
pour les PME, est le rapprochement entre fournisseurs et clients, dans le
second cas, l’avantage est essentiellement du côté de la relation établie
entre industriels et chercheurs. Aussi, il n’est pas rigoureux sur un plan scien-
tifique de traiter les pôles de manière indifférenciée. Interroger les acteurs
de plusieurs de ces entités, comme l’a fait récemment le Cabinet de
conseil et d’audit KPMG (9), en dehors de toute catégorisation, ne permet
pas d’établir un bilan incontestable, fût-il provisoire. Déplorer que les entre-
prises sont généralement réticentes à coopérer dans le domaine de l’inno-
vation est un constat qui n’a pas beaucoup de sens dans le cas, par
exemple, du pôle Parfums, arômes, senteurs, saveurs (PASS), lorsqu’on
connaît la forte compétition qui existe depuis toujours entre les parfumeurs
grassois. Dans ce cas de figure, il faut peut-être, plutôt que d’inciter à un
hypothétique partenariat en matière de recherche, trouver des sujets
consensuels et fédérateurs pour mutualiser des moyens sur des projets
transversaux à long terme (10). Mais, en l’espèce, on peut s’interroger sur
le fait de savoir si cette solidarité stratégique ne devrait pas être hissée au
niveau national. Vu des Etats-Unis ou de la Chine, la distinction entre Cos-
metic Valley et PASS ne doit pas apparaître distinctement... A terme, les
deux pôles auraient certainement intérêt de s’allier pour n’en faire plus
qu’un, identifié au niveau de la France. Les « nouveaux réseaux sociaux »
sont justement en rupture avec l’un des fondamentaux des clusters tradi-
tionnels, à savoir l’unité géographique.
Certains pôles de compétitivité français devront peut-être miser sur
l’ensemble du pays. Ces pôles seraient alors géographiquement dispersés,
mais stratégiquement concentrés... Un défi à relever par les acteurs des
pôles, qui est sous-jacent à la dynamique décrite par Christian Blanc dans
la citation que nous avons mise en exergue au début de cet article...
dynamique qui ne pourra se développer qu’au prix d’un profond chan-
gement culturel.
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(9) Dans le cadre d’une étude de nature qualitative reposant sur les témoignages
de 158 acteurs recueillis auprès de 40 pôles (cf. KPMG, 2007).
(10) Les industriels grassois ne disent pas autre chose en déclarant dans la presse
professionnelle : « L’intérêt du pôle se situe avant tout au niveau de projets de très
haut niveau que nous ne serions pas en mesure de mener seul ». Cf. Formes de
luxe, nº 55, automne 2006, p. 94.
pôles de compétitivité
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