
- Une valeur d’utilité externe au travers des externalités
positives créant un environnement favorable aux
projets et synergies avec les parties prenantes des
secteurs marchands et non marchands, les indicateurs
mis en place dans le cadre de la LOLF, qui permettent
notamment au Parlement d’apprécier les performances
annuelles des ministères, gagneraient à être enrichis par
des éléments rendant de l’efficience de la valorisation
des actifs immatériels publics.
Cela ne pourrait-il pas devenir un axe de modernisation
de l’Etat ?
d) Les acteurs non marchands de l’économie sociale
et de solidarité : Les actifs immatériels sont également
identifiés comme un élément d’efficience
organisationnelle dans les associations et fondations,
qui, avec 1,7 million de salariés et 14 millions de
bénévoles, ont gagné une personnalité macro-
économique incontournable. Ces organisations
délivrent des prestations indispensables à la collectivité
car non assurées par les secteurs marchand et public.
Souvent innovantes pour certains services, elles
deviennent parfois, évidemment sur des créneaux
limités, des concurrents pour le secteur lucratif privé et
le secteur public.
Les acteurs non marchands de l’économie sociale et de
solidarité, devenu essentiels au bon fonctionnement de
l’économie, peuvent, voire doivent, devenir des
champions de l’immatériel : étant par essence sans but
lucratif, leurs contributions et performances peuvent y
être opportunément reconnues et estimées par des
indicateurs de nature extra financière.
B- Pour mettre en place une gouvernance de
l’immatériel au sein des acteurs ci-dessus
cartographiés, il s’agit d’intégrer un volet
« immatériel » dans tout ce qui existe déjà en matière
de process et d’organes de décision et de contrôle de
l’entreprise ou de l’organisation concernée. C’est
dynamiser l’immatériel dans l’ADN culturel.
En termes de gouvernance institutionnelle, le « tone
at the top » est un gage essentiel de réussite :
l’engagement et le soutien actif du top management.
Les actifs immatériels (innovation, capital humain…)
devraient être usuellement à l’agenda du Conseil
d’administration. Ils devraient représenter des critères
de poids dans le débat sur les opérations stratégiques
de croissance interne (grand projet) ou externe
(fusions, acquisitions, alliances…). Un administrateur
pourrait être plus particulièrement en charge du sujet
au sein du Conseil, autour d’une veille de l’innovation
et de l’immatériel.
La gouvernance opérationnelle, portée par le
management, a pour objectif d’être un « révélateur de
valeur immatérielle », autour d’une triple dynamique
à mettre en place :
- structurer une combinaison des actifs immatériels
au service de la stratégie, ce qui suppose les avoir
identifiés. De même qu’il y a des usines dans le monde
de l’industrie, il y a des usines de l’immatériel dans le
monde des services. Simplement, on ne les voit pas au
bilan ! Ces actifs doivent donc être intégrés dans les
process d’investissement et de financement. Ils doivent
être rentabilisés. Car l’immatériel n’est jamais
déconnecté du matériel,
- générer des synergies entre les actifs immatériels
(co-création entre les hommes de l’entreprise et les
clients pour capter l’innovation externe), car les
entreprises évoluent dans un « open business
model » : le patrimoine d’une entreprise se structure
autour de composantes aussi dépendantes de l’extérieur
que le capital clients, les relations avec les parties
prenantes, la notoriété, la réputation ou la
reconnaissance d’une marque, l’innovation externe.
Voici venu le temps où valeur rime avec partage.
- susciter une dynamique des comportements
individuels optimisés par l’efficience collective. Au-
delà des marques, les valeurs portées par les hommes
de l’entreprise sont ses meilleurs atouts. On ne pourra
se cantonner à une esthétique de communication. Cela
touche la réalité des comportements et des postures
managériales. Le management de l’innovation, c’est
surtout beaucoup d’innovation dans le management.
Voici venu le temps où les valeurs font la valeur.
In fine, le challenge pour l’entreprise sera de
convaincre les marchés sur ses talents à générer des
cash flow pérennes et de la valeur durable avec des
actifs immatériels. Pour rendre visible l’invisible, il
faudra s’astreindre à mesurer et communiquer pour
mettre fin à deux paradigmes :
- ce qui ne se voit pas n’existe pas,
- ce qui ne se voit pas ne se contrôle pas.
Il faudra susciter la confiance pour financer au mieux
l’immatériel:
- avec une communication enrichie. A cette fin, en
complément des informations comptables,
l’information financière et plus largement la
communication extérieure de l’entreprise devrait être
enrichie d’informations extra financière qualitatives
et quantitatives sur l’efficience de la démarche capital
immatériel, tant pour la transparence vis-à-vis des
actionnaires et des partenaires opérationnels et
financiers, que pour la valorisation équitable par les
marchés de ces bonnes pratiques.
- avec une correspondance crédible entre les critères
extra financiers et financiers, soit la construction d’un
arbre de la valeur. Il s’agirait de démontrer la réalité
financière d’une performance équilibrée entre long
terme et court terme, matérielle et immatérielle.
Bien entendu, le périmètre de cette communication sur
des informations souvent stratégique serait à moduler
au regard des impératifs du secret des affaires. La
fiabilité de ces données serait garantie par la qualité
des processus de contrôle interne et pourrait être
renforcée par une revue externe (conduite par exemple
par les Commissaires aux Comptes).