Études Cognitives / Studia Kognitywne Nr 4, SOW, Warszawa, p. 110-120.
Études Cognitives - Studia Kognitywne Nr 4
André WŁODARCZYK (Université Grenoble3)
Hélène WŁODARCZYK (Université Paris 4)
La Préfixation verbale en polonais
II. L’Aspect perfectif comme hypercatégorie
1. Fréquence relative du verbe de base et de ses dérivés perfectifs
En ce qui concerne la combinabilité avec les préfixes, nous avons déjà relevé le fait
que parmi les verbes qui ne se combinent avec aucun préfixe, nous reconnaissons des
imperfectiva tantum.. On peut dire de certains verbes qu’ils sont presque des imperfectiva
tantum parce qu’ils présentent de très rares dérivés perfectifs préfixés d’une fréquence
très basse (et nettement inférieure à celle du simple imperfectif), par exemple, działać 95
“être actif”, podziałać 1 “être actif pendant un moment”, zdziałać 2 “réaliser une action
particulière ”.
Nous nous arrêtons à présent sur la fréquence relative d’emploi d’un verbe de base
et de ses divers dérivés perfectifs. Tout d’abord, nous considérerons la fréquence relative
du verbe de base et de celui de ses dérivés préfixés qui est traditionnellement considéré
comme son partenaire perfectif “pur”. Nous regarderons également ce qu’il en est du
rapport de fréquence entre un verbe de base et ses divers dérivés perfectifs quand ceux-ci
sont considérés comme plus ou moins équivalents en qualité de partenaire aspectuel.
Enfin, nous comparerons la fréquence d’un verbe considéré comme le partenaire perfectif
“pur” du verbe de base et celle des différents dérivés du même verbe considérés comme
des MA.
Une réserve s’impose: nos observations sur le rapport entre fréquence et type
sémantique de paire ou type de MA auront, nous en sommes conscients, un certain degré
d’indétermination, étant donné que nous avons eu accès au dictionnaire et non au corpus
et que nous ne pouvons vérifier le contexte dans lequel chaque verbe est employé. Or
l’assignation à un type sémantique de perfectif ou à un MA ne peut se faire de manière
sûre que dans le contexte.
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2. Fréquence relative des verbes considérés comme partenaires aspectuels
Nous allons examiner quelques verbes qui sont le plus couramment employés dans
l’un des contextes caractéristiques d’un type sémantique de paire (tableau N°1 dans la
première partie de cet article). Les données statistiques vont nous permettre de faire des
hypothèses sur le type sémantique de perfectifs auquel nous avons affaire et parfois de
réviser les conjectures généralement admises sur ces types. L'une de nos hypothèses est la
suivante: dans les paires de type sémantique IV dont l’imperfectif n’a que la valeur
habituelle et non la valeur actuelle, le perfectif dit “à effet immédiat” devrait être plus
fréquent que son partenaire imperfectif. A l’inverse, les paires dont l’imperfectif peut
avoir dans le contexte tantôt la valeur habituelle, tantôt la valeur actuelle, devraient
présenter un meilleur équilibre de fréquence entre l’imperfectif et le perfectif, notamment
les paires de types II et III.
Commençons par quelques sondages sur des verbes considérés généralement
comme le partenaire aspectuel “pur” du simple dont ils sont dérivés. Le verbe perfectif
zrobić 268 “faire”, que l’on peut traiter comme l’hyperonyme de tous les perfectifs de
classe sémantique III (verbes transitifs avec perfectif à valeur dite résultative), présente
une fréquence presque identique à celle du verbe imperfectif dont il est dérivé : robić 265.
On peut encore citer dans le même type sémantique podkreślić 55 et podkreślać 59
“souligner”, określić 34 et określać 36 “définir”, ocenić 24 et oceniać 26 “évaluer”. Dans
la famille des dérivés de kreślić, le verbe skreślić 6 “rayer” présente une différence de
fréquence plus importante que les autres préfixés par rapport à son partenaire imperfectif
secondaire skreślać 1. Nous pouvons faire l’hypothèse que ce dernier couple serait plutôt
du type IV en raison de la brièveté de l’action exprimée par le verbe “rayer”.
La différence importante de fréquence entre pisać 142 “écrire” et le verbe préfixé
donné généralement pour son partenaire perfectif napisać 52 peut s'expliquer par le fait
que le verbe simple a deux acceptions assez différentes (1) sans complément d'objet “être
écrivain” ou “s'occuper à écrire” et (2) avec complément d'objet “écrire quelque chose”.
Mais on peut aussi bien supposer que le corpus contenait dans le sens (2) un plus grand
nombre de verbes en emploi habituel ou duratif actuel (donc imperfectifs) qu'en emploi
résultatif (donc perfectifs).
Les verbes que nous avons relevés ci-après ne sont pas tous susceptibles d’être
exclusivement employés comme perfectif à effet immédiat et imperfectif uniquement
habituel mais c’est un de leurs contextes les plus probables. Nous constatons dans ce type
de situations verbales une fréquence nettement supérieure du perfectif que de
l’imperfectif. par exemple: znaleźć 150, znajdować 40 “trouver”; pozwolić 109 et
pozwalać 73 “autoriser”; oddać 73 et oddawać 9 “rendre”; pęknąć 13 et pękać 9 “éclater”.
Le simple tracić “perdre” apparaît 35 fois, le dérivé perfectif préfixé stracić 67 donné
comme son partenaire aspectuel est beaucoup plus fréquent que le simple et que les autres
dérivés, zatracić 3 et utracić 9, traduits aussi par “perdre” et qui du point de vue
sémantique se distinguent de stracić essentiellement par le fait qu’ils ne s’emploient
qu’avec des compléments désignant des propriétés psychiques (la mémoire) ou physiques
(la vue) et non des objets matériels.
Nous avons comparé les fréquences de quelques verbes perfectifs et imperfectifs
classés dans le type de paire aspectuelle I l'imperfectif a une valeur d'état évolutif. Le
verbe simple ginąć 18 “disparaître progressivement” est nettement moins fréquent que le
perfectif préfixé zginąć 46 “disparaître complètement” auquel il est traditionnellement
3
associé. Dans le même type de paire, tyć 1 “grossir” a pour seul dérivé - dans le
dictionnaire de fréquence - przytyć 1 auquel le préfixe donne une nuance atténuative; le
perfectif en u- considéré comme son partenaire aspectuel n’est pas représenté. Pour le
verbe rosnąć 48 “pousser, grandir”, le perfectif en u- considéré comme partenaire
perfectif n’est pas représenté tandis que wyrosnąć “grandir jusqu'à devenir différent”
apparaît 14 fois. Le verbe blednąć “pâlir” n’apparaît pas du tout comme simple, seuls sont
représentés les deux dérivés perfectifs poblednąć 1 à nuance ingressive ou atténuative et
zblednąć 1 à nuance de résultat complet. Le verbe męczyć się 9 “se fatiguer” a pour
dérivés perfectifs zmęczyć się 5 à valeur de résultat complet, pomęczyć się 2 à valeur
limitative ou atténuative, et namęczyć się 2 à valeur accumulative. Dans le type I de paire
aspectuelle, la fréquence relative du perfectif et de l’imperfectif est donc très variée
suivant le sens des verbes.
Dans le type II, si l’on compare la fréquence du verbe iść 363 “aller à piedà celle
du verbe qui est considéré comme son partenaire aspectuel pójść 192 (rapport 1,88), on
constate une importante différence de fréquence à laquelle nous pouvons proposer
l’explication suivante: (1) le simple iść “aller, marcher” est employé dans de nombreuses
expressions figées à sens figuré, (2) si l’on s’en tient au sens concret du simple “aller à
pied”, on peut penser que le perfectif en po- conservant dans la plupart des contextes la
valeur ingressive “se mettre en chemin vers un but”, les contextes il peut apparaître
sont plus restreints que ceux du verbe iść qui indique le déplacement à pied sans aucune
restriction de début (ou fin) de procès. En ce qui concerne le verbe jechać 91 et son dérivé
pojechać 62 “se déplacer en véhicule” qui présentent la même nuance de sens entre le
simple et le dérivé qu’entre iść et pójść (valeur ingressive de po-), la différence de
fréquence (rapport 1,46) est moins nette mais demeure assez importante et pourrait donc
s’expliquer de la même façon (cf. l’interprétation sémantique de ces verbes que donne
Laskowski 1998).
Dans les paires de verbes préfixés dont le perfectif est formé sur iść et l’imperfectif
sur chodzić et qui ont une fréquence supérieure à 10, on observe des fréquences relatives
parfois très différentes du perfectif et de l’imperfectif. la fréquence de l’imperfectif
est nettement inférieure à celle du perfectif on peut faire l’hypothèse que la paire
fonctionne plus souvent dans le type IV (perfectif à effet immédiat, imperfectif habituel)
que dans le type II. Cela est très net pour les paires przyjść 234 et przychodzić 57 “arriver”
(rapport 4,10), podejść 40 et podchodzić 16 “s’approcher” (rapport 2,5), mais la différence
est moins nette pour les verbes dojść 93 et dochodzić 48 “aller jusqu’à” (rapport
1,93),wejść 127 et wchodzić 68 “entrer” (rapport 1,86), wyjść 153 et wychodzić 87 “sortir”
(rapport 1,75). Dans les paires qui suivent, en revanche, on observe presque une égale
fréquence du perfectif et de l’imperfectif: nadejść 21 et nadchodzić 14 “surgir” (rapport
1,5), odejść 39 et odchodzić 29 “séloigner” (rapport 1,34), przejść 83 et przechodzić 64
“traverser” (rapport 1,29), zejść 22 et schodzić 18 “descendre” (rapport 1,22); ce qui
pourrait suggérer une fréquence plus proche de celle du perfectif pour les imperfectifs
pouvant avoir tantôt la valeur habituelle tantôt la valeur actuelle durative (type II). En ce
qui concerne les dérivés à préfixe za- de iść et chodzić, il serait trop hasardeux de faire des
hypothèses sans se référer au corpus (donc au contexte) car les verbes zajść 31 et
zachodzić 37 sont très polysémiques: on peut signaler leurs différentes acceptions par les
traductions suivantes “atteindre”, “passer [chez quelqu’un]”, “barrer le chemin”, “se
couvrir de”, “survenir”, “se coucher [pour le soleil]”. Il faudrait distinguer la fréquence
relative du perfectif et de l’imperfectif pour chaque acception.
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Si l'on considère le verbe dać 265 “donner” qui est un des rares perfectifs simples
(dans toutes les langues slaves) et son partenaire imperfectif suffixal dawać 178, le
rapport de leur fréquence (1,68) suggère que ces deux verbes seraient souvent employés
comme verbes d'une paire de type IV à perfectif à effet immédiat.
Le dérivé préfixé poczuć 22 considéré comme partenaire aspectuel du simple czuć
69 “sentir, éprouver” est beaucoup moins fréquent (rapport 3,13) que l’imperfectif simple.
Les autres dérivés préfixés de czuć pris tous ensemble apparaissent 28 fois. Donc, on peut
faire l'hypothèse que la valeur ingressive du dérivé en po- (perfectif initial) n'est pas
négligeable mais que ce dérivé demeure le plus fréquent des perfectif préfixés, d'où le
traitement traditionnel comme partenaire aspectuel. On peut reconnaître la même relation
sémantique et un rapport de fréquence comparable (4,02) entre pomyśleć 96 et le simple
myśleć 386 “penser”. Outre le sens de MA ingressif pomyśleć peut aussi avoir le sens de
MA limitatif. Les autres dérivés de myśleć sont beaucoup moins fréquents 6 en prze-, 2 en
ob-, 1 en do-, ce qui expliquerait que le dérivé en po- est considéré comme “le” partenaire
perfectif.
Le verbe imperfectif rozumieć 218 “comprendre” a une fréquence nettement plus
élevée que le verbe qui est considéré comme son partenaire perfectif zrozumieć 105. A
propose de ces verbes, certains linguistes parlent de paire “atypique” dans laquelle le
perfectif a le sens initial. La fréquence de wypić 27 “boire jusqu'au boutest nettement
inférieure à celle du simple pić 47 “boire” dont il est considéré comme le perfectif
“neutre”. Le verbe simple słyszeć 181 “entendre” a une fréquence incomparablement plus
élevée que celle du verbe usłyszeć 50 considéré souvent comme son partenaire perfectif
mais qui a plutôt le sens de “réussir à percevoir [un son]”. Pour ce qui est des dérivés de
leczyć 11 “soigner”, ni wyleczyć 1, perfectif à valeur de résultat complet ni podleczyć 1,
dérivé à valeur atténuative ne peuvent être considérés comme “pur “ partenaire perfectif et
leur fréquence est inférieure à celle du simple. Le verbe imperfectif simple jeść 45
“manger” a des dérivés préfixés de fréquence inférieure à la sienne: zjeść 27, considéré
comme le partenaire perfectif mais ayant pourtant une nuance de résultat complet “manger
jusqu’au bout”, pojeść 1 à nuance atténuative, dojeść 1 à nuance complétive.
3. Fréquence relative d’emploi de deux perfectifs de sens proche
Dans les descriptions traditionnelles, les auteurs signalent que certains verbes
présentent plusieurs dérivés pouvant être considérés comme leurs partenaires aspectuels
concurrents. Les différences de fréquence méritent d’être relevées pour quelques verbes
considérés comme des perfectifs préfixés synonymes.
Pour le verbe budować 50 “construire”, les deux dérivés considérés comme ses
partenaires aspectuels ont des fréquences différentes: zbudować 28, wybudować 15. Pour
prendre un autre exemple, le simple dzielić “diviser, partager” apparaît 30 fois alors que
ses perfectifs préfixés ont les fréquences: podzielić 13, zdzielić 2, wydzielić 7, rozdzielić 3,
oddzielić 5, udzielić 17, przydzielić 1. Le dictionnaire de S. Mędak donne podzielić et
zdzielić comme partenaires perfectifs, on cite également dans certains traités roz- comme
partenaire aspectuel du fait de la neutralisation entre le sens du préfixe et celui de la racine
(“division, séparation”). Les correspondants imperfectifs secondaires suffixaux en -dzielać
ont les fréquences suivantes: 7 en po-, 3 en wy-, 1 en roz-, 6 en od, 3 en przy-. Seul le
verbe en z- n’a pas d’imperfectif secondaire, ce qui serait un argument pour le considérer
comme partenaire aspectuel du simple. Remarquons cependant que podzielać n’apparaît
5
qu’au sens figuré “partager des idées” ex. podzielać czyjeś przekonania “partager les
convictions de quelqu’un”; par conséquent, podzielić est numériquement le meilleur
candidat au rôle de partenaire perfectif du simple dzielić.
Également, on cite souvent le verbe imperfectif czekać 184 “attendre” comme ayant
plusieurs dérivés perfectifs préfixés qui se distinguent peu sémantiquement de leur base:
poczekać 39, zaczekać 11, przeczekać 1 “attendre que quelque chose soit terminé” (MA
perduratif), odczekać 4 “attendre jusqu'au bout” (MA terminatif), doczekać 3 “attendre
encore, jusqu'à “ (MA complétif). Or, si les deux dérivés poczekać et zaczekać sont
donnés comme partenaires aspectuels (Cockiewicz et Mędak), le dérivé en po- est
beaucoup plus fréquent.
Pour ce qui est du verbe simple impefectif pytać 85 “interroger”, il a deux perfectifs
préfixés présentés souvent comme équivalents: spytać 40 et zapytać 83 mais nous
constatons que le verbe en za- est beaucoup plus fréquent que celui en s-. De même
l’imperfectif simple budzić 45 “éveiller” a les perfectifs dits neutres zbudzić 7 et obudzić
15. Le verbe decydować “décider” apparaît 30 fois comme simple, 10 fois avec z- et 10
fois avec za-, le verbe decydować się “se décider”, lui, apparaît 5 fois comme simple et 22
fois comme préfixé en zdecydować się. On considère généralement que dziwić 5 “étonner”
a deux préfixes perfectivants possible z- et za-, or dans le dictionnaire de fréquence seul
apparaît zdziwić 7 ; le verbe réfléchi dziwić się “s’étonner” apparaît 37 fois comme simple
et 6 fois préfixé comme zdziwić się.
4. Fréquence relative d’emploi du perfectif dit “neutre” et des MA
Des sondages que nous avons effectués sur la fréquence des verbes classés comme
MA par rapport à la fréquence de leur base et à celle du dérivé traditionnellement
considéré comme “le” partenaire perfectif de la base semblent indiquer que les MA se
distinguent par une fréquence basse.
Dans le SFPW, le MA intensif en wy- ... się (facilement repérable automatiquement
dans notre base grâce au postfixe) est représenté par une liste peu nombreuse de 8 verbes1
tous de fréquence 1, sauf 2 verbes. On peut traduire tous ces verbes par “se fatiguer” ou
“se rassasier à force de [faire l'action exprimée par la base]”: wydenerwować się 1”... de
s'énerver”, wygadać się 4 “... de parler, de causer”, wygrażać się 1 “...de menacer”,
wylegać się 1”... de rester couché”, wyśmiewać się 2 “... de rire”, wysapać się 1 “... de
haleter”, wysiedzieć się 1 “... de rester assis”, wyszorować się 1 “... de frotter”.
Pour ce qui est des verbes de MA appelé distributif perfectif en po-, la plupart ont
une double préfixation. Il était donc facile de les repérer dans notre base. Alors que W.
Cockiewicz (1992) attache une grande importance à ces verbes comme constituant un
rang régulier de la dérivation aspectuelle ajoutant “systématiquement” - du moins
théoriquement - aux imperfectifs secondaires un partenaire perfectif ayant le sens d’un
itératif perfectif, nous avons constaté que la fréquence de ces verbes est très faible. Tous
ces verbes peuvent être traduits en français par le même verbe que leur base auquel on
1 Nous avons écarté le verbe wymordować się "s’entre-tuer jusqu'au dernier" le postfixe a la
valeur réciproque et non réfléchie
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