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Consultation Régionale sur la Dimension sociale de la mondialisation,
à ARUSHA du 6 au 7 Février 2003
Chance pour les uns, menace pour les autres, le phénomène de la
mondialisation qui, pour beaucoup de monde, semble déterminer
désormais l’avenir de la planète suscite de plus en plus de débats
passionnés, de controverses savantes et de harangues politiques aussi
simplistes que péremptoires. Mais d’abord, de quoi s’agit-il lorsqu’on
parle de mondialisation ? A première vue, la mondialisation est
présentée comme une nouvelle configuration de l’économie mondiale.
Deux faits empruntés à Robert REICH dans son ouvrage
« L’économie mondialisée »
1
illustrent parfaitement bien cette vision
de la globalisation:
Le premier fait : L’équipement de Hockey sur glace est conçu
en Suède, financé au Canada, assemblé à Cleaveland et distribué en
Europe et en Amérique du Nord.
Le deuxième fait : Un microprocesseur est conçu en Californie
et financé en Allemagne, il contient des mémoires à accès aléatoire
fabriquée en Corée du Sud.
Voilà pourquoi, à l’origine, la mondialisation était essentiellement
perçue comme un fait économique et financier qui indiquait la
suppression progressive de barrières douanières et réglementaires
pour les entreprises industrielles, commerciales et financières
permettant la délocalisation des activités dans l’espace mondial. Les
1
Robert REICH (1993): L’économie mondialisée, collection NH, 336p.
2
multinationales se trouvent ainsi au cœur d’un processus productif
mondial commandé par l’exploitation des dotations factorielles
naturelles des pays. Aujourd’hui, le phénomène s’est élargi et touche
à la fois les domaines culturel, social et politique, conduisant à une
série d’interrogations.
Pourtant, le concept malgré son utilisation quasi universelle
fait l’objet de plusieurs compréhensions tant au niveau des
chercheurs qu’à celui du public. Le sujet est vaste, complexe,
largement débattu, souvent diabolisé au détriment d’analyses
robustes avec des statistiques crédibles. Ainsi, comme le note
BOYER, «quand des ouvriers d’un abattoir de poulets se mettent en
grève pour contester un aménagement de leurs horaires de travail,
on décrète qu’ils se battent contre la mondialisation qui impose sa
rationalité aux entreprises de ce secteur étroitement dépendant
de ses performances à l’exportation. Tel gouvernement choisit de
renoncer à exercer ses prérogatives pour s’aligner sur les positions
des lobbies favorables au tout-déréglementation, il se justifie en
se fondant sur les nouvelles exigences de la mondialisation
2
».
Bien que les termes même de "mondialisation", "globalisation",
"internationalisation" soient à la fois flous et empreints
d’ambiguïté, chacun pense que leurs conséquences (sans pouvoir les
cerner précision) sont importantes. Pour certains auteurs, nous
entrons dans l'ère de la mondialisation à partir du moment un
pourcentage significatif du PIB de la nation est réalisé avec
l'extérieur alors que pour d'autres, ce pourcentage est moins
significatif que la «dépendance » ou «l’indépendance» de la nation
vis-à-vis de décisions prises par des acteurs de l'étranger : firmes
ou Etats compte tenu du caractère de "price taker" ou de "price
maker" que détiennent ces acteurs sur le marché mondial. Pour
d'autres enfin, la mondialisation exprime l’ensemble des
mécanismes qui contribuent à leur ruine par le biais des mécanismes
connus de l’échange inégal caractéristique des distorsions dans le
processus de formation des marchés internationaux et de
2
R. Boyer et al : Mondialisation au-delà des mythes, Edit. La Découverte,1997, 174p.
3
distribution des revenus. Les deux phénomènes sont intimement
liés.
Pourtant, malgré sa forte présence dans plusieurs secteurs et
plusieurs régions du globe, la mondialisation n’est pas encore
universelle. Au contraire, une de ses particularités marquantes est
qu’elle est asymétrique et non homogène, dans la mesure toutes
les activités économiques, financières comme culturelles ne se
mondialisent ni au même rythme ni de la même manière. Certaines,
telles que la finance et les entreprises sont mondialisées depuis des
siècles, alors que d’autres, comme la collaboration institutionnelle,
l’équité sociale, et l’action des gouvernements restent, encore
fortement chevillées dans des frontières géographiques nationales
dont elles portent les marques. C’est bel et bien une mondialisation
à plusieurs vitesses entraînant des chocs asymétriques. Cette
mondialisation polyforme peut-elle contribuer positivement à la
croissance économique de l’Afrique sub-saharienne, au
développement de l’emploi et à l’éradication de la pauvreté et à la
réduction des inégalités ? Offrir-t-elle les mêmes chances et les
mêmes avantages à tous les partenaires ou participants? Quel sort
réserve-t-elle aux Etats particulièrement dans les pays ou les
acteurs sont fragiles et débiles et ont alors besoin de la puissance
publique ? Quelles sont ses conséquences directes et indirectes sur
les différents partenaires singulièrement les plus faibles d’entre
eux?
3
Au plan économique, les caractéristiques essentielles de la
mondialisation se manifestent à travers quatre interdépendances
révélatrices d’une forte asymétrie à savoir :
- l’interdépendance par les marchés qui se traduit par la
disparition des frontières géographiques, l’abaissement des
barrières tarifaires et non tarifaires ;
- l’interdépendance par la production se caractérisant par une
décomposition internationale des processus productifs qui
s’appuie sur un réseau de filiales ou de sous- traitants et le
3
Moustapha KASSE (2003) :De l’UEMOA au NEPAD : le nouveau régionalisme africain, Edt. Nouvelles du
Sud, 256p
4
nomadisme de segments entiers des appareils de production
selon la logique des avantages comparatifs ;
- l’interdépendance financière qui procède d’une interconnexion
des places financières mondiales fonctionnant vingt-quatre
heures sur vingt-quatre grâce à la conjugaison de trois
éléments que sont la déréglementation, le décloisonnement des
marchés et la désintermédiation ;
- l’Interdépendance par les nouvelles technologies de
l’information et de la communication (NTICs) qui, avec les
transports, favorisent la mobilité et la flexibilité des capitaux,
des biens, des services et des personnes,
Evaluant la mondialisation, M. Beaud
4
observe avec raison son
caractère fortement contrasté. En effet, jamais le monde n’a disposé
d’autant de techniques et n’a produit autant de richesses. Malgré
tout jamais l’humanité n’a crée autant d’inégalités et de pauvreté
montrant ainsi sa marque socialement duale. Le Produit mondial a
connu au cours du siècle une croissance exceptionnelle : en dollars de
1975, il est passé de 580 milliards en 1900 à 25000 milliards au
milieu des années 90 ce qui représente en moyenne 4500 dollars per
capita.
5
Cependant ce tableau idyllique est altéré par une succession de
crises graves qui sont autant de périls économiques, financiers et
sociaux dont la dernière en date a été la déroute de certains
Nouveaux Pays Industrialisés d’Asie et d’Amérique Latine qui étaient
souvent proposés comme modèle de référence pour sorti les PVD du
sous-développement. Certaines publications de la Banque mondiale
indiquaient que l’Asie était l’avenir du monde. En effet, la
globalisation financière s’accompagne de la montée en puissance de la
finance spéculative qui rendait de plus en plus instable les équilibres
des marchés boursiers et des marchés de changes. En somme, le
système financier international complètement déréglementé et
décloisonné produit des risques, des incertitudes et des
4
M.Beaud : Histoire du capitalisme de 15000 à nos jours, Edt. Seuil, 380p
5
PNUD (1999) : La mondialisation à visage humain, Rapport Mondial sur le Développement Humain
5
dysfonctionnements que les Institutions Financières Internationales
n’ont pas pu gérer faute de ressources suffisantes et d’instruments
adéquats de régulation. C’est le cas de la crise financière en Asie, au
Mexique, au Brésil et en Uruguay.
I/ LES INCIDENCES DE LA MONDIALISATION DE
PARADOXES ET D’INEGALITES.
Les statistiques montrent que le monde est en phase de
polarisation, avec un fossé de plus en plus large entre les pays
pauvres et les pays riches. Concrètement, le cinquième le plus riche
de la population mondiale dispose de plus de 80% des ressources et le
cinquième le plus pauvre de 1%. Quelques 2,7 milliards d’individus (sur
6 milliards) vivent avec moins de 2 euros par jour et ils seront
environ 4 milliards en 2015.
Au cours des trente dernières années, la part des 20% de
personnes les plus pauvres dans le revenu mondial est tombée de
2,3% à 1,4%. Dans le même temps, la part des 20% les plus riches
passait de 70% à 85%. L’écart de revenu entre les 20% plus riches et
les 20% les plus pauvres a ainsi doublé, passant de 30/1 à 6/1.
La fortune des 358 milliardaires en dollars que compte la
planète est supérieure au revenu annuel cumulé des 45% d’habitants
les plus pauvres de la planète. Au cours des trois dernières
décennies, la proportion d’individus habitant des pays ayant connu une
croissance annuelle de leur revenu supérieure à 5% a plus que doublé
(passant de 12 à 27%), mais la proportion de la population mondiale
connaissant une croissance négative de ce revenu a plus que triplé,
passant de 5% à 18%.
Ces inégalités font aujourd’hui l’objet d’intenses controverses
particulièrement au niveau du fonctionnement de la mondialisation.
Globalement, les inégalités se sont creusées entre les pays et au sein
de la plupart d’entre eux. Ainsi, dans les pays opulents d’Europe
occidentale, le nombre de pauvres n’a cessé d’augmenter depuis vingt
ans. Toutefois, ces inégalités et ces pauvretés excessives deviennent
inacceptables et dangereuses car elles constituent le terreau sur
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