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Questions posées par le narrateur-auteur, réponses sous la forme narrative ou du discours indirect
puis passage au discours direct : cet incipit se joue des règles génériques fixes en mêlant les modes
énonciatifs et remet en question le couple traditionnellement opposé du récit et du drame. Or,
l’œuvre de Diderot a marqué un tournant dans l'étude des genres littéraires ainsi que l'explique
Agathe Novak-Lechevalier : « pour la première fois, les relations entre genre dramatique et genre
narratif ne sont plus envisagées sous l'angle de la confrontation entre épopée et tragédie, mais à
partir d'un couple générique inédit $»5Un tel renouvellement des
genres aurait pour conséquence de mieux exprimer le monde moderne autour d'un objet commun, à
savoir la société. Cette théâtralisation du roman permet de détourner les règles génériques et de les
mettre à distance pour porter un point de vue interrogateur et critique. En somme, il s'agit de refuser
au genre noble qu'est le théâtre au xvɪɪɪᵉ siècle son sérieux en le mêlant au genre romanesque.
Diderot prélude à une entreprise de désacralisation du théâtre, héritage dans lequel se situe
Milan Kundera.Connu pour son œuvre de romancier et d'essayiste, il est aussi l'auteur de trois
pièces de théâtre, 4 (1969)* 1(( (1962) et
5#6&&(1981)Si l'auteur renie une partie de son œuvre, dont 4 et
1((* il semble cependant intéressant de se demander si l'écriture de pièces de
théâtre a influencé l'écriture du roman. On peut s'interroger ainsi sur le passage du théâtre au roman
– 1 fut publiée en 1967 en Tchécoslovaquie et amorce un long cycle romanesque78
puis sur le retour à l'écriture théâtrale avec en 1981.
Si le théâtre ne semble pas occuper une place prépondérante dans l’œuvre de Kundera, il apparaît
néanmoins en arrière fond, comme un horizon de lecture possible. La réception critique de
9 et de l'atteste puisque ces œuvres ont été qualifiées de « vaudeville noir »6
pour la première et de « farce médiatico-érotique »7 pour la seconde. Ces deux formules, concises et
tranchées, mettent en évidence la question des relations intergénériques et doivent être
développées : dans quelle mesure sont-elles pertinentes ? Quels éléments textuels les justifient ?
Comment envisagent-elles la question générique ? Or, il s´agit de deux romans : dans
*la narration tient une place prépondérante, le jeu des discours direct, indirect et indirect libre
rend accessible l'intériorité des personnages ; la temporalité, bien que restreinte à cinq journées, est
discontinue ; et les scènes de l'action sont multiples (une brasserie, les bains, l'appartement de
5 A. Novak-Lechevalier, ., p. 102.
6 Note de l'éditeur : M. Kundera, 9, Paris, Gallimard, 1986.
7 F. Ricard, « Le roman où aucun mot ne serait sérieux », postface de , Paris, Gallimard, « Folio », 1998,
p. 193.