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Partie 1 Femmes et innovation sociétale
Avant d’étudier la place des femmes dans des initiatives qui relèveraient de l’innovation
sociétale, il convient tout d’abord de définir ce que l’on entend par cette forme d’innovation.
1.1 Les acteurs de l’innovation sociétale
L’innovation sociétale n’a pas de définition très stabilisée. Héritière de l’innovation sociale,
elle intègre de nouveaux enjeux sociétaux par rapport à cette dernière et des structures plus
diversifiées.
L’innovation sociale est un concept en discussion depuis 20 ans, des sciences de gestion à la
sociologie et à la géographie (Hillier alii, 2004). La nécessité de trouver de nouvelles
solutions ne se limite pas à l'innovation technologique et donc à un processus du
développement technologique et sa mise sur le marché. La sociologie de l’innovation a
montré que ce processus est plus complexe et qu’il est avant tout un processus social (Akrich,
Callon, Latour, 2006). Toute innovation est donc sociale, mais certaines innovations se posent
comme sociales car que ce soit la finalité, le processus de création ou le résultat, chaque étape
est marquée par une dimension sociale. Désormais ce qui caractérise l’innovation sociale ou
sociétale ce n’est pas tant l’objet de l’innovation, un besoin non satisfait, mais surtout les
nouveaux rapports que la nouvelle solution propose dans la société. Elles est un objet d’étude
important notamment au Québec, c’est pourquoi nous nous appuierons sur la définition d’un
centre de recherche important, le CRISES2 : « Une innovation sociale est une intervention
initiée par des acteurs sociaux pour répondre à une aspiration, subvenir à un besoin, apporter
une solution ou profiter d’une opportunité d’action afin de modifier des relations sociales, de
transformer un cadre d’action ou de proposer de nouvelles orientations culturelles. En se
combinant, les innovations peuvent avoir à long terme une efficacité sociale qui dépasse le
cadre du projet initial (entreprises, associations, etc.) et représenter un enjeu qui questionne
les grands équilibres sociétaux. Elles deviennent alors une source de transformations sociales
et peuvent contribuer à l’émergence de nouveaux modèles de développement ». Ainsi, nous
voyons que la dimension sociale est partout que ce soit en tant qu’acteurs sociaux, dans les
conséquences et dans la transformation qu’elle peut amener à terme. Pour les chercheurs du
CRISES l’innovation sociale est porteuse de transformations sociales dans 4 domaines : elle
renouvelle les rapports de production, les rapports de consommation, les rapports entre
entreprises en proposant de nouvelles formes de gouvernances partenariales et propose de
nouvelles configurations spatiales des rapports sociaux (Bouchard, 2007). Elle est ainsi
porteuse d’un nouveau modèle de développement.
Dans le contexte français Nadine Richez Battesti, considère qu’elle se caractérise aussi par
quatre traits. Dans son objet, elle doit répondre à des besoins sociaux et environnementaux,
pratiques sociales et/ou organisations, dont la priorité est l’utilité sociale. Dans sa
gouvernance, elle intègre une dimension collective multi parti-prenante et réseaux. Dans sa
coordination, elle est aussi originale et enfin elle est marquée par un ancrage territorial
(Richez-Battesti, 2009). La mise en œuvre de cette forme d’innovation est donc un catalyseur
qui redéfinit le rôle de chacun, invente de nouvelles formes de partenariats et de nouvelles
formes de coordinations.
Dans la littérature américaine, la réflexion sur l’innovation sociale est suffisamment avancée
pour donner lieu à une nouvelle définition. Alors que l’équipe de Stanford de la Social
Innovation Review travaille sur ce sujet depuis 2003, en 2008, il a semblé important de
« redécouvrir » l’innovation sociale avec une nouvelle définition qui paraît s’imposer
2 2 Centre de Recherche sur les Innovations Sociales, www.crises.uqam.ca