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EVOLUTION DE LA PLACE DE LA PME /PMI DANS
L’ECONOMIE DU DEVELOPPEMENT : COMMENT ET
POURQUOI ?
Ammar SELLAMI
Maitre assistant ENSSEA,
Pôle Universitaire, Koléa
RESUME
Phénomène très ancien et réalité incontournable des économies
contemporaines, la petite entreprise, d’abord perçue comme une entité
artificielle face à la grande entreprise synonyme d’efficacité économique,
symbolise de nos jours le dynamisme, l’innovation, lasouplesse, la
flexibilité,etc. Devenue objet de toutes les attentions elle est partout
sollicitée et protégée compte tenu de sa fragilité. Elle a fini par déclasser sa
rivale,la grande entreprise, et joue de plus en plus un rôle fondamental et
stratégique dans les économies développées ou en transition. Première
créatrice d’emplois depuis quelques années, avecune crise économique
récurrente et persistante, les échecs des anciennes theories « fatiguées » du
développement, les déboires du gigantisme, les mutations des systèmes
productifs et la mondialisationouvrent une opportunité et une autre
perspective à l’entreprise de petite taille. La pme, revêtue de son nouveau
statut, est au cœur d’un « nouveau »modèle du développement plus
approprié àla résolution des problèmes qui se posent à une économie
mondiale globalisée.
Mots clés : pme, grande entreprise, taille idéale, emplois, stagnation
séculaire, économie du developpement, paradigme de développement.
Introduction
Dans les économies développées comme dans les économies émergentes
ou en transition la place de la pme/pmi est de plus en plus repensée (1, 2,19)
tant cette catégorie d’entreprises est devenue le moteur principal de la
croissance(1) économique et un puissant levier sur lequel s’appuient les
politiques publiques(2,3) qu’il s’agisse de création d’emplois, de
développement desrégions, de création d’agglomérations ou de pôles de
compétitivité, etc. Considéréejusqu’à la fin des années 90 comme une entité
artificielle(4), plus ou moins délaissée, au profit de la grande entreprise (la
taille idéale), l’entreprise de petite taille devenue « la petite entreprise »(18)
a fini, après les »vingt glorieuses »(2)(4) par déclasser sa rivale. A la pointe
de l’actualité, symbolisant toutes les vertus(3)
(dynamisme,flexibilité,souplesse,innovation, épine dorsale de l’économie,
etc.) la pme joue un rôle « stratégique » dans le developpement
économiqueau nom de l’efficacité de la « taille humaine ». Le but
283
de l’article qui suit est d’apporter un éclairage sur cetteévolution du
« Small is not beautifull » vers le « Small is beautifull »(4)à
l’échellemondiale. Commentla pme/pmi est devenue, après les « vingt
glorieuses », un acteur majeur et un impératif industriel dans les économies
développées ou en transition (section I).Ensuite, pourquoi (section II) la
« petite entreprise »,devenue taille idéale, esthissée au statut de véritable
deus ex-machina dans un « paradigme »,un« nouveau modèle »
dudéveloppement,où elleoccupe une place centrale.Autrementdit, quels sont
les facteurs explicatifs, quelles sont les raisons de cette évolution de
« l’artificialité » (4,5) de la petite entreprise à la pme « taille idéale »(5) (21).
I. Naissance, connaissance et reconnaissance de la pme/pmi : d’Atlas à
Vrirouch(6).
La pme existe depuis très longtemps (7,16). Après les « vingt glorieuses »,
objet de recherche à part entière,la petite entreprise n’est plus considérée
comme un modèle réduit de la grande entreprise mais comme une entreprise
à laquelle on peut associer de nombreuses particularités et caractéristiques
qui font son intérêt (4, 3,21). L’entreprise de « petite taille » devient la «
petite entreprise ». Le préjugé favorable aux pme a aujourd’hui, en plus de
son assise traditionnelle(7), une assise économique bien solide. Le bien-
fondéde leur existence et de leurs fonctions dans le système économique
(comme de toutes les entreprises petites ou grandes) a été démontré par de
nombreux économistes entre autres Coase (6). Réalité tangible des
économies contemporaines la pme est de nos jours un agentéconomique
reconnu etincontournable. Au terme d’une ascension, vieille de 40 ans
(1950-1980) la pme émerge drapée de toutes les qualités Rétrospective sur
l’irrésistible ascension de la « petite entreprise », devenue la «gazelle» de
l’économie du developpement et de la croissance.
1. La pme/pmi(8) un phénomène ancien.
La pme est un phénomènetrèsancien même si ses formes ont pu varier avec
le temps que ce soit avec les artisans et les petits commerçants comme
l’explique Fernand Braudel (1979) dans sa grande fresque de l’évolution du
capitalisme du XVIEME au XVIIIIEME, ou encore avec l’industrie à domicile et
le marchand apportant la matière première et reprenant le produit fini contre
rémunération au temps ou à la pièce. Lesétudes scientifiques modernes sur
les pme ont un peu moins de 40ans.Mais il existe plusieurs
économistesdéfricheurs qui se sont arrêtés aux caractéristiques de la
pme/pmi sans la nommer. Quelques exemples.
Dans la transition d’un mode de vie rural vers unmode de vieurbain et
industriel les petites unités de production agricoles ou autres étaient
présentées comme une cause des problèmes d’ajustement des structures
productives industrielles ou agricoles. La petite unité est perçue comme un
obstacle à la formation des grandes exploitations ou grandes entreprises
(3,8)(9).
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A la fin duXVIIIèmesiècle l’auteur desRecherches sur la nature et les
causes de la richesse des Nations (1776), mettant en évidencele lien entre
l’augmentation de la production, la productivité etladivision technique du
travail recommandera une division plus fine des tâches dans l’entreprise
mais aussi une division des tâches entre entreprises. En d’autres termes une
décentralisation de l’activité économique, c’est-à-dire son organisation en
une multitude de petites ou moyennes entreprises. Adam Smith « avait dans
l’esprit la petite et moyenne entreprise puisque à son époque la grande
entreprise n’existait que dans le commerce international notamment avec les
colonies »(4).
Karl Marx(9,16)dans ses écrits sur le développementdu capitalisme fait
une distinction entre la manufacture et la fabrique. Dans la manufacture et le
métier, dira Marx, l’ouvrier se sert de son outil, dans la fabrique (unité de
taille plus grande) il se sert de la machine ou plus exactement il est sur la
machine (9,16).
Autres exemples données par Julien(4,10 ).Selon cet auteur, dans son
ouvrage The Theory of Business Entreprise (1904)
l’économisteinstitutionnaliste Thorstein Veblen critique la séparation
croissante entre les entrepreneurs de petites entreprises (les capitaines de
l’industrie )et les capitalistes de la grande entreprise. Pour sa part Commons
(un autre économiste institutionnaliste) dans son Industriel Governement
(1921) discute du rôle de la classe moyenne reliée aux petites entreprises
dans le développement économique.
Joseph Schumpeter(11) a lui aussi écrit sur la pme sans la nommer(10).Dans
la conception de Schumpeter, l’entrepreneur, qu’il distingue nettement du
chef d’entreprise (administrateur) incarne l’innovation, ledynamisme,
l’aventurier qui n’hésite pas à prendre des risques pour innover. On
reconnait les caractéristiquesprêtées généralement aux pme et le profil
type du dirigeant de la pme/pmi moderne.
Auparavant, Ansiaux,dans son Traité d’Economie Politique
(1926)explique l’existence de nombreuses pme/pmi dans l’économie par
l’existence de nombreuse production à faibles demandes. Selon Julien (4)
« des chercheurs américains comme Kaplan (1948), Skindi (1948)
ouChurchill (1955) ou français comme Gross (1958) concluaient déjà il y’a
plus de 40ans que les pme se distinguent des grandes entreprises tant dans
leur comportement que du point de vue de leur survie et de leur
développement par rapport à la concurrence internationale. (11)
On peut valablement dire, en s’appuyant sur de nombreusesétudes traitant
des pmeque celles-ci ont toujours existées.Ellessont, à des exceptions
près,présentes,dans toutes les branches de l’activité économique. Maiselles
constituent un groupe très hétérogène allant de la pme informelleà la pme
high tech. Un point commun cependant : elles se différencient de la grande
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entreprise parleur taille mais surtout leurs caractéristiques propresquifont
leurspécificité et leur intérêt.
En Algérie, la présence d’un secteur composé de petites et moyennes
unités industrielles est au départ le fait d‘un « héritage ».A côté d’un large
secteur artisanale au savoir-faire ancestral(12), existentdes petites entreprises
nationalisées après l’indépendance et des pme privées qui activaient du
temps de la colonisation. A partir de la seconde moitié des années 70 la
notion de pmi prend des « couleurs ». Des relations avec la grande entreprise
sont fixés aux pmi (publiques): sous- traitance, désenclaver les régions
isolées, substitution aux importations, densification du tissus industriel,
objectif social, etc. (13,16). Cette conception plus moderne de la pme/pmi
est « l’acte de naissance »(13) du secteur de la pme en Algérie d’autant que
cela s’accompagne d’une timide reconnaissance de la propriété privée ce qui
favorise la création de petites entreprises. Depuis les années 90 le « Small is
beautiful » est devenu un véritable sloganpolitique qui invite « les jeunes » à
créer leur propre entreprise. Mais la création de « sa propre entreprise »
s’apparente jusqu’à présent à un tremplin plus qu’à un aboutissement pour
accéder à une position sociale supérieure sans un ancrage réel de l’esprit
d’entrepreneuriat.
2. Les pme/pmi, une réalité des économies contemporaines.
Dans les économiesactuelles l’entreprise de petite et moyenne taille est une
puissante force économique et sociale .Ce qui remet en question lespréjugés
défavorables d’autrefois la concernant.Au début des années 50 les pme/pmi
représentent jusqu’à 95% du nombre total d’entreprises (Algérie, France) et
entre 57% et 49%des emplois dans certains pays (Algérie, Allemagne)
comme l’indique le tableau n°1ci-dessous.
Pourcentage pme et emplois dans total entreprises
Ettotal emplois dans quelques pays.
Tableau n°1
Pays
Total entreprises /total
pme/pmi.
total emplois/emplois pme/pmi
Algérie(1968)
95
57
Argentine(19
64)
90
42
Brésil(1960)
93
33
France (1950)
95
25
Mexique
(1961)
87
39
RFA (1957)
81
49
USA (1955)
ND
39
Source : Sellami A : Développementéconomique et pmi, Ed Enal 1985.
Plus près de nous, début des années 90, le rôle des pme/pmi est mieux
démontré, leur importance et contribution plus visible comme le montre les
286
statistiques ci-dessous sur la part des pme dans les exportations de produits
manufacturés de pays en développement et de pays de l’OCDE.(14).
Pays %
Taipeh (1990) 56%
Chine 1990) 40-60%
Corée (19 95) 42%
Vietnam (1990) 20%
Inde (1992) 32%
Malaisie (1990) 15%
Danemark (1990) 46%
France (1994) 29%
Suède (1990) 24%
Thaïlande(1990) 10%
Source : Wignaradja, Ganesh (2003), Revue OCDE 2004/2 N°5
Depuis le début du XXIèmesiècle, d’après différentes estimations, partout
dans le monde plus de 95% des décisions économiques en nombre
d’entreprises sont des pme/pmi. Une étude de la Banque Mondiale (2012)
estime qu’il se crée, en moyenne, 4,3 Sarl pour 1000 habitants en âge de
travailler par an dans les pays développés Le ratio est de seulement 0,6 dans
les économies en transition soit environ 8fois moins que dans les pays à haut
revenus.
Aux USA la Small Business Administration (agence fédérale chargée de le
pme) a recensée en mars 2014 près de 28,3 millions de pme/pmi dans le
pays. Entre 1993-2013, plus de 63% des nouveaux emplois sont, d’après la
SBA, le fait de l’entreprise de faible taille. L’OCDE (dans une de ses études
en 5005) donne le chiffre de 20 millions de pme/pmi pour l’Europe à 20 et
23 millions de pme /pmi pour une Europe à 25 membres. Le nombre de
salariés occupés par le secteur des pme/pmi est estime à 75 millions.
En 2011pour les trois pays de l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie)
on comptait 2,462 millions de pme/pmi dont 50% pour le seul Maroc,
l’Algérie et la Tunisie se partageant le reste presque à part égales(15).
Parts des pme/pmi en % dans certains Européens (2003).
Tableau n°2
Part des pme
dans…
USA
Allem
agne
Japon
Fran
ce
Corée
Sud
Itali
e
Turqui
e
l’ens des
entreprises
97,2
99,8
99,4
99,9
97,8
97,0
99,5
l’emploi total
50,4
64.0
81 ;4
49,4
64,9
56,0
61,1
L’invest
total
38,0
44.0
40,0
45,0
34,5
36,9
56,5
VA
totale
36,2
49,0
52,0
54,0
34,5
53,0
37,7
les export
totales
32,0
31,1
38,0
23,0
20,2
16,6
_
le total des
prêts
47,2
35,0
50,0
48,0
46,8
_
56,0
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