
WT/TPR/S/29 Examen des politiques commerciales
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Encadré I.1: Evénements à l'origine de la crise du peso
Les causes de la crise du peso de décembre 1994 peuvent se diviser en trois grandes catégories, bien qu'il y ait
désaccord quant à leur importance relative: i) l'aggravation des déséquilibres macro-économiques
(surévaluation du peso et déficit important de la balance des opérations courantes), ayant entraîné une
accélération des ponctions sur les réserves et une dépendance accrue à l'égard des emprunts à court terme en
devises; ii) des événements extérieurs défavorables (augmentation des taux d'intérêt aux Etats-Unis); et
iii) une série d'événements politiques survenus dans le pays. Certains économistes pensent aussi que la crise
financière a été aggravée par la spéculation et n'est donc pas entièrement imputable aux données économiques
fondamentales. Quoi qu'il en soit, il y a eu une perte de confiance qui a fini par entraîner l'effondrement de la
monnaie et sa dévaluation le 20 décembre 1994.
Plusieurs des indicateurs économiques clés semblaient prometteurs. Le déficit budgétaire, qui représentait
13 pour cent du PIB en 1986, s'était sensiblement résorbé pour tomber à 0,4 pour cent du PIB en 1993, bien
que, en raison du processus électoral, il ait quelque peu augmenté en 1994. L'inflation avait été réduite,
passant de 131 pour cent en 1987 à 10 pour cent en 1993. De plus, l'économie se développait à un rythme
soutenu (taux de croissance annuel moyen du PIB réel de 3 pour cent entre 1990 et 1993).
Cependant, le Mexique a dû faire face à une augmentation considérable des dépenses privées et des déficits
commerciaux entre 1988 et 1994. La forte appréciation réelle de la monnaie enregistrée à partir de 1991 a
contribué à creuser les déficits en compte courant; le déficit de la balance des opérations courantes avait
atteint environ 5,8 pour cent en 1993 et allait même se chiffrer à 7 pour cent du PIB en 1994 à la suite d'une
envolée des importations dépassant l'accroissement des exportations. Les importants déficits en compte
courant étaient, en un sens, surfinancés par les ressources extérieures. Attirées par un programme de réforme
énergique comportant de vastes réformes structurelles (privatisation, déréglementation et réorientation de
l'économie vers l'extérieur) et les perspectives économiques manifestement positives, les entrées nettes de
capitaux ont pris leur essor pendant la même période et ont atteint un niveau sans précédent avec la ratification
de l'ALENA en janvier 1994. Une grande partie des apports de capitaux étrangers s'est dirigée vers les
marchés des valeurs boursières. Les réserves internationales nettes sont passées de 7 milliards de dollars EU
fin 1988 à 24 milliards de dollars EU fin 1993.
Une série d'événements nationaux et internationaux ont affecté les marchés financiers en 1994. En janvier,
une rébellion a éclaté dans l'Etat de Chiapas. Par ailleurs, des turbulences se sont produites sur les marchés
obligataires internationaux et les taux d'intérêt mondiaux ont sensiblement augmenté. A la suite de l'assassinat
du principal candidat à la présidence en mars, le flux des investissements de portefeuille s'est presque tari.
Les taux d'intérêt nominaux ont été considérablement accrus et le taux de change nominal a été porté à la
limite supérieure de la bande de fluctuation.
Les sorties de capitaux se sont poursuivies pendant le reste de l'année et le déficit commercial du Mexique a
été financé en grande partie par des ponctions sur les réserves internationales. Pour empêcher de nouvelles
hausses des taux d'intérêt, le gouvernement a permis une expansion du crédit intérieur et converti des effets
publics à court terme libellés en peso (cetes) arrivant à échéance en obligations libellées en dollar (tesobonos).
Comme l'a fait observer M. Sachs (1996), à la fin de 1994, la dette à court terme dépassait de loin les
réserves (la dette extérieure à court terme du secteur public était plus de trois fois et demie supérieure aux
réserves internationales), confrontant le gouvernement à une crise de liquidités.
Le recours à un taux de change prédéterminé pour réduire l'inflation, associé aux apports massifs de capitaux
dont l'intermédiation était assurée par un système bancaire déficient, a abouti à une situation de surévaluation
du taux de change, à l'existence d'un système financier vulnérable et finalement, en décembre 1994, à
l'effondrement de la monnaie. Après avoir élargi la marge de fluctuation du taux de change en permettant au
peso de se déprécier de 15 pour cent le 20 décembre, le gouvernement a adopté un système de taux de change
flottant le 22 décembre. Dans le cadre de ce système, qui est encore appliqué, la valeur extérieure est
déterminée sur le marché interbancaire en fonction de l'offre et de la demande. Au moment de la crise, les
réserves étaient tombées à 6 milliards de dollars EU alors qu'en janvier 1994 (ratification de l'ALENA) elles
atteignaient 29 milliards de dollars EU.
Source: FMI (1995), Working Paper 95/112 rédigé par M. Otker et (1996), Working Paper 96/6 rédigé par
M. Masson.