le système nerveux périphérique (snp) et ses maladies

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Système nerveux 2017 Le système nerveux périphérique (SNP) et ses maladies
LE SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE (SNP) ET SES MALADIES
Pierre R. Bourque, MD, FRCP (C)
Objectifs
A. Revoir l'anatomie macroscopique et microscopique du système nerveux périphérique
B. Discuter des principaux mécanismes physiopathologiques du dysfonctionnement des nerfs
C. Discuter d'une approche clinique de la classification des neuropathies
D. Donner un aperçu d'exemples courants de neuropathie
A. Anatomie
Le système nerveux périphérique (SNP) comprend tous les nerfs crâniens à l'exception du
deuxième, les racines des nerfs spinaux, les plexus nerveux, les fibres nerveuses parasympathiques
et sympathiques ainsi que leurs ganglions respectifs. La frontière entre le système nerveux central
(SNC) et le SNP se situe là où les nerfs crâniens émergent du tronc cérébral et là où les racines
ventrales et dorsales émergent de la moelle épinière. Une caractéristique histologique importante
de cette frontière réside dans le changement de cellules responsables de la myélinisation des
axones : il s'agit des oligodendrocytes dans le SNC, et des cellules de Schwann dans le SNP.
Les racines ventrale et dorsale de chacun des nerfs spinaux se rejoignent en position
immédiatement distale par rapport au ganglion de la racine dorsale pour former les nerfs spinaux,
à la hauteur des foramens intervertébraux. Chaque nerf spinal se subdivise ensuite en un rameau
ventral (antérieur) et un rameau dorsal (postérieur). Le rameau dorsal alimente principalement les
muscles paraspinaux et la peau qui les recouvre. Les rameaux ventraux s'anastomosent pour former
les principaux plexus nerveux : cervical (C1-C4), brachial (C5-T1), lombaire (L2-L4), sacré (L4S3), d'où partent les nerfs périphériques individuels. Noter qu'il y a 7 vertèbres cervicales mais
8 paires de racines cervicales.
Les fibres d'un nerf sont groupées en plusieurs faisceaux arrondis, dont chacun est entouré d'un
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périnèvre formé de plusieurs couches concentriques de cellules périneurales. L'épinèvre est le tissu
conjonctif (formé de collagène et de vaisseaux sanguins) situé entre les faisceaux. Le contenu de
chaque faisceau, l'endonèvre, est formé de fibres nerveuses myélinisées et amyéliniques, ainsi que
de vaisseaux sanguins, de cellules de Schwann, de fibroblastes et de collagène. Un peu comme la
barrière hémato-encéphalique du SNC, il y a une “ barrière hémato-nerveuse » : les jonctions des
cellules endothéliales des capillaires et des cellules périneurales sont étanches, de sorte que les
grosses molécules ne peuvent passer dans le compartiment endoneural.
Classification simplifiée des types de fibres présents dans un nerf mixte périphérique
Myélinisées
Grosses (de 8 à 20 m)

type Ia afférentes en fuseau

type Ib de Golgi afférentes

plusieurs terminaisons
nerveuses encapsulées
(vibrations, toucher fin)

axone moteur  (vers les
fibres musculaires
extérieures aux fuseaux)
Petites à moyennes (de 2 à 8 m)
 toucher, récepteurs des
cheveux
 douleur ( rapide)
 axone moteur  (vers les
fibres des fuseaux
musculaires)
Amyéliniques
Très petites (de 0 à 2 m)
 douleur (lente)
 température (chaleur)
 sympathiques
- sudomotrices
- vasomotrices
Voici une classification plus détaillée pour référence (Source : Medical Neurosciences, westmoreland
3ième Ed, Little Brown)
B. Physiopathologie des nerfs
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Un dysfonctionnement nerveux périphérique peut résulter de plusieurs mécanismes
physiopathologiques :
1. Bloc fonctionnel (sans altération histologique importante) :
Bloc anesthésique local (dû par exemple à la xylocaïne, qui est un inhibiteur des canaux
sodiques), hypothermie, ischémie brève. Ces situations sont généralement transitoires et
réversibles.
2. Dégénérescence wallérienne (rupture axonale distale par rapport à une lésion) :
Blessure mécanique (injection avec une aiguille, lacération, écrasement), ischémie sévère
(p. ex. vascularite), accident métabolique ou agression toxique grave. La guérison dépend
de la croissance de bourgeons axonaux, au rythme de 1 à 2 mm/jour. Dans la plupart des
cas, la guérison prend de 3 mois à 1 an. Le succès de la guérison dépend de la préservation
des éléments de tissu conjonctif du nerf, de la prolifération ordonnée de cellules de
Schwann ainsi que de l'atteinte des cibles appropriées par les fibres motrices et sensitives.
3. Démyélinisation segmentaire (rupture de la gaine de myéline dans un ou plusieurs
segments internodaux) :
Troubles immunologiques (p. ex. syndrome de Guillain et Barré), certains types de blessure
mécanique (p. ex. compression), certaines neuropathies héréditaires. Il peut y avoir une
baisse de la vitesse de conduction ou un blocage de la conduction, selon l'importance de la
démyélinisation. La guérison dépend de la remyélinisation par prolifération de cellules de
Schwann. Généralement, la guérison prend de 2 à 12 semaines. Là où il y a remyélinisation
le long de l'axone, l'épaisseur de la myéline et la distance internodale sont réduites, ce qui
se traduit par une baisse de la vitesse de conduction. Cette baisse de la vitesse de conduction
est en elle-même généralement asymptomatique.
Dans le cas d'un traumatisme des nerfs, on reconnaît 3 types fondamentaux de blessures de
gravité croissante :
 Premier degré (neurapraxie) : principalement bloc fonctionnel et démyélinisation
(guérison complète en 2 à 3 mois)
 Deuxième degré (axonotmésis) : dégénérescence wallérienne avec préservation de
la structure du tissu conjonctif ainsi que des tubes de la lame basale de l'endonèvre.
La guérison peut prendre de 3 à 12 mois et peut être incomplète, en particulier si la
régénération des axones doit se faire sur de longues distances.
 Troisième degré (neurotmésis) : rupture ou lacération grave du tronc nerveux. Une
exploration et une réparation chirurgicales sont souvent justifiées.
C. Approche clinique d'une neuropathie
Avant de considérer des étiologies précises, le clinicien doit obtenir l'histoire du cas et procéder à
un examen physique pour pouvoir caractériser le processus neuropathique en ce qui concerne les
aspects suivants :
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1. Profil temporel
selon le temps écoulé entre l'apparition de la maladie et le point de déficit maximal : profil
aigu (de quelques jours à 6 semaines), subaigu (de 6 semaines à 6 mois), chronique (de
6 mois à plusieurs années).
2. Distribution anatomique
radiculopathie ou polyradiculopathie (une ou plusieurs racines affectées),
mononeuropathie (un seul nerf périphérique), mononeuropathie multiple (plusieurs nerfs
individuels, souvent dans des membres différents), plexopathie, neuropathie multiple.
Le terme polyneuropathie (par opposition à mononeuropathie multiple) est à employer
pour une atteinte diffuse et symétrique de nerfs périphériques. Règle générale, les axones
les plus longs sont affectés les premiers, ce qui entraîne une perte de sensation dans la
partie antérieure du pied et une atrophie des muscles intrinsèques du pied. Le déficit se
déplace progressivement à mesure que des axones de plus en plus courts sont affectés.
Habituellement, les mains sont touchées lorsque le déficit sensoriel atteint les genoux
(distribution « en gants et en chaussettes « ). Dans les cas graves, même le tronc peut être
atteint, selon une distribution « en bouclier », (à partir de la ligne médiane antérieure, où
se terminent les branches des rameaux dorsaux segmentaires circonférentiels).
3. Types de fibres nerveuses affectées
fibres motrices (atrophie et faiblesse musculaires, fasciculations), sensitives (fibres de
grand diamètre : les sensations de vibration, de position des articulations et de toucher
discrimatif sont affectées ; fibres de petit diamètre : les sensations de douleur et de
température sont affectées), fibres sympathiques sudomotrices (anhidrose), fibres
sympathiques vasomotrices (vasodilation).
4. Affection des cellules de Schwann (démyélinisation) ou des axones (axonopathie)
Cette distinction est difficile à établir sur des bases purement cliniques. Les neuropathies
démyélinisantes tendent à présenter assez tôt une perte de réflexes, à affecter surtout les
grosses fibres et à entraîner moins d'atrophie musculaire (atrophie de non-utilisation plutôt
que de dénervation). Des études de la conduction nerveuse sont particulièrement utiles dans
ce contexte : la vitesse de conduction diminue en cas de démyélinisation, alors que
l'amplitude est faible mais que la vitesse de conduction est relativement normale en cas
d'axonopathie.
D. Exemples cliniques de neuropathie
1. Radiculopathie
Les causes les plus importantes de radiculopathie sont l'hernie d'un disque intervertébral
ou une maladie dégénérative chronique de la moelle épinière avec formation d'ostéophyte.
Une radiculopathie peut également résulter d'un traumatisme, d'une infection ou d'une
invasion néoplasique. Le syndrome typique est une douleur radiculaire, une perte de
sensation ou une paresthésie dans un dermatome et une faiblesse dans le myotome
correspondant. La douleur irradiante ne permet pas de localiser une radiculopathie d'une
manière aussi certaine : elle est souvent plus diffuse et peut être due à une spondylarthrose
de la colonne vertébrale sans atteinte directe des racines. La douleur radiculaire est
aggravée par les mouvements de la colonne vertébrale, la toux et l'éternuement. La
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paresthésie d'un dermatome est davantage le signe de lésions radiculaires, même si la perte
de sensation peut être difficile à établir à l'examen. Dans la région cervicale, 90 % des
modifications dégénératives des disques se produisent entre C5 et C6 ou entre C6 et C7 (et
affectent donc respectivement les racines C6 et C7). Dans la région lombaire, 90 % des
protrusions se produisent entre L4 et L5 ou entre L5 et S1 (et affectent donc respectivement
les racines L5 et S1). Noter que dans la région lombaire la racine affectée par une hernie
discale est généralement celle qui sort sous le disque en cause.
2.
C6
Paresthésie : pouce et index
Parésie : biceps, muscle deltoïde, muscle rond pronateur
Diminution des réflexes : biceps et muscle brachio-radial
C7
Paresthésie : majeur (mais douleur radiculaire diffuse dans le membre supérieur)
Faiblesse : triceps, muscles extenseurs du poignet et des doigts
Diminution des réflexes : triceps
L5
Paresthésie : dos du pied, gros orteil, côté extérieur du mollet
Faiblesse : dorsiflexion de la cheville (muscle tibial antérieur), éversion de la
cheville (muscles fibulaires), rotation de la cheville vers l'intérieur (muscle tibial
postérieur), abduction de la hanche (muscle moyen fessier)
Réflexes : normaux
S1
Paresthésie : arrière du mollet, côté extérieur de la cheville et du pied
Parésie : flexion plantaire, extension de la hanche (muscle grand fessier)
Diminution des réflexes : cheville
Mononeuropathie aiguë
a) Nerf radial dans le haut du bras
Le nerf radial est typiquement comprimé contre l'humérus pendant le sommeil
profond (une fatigue extrême et l'alcool sont des facteurs prédisposants, d'où
l'expression populaire « paralysie du samedi soir » ou « des amoureux »). Le
patient peut se plaindre d'une perte de sensation ou de paresthésie sur le dos de la
main et présente une faiblesse du muscle brachio-radial ainsi que des muscles
extenseurs du poignet et des doigts. Le triceps est généralement épargné puisque sa
branche nerveuse est proximale par rapport au site de compression. La lésion est du
premier degré (neurapraxie) et guérit en 6 à 12 semaines.
b) Nerf fibulaire commun à la tête de la fibula (péroné)
À cet endroit, le nerf est superficiel et comprimé par le croisement des jambes, un
repos prolongé au lit ou un accroupissement prolongé. Il y a perte de sensation du
côté antérolatéral de la partie inférieure de la jambe et sur le dos du pied. Il y a
faiblesse de dorsiflexion et d'éversion du pied ainsi que d'extension des orteils, ce
qui se traduit par un pied tombant et une démarche claquante. La rotation de la
cheville vers l'intérieur (principalement par le muscle tibial postérieur) est
épargnée, contrairement à que l'on observe en cas de radiculopathie L5.
3. Mononeuropathie chronique
Il s'agit le plus souvent de « syndromes canalaires”, ou lésions nerveuses par englobement
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d'un nerf, dues à la compression chronique d'un nerf dans un canal fibro-osseux étroit.
a) Nerf médian au poignet : syndrome du canal carpien
Le patient se plaint de paresthésie intermittente, souvent douloureuse, des
3 premiers doigts, qui affecte typiquement en premier lieu la main dominante et se
produit la nuit. Dans les cas graves, elle s'accompagne d'une atrophie de l'éminence
thénar et d'une faiblesse du muscle court extenseur du pouce (abduction palmaire
du pouce) et du muscle opposant du pouce. Le nerf médian peut présenter un signe
de Tinel. La section chirurgicale du rétinaculum des fléchisseurs, qui constitue la
limite antérieure du canal carpien, corrige généralement le problème.
b) Nerf cubital au coude
Dans ce cas-ci, il y a compression chronique du nerf ulnaire dans le sillon condylien
ou à l'endroit où il entre dans l'avant-bras sous l'aponévrose du muscle fléchisseur
ulnaire du carpe (canal du nerf cubital). Il y a perte de sensation dans les 2 derniers
doigts et du côté ulnaire de la paume. Il y a également atrophie et parésie des
muscles interosseux et des 2 muscles lombricaux médiaux, ce qui peut se traduire
par une main en griffe (doigts fléchis) du côté médial.
c) Nerf cutané latéral de la cuisse
Ce nerf purement sensitif transporte les fibres sensitives cutanées du côté latéral de
la cuisse. Il entre dans la cuisse sous la partie latérale du ligament inguinal, où il
peut devenir comprimé (p. ex. grossesse, obésité). Le patient se plaint de
paresthésie douloureuse du côté latéral de la cuisse  méralgie paresthésique
.
4. Mononeuropathie multiple
L'étiologique la plus importante à considérer est une ischémie nerveuse à foyers multiples
qui peut se produire en cas de vascularite (p. ex., polyartérite noueuse, vascularite
rhumatoïde, granulomatose de Wegener) ou de micro-angiopathie du diabète.
5. Plexopathie
Un traumatisme (souvent avec traction sur un membre), une invasion néoplasique et une
complication lointaine d'une radiothérapie sont les principales causes de plexopathie
brachiale ou lombo-sacrée.
Une autre étiologique importante à considérer est la plexopathie brachiale idiopathique,
aussi appelée syndrome de la ceinture scapulaire ou syndrome de Parsonage et Turner. Ce
syndrome consiste typiquement en une forte douleur aux épaules et aux bras, très intense
pendant 1 à 3 semaines, suivie d'une faiblesse et d'une atrophie progressives, dont le
maximum se situe généralement 2 semaines plus tard. La moitié des cas surviennent après
une infection virale ou une immunisation, d'où la possibilité d'un trouble d'origine immune.
La guérison est généralement spontanée, mais elle peut prendre plusieurs mois à cause de
la dégénérescence des axones.
6. Polyneuropathie aigüe
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Le meilleur exemple en est le syndrome de Guillain et Barré, ou polyradiculonévrite
inflammatoire démyélinisante aiguë. C'est un désordre potentiellement fatal, dont on
soupçonne que la pathogenèse est d'ordre immunologique. 70 % des patients rapportent un
événement précurseur : infection respiratoire ou gastro-intestinale, immunisation,
intervention chirurgicale. Les agents le plus souvent en cause sont des bactéries
(Campylobacter jejuni, Mycoplasma) et des virus (cytomégalovirus, virus Epstein-Barr,
hépatite virale, HIV).
L'immunité à médiation cellulaire est mise en cause :
a) présence de lymphocytes myélinotoxiques,
b) modèle de névrite allergique expérimentale (désordre des cellules T produit chez
des animaux de laboratoire par l'injection de myéline de nerfs périphériques ou de
protéine fondamentale de la myéline).
On a également des preuves de l'intervention de facteurs humoraux :
a) L'immunocoloration révèle le dépôt d'immunoglobulines et de leur complément
dans des spécimens prélevés par biopsie.
b) Le nerf sciatique d'un rat est démyélinisé lorsqu'on y injecte le sérum d'un patient
atteint du syndrome de Guillain et Barré.
c) La plasmaphérèse est bénéfique au plan clinique.
La plupart des patients atteints du syndrome de Guillain et Barré se plaignent de
paresthésie, mais l'examen ne révèle qu'une légère perte de sensation, souvent limitée aux
modes des grosses fibres myélinisées. Les signes moteurs prédominent : paralysie
symétrique des jambes, des bras et de la face, qui progesse rapidement et généralement
(mais pas toujours) du bas vers le haut du corps. Il y a des douleurs musculaires et dorsales
dans 30 % des cas, et en général une diminution ou une perte totale des réflexes. Les
symptômes atteignent leur maximum au bout de 1 à 4 semaines après le début de la
maladie. Le LCR contient typiquement une quantité élevée de protéines mais peu ou pas
de hausse du nombre de globules blancs (moins de 50/mm3). De 15 à 20 % des patients ont
besoin d'assistance respiratoire (ventilation mécanique), et 3 % meurent des complications
de la maladie. La plupart des patients retrouvent des fonctions excellentes, bien que 20 %
d'entre eux aient toujours une faiblesse motrice après 1 an. Le traitement par échange
plasmatique, qui a pour effet de supprimer les anticorps contenus dans le plasma, accélère
la guérison des patients. L'administration par voie intraveineuse de fortes doses
d'immunoglobulines humaines est également efficace.
Une polyneuropahtie aiguë, différente du syndrome de Guillain et Barré, peut également
survenir en cas de déficience de plusieurs organes aux soins intensifs (neuropathie multiple
de maladie très grave).
7. Polyneuropathie chronique
a) Neuropathie motrice et sensitive héréditaire : maladie de Charcot-Marie-Tooth
Les deux principales formes de cette maladie sont à hérédité autosomique
dominante. La première (CMT 1) fait son apparition au cours des vingt premières
années de la vie. Elle présente une démyélinisation ainsi qu'une faible vitesse de
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conduction nerveuse. La seconde (CMT 2) fait son apparition entre l'âge de 10 ans
et l'âge de 50 ans. Elle présente une atrophie des axones avec une vitesse de
conduction normale. Dans les deux cas, les symptômes courants sont une
déformation des pieds (pied creux : arche élevée, orteils en griffe) et une démarche
difficile. Il y a perte de sensation distale, atrophie des pieds et des muscles
antérieurs des jambes (« atrophie péronière ») et perte de réflexe aux chevilles.
Avec le temps, les mains subissent une atrophie des muscles intrinsèques ainsi
qu'une perte de sensation. La conduite thérapeutique consiste à soigner les pieds, à
utiliser des appareils orthopédiques et à faire une consultation de génétique. La
durée de vie est normale, et le patient est handicapé surtout à un âge avancé. Des
tests génétiques sont actuellement disponibles surtout pour CMT 1 : par exemple,
dans 70 % des cas, il y a duplication du gène 22 (de la protéine de la myéline
périphérique) sur le chromosome 17.
b)
Polyneuropathies chroniques acquises
Une grande variété de troubles d'origines diverses s'accompagnent de neuropathie
multiple sensitivo-motrice :
1. métaboliques (diabète, urémie, hypothyroïdie, porphyrie)
2. nutritionnels (carence en vitamines B1, B6, B12)
3. infectieux (lèpre  cause la plus importante dans le monde, HIV)
4. toxiques (alcool, métaux lourds)
5. médicamenteux (médicaments tels que des agents antinéoplasiques 
vincristine et cis-platinum , antibiotiques  nitrofurantoïne,
métronidazole, didéoxyinosine , médicaments pour le cœur  amiodarone
, etc.)
6. paranéoplasiques (effet lointain d'une tumeur maligne)
7. hématologiques (gammapathie monoclonale, amyloïdose systémique)
Neuropathie Diabétique (ND)
La forme la plus fréquente est une polyneuropathie sensitivomotrice distale et symétrique. Les
patients sont souvent asymptomatiques au début et les déficits sont découverts à l’examen :
atrophie des muscles du pied, diminution de la perception du toucher et de la douleur aux orteils,
réduction ou absence des réflexes achiléens. Les paresthésies, les dysesthésies et la douleur
neuropathique peuvent être très importantes, surtout la nuit. L’atteinte des fonctions végétatives
est variable mais parfois incommodante : dysfonction sexuelle, gastroparésie, diarrhée,
hypotension orthostatique, absence de transpiration des pieds. De plus, la ND peut se présenter de
façon asymétrique ou focale : mononeuropathies crâniennes (NC 3 – paralysie oculomotrice avec
ptosis mais qui épargne le réflexe pupillaire à la lumière; NC 4,6,7), radiculopathies
thoracolombaires, compression ou syndrome canalaire (médian/poignet, cubital/coude, fibulaire
commun/genou), radiculoplexopathie (syndrome dit « amyotrophie diabétique », se présentant
avec une douleur importante et une faiblesse asymétrique ou unilatérale de la jambe, surtout
proximale).
La ND est directement liée à l’état d’hyperglycémie et le déficit en insuline. Les 2 principaux
mécanismes impliqués sont :
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métabolique : conversion du glucose en sorbitol par l’enzyme aldose réductase (voie polyol).
L’accumulation de sorbitol amène une déplétion en myoinositol, ce qui résulte en une
réduction de l’enzyme Na/K adénosine phosphatase. Il peut aussi y avoir glysosylation nonenzymatique des protéines du nerf.
- Vasculaire : les changements microvasculaires comprennent un epaisissement de la membrane
basale et une prolifération endothéliale pouvant amener une occlusion des micro-vaisseaux.
L’hypoxie du nerf et les troubles métaboliques sont les facteurs centraux dans une cascade qui
comprend aussi : déficience en facteurs de croissance du nerf, stress oxidatif, diminution du
transport axonal. Récemment on c’est également intéressé aux facteurs immunitaires (surtout pour
les radiculopathies subaigües).
-
E. Troubles de la transmission neuromusculaire
D'après nos connaissances actuelles sur l'histologie et la physiologie de la jonction
neuro-musculaire (ou myo-neurale), on peut subdiviser ces maladies en troubles présynaptiques
(botulisme, syndrome de Lambert-Eaton) et postsynaptiques (myasthénie grave). Le diagnostic de
ces maladies repose principalement sur le tableau clinique et sur des tests électrodiagnostiques
(études de conduction nerveuse à répétition et électromyographie).
1. Myasthénie grave
Cette maladie a une prévalence de 4 par 100 000 individus. Elle apparaît le plus souvent
entre l'âge de 10 ans et l'âge de 30 ans. Avant l'âge de 40 ans, les femmes sont touchées 2
à 3 fois plus que les hommes. La principale caractéristique est la fatigabilité des muscles,
d'où une faiblesse musculaire variable, qui s'aggrave typiquement après un exercice répété
ou à mesure que la journée avance. Les muscles extrinsèques de l'œil et le muscle élévateur
de la paupière sont le plus souvent affectés, ce qui entraîne la ptose et la diplopie (souvent
asymétriques). Les muscles de la face et du pharynx, et le cas échéant d'autres muscles
proximaux (du tronc et des membres) peuvent aussi être touchés. La myasthénie grave est
un trouble auto-immun acquis dû à la production d'anticorps dirigés contre les récepteurs
de l'acétylcholine. Des anomalies du thymus lui sont souvent associées : hyperplasie du
thymus dans 65 % des cas, thymome dans 10 % des cas.
2. Botulisme
Le botulisme est dû à la toxine produite par la bactérie anaérobie Clostridium botulinum. Cette
bactérie peut provenir de certaines conserves (le plus souvent de légumes), et plus rarement de
produits préparés de manière industrielle. Chez certains nourrissons, C. botulinum peut croître
dans le tube digestif, ce qui entraîne l'absorption de petites quantités de toxine. Cette toxine
interfère avec la libération d'acétylcholine à toutes les jonctions neuromusculaires (muscles striés
et muscles lisses). Généralement de 12 à 36 heures après l'ingestion, on observe une faiblesse qui
évolue rapidement, du haut vers le bas du corps, et qui affecte les yeux, les muscles de la face et
du pharynx, puis ceux du tronc et des membres. La constipation et la dilatation des pupilles sont
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fréquentes. Le traitement avec une antitoxine (ou anatoxine) n'est efficace que contre la toxine
non encore fixée. Sinon, la conduite à tenir en est principalement une de soutien, et il faut
souvent admettre le patient aux soins intensifs pour lui procurer une assistance respiratoire.
3. Syndrome de Lambert-Eaton (ou syndrome pseudo-myasthénique paranéoplasique de
Lambert-Eaton)
Il s'agit d'un trouble présynaptique rare de la transmission neuromusculaire, plus fréquent chez les
hommes que chez les femmes. Dans plus de la moitié des cas, il est associé à un épithélioma à
petites cellules du poumon. Dans de tels cas de paranéoplasie, on croit qu'il y a production d'autoanticorps qui interagissent avec les canaux calciques voltage-dépendants de l'axone distal, et
interfèrent donc avec les mécanismes de libération qui dépendent du calcium. La faiblesse affecte
surtout les muscles des épaules et de la ceinture pelvienne (ce qui distingue le syndrome de
Lambert-Eaton de la myasthénie grave). Il y a également déficience muscarinique et
cholinergique : bouche sèche, constipation, impuissance. Le syndrome apparaît sous une forme
subaiguë.
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