutionnaires
en sang impur, celui des contre-révolutionnaires au sens large, c’est-à-dire des ennemis de la Révolution. Beaucoup plus récemment,
dans les années 2000, ces paroles sont en fait perçues comme une invocation au sacrifice des soldats français, des soldats du peuple
en armes, pour la patrie : mieux vaut se sacrifier, quitte à répandre un sang impur (le sang du peuple par opposition au sang pur de la
noblesse, le sang bleu) sur tout le territoire (les fameux sillons d’une France encore largement agricole) que de se rendre ou de céder
face à l’envahisseur.
Au delà de cette célébration du peuple en armes et du chant simplement patriotique, La Marseillaise revêt aussi un caractère affirmé de
chant révolutionnaire. En effet, plus encore que les envahisseurs étrangers, c’est la tyrannie (premier couplet), les traîtres (deuxième
couplet) qui sont désignés à la colère populaire. S’y ajoutent aussi les complices de Bouillé (cinquième couplet), c’est à dire de l’homme
ayant organisé la fuite de Louis XVI qui s’acheva à Varennes. Au printemps 1792, il a rejoint les Emigrés à Coblence et sert à ce moment
les autrichiens. Autant de contre-révolutionnaires qui apparaissent dans La Marseillaise comme aussi dangereux et menaçants pour la
Révolution que les soldats des armées étrangères.
Le chant s’achève sur l’invocation de la Liberté (sixième couplet).
Avec ce chant, Rouget de Lisle traduit la rencontre entre élites provinciales (le maire Dietrich), patriotes et mouvement de masse (le
peuple en révolution) qui s’opère au printemps 1792, au moment où la France déclare la guerre à l’Autriche. Le langage, les mots employés reprennent des appels, des slogans qui sont lancés dans les rues de Strasbourg par la population (Aux armes citoyens ! Formez
vos bataillons ! Marchons !). Rouget de Lisle les utilisent et y ajoute aussi son empreinte.
On connait ensuite le succès rencontré par le chant dans l’histoire.
OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ :
Comprendre le vocabulaire de La Marseillaise.
Comprendre qu’il s’agit d’un chant patriotique, d’un chant de guerre destiné à galvaniser une troupe en armes mais aussi comprendre qu’il s’agit d’un chant révolutionnaire, c’est à dire qui entend bouleverser l’ordre établi.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
La proposition pédagogique suivante met en ɶuvre une piste pour aborder la question des paroles de La Marseillaise en EMC au collège, pour des élèves de 3ème. Étudier les paroles de La Marseillaise peut être fait en une heure, dans le cadre plus général d’une étude
sur les symboles de la République en France (aux côtés de la devise de la République, de l’emblème national, de la langue, tous repris
dans l’article II de la Constitution).
Dans un premier temps, il semble important d’éclairer les notions de vocabulaire que les élèves ne maîtrisent pas. Ce travail peut se faire
en groupe par élèves avec un dictionnaire par groupe. En comptant la restitution, on peut évaluer ce travail à 15-20 minutes.
L’enseignant-e guide alors les élèves sur le deuxième objectif de l’activité. On peut demander à chaque groupe de relever dans les
couplets ce qui relève du chant patriotique (la défense du territoire national envahi) et ce qui relève d’un aspect plus révolutionnaire (le
refus d’un retour à l’Ancien Régime, la défense des nouvelles idées et valeurs apportées par la Révolution, la volonté même d’exporter
ces idées libératrices à d’autres peuples).
La question du sang impur peut faire l’objet d’une explication par l’enseigant-e.
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DOCUMENT COMPLÉMENTAIRE : LA MARSEILLAISE
Refrain
Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !
Couplet 1
Allons Enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L’étendard sanglant est levé, (Bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes
Couplet 4
Tremblez, tyrans et vous, perfides,
L’opprobre de tous les partis !
Tremblez ! Vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix. (Bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S’ils tombent, nos jeunes héros,
La France en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêt à se battre !
Au refrain
Au refrain
Couplet 2
Que veut cette horde d’esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (Bis)
Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage !
Quels transports il doit exciter ;
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage !
Couplet 5
Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez nos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
A regret, s’armant contre nous ! (Bis)
Mais ce despote sanguinaire,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !
Au refrain
Au refrain
Couplet 3
Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Des phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (Bis)
Dieu ! Nos mains seraient enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient !
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Couplet 6
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs !
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (Bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents !
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
Au refrain
Au refrain
Couplet dit des enfants
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (Bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre !
Au refrain
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°4
Niveau Collège
LA MARSEILLAISE DANS L’ART
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : HISTOIRE DES ARTS
Niveau : classe de 4ème
Thème du programme : L’art au temps des Lumières et des révolutions (1750-1850)
Objets d’études possibles :
- Sensation et sensibilité.
- L’art, expression de la pensée politique.
- Foi dans le progrès et recours au passé.
Référence aux pages du livret :
Pages 18 et 19.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
Le Départ des Volontaires de 1792 est une sculpture de François Rude. Elle orne la pile nord de la face est de l’arc de triomphe sur la
place de l’Etoile à Paris. Ce monument est un élément majeur du patrimoine historique de la capitale au même titre que la Tour Eiffel ou
le palais du Louvre.
La construction de l’arc de triomphe est ordonnée en 1806 par l’empereur Napoléon Ier pour rendre hommage à la Grande Armée. Elle
s’achève en 1836 sous le règne de Louis-Philippe. Le projet a subi de nombreux retards dus aux changements politiques que connaît la
France entre ces dates. Ce monument est un élément important de la perspective qui part du jardin des Tuileries pour aller à la place de
l’Étoile et dont les aménagements sont pensés en termes d’urbanisme depuis le règne de Louis XIV.
Lorsqu’il reçoit la commande pour Le Départ des Volontaires de 1792 en 1833, François Rude est déjà un artiste renommé. Il a
commencé sa carrière sous le Ier Empire en réalisant des œuvres qui glorifient la politique impériale. Ainsi, il a travaillé à la colonne
Vendôme et il a aussi reçu le premier prix de Rome en 1812. Avec le retour des Bourbons au pouvoir en 1815, François Rude s’exile à
Bruxelles où il côtoie le peintre David lui aussi en exil. Il rentre à Paris en 1827 et devient le chef de file de l’école de sculpture romantique. Adolphe Thiers s’adresse à lui pour le décor de l’arc de Triomphe de l’Étoile en 1833.
Le haut-relief sculpté par Rude est une composition allégorique d’une rare intensité et d’un romantisme extraordinaire, représentant
un groupe de soldats surmonté par une Victoire ailée. Dans la partie inférieure de l’œuvre, on observe plusieurs personnages vêtus
de costumes rappelant les légionnaires romains et les guerriers gaulois (casques, cuirasses, jambières, cottes de mailles, glaives) qui
constituent une référence explicite aux origines gauloises de la nation française, mythe si cher aux Romantiques à l’époque. Dans ce
groupe, on observe toutes les tranches d’âge. Ainsi, dans la partie centrale, un homme d’âge mûr entraine au combat un jeune homme
confiant qui le suit admiratif. Derrière ce jeune homme, on distingue un vieillard dont l’attitude semble moins enthousiaste et plus
mesurée que celle des autres personnages. Veut-il inciter les volontaires sur le départ à la prudence ? Ou leur dit-il simplement adieu ?
Un cheval hennissant complète ce groupe. Il donne une dimension épique et apporte de la profondeur à la composition tout comme les
étendards déployés et le cor duquel semble sortir un son produit par le souffle puissant d’un des soldats.
Dominant ce bataillon, une Victoire ailée brandit un glaive dans la direction à suivre et hurle un mot d’ordre mobilisateur. Rude, pour
réaliser cette figure, n’a pas hésité à faire poser son épouse Sophie dans son atelier. Femme casquée aux ailes déployée, cette Victoire
porte aussi une cuirasse. Cette figure est rapidement assimilée à une allégorie de La Marseillaise haranguant la Nation, au même titre
que le tableau La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. On peut ainsi l’imaginer entonnant l’hymne national : « Aux armes
citoyens ! ».
L’image de cette Victoire a été souvent utilisée au XXème siècle par les partis politiques de droite comme de gauche car elle se présente
comme un symbole républicain avec une dimension métaphorique et atemporelle importante. Cette œuvre a donc une puissante connotation patriotique dont le but est donc bien de rassembler tous les Français qu’ils soient monarchistes, bonapartistes ou républicains. Tel
était le programme de Louis-Philippe au moment où la commande est passée à Rude mais avec le temps, ce chef-d’œuvre acquiert une
dimension véritablement républicaine.
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OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ :
Rédiger une analyse de l’œuvre de Rude
Mettre en valeur cette rédaction en utilisant le logiciel Images Actives disponible en suivant ce lien :
http://images-actives.crdp-versailles.fr
Publier le travail réalisé par les élèves sur le site web de l’établissement.
COMPÉTENCES TRAVAILLÉES RELEVANT DE L’HISTOIRE DES ARTS :
Décrire une œuvre d’art en employant un lexique simple et adapté.
Associer une œuvre à une époque et une civilisation à partir des éléments observés.
Proposer une analyse critique simple et une interprétation d’une œuvre.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
Première étape :
Les élèves opèrent une description de l’œuvre qui leur est projetée par l’enseignant-e. Ils repèrent ainsi les différents éléments importants de la composition de Rude pour les isoler afin de rédiger les notices qui seront reprises dans un deuxième temps pour constituer
l’animation réalisée par Images Actives :
La Victoire ailée.
Les soldats vêtus comme durant l’Antiquité.
Le vieil homme à l’arrière semblant inciter les autres personnages à la prudence.
Le cheval, le cor, les étendards déployés.
Deux autres notices sont à réaliser : une présentation générale de l’œuvre et une biographie succincte de l’artiste.
Deuxième étape :
Dans une salle informatique, les élèves sont initiés à la prise en main du logiciel Images Actives par l’enseignant-e (tutoriel disponible en
suivant ce lien : http://images-actives.crdp-versailles.fr/spip.php?article28).
Les élèves réalisent par groupe de deux ou trois, leur photo dynamique accompagnée des légendes et commentaires associés aux
zones pertinentes de l’image déterminées dans la première partie de l’exercice.
A l’issue de l’activité, un choix doit être opéré pour sélectionner les meilleurs travaux qui seront ensuite mis en ligne sur le site de l’établissement afin de pouvoir être utilisés par d’autres classes.
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DOCUMENT 1 : LE DÉPART DES VOLONTAIRES EN 1792 DIT LA MARSEILLAISE
illustration de Mathieu Binand
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°5
Niveau Collège
LA MARSEILLAISE, ENTRE RÉCUPÉRATION VICHYSTE
ET CHANT DE LA RÉSISTANCE (1940-1944)
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : HISTOIRE
Thème 1 : L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales (1914-1945)
La France défaite et occupée. Régime de Vichy, collaboration, Résistance.
Référence aux pages du livret :
Page 3.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
Sous l’Occupation, La Marseillaise est interdite en zone occupée. Dans la zone sud, dite libre, son statut est ambigu et son usage est
très réglementé. Le premier couplet est théoriquement interdit car perçu comme trop agressif vis-à-vis de l’occupant avec qui l’État français collabore depuis l’entrevue de Montoire d’octobre 1940. Le Régime de Vichy ne peut en effet se reconnaitre dans La Marseillaise
qui reste un chant républicain bien que, depuis la Première Guerre Mondiale, même l’extrême droite, l’a adopté. Jusqu’au 11 novembre
1942, date de l’occupation de la zone dite libre par les Allemands, La Marseillaise est entonnée dans les différentes parades de l’armée
d’armistice. Durant toute la période de l’Occupation, elle est également chantée lors des visites officielles du Maréchal Pétain dans les
différentes villes de France et ce, au même titre que Maréchal, nous voilà.
La Marseillaise est surtout chantée par les partisans de la France Libre qui ont progressivement rejoint le général de Gaulle à Londres
à partir de l’été 1940. Dans ses mémoires, Alias Caracalla, Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin à partir de 1942, raconte
comment La Marseillaise était entonnée par les recrues de la France Libre à leur arrivée dans la capitale britannique au début du mois
de juillet 1940. Le chant retrouve à ce moment sa vertu patriotique et entrainante pour ceux qui, peu nombreux, encore sous le choc de
la Débâcle, ont eu le courage de rejoindre le général de Gaulle à ce moment-là. Le chef de la France Libre continue ensuite lors des
cérémonies officielles de reprendre à son compte l’hymne national dans un but patriotique et pour se faire reconnaître comme le chef
légitime de la « France qui se bat, (…) la seule France, (…) la vraie France, (…) la France éternelle », celle évoquée le 25 août 1944
lors de son discours à l’Hôtel de Ville dans Paris libérée. Le lendemain, lors du défilé sur les Champs-Elysées, La Marseillaise retentit
sur le parcours au milieu des acclamations enthousiastes de la foule, célébrant ainsi la joie de la Libération.
La Marseillaise reste surtout un des chants de la Résistance à l’occupant et au Régime de Vichy. Les Résistants condamnés à mort,
qu’ils soient de gauche ou de droite, l’entonnent souvent face au peloton d’exécution. De même, elle est reprise par les participants aux
différentes manifestations publiques qui sont interdites par l’État français et l’occupant notamment le 11 novembre 1940 sur la place de
l’Etoile. A Nantua, le 11 novembre 1943, un défilé de 300 personnes s’achève au son de La Marseillaise. De même, elle donne son nom
à plusieurs journaux de la Résistance fondés et diffusés dans la clandestinité.
Enfin, l’hymne national est également repris dans les camps nazis par les déportés pour manifester leur patriotisme et faire preuve
de résistance. Ainsi, Marie-Claude Vaillant Couturier, résistante appartenant au Parti communiste français, raconte : « Nous sommes
arrivés à Auschwitz au petit jour. On a déplombé nos wagons et on nous a fait sortir à coups de crosse nous conduire pour au camp de
Birkenau, qui est une dépendance du camp d’Auschwitz, dans une immense plaine qui, au mois de janvier, était glacée. Nous avons
fait le trajet en tirant nos bagages. Nous sentions tellement qu’il y avait peu de chances d’en ressortir - car nous avions déjà rencontré
les colonnes squelettiques qui se dirigeaient au travail - qu’en passant le porche nous avons chanté La Marseillaise pour nous donner
du courage » (L’Humanité, 13 décembre 1996). De même, dans une dépendance du camp de Dora, le 14 juillet 1944, 300 détenus
chantent La Marseillaise pour commémorer la Fête nationale. Marcel Arbez affirme : « La Marseillaise, commence, timide,… Elle éclate
bientôt dans toute sa puissance… Les sentinelles dans leurs miradors ahuries de tant d’audace ne réagissent pas... Nos amis belges,
les larmes aux yeux, ont chanté avec nous et nous félicitent.» (F.N.D.I.R./U.N.A.D.I.F./FILLAIRE Bernard, Jusqu’au bout de la résistance, éditions Stock, 1997, page 222). Enfin, Yvonne Châtelain, déportée à Ravensbrück, précise également que ce même 14 juillet
1944 : « Nous avons décidé que tous les ateliers arrêteraient le travail à 9 heures. Les yeux fixés sur la pendule, nous travaillons. À 9
heures, cœur battant, nous nous levons et les machines stoppent. La Marseillaise éclate, nous ne chanterons pas longtemps : les coups
pleuvent, nous reprenons notre travail en silence, heureuses de l’exploit accompli ».
En définitive, La Marseillaise s’avère donc être un vrai chant de résistance patriotique. Toutefois, comme le souligne l’historien Bernard
Richard : « Sous l’Occupation, l’hymne s’épanouit dans tout le spectre de la vie politique ». On a ainsi un chant tiraillé entre Maréchal,
nous voilà et le Chant des partisans.
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OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ :
CONNAISSANCES :
Comprendre le contexte historique de la France durant l’Occupation.
Comprendre comment La Marseillaise permet à la Résistance de lutter contre l’occupant et « le Régime de Vichy,
négateur des valeurs républicaines ».
Comprendre que La Marseillaise est tiraillée entre le Régime de Vichy et la Résistance qu’elle soit intérieure ou extérieure.
COMPÉTENCES TRAVAILLÉES :
Se repérer dans le temps : construire des repères historiques
Situer un fait dans une époque ou une période donnée.
Ordonner des faits les uns par rapport aux autres.
Mettre en relation des faits d’une époque ou d’une période donnée.
Analyser et comprendre un document
Comprendre le sens général d’un document.
Identifier le document et son point de vue particulier.
Extraire des informations pertinentes pour répondre à une question portant sur un document ou plusieurs documents,
les classer, les hiérarchiser.
Confronter un document à ce qu’on peut connaître par ailleurs du sujet étudié.
Utiliser ses connaissances pour expliquer le document et exercer son esprit critique.
Pratiquer différents langages en histoire et en géographie
Écrire pour construire sa pensée et son savoir, pour argumenter et écrire pour communiquer et échanger.
S’approprier et utiliser un lexique spécifique en contexte.
S’initier aux techniques d’argumentation.
Coopérer et mutualiser
Organiser son travail dans le cadre d’un groupe pour élaborer une tâche commune et/ou une production collective et
mettre à la disposition des autres ses compétences et ses connaissances.
Adapter son rythme de travail à celui du groupe.
Discuter, expliquer, confronter ses représentations, argumenter pour défendre ses choix.
Négocier une solution commune si une production collective est demandée.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
Des ressources numériques pour mettre en œuvre l’activité :
https://www.ina.fr/video/I06188287/la-marseillaise-a-nancy-video.html
https://www.ina.fr/video/I06188288/la-marseillaise-a-saint-etienne-video.html
https://www.ina.fr/video/AFE86002676/le-marechal-petain-a-paris-video.html
https://www.ina.fr/video/AFE99000034/unite-francaise-rassemblement-de-la-france-combattante-video.html
https://www.ina.fr/video/I06188295/le-sultan-du-maroc-a-clermont-ferrand-video.html
https://www.ina.fr/video/AFE99000038/journal-de-la-resistance-la-liberation-de-paris-video.html
(disponible également sur le domaine youtube.com)
Des exemples de journaux clandestins de la Résistance sur le domaine gallica.bnf.fr (taper dans la barre de recherche la requête « La Marseillaise », avec l’onglet dans la presse et les revues).
ACTIVITÉS PROPOSÉES :
Les élèves forment des groupes de travail pour explorer les différentes ressources proposées. Ils exploitent ensuite les vidéos
et les documents proposés afin de rédiger un texte dans lequel ils expliquent les usages de La Marseillaise sous l’Occupation
de l’été 1940 à l’été 1944.
Plan à suivre pour rédiger le texte :
1.Un chant utilisé par le Régime de Vichy
2.Un chant de la Résistance.
3.Le chant de la Libération.
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°6
Niveau Collège
LA MARSEILLAISE ET SES RIVALES EN FRANCE
(FIN XIXème – DÉBUT DU XXème SIÈCLE)
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : EMC
Niveau : classe de 3ème
Thème du programme : Cycle 4
La sensibilité : soi et les autres.
Objectifs de formation (…)
3. Se sentir membre d’une collectivité (…)
Connaissances, capacités et attitudes visées
Objets d’enseignement
Exemples de pratiques en classe, à
l’école, dans l’établissement
3/b – Connaître les principes, valeurs
et symboles de la citoyenneté française et de la citoyenneté européenne.
Citoyenneté française et citoyenneté
européenne : principes, valeurs, symboles.
L’exemple choisi est celui de l’étude et
la mise en perspective historique de
chants qui peuvent apparaître comme
des rivales de La Marseillaise.
Le droit et la règle : des principes pour vivre avec les autres :
Objectifs de formation (…)
2. Comprendre les principes et les valeurs de la République française et des sociétés démocratiques.
Une alternative est possible : cette étude peut-être aussi menée dans le cadre d’un travail en interdisciplinarité avec un EPI Français-Histoire-Education musicale sur la thématique “poèmes et chansons révolutionnaires, XIXème-XXème siècle”.
Référence aux pages du livret :
Page 6 pour les paroles de La Marseillaise car la thématique n’est pas directement abordé dans le livret mais mérite de l’être au collège.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
Quand La Marseillaise devient l’hymne national en 1879, elle est rapidement concurrencée par d’autres chants qui viennent aussi bien
de la droite et de l’extrême droite que de la gauche réformiste ou révolutionnaire.
Ainsi, la droite monarchiste accepte mal La Marseillaise. Dans le contexte de la défaite de 1870, le chant n’apparait pas comme assez
patriotique et nationaliste aux yeux de ses partisans. Certains officiers de l’armée interdisent même à leurs soldats de la jouer. D’autres
l’accusent d’être un « chant politique » et donc de ne pas avoir sa place au sein des casernes militaires.
A la fin des années 1880, lors de la « crise boulangiste », une Marseillaise de Boulanger créée par Gaston Villemer, républicain devenu
nationaliste véhément, est diffusée dans le pays par le biais de brochures colportées aux quatre coins du pays. L’auteur s’était déjà
distingué en 1870-1871 avec Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine qui connut un grand succès dans une France qui pleurait les
provinces perdues.
Dans le contexte de l’affaire Dreyfus, La Marseillaise connaît de nouvelles rivales qui reprennent sa mélodie. En 1898, une Marseillaise antijuive est éditée à Oran et signée par « Plume au vent ». Elle est entonnée par les partisans d’Edouard Drumont, l’auteur de
La France juive, à son arrivée à Alger en avril alors qu’il entame une campagne électorale triomphale qui se termine par son élection
comme député de la colonie. Les paroles de ce chant reflètent l’antisémitisme virulent et nauséabond des partisans de l’extrême droite
de l’époque. Pierre Birbaum dans Le moment antisémite : un tour de la France en 1898, (Fayard 1998), indique, en reproduisant le
texte, qu’on a pu l’entendre aussi dans les rues de Marseille à la même époque. Elle est également reprise par les antisémites jusque
dans l’entre-deux-guerres.
Bernard Richard signale que, à la même époque, « d’autres Marseillaises polémiques ou parodiques existent surtout aux deux extrêmes ».
Et de citer La Marseillaise anticléricale (Léo Taxil, 1881), La Marseillaise fourmisienne inspirée par la fusillade de Fourmies en 1891 et
La Marseillaise des viticulteurs au début du XXème siècle.
Mais, c’est surtout l’affirmation et le développement du mouvement ouvrier dans les années 1880, qui donne naissance à la plus célèbre
rivale de La Marseillaise : L’Internationale. L’hymne national conservait encore jusqu’à cette période un caractère révolutionnaire et
subversif pour l’ordre établi. Les paroles de L’Internationale sont écrites par Eugène Pottier durant la Commune de Paris et la mélodie
20
est créée par Pierre Degeyter en juin 1888 et jouée pour la première fois en juillet par la chorale ouvrière lilloise « La lyre des travailleurs ».
Dans un premier temps, les deux hymnes cohabitent au sein du mouvement ouvrier et ce n’est qu’au début du XXème siècle que L’Internationale semble l’emporter. Ainsi, cette dernière devient l’hymne de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) dès sa
fondation en 1906. En 1910, la Seconde Internationale l’adopte à son tour. Le chant révolutionnaire écrit par Eugène Pottier supplante
alors celui de Rouget de Lisle dans le mouvement ouvrier français tandis que hors de France les deux chants restent souvent associés.
A partir de 1936, au moment de l’expérience du Front populaire, La Marseillaise et L’Internationale cohabitent à nouveau au sein de la
gauche. L’hymne national est alors adopté franchement par le Parti communiste français qui entend lui redonner son caractère révolutionnaire et patriotique dans le contexte de la montée du fascisme dans les années 1930. La participation des communistes à la Résistance consacre cette orientation même si au niveau de la base militante, des réticences et des contestations ont toujours perduré au
sein de la gauche jusqu’à nos jours.
OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ :
Comprendre qu’il existe de nombreux chants rivaux de La Marseillaise à partir des années 1880 conservant sa mélodie tout en
détournant ses paroles.
Comprendre que La Marseillaise reste cependant un chant révolutionnaire et patriotique bien après la Révolution française auquel
les Français restent attachés quelles que soient leurs opinions politiques.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
Les élèves effectuent des recherches sur internet pour acquérir des connaissances sur les rivales de La Marseillaise. Pour les effectuer, ils
remplissent le tableau suivant sous la direction de l’enseignant-e :
Titre du chant
Auteur et éléments
biographiques
Date de création du chant
et contexte historique
Finalités politiques
du chant
La Marseillaise de Boulanger
La Marseillaise antijuive
La Marseillaise anticléricale
La Marseillaise fourmisienne
L’internationale
Toutes les paroles ne pourront pas être retrouvées dans le cadre d’une recherche sur le web mais il existe de très nombreuses
ressources qui donneront les principaux éléments permettant de renseigner le tableau. L’enseignant-e vérifiera soigneusement la nature
des sites (blog, site institutionnel, site politique ou militant…) et la fiabilité des informations véhiculées. Il sera toujours utile de se référer
aux éléments de connaissances ci-dessus et à la bibliographie indicative dont on retrouve l’élément majeur, à savoir le chapitre de
Bernard Richard sur La Marseillaise dans Les emblèmes de la République, CNRS Editions, Paris 2012, pages 235 à 268.
Le texte est disponible sur le web à l’adresse suivante :
http://bernard-richard-histoire.com/2014/09/19/la-marseillaise-francaise-et-universelle/
A partir du tableau complété, les élèves prendront mieux conscience que l’hymne national a souvent pu être détourné et concurrencé
par différents courants politiques révolutionnaires ou au contraire réactionnaires.
Mais en définitive, La Marseillaise apparaitra bien comme restant le chant patriotique et révolutionnaire auquel les Français, dans leur
majorité, sont attachés quelles que soient leurs opinions politiques, et ce, depuis les années 1880.
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°7
Niveau Collège
LA MARSEILLAISE, UNE DESTINÉE INTERNATIONALE.
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : EMC
Niveau : classe de 3ème
Thème du programme : Cycle 4
La sensibilité : soi et les autres.
Objectifs de formation (…)
3. Se sentir membre d’une collectivité (…)
Connaissances, capacités et attitudes visées
Objets d’enseignement
Exemples de pratiques en classe, à
l’école, dans l’établissement
3/b – Connaître les principes, valeurs
et symboles de la citoyenneté française et de la citoyenneté européenne.
Citoyenneté française et citoyenneté
européenne : principes, valeurs, symboles.
L’exemple choisi est celui de l’étude de
La Marseillaise comme chant révolutionnaire et hymne à la liberté : ce qui
lui donne un caractère universel et fait
son succès à l’étranger.
Le droit et la règle : des principes pour vivre avec les autres :
Objectifs de formation (…)
2. Comprendre les principes et les valeurs de la République française et des sociétés démocratiques.
Référence aux pages du livret :
Pages 14 et 15.
« Chronologie du voyage de La Marseillaise » qui s’insère dans la carte intitulée « Sur les traces de La Marseillaise » distribuée dans le kit
pédagogique.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
La Marseillaise, chant patriotique et révolutionnaire, a connu, dès la fin du XVIIIème siècle, une destinée internationale. En effet, elle est
récupérée par des acteurs divers à travers le monde à l’occasion de différents événements historiques. Le chant perd ainsi son caractère proprement national pour acquérir par là même une dimension universelle, au même titre que d’autres valeurs ou symboles nés
durant la Révolution française.
Bernard Richard rapporte ainsi que Rouget de Lisle aurait dit, peu avant de mourir au printemps 1836 : « J’ai fait chanter le monde ».
L’historien recense, de la Grèce en lutte pour son indépendance dans les années 1820 aux manifestants américains hostiles à la guerre
en Irak entre 2003 et 2011, de nombreux moments d’histoire durant lesquels La Marseillaise a été entonnée, en français ou dans la
langue du pays dans laquelle ces moments prennent place. On retiendra ainsi une Marseillaise en russe chantée à Odessa en 1905
par les marins insurgés du cuirassé Potemkine ou celle qui, dans la même langue, accueille Vladimir Ilitch Oulianov (alias Lénine) à la
descente de son wagon plombé en gare de Saint-Pétersbourg, lors du retour du leader bolchévique de son exil helvétique en avril 1917.
L’hymne de Rouget de Lisle est aussi traduit et chanté par les communistes chinois pendant la guerre civile qui les oppose aux nationalistes du Guomindang dans les années 1930. A la même époque, le parti socialiste chilien adopte la musique de La Marseillaise sur des
paroles spécifiques en espagnol. Au Pérou, l’Alliance Populaire Révolutionnaire Américaine (APRA) la choisit comme hymne du parti,
toujours dans les années 1930. La Marseillaise en anglais accompagne dans les années 1890 en Grande Bretagne l’entrée de Keir
Hardle à la Chambre des communes comme député travailliste suite à son élection. Enfin, sans multiplier les exemples, l’hymne national
de la République française est aussi adapté en hongrois, en allemand, en italien, en polonais lors des événements révolutionnaires qui
marquent l’année 1848.
C’est donc bien les caractères de chant révolutionnaire d’une part et d’hymne à la liberté d’autre part qui donnent à La Marseillaise une
dimension vraiment universelle et font son succès à l’étranger.
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OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ :
Comprendre que La Marseillaise se diffuse à travers l’Europe et le monde dès la fin du XVIIIème siècle pour connaître une destinée
internationale jusqu’à nos jours.
Réaliser une carte pour illustrer cette diffusion internationale et en marquer les grandes étapes chronologiques.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
A l’issue de la séance, les élèves doivent avoir réalisé une carte illustrant la diffusion de La Marseillaise en Europe et dans le monde depuis
la fin du XVIIIème siècle.
Pour préparer cette séance, l’enseignant-e doit d’abord s’appuyer sur la « Chronologie du voyage de La Marseillaise » qui s’insère dans la carte
intitulée « Sur les traces de La Marseillaise » distribuée dans le kit pédagogique. Cette chronologie sera utilisée pour dégager trois grandes
périodes qui marquent les étapes de la diffusion de La Marseillaise en Europe et dans le monde. A chacune de ces périodes, les élèves devront
associer des États et un figuré cartographique selon le tableau suivant qui permettra de construire la légende de la carte.
Période chronologique
Etats ou villes concernés
Figuré correspondant
1793-1850
(De la Révolution française au « Printemps des peuples »)
Allemagne, Italie, Pologne (même si
ces Etats ne sont pas encore constitués en tant que tels à l’époque), Autriche, Hongrie, Belgique, Grèce, Haïti.
Figuré de surface rouge.
1912-1950
(Une diffusion mondiale)
Etats-Unis, Russie, Chine, Pérou, Chili.
Figuré de surface bleu.
Des années 1980 à nos jours
(Révolte et recueillement)
Pékin, Madrid, Los Angeles, New York,
Londres, Sydney, Toronto, Montréal,
Tel Aviv.
Figuré ponctuel (cercle plein noir).
Les élèves adapteront la nomenclature en plaçant les noms des pays et des villes sur la carte et ils n’oublieront pas de donner un titre à leur
production.
L’enseignant-e pourra attirer l’attention des élèves sur le fait que, au moment où La Marseillaise est adoptée par les nationalistes en France,
elle se diffuse à travers le monde comme un chant de révolte et de liberté adopté plutôt par les mouvements de gauche.
Une fois cette carte réalisée, l’enseignant-e pourra éventuellement afficher dans sa salle, la carte proposée dans le kit pédagogique et intitulée
« Sur les traces de La Marseillaise ».
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Au chant, jeunes citoyens ! - Fiche n°8
Niveau Collège
LA MARSEILLAISE REMISE EN CAUSE :
PROFANATIONS ET PARODIES
RÉFÉRENCES AUX NOUVEAUX PROGRAMMES DE COLLÈGE :
DISCIPLINE : EMC
Niveau : classe de 3ème
Thème du programme : Cycle 4
La sensibilité : soi et les autres.
Objectifs de formation (…)
3. Se sentir membre d’une collectivité (…)
Connaissances, capacités et attitudes visées
Objets d’enseignement
Exemples de pratiques en classe, à
l’école, dans l’établissement
3/b – Connaître les principes, valeurs
et symboles de la citoyenneté française et de la citoyenneté européenne.
Citoyenneté française et citoyenneté
européenne : principes, valeurs, symboles.
L’exemple choisi est celui de l’étude
des profanations et des parodies subies par l’hymne national.
Le droit et la règle : des principes pour vivre avec les autres :
Objectifs de formation (…)
2. Comprendre les principes et les valeurs de la République française et des sociétés démocratiques.
Référence aux pages du livret :
Pages 16 et 17.
ELÉMENTS DE CONNAISSANCES POUR L’ENSEIGNANT-E :
La vocation universelle de La Marseillaise est indiscutable. En effet, ce chant a souvent été utilisé par des peuples en lutte pour gagner
leur liberté. Une exception importante à ce constat est à signaler. Les populations dont les territoires ont été conquis par la France
au XIXème siècle perçoivent plutôt La Marseillaise comme un des éléments de la domination coloniale « pour des raisons évidentes »,
affirme l’historien Bernard Richard. Cependant, il se garde bien d’expliquer ces raisons. Ainsi, dans les colonies, l’hymne reste l’apanage du pouvoir et de l’administration coloniale. La conquête a souvent pu se faire au son de La Marseillaise, laissant donc un souvenir
douloureux aux populations vaincues. De même, c’est aussi en entonnant ce chant que l’armée coloniale enrôlait souvent de force les
soldats provenant des territoires de l’empire. Ces recrues ont dû elles-mêmes reprendre les paroles de cet hymne à la liberté alors qu’ils
en étaient privés.
Les colons ont souvent repris La Marseillaise lors de manifestations de patriotisme comme à l’occasion des commémorations de l’armistice du 11 novembre 1918. Les cérémonies officielles qui se déroulent en Algérie le 8 mai 1945 sont ponctuées par l’hymne national
alors même qu’à Sétif et Guelma, les manifestants Algériens sont victimes d’une terrible répression pour avoir osé brandir pour la
première fois en public le drapeau du mouvement national algérien. De même le 13 mai 1958, La Marseillaise est reprise par la foule
des Français d’Algérie qui descend dans la rue pour manifester sa crainte de voir le gouvernement français négocier avec le FLN (Front
de libération nationale) et réclamer le retour au pouvoir du général de Gaulle.
Une cinquantaine d’années plus tard, La Marseillaise est sifflée dans les stades surtout à l’occasion de rencontres opposant la France
à une équipe de football d’Afrique du Nord comme ce fut le cas lors du match France-Algérie en octobre 2001, France-Maroc en
novembre 2007, France-Tunisie en octobre 2008. Déjà en 2002, lors de la finale de la coupe de France de football opposant Bastia à
Lorient, des supporters corses avaient sifflé l’hymne national provoquant le départ de la tribune officielle du Président de la République,
Jacques Chirac.
Ces profanations de La Marseillaise par un public conscient de ce qu’il fait, ont provoqué de vives réactions. C’est en effet la patrie et la
République qui se retrouvent mises en cause par un public souvent constitué par des Français dont les parents et les grands-parents
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sont originaires des anciennes colonies. Ils protestent ainsi contre les discriminations dont ils estiment être encore victimes plusieurs
décennies après l’achèvement du processus de décolonisation. La réponse apportée par les autorités publiques a été, le 23 janvier
2003, d’instituer un « délit d’outrage aux symboles de l’unité nationale » passible de 6 mois de prison et de 1500 euros d’amende.
Cependant, cela n’a pu empêcher que l’hymne soit à nouveau sifflé par des groupes de supporters difficilement identifiables conduisant
ainsi les autorités en octobre 2008, après France-Tunisie, à menacer de faire évacuer tout le public du stade si La Marseillaise était à
l’avenir de nouveau profanée. Ces réponses n’ont cependant guère convaincues à l’époque notamment les responsables du maintien
de l’ordre, ne pouvant se résoudre à lancer dans les rues des milliers de personnes particulièrement véhémentes. Ainsi, aucune solution
pérenne n’a réellement été proposée pour résoudre ce problème.
Au regard de ces événements, les parodies dont a été victimes La Marseillaise semblent beaucoup plus légères. Django Reinhardt
modifie ainsi le rythme de la mélodie de Rouget de Lisle pour lui donner un tempo correspondant à celui du jazz manouche en vogue à
la Libération. Mais cette adaptation marque plutôt la volonté de célébrer la liberté retrouvée.
La plus célèbre des parodies restent celle écrite par Serge Gainsbourg en 1979 avec un rythme reggae et un titre peu respectueux : Aux
Armes et caetera ! Cela déclenche une vive polémique. Certains dénoncent à l’époque un outrage à un symbole national intouchable
pendant que d’autres y voient plutôt un acte civique remettant La Marseillaise au goût du jour. Cependant, cette parodie s’apparente
davantage à de la désinvolture qu’à l’acte sacrilège que voulaient y voir les parachutistes venus chahutés Serge Gainsbourg lors d’un
concert à Strasbourg en 1980. D’ailleurs, le chanteur pour montrer son attachement à l’hymne national l’a courageusement entonné
dans son intégralité, le poing levé, face à ses censeurs en uniforme.
Ces profanations et parodies jugées sacrilèges par beaucoup à l’époque des faits, semblent aujourd’hui effacées et même oubliées
par les Marseillaise entonnées en France et à l’étranger au lendemain des attaques terroristes subies par la République en janvier et
novembre 2015. Le chant de Rouget de Lisle semble donc refaire consensus dans le recueillement partagé par l’ensemble de l’opinion
publique profondément choqué par ces événements.
OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ :
Expliquer pourquoi La Marseillaise a pu être remise en cause et contestée durant son histoire.
Comprendre pourquoi La Marseillaise a été parodiée à certaines occasions.
PROPOSITION DE MISE EN ŒUVRE PÉDAGOGIQUE :
La séance proposée peut prendre la forme d’un débat en EMC autour de la question « Peut-on profaner ou parodier La Marseillaise sans
remettre en cause la République ? »
Pour préparer ce débat, les élèves doivent construire leurs arguments à partir du corpus documentaire proposé dans cette fiche qui pourra
éventuellement être complété par une recherche internet.
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DOCUMENT 1 – « HORS-JEU ! »
« Est-ce l’air du temps qui détraque les esprits les mieux équilibrés ? La folie de la planète finance qui met à vif les nerfs de nos dirigeants ? On est enclin à le penser devant la tempête politique déclenchée par les sifflets qui ont accueilli La Marseillaise lors du match
de football France-Tunisie de mardi 14 octobre.
Dès le lendemain, le branle-bas de combat a été général. Le Président de la République a dénoncé ces « incidents scandaleux », et
le premier ministre a regretté que le match n’ait pas été interrompu. […] Quant à la secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville,
Fadela Amara, elle a lancé, comme un cri de guerre : « Pas de pitié pour ces gens-là ! »
On croit rêver ! Non qu’il soit ici question d’excuser ces sifflets contre l’hymne national, devenus une sorte de déplorable rituel depuis les
matchs France-Algérie de 2001 et France-Maroc de 2007. Est-il pertinent, pour autant, d’opposer des déclarations aussi excessives à
la bêtise des supporters ? Est-il justifié de brandir la menace d’interrompre des matchs quand, de l’avis général, une telle décision serait
inapplicable ? […]
Est-il enfin digne des principaux responsables publics d’ignorer ce que ces sifflets expriment, qu’ils le veuillent ou non : la rage des
banlieues, le sentiment de rejet et le désarroi des jeunes issus de l’immigration, l’échec lancinant et corrosif de leur intégration à la
communauté républicaine ? Comme les voitures brulées aveuglément, les sifflets du Stade de France sont inexcusables. Mais ils sont
le symptôme de cette désintégration sociale qu’aucun « plan banlieue » n’a réduite. Personne ne sort jamais gagnant de l’engrenage
provocation-répression. C’est la responsabilité des pouvoirs publics de le comprendre, et de le faire comprendre. Sauf à se mettre
hors-jeu. »
Editorial du journal Le Monde, 17 octobre 2008.
DOCUMENT 2 – LE POINT DE VUE D’UN JEUNE
« C’est la sortie du terrain mercredi 15 octobre. Les moins de 13 ans du club de football du CSL d’Aulnay, en Seine-Saint-Denis, vont
rejoindre leur barre d’immeuble. Sur la cinquantaine de jeunes joueurs présents, seul Malek, 13 ans, était au Stade de France la veille
pour voir le match France-Tunisie.
« T’as sifflé, toi ? », lui demande un copain. Malek : « Tout le monde a sifflé, j’ai sifflé. » « Pourquoi ? » lui lance son ami. « Je ne sais
pas, les Algériens et les Marocains ont sifflé aussi : c’était Maghreb United ! » Il se marre. […] Son entraineur, Arthur Gaote, ne sourit
pas : « Abruti ! Toi t’es français, tu te siffles toi-même. »
Mais Malek n’est pas concerné. Le petit bonhomme, en classe de 5e, se considère comme 100% tunisien, allez « peut-être un quart
français ». Autour de lui, certains de ses camarades n’en reviennent pas. « Déjà que nous sommes mal vus par la société, jure un
garçon, ça va rajouter une couche. » « Tu sais en France, on nous reproche d’être arabe ! » riposte Malek. […]
« Les gens qui ont sifflé, ajoute Axel, 13 ans, ce n’est pas contre l’équipe de France, mais parce qu’ils ont la haine. » La haine ? « Ils
dénoncent ce qu’il se passe dans le pays : le racisme. La France, ça me dégoûte ! » Le garçon se sent avant tout camerounais car «
là-bas, même si les gens sont pauvres, ils partagent ». Il en a marre d’entendre « Retourne dans ton pays ». Younès, 13 ans, lui répond
: « Mais ça ne te concerne pas, puisque tu es de nationalité française » […] »
Mustapha Kessous, Le Monde, 17 octobre 2008.
DOCUMENT 3 – LE POINT DE VUE DE MICHEL PLATINI
« Michel Platini, président de l’Union européenne de football (UEFA) et ancien capitaine de l’équipe de France, estime dans un entretien
au Monde que les sifflets qui ont accompagné La Marseillaise avant le match France-Tunisie ne sont «pas une insulte à la France».
Que pensez-vous du tollé politique qui a suivi les sifflets de La Marseillaise, mardi 14 octobre, au Stade de France ?
Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, La Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques
ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd’hui, c’est devenu une obligation pour un homme politique, en
fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de
sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport.
Je ne vois pas dans les sifflets qu’on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement
des manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France, que l’on veut battre. Dans d’autres occasions, je
suis certain que les mêmes jeunes qui ont sifflé La Marseillaise, mardi soir, chantent l’hymne national quand l’équipe de France dispute
un match de l’Euro ou de la Coupe du monde. […]
Si on commence à arrêter un match parce qu’il y a des sifflets, dans ce cas-là on arrête aussi dès qu’un joueur se fait siffler ou quand le
gardien se fait conspuer après un dégagement. C’est absurde. Et pourquoi pas aussi un policier derrière chaque spectateur. Il faudrait
plutôt éduquer les supporters car dans certains pays, les hymnes ne sont jamais sifflés. A l’Euro, on avait fait de la pédagogie avant les
matches et les hymnes n’ont pas été sifflés. […] »
Propos recueillis par Stéphane Mandard, Le Monde, 18 octobre 2008.
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DOCUMENT 4 – ILLUSTRATION DE LA MARSEILLAISE DANS LES COLONIES
Illustration de Mathieu Binand.
DOCUMENT 5 – AUX ARMES ET CAETERA ! SERGE GAINSBOURG
Vidéo de l’Ina, 17 mars 1979, 5min 2 sec
http://www.ina.fr/video/CAB7900591601
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