GOURVERNANCE, REFORMES ECONOMIQUES ET
CROISSANCE DURABLE EN AFRIQUE
Par Professeur Moustapha KASSE
INTRODUCTION
Tous les Pays en voie de développement (PVD) font de la croissance
économique un objectif à la fois majeur et prioritaire. Encore convient-t-il de
préciser qu'ils veulent une croissance rapide. Le taux doit être le plus élevé possible
compte tenu des ressources dont ils peuvent disposer. Cette croissance doit en outre
être continue, régulière et indemne autant que possible des fluctuations en baisse
comme en hausse par trop fortes. Enfin, elle doit être équilibrée. Le moyen qui
s'impose pour atteindre ces objectifs est l'investissement. En effet, le taux de
croissance est une fonction du taux d'accumulation du capital ou encore du taux
d'investissement. Plus l'investissement sera élevé, plus la croissance sera forte. En
plus, elle ne sera équilibrée que si le volume d'investissement est le même que celui
de lpargne. Par conséquent, une croissance rapide et équilibrée nécessite un
volume suffisant d'épargne pour financer l'investissement. En clair, le problème de la
croissance dans les PVD devient avant tout un problème d'épargne.
Dès lors, les succès des programmes de développement économique et social
doivent dépendre d’une corrêcte fixation des fondamentaux de macroéconomique et
d’une intervention de l’Etat en harmonie avec le marché. Les PVD doivent mobiliser
tout leur potentiel d'épargne pour relancer ce levier essentiel de la croissance qu'est
l'investissement. Cependant, la faiblesse des systèmes financiers africains ne permet
pas de canaliser le faible volume d'épargne disponible en vue de sa transformation
en investissement productif. L'alternative est alors le recours aux investissements
directs étrangers (IDE) qui permettent de drainer des capitaux et d'accéder en
même temps aux nouvelles technologies.
Le constat qu'on peut faire est que, même si on note un retour des IDE dans les
pays du Sud depuis le début des années quatre-vingt, leur flux vers les pays en
développement (PVD) demeure toujours relativement faible et atteint moins d'un
tiers du flux des IDE.
Flux d'investissement direct étranger (IDE) : partition ographique de 1990 à
1995
IDE vers
1990
1991
1992
1993
1994
1995
Pays industrialisés
169
114
114
129
133
203
2
2
PED (A)
34
41
50
73
87
99,6
PECO
0, 3
2,5
3,7
5,5
5,8
12
Total (B)
203
158
168
208
226
315
A/B
16,75
25,95
29,76
35,09
38,51
31,62
PED : pays en développement PECO : pays d'Europe centrale et orientale
Source : CNUCED, World Investment Report, 1996
Par ailleurs, l'analyse de la répartition de ce volume d'investissement dans les
pays non-membres de l'OCDE fait apparaître d'importantes disparités entre les
régions bénéficiaires. Si les pays d'Amérique Latine et d'Asie s'inscrivent dans cette
dynamique, l'Afrique en est presqu'exclue. Ainsi, la part de l'Afrique passe de 6,8% en
1990 à 4,6% en 1995. En regardant de plus prés, on s'aperçoit que ce sont les pays
exportateurs de pétroles(
1
) qui sont évidemment les principaux récipiendaires de ces
capitaux : Angola, Gabon, Nigeria. Au demeurant, 60% des IDE se sont orientés vers
le Nigeria.
Flux d'investissement direct étranger dans les pays veloppement : répartition
ographique
1
. Selon la CNUCED, il y a investissement direct étranger "lorsqu'un investisseur basé dans un pays le pays d'origine
acquiert un actif dans un autre pays (pays d'accueil) avec l'intention de le gérer". Il y a trois types d'IDE : la participation
au capital (fusions, acquisitions et créations de nouvelles installations dites green fieds investissement des bénéfices et
autres flux de capitaux (emprunts et prêts à court ou long terme réalisés entre la socre et sa filiale).
3
3
Am. Latine : Amérique Latine Mds : milliards $ : dollars
Source : CNUCED, World Investment Report, 1996
Flux d'investissement direct étranger en Afrique (en milliards de dollars)
1990
1991
1992
1993
1994
1995
PED
AfriqueDont :
A.S.S.
A.N.
33,7
2,303
1,137
1,166
41,1
2,809
1,884
0,925
50,3
2,987
1,492
1,495
73,1
3, 300
1,804
1,496
87,0
5,084
2,982
2,102
99,6
4,657
2,895
1,762
A.S.S. : Afrique sub-saharienne A.N. : Afrique du Nord
Source : CNUCED, World Investment Report, 1996
Cette marginalisation de l'Afrique dans l'orientation des IDE concerne aussi les
investissements français dont les flux globaux sont passés de 3,727 milliards de FF
en 1993 à 1,156 milliards de FF en 1994 c'est dire que la valuation du franc CFA
n'a point provoqué l'afflux de capitaux attendus. Pour les grandes entreprises
françaises, elles ne comptent en Afrique sub-saharienne que 1030 filiales dont 720
en zone franc soit 12,6% du total (3,3% pour le Maghreb et 5,5% dans la Zone
Franc). Elles sont accompagnées par des PME-PMI indépendantes attirées par
l'Afrique pour 25,3% de leurs effectifs à l'étranger.
L'Afrique continue à recevoir principalement des ressources publiques qui
forment l'essentiel des flux globaux de capitaux bien que, ces derniers
commencent également à manifester une nette tendance à la baisse. En effet,
l'ASS a reçu en 1995, plus du tiers de l'aide publique qui y représente maintenant
prés de 5% du PNB soit sept à quinze fois plus qu'en Asie ou en Amérique Latine.
En définitive, la corrélation étant bien établie entre niveau d'investissement
et taux de croissance, l'objectif de cette réflexion va tourner autour de deux
1990
1994
1995
en mds de $
en %
En mds de $
en %
en mds de $
en %
PED
Dont :
Asie
Am. Latine
Afrique
33,7
22,1
8,9
2,3
100
65,5
26,4
6,8
87
56,2
25,3
5
100
64,6
29
5,7
99,6
68
26,5
4,6
100
68,2
26,6
4,6
4
4
interrogations majeures :
- Quels sont les facteurs explicatifs de la faiblesse des flux
d'investissement direct étranger vers l'Afrique sub-saharienne ?
- Que faire pour renforcer les capacités nationales à attirer les
investissements privés en général et les IDE en particulier ?
I- BLOCAGE DE L'AFFLUX DE CAPITAUX ET DE LA CROISSANCE EN AFRIQUE
La faiblesse constatée de l'investissement en Afrique ne saurait être
expliquée par les simples facteurs classiques tels les contraintes à l'importation et
le taux d'intérêt mais le "problème repose sur l'environnement tout entier à partir
duquel se prenne les décisions d'investissement et la perception d'un risque
aggravés par des signaux flous conflictuels de la politique économique"(
2
). Celle-ci
repose plutôt sur une pluralité de facteurs que l'on peut regrouper en deux
catégories
- les facteurs d'ordre strictement économique (cadre macro-
économique, etc.)
- et les facteurs institutionnels, politiques et sociaux.
1) Les facteurs strictement économiques
Depuis les Années 80, L'ASS traverse une crise économique et sociale à la
fois débilitante et profonde qui se manifeste sous trois formes d'abord la
détérioration des principaux indicateurs macroéconomiques et macro financiers,
ensuite la sintégration des structures de production et des infrastructures de
base et enfin la gradation du bien-être social notamment la santé, l'éducation,
le logement et l'écologie. Ceci a entraîné une chute profonde de l'espace politique
: processus démocratique limité par moment confisqué, guerres civiles, conflits
ethniques. Il est clair qu'un tel cadre global comporte trop de risques et
d'incertitudes pour l'afflux et la rentabilité des investissements.
L'analyse de l'environnement économique qui est, en dernière instance, la
sphère la plus déterminante a vélé au moins quatre foyers de distorsions qui,
incontestablement, peuvent limiter ou dissuader la poussée des IDE à savoir :
- l'environnement macroéconomique défavorable avec l'inefficience des
politiques sectorielles et les distorsion de la structure des incitations
économiques ;
- la très faible efficacidu capital humain par suite de la crise permanente
des systèmes éducatifs et de formation ;
- la dégradation et l'inadéquation des infrastructures de base ;
- coûts défavorables des facteurs techniques.
2
. CHIBBER & al. : Reviving private investment in developing countries : empirical studies and policy lessons, North
Holland, Amsterdam, 1992, p. 10.
5
5
a) Un environnement macro-économique défavorable
Depuis la fin des Années 70, les pays d'Afrique confrontés à la stagnation de
la production, aux déséquilibres financiers, à la massification de l'endettement ont
mis en place des politiques de stabilisation et d'ajustement dont l'un des objectifs
importants est de permettre l'accroissement de l'investissement privé(
3
). En réalité,
ce sont les investissements d'aujourd'hui qui font les profits de demain et les
emplois d'après-demain. Les Nouveaux Pays Industrialisés et le Japon en ont fait
une variable terminante. C'est ainsi qu'un pays comme le Japon consacre 30% de
son PIB à l'investissement(
4
). Au négal, ce taux d'investissement, de l'ordre de
12% dans les années 80, il est estimé en 1996 à 16,6%.
Toutefois, plus de deux cennies d'application des PAS n'ont pas encore
permis de sortir de la crise et d'amorcer un processus irréversible, ce qui s'explique
aisément à travers la fonction d'investissement de IBARRA (1995)(
5
) :
It It-1 wkt
──
= k0 + k1
──
+ k2 + Et1 [Δln(yt)] + k3 Et Δln
──
+ k4 t]
Kt-1 [ Kt-2] [ Pt ]
La variable dépendante est ici le taux d'investissement et ses différents
arguments sont respectivement : le taux d'investissement à l'année t-1, la variation
antici de l'output global si la réforme macroéconomique est durable, le coût
antici des services du capital et enfin, la globalité t) que l'environnement
macroéconomique se dégrade du fait de l'abandon de la réforme liée à l'application
des PAS. Cette probabilité est le point nodal et elle est négativement liée à
l'investissement privé et peut être affectée par plusieurs facteurs. D'abord par des
facteurs politiques ; c'est le cas lorsqu'il y a risque que le gouvernement reporte
des mesures annoncées ex ante, c'est également le cas lorsqu'il y a incertitude
quant à l'avenir du gime politique en place. En second lieu, cette probabilité
s'accroît s'il y a risque de crise de la balance des paiements à une politique
monétaire ou fiscale expansionniste, une appréciation du taux de change réel, une
baisse non anticipée des secteurs d'exportation. Toutes choses qui sont
caractéristiques à des degrés divers -il est vrai- de l'environnement économique
des pays africains.
En effet, les indicateurs d'augmentation de l'investissement privé du cadre
macro-économique sont, en général, défavorables avec un double déficit des
finances publiques et de la balance des paiements, un taux de change surévalué,
une inflation rampante, un encours de la dette insupportable et un taux de
croissance inférieur à celui de la croissance démographique. Et ces distorsions sont
assez dissuasives de l'investissement.
3
. BIGSTEN A. : Constraints on african growth in New directions in development economics by LUNDAHL M. & NDULU
B., Rouledge, London, 1996, p. 60.
4
. BOISSONNAT J. : Une crise de l'argent, L'Expansion, 4/17 Mars 1993, p. 79
5
. Luiz Alberto IBARRA : Credibility of trade policy reform and investment = the mexican case. Journal of Development
Economics, vol. 47, pp. 39-60.
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