Fiche de vocabulaire "Estrange" L`origine du mot estrange Ce mot

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Fiche de vocabulaire
"Estrange"
L'origine du mot estrange
Ce mot vient du mot latin extraneus c'est-à-dire de extra suivie des suffixes -in et -eus. Il désigne ce
qui est extérieur (du dehors) ou étranger (qui n'est pas d'ici). Il apparait dans les années 1050, et
se développe sous une multitude d'orthographe : estange, estrengne, estragne, estreigne,
estrenge, extraigne, strangne, atrange, astrenge, straigne.
Les principaux sens en français médiéval
Estrange est un adjectif masculin et féminin, épicène (qui ne montre aucune marque de genre). Ses
différents sens renvoient tous à ce qui est extérieur (extérieur à un lieu, à une situation social, à
une norme...).
Sens 1 : qui est d'un pays éloigné, qui est né sous une autre domination. => Ce Voyageur a couru
dans plusieurs pays et nations estranges.
Sens 2 : qui n'est pas domestique, connu ou fort familier (être étranger à un cercle familial par
exemple). => Les chiens abboyent, quand ils voyent venir quelqu'un d'estrange dans la maison. =>
Je vous donneray à manger familierement, il n'y aura personne d'estrange, que vous ne
connoissiez pas.
Sens 3 : par extension, ce qui étant étranger sur le plan géographique ou social étant aussi souvent
inconnu : ce qui est surprenant, rare, extraordinaire (avec parfois une idée d'hostilité, de cruauté).
=> Il est arrivé un estrange accident à ce pauvre homme. => Ne trouvez pas estrange si je vous fais
ce reproche, cette reprimende. => Les relations des pays lointains nous apprennent qu'il y a des
peuples qui ont des coûtumes estranges et extravagantes. => Ce Poëte a des visions, des pensées
estranges. => C'est une humeur estrange, un esprit fantasque. => Il y a des monstres, des animaux
estranges dans la mer. => Le pecheur a un estrange aveuglement. Vos exemples doivent venir des
textes médiévaux.
Sens en français moderne ?
Estrange évolue en deux graphies distinctes qui prennent en charge deux sens
différents :
- Étranger, qui reprend les sens 1 et 2 de l’ AF, désigne ce qui est extérieur à
une frontière, un groupe.
- Étrange, qui reprend le sens 3, désigne ce qui inconnu, par extension
curieux, bizarre, inhabituel : caractéristique, selon l’étymon, de ce qui est
étranger.
Paradigme morphologique :
Substantifs féminins :



Estrangeté : caractère de ce qui est estrange.
Estrangeance : aliénation.
Estrangerie : objet étranger ; être obligé de partir (exile).
Substantifs masculins :



Détrangeur : destructeur.
Estrangeur : celui qui travestit.
Estrangement : Fait d'être obligé de partir, de s'expatrier, expulsion ;
aliénation.

Estrangement : correspond à étrange (comme un étranger ; de manière
distante, comme si on n'était pas concerné ; en repoussant quelque chose,
en refusant une requète) ; extraordinairement, excessivement.

Estranger : qui n'appartient pas à une communauté donnée ; qui appartient
un autre pays ; qui n'est pas du cercle de la famille, des proches ; qui a un
caractère d'étrangeté ; qui est hostile.
Estrin : comme étranger, distant, froid, hostile ; réservé, retenu ; gêné, mal à
l'aise.
Adverbe :
Adjectifs :

Verbes :


Estrangir : écarter.
Estranger : s'éloigner (d'un pays par exemple) ou éloigner.
Paradigme sémantique :
Les synonymes : esloigné, lointain, de dehors, bizarrement, drôlement.
Les antonymes : autochtones, national, connu, familier, banal.
Sens du mot dans des textes
Estrange au sens d'étranger :

Od la pulcela dunt se fist si estranges (Alexis, st. 122c, Stengel.)

Lors vienent chevalier de mainte terre estraigne (AUDIFROIS LI BASTARS, Bartsch, Rom.
et past., I, 57, 140.)

Nous ne verrons jamais les estranges provinces
Eslire a leur malheur nos miserables princes. (D'AUBIGNÉ, Trag., 1. 2, Bibl. Elz.)

Une des dernière utilisation du mot étrange dans le sens d'étranger au 17ème siècle :
J'éprouve en mon pays un sort trop inhumain
Pour n'aller pas chercher dans une étrange terre
Le repos que la mort fait trouver dans la guerre.
(SCARR., Fauss. appar., III, I.)
Estrange au sens de contre-nature :
 Quand tu remenbres les maus astrenges, plus soef portes les tiens. (Dial, anime
conquerentis, Bonnardot, Arch. des Miss., 3e série, I, 280.)
Evolution du mot jusqu'au Français moderne
Du 9ème au 15ème siècle le mot estrange ce trouve essentiellement sous la forme "estraigne",
c'est un adjectif et substantif qui désigne l'étranger ou les autres.
Sa définition s'enrichie progressivement (voir définition du moyen français).
Au 15ème siècle apparait le verbe estranger (ou estraigner) construit sur le substantif estrange et
qui désigne l'action d'éloigner ou de s'éloigner.
En 1549 l'orthographe estrange se généralise (jusqu'en 1718).
Au 17ème siècle (16...) , "estrange" est définit comme étant un adjectif de tout genre désignant :




Ce qui est éloigné, lointain, du dehors : "Venu d'estrange pays".
Ce qui survient contre nature : en médecine "Corps estrange".
Ce qui n'est pas de sa connaissance : "Vous pouvez entrer, il n'y a personne d'estrange".
Ce qui est contre l'usage commun : "Estrange façon de faire".
Ses sens restent très proches de ceux attribués en Moyen-français. Et c'est plutôt le mot
"estranger" qui fait l'objet d'évolutions importantes : en plus d'être un verbe (" il les a estrangez de
ce pays-là"), il peut être substantif ("Les estrangers sont bien receus en France") et adjectif ("il a
l'air estranger").
En 1740 estrange s'orthographie étrange.
Aujourd'hui, les sens du mot estrange ont évolué et se répatissent sous les termes "étrange" et
"étranger".
Etrange :


Incompréhensible, hors du commun.
Très différent de ce que l'on a l'habitude de voir (bizarre, indéfinissable, étonnant, rare,
fantastique...).
Etranger :

Qui est d'une autre nation.




Qui n'appartient pas à un groupe (familial ou social).
Qui n'est pas propre à quelqu'un (des préoccupations étrangères à quelqu'un par exemple).
Qui ne participe pas à quelque-chose, qui ne fait pas partie de...
Qui n'entre pas dans l'ordre naturel (un corps étranger).
Références :
Le Godefroy, Le Furetière, le DMF, Le dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaire de
L'Académie française(1st Edition : 1694), le Robert.
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