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Diagnostic du patrimoine
Pays Segréen / Communauté de communes du Canton de Candé
DGA Proximité / Ser vice départemental de l’Inventaire du patrimoine
Sommaire
Avant-propos................................................................................................................................ p.1
Patrimoine et Territoire....................................................................................................... p.2
Géographie, paysages et peuplement.......................................................................... p.2
Le patrimoine en quelques chiffres................................................................................. p.5
Le patrimoine seigneurial : châteaux et manoirs........................................................... p.7
Un riche patrimoine rural................................................................................................... p.11
Le patrimoine industriel.................................................................................................... p.16
Patrimoine des villages : un cadre de vie à préserver............................................ p.18
Enjeux................................................................................................................................... p.20
Diagnostics par commune.................................................................................................p.22
Angrie.................................................................................................................................... p.24
Candé.................................................................................................................................... p.30
Challain-la-Potherie........................................................................................................... p.48
Chazé-sur-Argos................................................................................................................. p.56
Freigné.................................................................................................................................. p.62
Loiré...................................................................................................................................... p.68
Contacts - Aides - Partenaires............................................................................................... p.74
Avant-propos
L
e Conseil général de Maine-et-Loire, par l’action du service départemental de l’Inventaire du patrimoine, a réalisé, en partenariat avec la DRAC
des Pays de la Loire (service régional de l’Inventaire) - puis avec la Région
des Pays de la Loire - et le syndicat mixte du Pays Segréen, l’Inventaire du
patrimoine architectural des 67 communes de ce territoire.
L’objectif de cette opération a été d’identifier et d’étudier les édifices les plus
remarquables ou les plus représentatifs de l’architecture locale et d’en conserver la mémoire à travers une couverture photographique systématique : architecture rurale, seigneuriale, industrielle, religieuse…, l’ensemble du bâti a été
pris en compte de manière à en restituer toutes les caractéristiques.
Ce diagnostic est une restitution synthétique de cette étude et surtout une évaluation du patrimoine de la communauté de communes du canton de Candé.
Les spécificités de l’architecture et des formes d’habitat du territoire sont présentées dans une première partie synthétique, puis, dans un cahier technique
établi commune par commune, des cartes et des tableaux localisent, identifient et évaluent les éléments du patrimoine : les édifices exceptionnels ; les
bâtiments remarquables ; les édifices secondaires représentatifs d’un style ou
d’une famille typologique ; les édifice de témoignage ou constitutifs du tissu
ancien ; enfin le patrimoine d’accompagnement (puits, croix de chemins, oratoires, jardins…).
Ce document est donc un outil de connaissance, de sensibilisation et d’aide
à la décision mis à la disposition des acteurs locaux afin qu’ils prennent en
compte « leur patrimoine » dans les actions de gestion, d’aménagement et de
valorisation du territoire communal et intercommunal.
Diagnostic du patrimoine de la communauté de communes du canton de Candé.
Sous la direction de Thierry Pelloquet, conservateur en chef du patrimoine, avec la collaboration d’Anaïs Casin, étudiante en Master 2, Master professionnel Métiers du patrimoine
à l’Université d’Aix-Marseille, stagiaire au service départemental de l’Inventaire du patrimoine (avril-juillet 2012).
À partir des études d’inventaire communales réalisées en 2000 par Christian Cussonneau, ingénieur d’étude au service régional de l’Inventaire (DRAC Pays de la Loire).
Communauté de communes du Canton de Candé
1
Patrimoine
et territoire
Challain-la-Potherie
Loiré
Chazé-sur-Argos
Candé
Angrie
Freigné
Géographie, paysages et peuplement
Située à l’ouest du département de Maine-et-Loire, et pour partie frontalière
avec le département de la Loire-Atlantique, la communauté de communes du
canton de Candé fait aujourd’hui partie du Pays Segréen. Elle compte six communes (Angrie, Candé, Challain-la-Potherie, Chazé-sur-Argos, Freigné et Loiré)
couvrant une superficie d’environ 22 000 hectares. Son territoire s’étend sur
les anticlinaux schisteux d’axe sud-est/nord-ouest qui joignent le bassin ardoisier d’Angers à celui de Renazé (Mayenne). Les sommets de ces anticlinaux,
nommés localement « grées », sont en partie incultes, couverts de landes et
ont vu l’implantation de quelques ardoisières, surtout au 19e siècle. Le canton
est parcouru par deux petites rivières, l’Erdre et l’Argos, et quelques ruisseaux
affluents qui ont permis l’installation de nombreux moulins à eau.
La géographie de la zone apparaît hétérogène. Entre les lignes de crêtes majeures, la topographie présente un réseau de vallons plus ou moins prononcés
et la végétation alterne entre haies bocagères, de densité variable, et champs
remembrés. Les variations du relief sont plus prononcées dans le secteur de
Freigné, traversé par le cours de l’Erdre ; le territoire est articulé autour de
nombreuses buttes animées parfois singulièrement de pins parasols. Au cœur
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Communauté de communes du Canton de Candé
du territoire, la ville de Candé est implantée sur un site défensif naturel constitué d’un éperon de schiste situé au confluent de l’Erdre, du Moiron et de
quelques ruisseaux (Grand-Gué, Mandit). Ces différents cours d’eau formaient
d’ailleurs une zone marécageuse ponctuée d’étangs (asséchés au cours du
18e siècle) qui complétaient ainsi le système de défense de la ville.
Le territoire semble occupé depuis la fin de la Préhistoire comme en attestent
certains témoignages archéologiques (haches polies) retrouvés sur les bords
de l’Erdre, dans le secteur de Candé, ou encore l’ensemble mégalithique de
Freigné. Hormis Candé, les territoires communaux sont très vastes, ce qui
semble indiquer que les paroisses ne furent pas densément occupées pendant le Haut Moyen Age. D’anciennes villas carolingiennes sont probablement
à l’origine de certains villages : c’est le cas de Chazé qui semble apparaître derrière la mention de la villa Catiacum dans un diplôme de Charlemagne datant
de 760. De même, la villa Lauriacus, probablement Loiré, est mentionnée en
843, date à laquelle s’y tient un concile, en présence de Charles le Chauve.
Croix de chemin de la 2e moitié du 17e siècle (Challain-la-Potherie)
Communauté de communes du Canton de Candé
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À Angrie, la mention sur le cadastre napoléonien d’une vaste structure ovalaire (750 mètres de long sur 500 mètres de large) et la toponymie liée aux
parcelles (l’Essart et les Brûlons) laissent supposer qu’il pourrait s’agir d’une
clairière de défrichement médiévale. C’est bien durant le bas Moyen Âge que
les implantations de bourgs sont confirmées à travers les sources écrites et
que le peuplement s’intensifie. Les villages de Freigné, Loiré et celui de Challain établi au croisement de trois routes reliant Candé à Combrée, Roche d’Iré
à La Chapelle-Glain et Loiré à Pouancé, sont tous mentionnés autour de 1050.
Le village de Chazé-sur-Argos se développe lui autour de son église et d’un
prieuré-cure fondé par l’abbaye Saint-Serge d’Angers en 1072.
La ville de Candé est mentionnée pour la première fois en 1063. L’exiguïté de
son territoire, qui rappelle celle des villes comtales angevines de Baugé ou de
Vihiers, et sa position sur la marche ouest de l’Anjou, au contact de l’ancien
comté de Nantes, tendent à confirmer cette fondation par l’un des comtes
d’Anjou. La situation stratégique de ce territoire explique d’ailleurs la présence
de nombreux établissements seigneuriaux connus aujourd’hui encore par la
toponymie. À Loiré, on compte ainsi de nombreux témoignages de ces premiers châteaux « à motte » comme ceux de la Ferté, de la Motte-Cordier, de
la Roche-d’Iré ou encore de la Motte-Cesbron dont l’éminence de terre est
toujours visible. Ces implantations eurent encore une importance majeure au
cours de la guerre de Cent Ans au regard de leurs positions sur la frontière
entre l’Anjou et la Bretagne.
Stagnante jusqu’à la fin du 18e siècle, la population s’accroît rapidement au
cours de la première moitié du 19e siècle, passant de 6 343 habitants à 11 432
en 1866. Conciliant sécurité et désenclavement du territoire, un nouveau réseau routier est aménagé à partir de 1833 dans le Segréen (et dans l’Ouest en
général) suite aux troubles consécutifs au passage de la Duchesse de Berry
sur les bords de Loire (mai-juin 1832). Sept routes vont ainsi être tracées, en-
Le village-rue de Challain-la-Potherie et le centre-bourg de Chazé-sur-Argos aménagé autour de l’église et de son ancien cimetière. Extraits du cadastre napoléonien de 1836 (AD. Maine-et-Loire).
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Communauté de communes du Canton de Candé
Le patrimoine en quelques chiffres
Four à chaux Saint-Pierre à Angrie
taillant le territoire de longues lignes droites « de clochers à clochers », selon
les principes retenus par les ingénieurs. On signalera la route stratégique n°12
du Lion-d’Angers à Ancenis, par Vern, Angrie et Candé ou encore la route n°16
de Nord à Candé, passant par Freigné. Ces nouveaux axes contribuent également à une meilleure diffusion des produits de l’agriculture, stimulée par la
« révolution agricole ». Grâce à l’amendement à la chaux, les terres acides du
canton connurent en effet de bien meilleurs rendement de céréales et certaines friches ou landes purent être transformées en prairies.
Cependant, suite à la crise de 1880, conséquence de la concurrence et de l’excès de chaulage qui vit les rendements diminuer, l’agriculture abandonna pour
partie la production céréalière afin de se tourner vers l’élevage, les herbages
et la production fourragère. Bien que l’agriculture ait été à nouveau prospère,
la population du canton commença à diminuer régulièrement au lendemain de
cette crise, à partir de 1896, pour compter 6 727 habitants en 1990. La mécanisation et le remembrement, dans les années 1960, contribuèrent évidemment
à accroître cette dépopulation. La ligne de chemin de fer Segré-Nantes, passant par Candé, et la ligne départementale d’Angers à Candé ouvertes au 4e
quart du 19e siècle ont été supprimées au 3e quart du 20e siècle.
Sur cette zone 12 édifices bénéficient aujourd’hui d’une protection au titre
des Monuments historiques (inscription ou classement). Ce statut concerne
essentiellement des éléments de l’architecture seigneuriale, dont deux
manoirs, celui de la Cour des Aulnays à Challain-la-Potherie et celui de la
Gâchetière à Angrie (plutôt repéré dans cette étude comme une maison
de maître) et cinq châteaux, parmi lesquels figurent notamment ceux de
Raguin à Chazé-sur-Argos, de Bourmont à Freigné, La Saulaie à Candé ou
encore Challain-la-Potherie et Angrie, œuvres de l’architecte René Hodé ; on
notera d’ailleurs que le château de la Rivière d’Orveau, dû au même maître
d’œuvre, mériterait une mesure identique. Cinq édifices à vocation artisanale
ou industrielle ont également fait l’objet d’une mesure de protection : trois
moulins à vent (le moulin-neuf à Angrie, le moulin du Rat à Challain-la-Potherie
et le moulin de la Saulaie à Candé) et deux ensembles de fours à chaux (la
Veurière et Saint-Pierre) sur la commune d’Angrie.
On signalera également la protection au titre des Monuments historiques d’un
ensemble archéologique de l’époque mégalithique situé à Freigné. Comme
souvent le patrimoine rural ne comporte pas d’éléments protégés. Plus surprenant aucun élément de l’architecture religieuse n’a été mis en évidence. Il faut
enfin noter que le territoire ne comporte aucune zone de protection (ZPPAUP)
ou nouvelle zone de valorisation du patrimoine (AVAP), ni d’ensemble paysager
et monumental reconnu au titre des Sites protégés.
L’opération d’inventaire et le diagnostic d’évaluation ont quant à eux identifié
433 édifices, auxquels il faut ajouter de nombreux édicules d’accompagnement (croix de chemin, oratoires, monuments aux morts, puits …). Parmi ce
corpus, 11 édifices ont été mentionnés comme exceptionnels (ils sont déjà
protégés au titre des Monuments historiques à l’exception du château de la
Rivière d’Orveaux à Loiré) et 132 édifices ont été classés comme remarquables bien que ne bénéficiant pas d’une mesure de protection (à l’exception du
moulin de la Saulaie à Candé et de la maison de maître de la Gâchetière à Angrie). D’autre part, et à titre d’exemple, 233 édifices ont été signalés comme
représentatifs de certaines typologies ou formes architecturales concourant
ainsi à l’identité du territoire. Enfin 57 édifices, bien que repris ou ayant subi
Communauté de communes du Canton de Candé
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des altérations perturbant leur lisibilité, présentent des témoignages significatifs d’une époque de construction (volume général, éléments d’architecture…).
À l’instar des secteurs de Pouancé et du Louroux-Béconnais, le nombre d’éléments patrimoniaux recensés est moindre que dans les cantons de l’est du
territoire Segréen (Segré, Le Lion d’Angers, Châteauneuf-sur-Sarthe). Il faut
y voir là encore une résultante de l’histoire du territoire et de son peuplement restreint et relativement tardif. Le sol acide de la région restera pauvre
et couvert de landes jusqu’au tournant du 19e siècle où l’emploi de la chaux,
consécutif à la Révolution agricole qui touche le grand Ouest, permettra de
développer l’élevage et la culture céréalière. Ce n’est d’ailleurs qu’à compter
du milieu du 19e siècle, puis au 20e siècle, que la population, essentiellement
rurale, connaîtra une augmentation significative entraînant la transformation
des villages.
Sous l’emprise de la baronnie de Candé, le territoire n’apparaît pas propice au
maillage seigneurial. On ne dénombre en effet que 10 manoirs et 13 châteaux, dont la plupart ont fait l’objet de campagnes de construction majeures
(ou totales) au 19e du siècle. On recense également 13 maisons de maîtres,
exploitations rurales qui peuvent être d’anciens fiefs déclassés disposant d’un
logis plus cossu pour accueillir ponctuellement le propriétaire ; plusieurs d’entres elles ont pris le nom de château au cours du 19e siècle. Le patrimoine
rural compte pourtant 60 fermes retenues pour leur intérêt remarquable (18)
ou représentatif (42), la plupart comprenant des campagnes de construction
datant du 19e siècle, illustrant ainsi le renouveau agricole dans le Haut-Anjou
tout au long de cette période. Le patrimoine artisanal et industriel, 21 édifices
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Communauté de communes du Canton de Candé
Monuments historiques (inscrits ou classés) : 11
Nombre total d’édifices repérés : 433 (dont 175 à Candé)
- Édifices exceptionnels : 11 (dont 1 à Candé)
- Édifices de remarquables : 132 (dont 46 à Candé)
- Édifices représentatifs : 233 (dont 94 à Candé)
- Édifices de témoignage : 57 (dont 33 à Candé)
Parmi ces édifices on trouve, notamment :
- Édifices et édicules religieux : 25
- Châteaux : 13
- Manoirs : 10
- Maisons de maître : 13
- Fermes : 60
- Maisons : 218 (dont 131 à Candé)
- Édifices industriels : 21
ou ensembles retenus pour leur intérêt ou leur représentativité, est surtout
présent à travers la meunerie traditionnelle (9 moulins). Le développement, à
partir du 19e siècle, de l’industrie extractive est ici illustré par les fours à chaux
de la Veurière à Angrie qui marquent le lien entre industrie et agriculture. On
signalera également l’implantation de deux briqueteries à Candé, ville dans
laquelle se développent quelques activités industrielles et artisanales entre la
seconde moitié du 19e siècle et le 1er quart du 20e siècle.
Le patrimoine seigneurial : châteaux et manoirs
À l’instar des autres secteurs frontaliers du Pouancéen et du Béconnais, la
région de Candé semblait se prêter naturellement aux ambitions seigneuriales.
Ces dernières n’ont cependant pas donné lieu à d’importantes implantations à
l’origine de châteaux ou même de simples manoirs. Cette faiblesse semble tenir à la fermeté du contrôle des comtes d’Anjou, puis des seigneurs de Candé,
qui auraient empêché la fragmentation des pouvoirs et donc la multiplication
des châteaux. Le patrimoine seigneurial s’avère donc restreint.
Les manoirs
Les petites seigneuries ont une emprise réduite sur le territoire : dix manoirs
ont été repérés. Ils présentent tous des phases de construction datant des 15e
et 16e siècles. En effet, les destructions liées à la guerre de Cent Ans, et le vas-
te mouvement de reconstruction qui suit, ont eu tendance à faire disparaître
les témoignages d’une architecture civile antérieure. Suite à leur déclassement
précoce, certaines de ces demeures seigneuriales ont été remaniées et englobées dans des constructions nouvelles. Lieu de pouvoir, le manoir répondait,
avant et pendant la guerre de Cent Ans, à des impératifs défensifs. Même si
cet usage perdure au moment des guerres de religion, le manoir apparaît de
plus en plus associé à des éléments de plaisance et de confort et les impératifs
d’ordre économique l’emportent sur les critères stratégiques. Il s’agit avant
tout d’occuper le cœur d’un ensemble de terres fertiles ; chef-lieu de la seigneurie, le manoir (ou « hostel ») constitue en effet le cœur d’un vaste domaine
agricole. Outre le logis, il comprend une cour où sont regroupés les bâtiments
nécessaires à l’exploitation et dispose également le plus souvent d’éléments
distinctifs : des douves, un colombier, un vivier et parfois une chapelle.
Parmi les édifices retenus, on signalera le logis de la Fougeraie (ou Foucheraie)
à Loiré dont la structure archaïsante et le gros-œuvre indiquent une intéressante construction du 14e siècle. Le bâtiment comprenait un rez-de-chaussée
à usage de cuisine et de cellier, alors qu’à l’étage se trouvait une grande salle,
peut-être directement sous charpente, desservie par un escalier extérieur
droit. Le bâtiment est modernisé au 16e siècle avec la construction d’une tour
d’escalier, la reprise des baies, de la charpente et la division de la grande salle
de l’étage en deux pièces. À Challain-la-Potherie, le manoir du Petit-Marçais
comporte encore des bouches à feu, percées au cours du 4e quart du 16e
siècle dans la tour d’escalier, qui évoquent la pérennité du rôle défensif de la
demeure au moment des troubles religieux.
La plupart des constructions conservent des témoignages de baies, en schiste, pierre bleue ou calcaire dont les formes permettent d’affiner certaines datations. C’est ainsi le cas au manoir de Marcé (Loiré) qui, outre une toiture à deux
pans très pentue et égout retroussé, présente sur la façade orientale une baie
à encadrement de tufeau mouluré typique du 15e siècle. Dans le centre-bourg
de Freigné, le logis seigneurial propose lui de grandes baies à encadrements
moulurés, datées par l’inscription portée dans un cartouche : « 1565 turris
fortudinis ».
Le manoir de la Cour des Aulnays (Challain-la-Potherie)
Communauté de communes du Canton de Candé
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Le manoir des Aulnays
(Challain-la-Potherie)
est
emblématique de ces seigneuries rurales. Mentionné en 1384, le manoir
relevait à foi et hommage
lige de la châtellenie de
Challain et était entouré de
douves. L’entrée se trouvait protégée par un puissant châtelet de plan carré,
avec un étage coiffé d’un
toit en pavillon et flanqué
aux angles extérieurs de
deux échauguettes. Le bâtiment nord, correspondant
peut-être à l’ancien logis,
comporte un étage carré et
conserve en façade la partie haute du meneau et la
traverse d’une croisée du
15e siècle. Le logis actuel,
situé au milieu de la cour,
est une reconstruction du
18e siècle. La chapelle,
construite en 1506, a toujours son gros-œuvre d’origine mais les remplages
Manoir de la Cour des Aulnays. Détail du lambris de couverture des trois fenêtres à arcs en
de la chapelle représentant un écu suspendu à un arbre.
tiers-point sont détruits. La
charpente, en place, conserve une partie du lambris portant un décor d’arbustes auxquels sont suspendus des écus blasonés. Au 16e siècle, il comprenait également un étang, des jardins, plusieurs vergers, un moulin à vent,
quatre garennes, des bois, plusieurs métairies et closeries.
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Communauté de communes du Canton de Candé
Les châteaux
Même si la plupart des fiefs sont attestés à la fin du Moyen Âge, il ne subsiste
que de rares témoignages des constructions castrales d’origine. À Bourmont
(Freigné) et à la Saulaie (Candé), seuls le terre-plein carré entouré de douves
et quelques tours d’angle sont encore visibles. À la Saulaie, le logis est reconstruit à partir de 1654 par Antoine de l’Esperonnière qui fait également installer
une chapelle sous l’invocation de Notre-Dame de la Conception, dans une tour
située à l’angle sud-est. Le Gué (Loiré) conserve pour sa part un beau logis
élevé en plusieurs campagnes, entre 1607 et 1642, comprenant deux pavillons
reliés par un corps central rectangulaire ; celui situé à l’ouest abrite l’escalier
d’honneur, à volées droites couvertes de voûtes en berceau en plein-cintre.
On signalera surtout le château de Raguin (Chazé-sur-Argos) dont la première
campagne, entre 1450 et 1482, affirme l’édifice comme un manoir angevin
traditionnel avec une grande salle en rez-de-chaussée, un escalier en vis, placé
dans une tour hors œuvre, distribuant à l’étage la chambre des maîtres et une
garde-robe.
La demeure est cependant « modernisée » peu après 1585 : la tour d’escalier
est détruite, les ouvertures de la façade principale sont modifiées et un nouveau pavillon est achevé en 1607. Un escalier monumental, à volées droites,
desservant à chaque étage une chambre avec un cabinet situé dans la tour
carrée, y est aménagé. Construit en tuffeau et en schiste, il est couvert de
voûtes en berceaux en plein cintre à caissons, caractéristiques du vocabulaire
« italianisant » de la Renaissance. Pour autant, son exécution tardive témoigne
de la difficulté des nouvelles formes à s’affirmer. Raguin s’inscrit ainsi dans
toute une lignée d’édifices qui, mêlant tradition médiévale et nouveautés du
16e siècle, ont contribué à créer une architecture spécifique, dite « à la française ». La décoration est mise au goût du jour au milieu du 17e siècle, notamment dans les chambres du logis initial où le solivage et les lambris à panneaux
rectangulaires ou carrés sont décorés de motifs à l’antique et de paysages en
camaïeux gris, bleu, jaune, blanc et or.
Le premier établissement médiéval de Vallière formait lui un site défensif aquatique ; la motte féodale originelle devait être protégée par l’Argos et par un
vaste étang qui s’allongeait probablement vers l’ouest. Les douves régulières
Le château de Raguin (Chazé-sur-Argos)
Le château d’Angrie
formant quatre quartiers rectangulaires furent établies à l’époque classique,
peut-être au moment de la reconstruction du château, et les communs furent
construits au cours de la seconde moitié du 18e siècle. Une nouvelle campagne de travaux, touchant les communs et les parties hautes du château, sera
entreprise en 1868.
Comme dans les autres secteurs du Pays Segréen, le territoire voit une importante phase de construction/reconstruction/réaménagement de châteaux tout
au long de la seconde moitié du 19e siècle. Les propriétaires fonciers, acteurs
politiques et économiques du monde local, réaménagent leurs domaines, modernisent leurs exploitations agricoles et adaptent leurs châteaux aux modes
architecturales. Le secteur de Candé est d’autant plus concerné par ce mouvement qu’il conserve de nombreuses œuvres de l’architecte René Hodé,
chantre du mouvement néogothique. Né en 1811 à Marans, village proche
de Segré, Hodé signe sa première intervention à la Roche-Turpin (Loiré), vers
1842-1843, en construisant une modeste demeure de facture classique. Mais
la commande, en provenance de la famille Turpin de Crissé, dont l’un des
membres, le peintre Lancelot-Théodore est un relais efficace avec le milieu
artistique parisien, est l’occasion pour Hodé de s’insérer au cœur d’un réseau
familial, social et culturel qui va lui assurer de nombreux projets. Sa carrière se
poursuit de 1845 à 1849, sous l’égide d’Elisabeth Turpin de Crissé par le chantier du château d’Angrie où l’architecte, même s’il reste fidèle au plan massé
néoclassique, développe un répertoire décoratif composé d’éléments appelés
à devenir des poncifs du vocabulaire néogothique : fenêtres décorées de larmiers, faux mâchicoulis et faux créneaux auxquels seront associés plus tard de
hautes lucarnes à pignon. La décoration peinte des quatre pièces principales
du rez-de-chaussée est confiée au peintre parisien Achille Léger-Larbouilhat,
associé à Hodé sur de nombreux chantiers. Les communs disposés à l’est du
logis sont entièrement néoclassiques et présentent des éléments décoratifs
(corniche, arcs des baies) mettant en oeuvre la brique et le tuffeau de taille.
Communauté de communes du Canton de Candé
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Le château de Challain-la-Potherie
Le château de Bourmont (Freigné)
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Communauté de communes du Canton de Candé
C’est la famille de La Rochefoucauld-Bayers qui entreprend la construction
d’un nouveau château à Challain, de 1847 à 1854. Véritable morceau de bravoure, le « Chambord » néogothique est exécuté par Hodé, même si les plans
sont probablement établis par le parisien Louis Visconti. Challain est un spectaculaire bâtiment rectangulaire de soixante mètres de longueur sur trente cinq
de large, cantonné de quatre tours circulaires, et présentant cinq niveaux qui
abritent plus de cent vingt pièces faisant ainsi culminer l’élévation à près de
quarante cinq mètres de hauteur. Le parti recherché repose sur le contraste
entre les façades, où s’équilibrent les treize travées d’ouvertures et les aplats
des murs en tuffeau, et le couronnement de l’édifice traité comme une forêt
décorative de couvertures d’ardoise égayées de lucarnes, tourelles, souches
de cheminées et autres épis de faîtage. Les façades et surtout les intérieurs
marquent ainsi l’association réussie de l’architecture et des arts décoratifs au
service des espaces de réceptions (vestibule, salon, galerie).
Hodé développe ce style au château de la Rivière d’Orveau (Loiré) qu’il reconstruit entre 1860 et 1867 pour Anatole Turpin de Crissé. Outre le château avec
ses élévations ornées de baies à accolades, tourelles d’angle, faux mâchicoulis
et pinacles, la ferme et le moulin à eau sont également reconstruits à la même
époque de même qu’une partie des communs dont la pittoresque maison du
jardinier.
Le château de Bourmont (Freigné) laisse apparaître un courant néogothique
moins fantaisiste qui recherche parfois la restitution archéologique. L’ancienne
forteresse connaît deux nouvelles interventions vers la fin du 19e siècle. En
1882, les douves appareillées sont reprises puis les tours et le châtelet d’entrée, qui comprend la chapelle seigneuriale, sont reconstruits selon les plans
de l’architecte angevin Auguste Bibard. Le jeu contrasté du schiste, utilisé
pour le gros-œuvre des murs, et du tuffeau, employé pour le décor et les encadrements de baies, n’enlève pas l’impression d’austérité médiévale que l’on
retrouve quelques années plus tard dans le nouveau logis rebâti entre 1892 et
1894 par l’architecte nantais Le Diberder.
Le château de la Saulaie (Candé) fait pour sa part l’objet d’une intervention de
l’architecte Auguste Beignet en 1882 qui joue la continuité en faisant élever un
corps de logis dont la façade reprend le dessin des bâtiments du 17e siècle. En
1906, un nouveau corps « en pavillon » reliera la partie gauche du logis à la tour
d’angle nord-ouest en assurant à l’ensemble une homogénéité stylistique.
Les parcs et jardins
Un riche patrimoine rural
Les châteaux étaient entourés de vastes parcs. Parmi les exemples évoqués,
seul Vallière (Loiré) témoigne des jardins réguliers en vogue jusqu’au 18e siècle. Le cadastre ancien montre d’ailleurs de part et d’autre du logis les jardins
cadrés d’eau réalisés à partir de la dérivation de l’Argos. Malgré les projets de
transformations des paysagistes André Leroy (1843) et Auguste Killian (1867),
le réseau hydraulique, et par conséquent les jardins, resteront, pour l’essentiel, géométriques.
À partir des années 1830, la tradition du jardin régulier s’efface au profit de
compositions paysagères et pittoresques qui jouent avec le relief du terrain,
les pièces d’eaux naturelles (rivière, étangs), les allées courbes et les points
de vue sur le château et la campagne. Le développement de l’horticulture fait
apparaître de nouvelles essences (magnolia, tulipier, séquoia, cèdre) qui, par
leur feuillage et leur port, contribuent à enrichir la palette des formes et des
couleurs. Dans le même temps, les bâtiments de communs et le jardin potager sont éloignés du logis d’habitation et cachés par un rideau d’arbre. Ce sont
de tels aménagements qui sont effectués autour de la plupart des demeures
transformées au cours du 19e siècle. Au château du Gué (Loiré), le caractère
champêtre du paysage s’étendant devant le château est mis en relief par la
plantation de pelouses et de massifs d’arbres séparés par des allées curvilignes, ainsi que par la création d’une prairie, de l’abreuvoir et de la bergerie,
vers le sud-est ; au sud-ouest, dissimulés par des haies, prennent place le jardin
potager, s’ouvrant par un portail à piliers en tuffeau, et l’orangerie. À Challain si
le comte de Choulot est sollicité pour la création du parc, c’est le projet de l’architecte-paysagiste Châtelain qui est exécuté. Il est agrémenté d’un pont de
jardin, d’une orangerie et de serres, et, au bord de l’étang, d’une fabrique de
jardin avec son embarcadère malheureusement démolis aujourd’hui. Au-delà
des ces personnalités régionales, des paysagistes de plus grande notoriété
sont également actifs comme Eugène Bülher, présent au château de la Saulaie
(Candé) autour des années 1877-1883.
Le monde rural a laissé un patrimoine important qui, s’il apparaît commun au
premier abord, constitue néanmoins le caractère identitaire de l’architecture
locale.
Les maisons de maître
À mi-chemin entre la ferme (parties agricoles) et le manoir (plan et logis), la
maison de maître est construite par un propriétaire foncier afin d’y établir un
métayer. De temps à autre, il vient surveiller la bonne marche du domaine et
séjourne dans une pièce haute qui lui est réservée. De plan rectangulaire, tendant
au carré, le logis est d’abord couvert par un toit à deux versants avant d’adopter
à la fin 16e siècle, puis au 17e siècle, un toit à quatre pans dit « en pavillon » ; les
dépendances étant élevées dans le même alignement. Les exemples recensés
sur le territoire sont toutefois plus récents et témoignent de la transformation du
modèle à partir du 18e siècle. La volonté d’ordonnancement conduit à l’édification
de façades parfaitement symétriques qui laissent libre cours au jeu graphique
de l’élévation rythmée par des travées de baies rectangulaires ou à arcs
segmentaires : c’est ainsi le cas à la Gâchetière (Angrie), reconstruit en 1790 ou
aux Borderies (Chazé-sur-Argos).
L’évolution de la maison de
maître conduit également à
l’indépendance du logis par rapport au reste de l’exploitation.
Dorénavant, ces ensembles
adoptent le plus souvent un plan
classique avec logis en fond de
cour, encadré latéralement des
bâtiments de communs comme
on le voit nettement à la Roche
Turpin (Angrie).
La maison de la Roche Turpin à Angrie,
première réalisation de l’architecte René Hodé
Communauté de communes du Canton de Candé
11
Les fermes traditionnelles
La Violaie à Chazé-sur-Argos
Le phénomène se poursuit au cours du 19e siècle. De nouvelles demeures
cherchent à copier la maison seigneuriale traditionnelle, en édifiant une
chapelle, des communs et des dépendances, en aménageant des parcs et
en s’emparant abusivement du titre de «château» telles les demeures de
La Rivière et de La Briantais (Candé). En périphérie des centres-bourg, ces
maisons de villégiature campagnarde adoptent aussi un style pittoresque,
marqué par l’emploi de la brique en second œuvre ; c’est le cas à La Violaie
(Chazé-sur-Argos) édifiée par l’architecte angevin Gustave Tendron, qui propose
un compromis entre les modèles de maisons urbaines et les matériaux des
constructions rurales des environs.
Comme dans les autres secteurs du Pays Segréen, il ne subsiste que de rares
témoignages de bâtiments ruraux antérieurs au 19e siècle. Les exemples repérés illustrent la construction de bâtiments agricoles selon le type traditionnel
en « bloc à terre allongé » appelé habituellement « longère ». La ferme est
constituée soit de bâtiments construits les uns à la suite des autres, en fonction des besoins, soit d’un seul bloc plus ou moins compact comprenant le
logis et des parties agricoles (notamment des étables) auxquels sont accolés
des appentis qui abritent cuisine, cellier, boulangerie et porcheries. Dans de
nombreux cas, ce type est complété par une ou deux petites dépendances
satellites (remise, grange, porcherie) élevées sans organisation précise autour
de la cour.
Même si l’on trouve encore
quelques traces d’élévations
en pans de bois, voir en pisé,
c’est évidemment la pierre de
schiste qui est essentiellement
utilisée à la fois comme matériau de gros-œuvre, débitée
parfois en petites plaquettes
disposées horizontalement et
liées à la terre ou à la chaux et
au sable, et comme matériau
de couverture. Le bois est utilisé en second œuvre dans la
confection des baies, soit pour
les linteaux, soit pour le cadre
entier (montants, linteau et
appui) localement appelé « carrie ».
Parmi les exemples les plus
remarquables, on retiendra
notamment la ferme des Corbières (Angrie), constituée
Les matériaux traditionnels de construction : plaquettes de
schiste pour le gros œuvre, bois pour le linteau de porte
et la lucarne, ardoise pour la couverture. Ferme de la
Bonnefilaye à Angrie.
12
Communauté de communes du Canton de Candé
La « longère » de la Bonnefilaye à Angrie
d’un bâtiment principal d’une longueur de 32,50 m, orienté au sud et implanté
entre une cour et un espace autrefois occupé par le jardin potager et l’aire à
battre. D’ouest en est, la longère comprend un poulailler en appentis, une
chambre, une salle avec un four à pain, une étable à chevaux et une poulinière,
un cellier, une resserre et une étable à vaches. Jamais modifié depuis la fin
du 18e siècle, le bâtiment présente des ouvertures en arc segmentaire formé
de moellons de schiste bloqués au mortier. Un autre exemple est à signaler
à La Bonnefillaye (Angrie) où l’une des fermes anciennes du hameau était
constituée d’un bâtiment principal qui subsiste dans toute sa longueur
sur près de 37,50 m. À la Millardaie (Loiré), le logis, datable du 16e
ou du 17e siècle pour ce qui concerne le gros œuvre, est
agrandit régulièrement entre la fin du 18e et la seconde
moitié du 19e siècle, par la construction d’étables
à vaches et à chevaux et d’une porcherie.
Les deux étables sont séparées par une
« panserie », local servant à conserver les aliments des bêtes, dans
lequel se trouve un abat-foin
permettant de descendre le
foin depuis le fenil situé dans
le comble à surcroît régnant
sur les étables.
Parmi les bâtiments satellites,
on signalera dans l’écart de
l’Ajeu (Challain-la-Potherie), la
grange ancienne ouverte dont
la charpente est portée par
des piliers de pierre.
La ferme de la Millardaie à Loiré
Grange à piliers, ferme de l’Ajeu à Challain-la-Potherie
Communauté de communes du Canton de Candé
13
Les fermes du 19e siècle
Le paysage rural est fortement marqué par les reconstructions ou les constructions nouvelles de bâtiments agricoles de la seconde moitié du 19e siècle. La
modernité s’affirme avec l’apparition de nouveaux matériels (doubles-brabants,
faucheuses, faneuses…), une meilleure rentabilité des terres, grâce à l’amendement par la chaux, et le développement de l’élevage avec l’introduction d’une
nouvelle race bovine (la Durham). Les fermes et les métairies sont souvent
remaniées ou agrandies, reconstruites parfois en totalité, pour répondre aux
exigences modernes qui assurent que les rendements de l’agriculture et de
l’élevage passent par une nouvelle organisation et une meilleure hygiène des
bâtiments. Les constructions se structurent désormais selon un plan régulier
(en L ou en U principalement) avec des bâtiments dissociés selon leurs différentes fonctions. Les logis et les étables prennent une importance particulière
et font l’objet d’un traitement architectural recherché, marqué par l’écriture
symétrique des élévations qui joue notamment sur les pignons-lucarnes des
avant-corps ; la brique, matériau peu onéreux, issu notamment des briqueteries
La ferme de la Mercerie à Angrie
14
Communauté de communes du Canton de Candé
La ferme de la Rablais et la métairie des Peltrais à Chazé-sur-Argos
de Candé, est utilisée systématiquement en second œuvre pour souligner les
encadrements de baies et les chaînes d’angle.
Cette nouvelle architecture rurale est diffusée au cours des années 18601880 par les grands propriétaires, tels Frédéric Parage à Roche-d’Iré et à Loiré,
M. de Bourmont à Freigné, les familles Jolivel ou Allain-Targé, propriétaires
à Freigné et Loiré. Autour des châteaux d’Angrie ou de Bourmont (Freigné)
ce sont, à chaque fois, une dizaine de fermes du domaine agricole qui sont
ainsi remaniées où nouvellement construites au cours de cette période. Propriété de Camille Parage, fils de Frédéric, le château des Peltrais (Chazé) et
son domaine furent le théâtre d’expériences innovantes en matière d’élevage
et de renouveau architectural : en témoignent les fermes de la Blotinière, de
la Rablais mais aussi la métairie du château, exemple rare de ferme à plan
basilical avec un vaisseau central et deux bas-côtés.
Parallèlement au mouvement de construction des fermes à plans complexes,
le territoire conserve de nombreux exemples de fermes élevées encore selon
le type ancien du « bloc allongé ». Certaines ont même été élevées à l’initiative de grands propriétaires ou de châtelains telles celle des Gerbaudières
(Freigné), commanditée par la famille Allain-Targé, ou bien encore à celles du
Bois et de la Charmille, construites en 1873 et 1896 pour la famille Hersartdu-Buron, propriétaire du château d’Angrie. Dans ces derniers édifices, toutes
les parties agricoles sont strictement alignées formant des longères de 67 et
62 mètres !
La présence religieuse
Le territoire rural est riche de la présence religieuse. De nombreuses croix
anciennes sculptées ont ainsi été repérées. Certaines, caractéristiques du territoire, présentent un long fût monolithe en schiste sommé d’une croix portant
une représentation schématique du corps du Christ doté d’un périzonium. À
Challain-la-Potherie, on trouve ainsi une belle croix de chemin érigée et bénite
le 25 avril 1655, à la suite d’un vœu fait par les paroissiens au moment d’une
épidémie qui décimait la paroisse. Le même type d’édicule est signalé à Angrie et à Loiré, dans le cimetière.
Remployées, déplacées ou nouvellement installées, les croix se multiplient aux 19e et 20e siècles sur tout
le territoire. De la simple croix en
bois à la croix métallique fabriquée
en série, elles peuplent encore le
paysage. Fichées dans un socle
en pierre ou en ciment, elles sont
dressées à l’occasion de mission
ou à l’initiative de familles locales
dont la piété est ainsi affirmée aux
yeux de tous. Singulière dans le
corpus repéré, la Croix-Brisset à
Challain, datée du premier quart du
19e siècle, est en bois sculpté et
porte sur les faces des bas reliefs
figurant les instruments de la Passion et des objets liturgiques. Les
statues de la Vierge et du Christ
sont également très présentes en
raison de la réactivation du culte au
cours du 19e siècle lié notamment
au dogme de l’Immaculée Concep-
La Croix Brisset à
Challain
Chapelle de la Croix Marie
Le Christ Redempteur
à Angrie
tion, aux apparitions miraculeuses de la Vierge à Lourde ou au culte du Sacré
Cœur. À Angrie c’est la figure monumentale du Christ Rédempteur disposée
sur un socle en schiste qui surgit dans le paysage.
Parmi les chapelles recensées, on retiendra surtout celle de la Croix-Marie
(Chazé-sur-Argos). Au cours des années 1630, René Bellanger, prieur-curé de
Chazé-sur-Argos, avait fait placer une statue de la Vierge bénie par l’évêque
d’Angers, Henri Arnaud, au lieu-dit la Croix, dans un chêne sous un petit arceau
de bois couvert d’ardoise. Des pèlerinages s’y établirent et des habitants des
alentours donnèrent de l’argent pour la construction d’une chapelle qui fut
bénie en 1640. Le pignon ouest de l’édifice porte la date 1672, peut-être celle
de son achèvement définitif ou d’une réfection. La sacristie nord fut construite
au milieu du 19e siècle. Le décor intérieur est du 18e siècle et les deux vitraux,
de la maison Mégnen, Clamens et Bordereau d’Angers, datent de 1890.
Construit dans le bourg du village, le prieuré de Chazé-sur-Argos, date de la
première moitié du 18e siècle, bien que sa fondation par l’abbaye bénédictine
Saint-Serge d’Angers remonte au 11e siècle. Si la façade orientale a été restaurée et remaniée, l’élévation occidentale à cinq travées conserve ses ouvertures d’origine à arcs segmentaires.
Croix en schiste à Challain
Communauté de communes du Canton de Candé
15
Le patrimoine industriel
Les moulins
Il existait environ quatre-vingt dix moulins sur l’ensemble du territoire. Seule
une petite dizaine est encore en place. La production majoritaire était la farine (froment, seigle et blé noir) mais certains moulins à eau furent cependant
utilisés pour fouler des étoffes, notamment des draps, ou pour broyer du tan.
Enfin, les moulins à traction animale étaient destinés à produire de l’huile, probablement à partir de cerneaux de noix.
Les premiers indices de la meunerie hydraulique datent de 1080-1096. Ils
concernent les Moulins-Neufs de Candé, installés sur les étangs créés à partir des ruisseaux contournant la ville par le nord ou bien sur l’Erdre, et sont à
mettre en rapport avec la construction du château de Candé. Dans les autres
paroisses, châteaux et manoirs possédaient un moulin à eau banal que
l’on voit mentionné plus tardivement,
à la fin du Moyen Âge. Ainsi le GrandMoulin d’Angrie a été probablement
implanté dès l’époque médiévale
par le seigneur local. Les bâtiments
actuels sont toutefois plus récents,
datables en partie du 18e siècle. Le
moulin est implanté sur le ruisseau de
Fief-Briand et dispose d’une chaussée insubmersible en travers de la
vallée qui créée un bassin de retenue.
Le bâtiment est construit contre le
flanc aval de la digue et en contrebas de celle-ci, de manière à profiter
de la chute d’eau. Restauré en 1999,
le moulin est en état de fonctionnement.
Le moulin Neuf à Angrie
En ce qui concerne la meunerie éolienne, les mentions en sont tardives
puisqu’aucune n’est antérieure au 15e siècle. Les moulins à vent, souvent édifiés pour suppléer les moulins à eau, sont principalement des moulins-tours.
Ils sont constitués d’une robuste tour en maçonnerie qui compte un seul étage
pour les moulins anciens. On y accède par un escalier en bois ou en pierre
épousant la courbure interne de l’édifice. Au sommet de la tour est disposée
la coiffe en charpente, couverte de bardeaux ou d’ardoises, où repose l’arbre
moteur dont la tête porte les deux verges des ailes. Avant le milieu du 19e
siècle, les meuniers grimpaient plusieurs fois par jour aux barreaux des ailes
pour « vêtir » ou « dévêtir » les voiles, en fonction de la force du vent. Après
1855, beaucoup de meuniers adoptent la volée en planches mise au point par
l’ingénieur Pierre Théophile Berton, venu s’installer à Angers à cette date, qui
Le Grand-Moulin d’Angrie
16
Communauté de communes du Canton de Candé
permettait d’ouvrir et de fermer aisément les ailes grâce à un mécanisme intérieur. Celles-ci n’ayant plus de raison de passer au ras du sol, on rehausse les
tours afin d’augmenter les possibilités de stockage : les grands moulins commencent alors à peupler le paysage, à l’image de celui de la Marmite, alias le
Moulin Neuf, à Angrie, ou de celui du Rat à Challain-la-Potherie, tous les deux
protégés au titre des Monuments historiques.
Les fours à chaux
Les fours à chaux paraissent avoir été exclusivement des fours verticaux dont
la chambre de cuisson intérieure, de forme ovoïde, était revêtue d’une robe
en pierre ou briques réfractaires. Les premiers fours, depuis le 17e siècle et
jusqu’au début du 19e siècle, étaient de petite taille, ne dépassant certainement pas 7 à 8 mètres de hauteur. Les fours construits à partir du milieu
du 19e siècle pouvaient atteindre 10 à 12 mètres pour une capacité de 70 à
80 m3. Afin de palier la dilatation et la déformation consécutives à la chaleur et
à la pression interne, plusieurs fours pouvaient être groupés dans un même
massif épaulé parfois de contreforts. C’était notamment le cas à Angrie, commune qui conserve un ensemble de fours monumentaux protégés au titre des
Monuments historiques. À la Veurière, un premier four, vertical, fut construit
en 1824 pour produire de la chaux à l’usage de l’agriculture et de la construction. Les trois fours conservés furent construits par Charles de La BrosseFlavigny et sont englobés dans deux massifs de maçonnerie et reliés au relief
sud par une longue rampe à parements maçonnés en moellons de schiste.
Le premier massif correspond aux constructions des années 1850 et 1866.
Le second massif, formant une extension du premier vers le nord-ouest, fut
ajouté entre 1866 et 1889. Les fours verticaux, de 10 à 12 mètres de hauteur,
possédaient probablement une robe en briques réfractaires et avaient chacun
une capacité d’environ 80 m3. Les gueulards s’ouvrent au sommet du massif
et étaient chargés en pierre et en charbon grâce à des wagonnets circulant sur
des rails. Après cuisson, la chaux était déchargée par les ébraisoirs couverts
de voûtes en canonnières en plein-cintre. Les contreforts rayonnants ont été
Fours à chaux de la Veurière à Angrie
ajoutés pour contrecarrer la dilation des fours et consolider les massifs. Non
loin, l’usine Saint-Pierre, bâtie en 1866, disposait de deux fours verticaux insérés dans une maçonnerie polygonale, sans rampe ; la desserte s’effectuait par
un élévateur à vapeur. La production journalière pouvait atteindre 37 tonnes
de chaux. À proximité des fours se trouvaient le bâtiment abritant le logement
du contremaître et les bureaux ainsi qu’une étable à chevaux et un entrepôt.
On signalera enfin dans la ville de Candé plusieurs bâtiments à vocation industrielle comme l’ancienne briqueterie de la Grée-Saint-Jacques ou encore les
abattoirs construits en 1887 et dont les ouvertures sont soulignées par des
entourages de brique et de tuffeau caractéristiques de cette période.
Communauté de communes du Canton de Candé
17
Le patrimoine des villages :
un cadre de vie à préserver
Les églises paroissiales
Au 19e siècle, l’Église catholique, sous l’impulsion des papes Grégoire xvi et
surtout Pie ix, donne à la piété populaire un élan soutenu par l’activité intense
des ordres réguliers et des congrégations en pleine expansion. C’est à cette
époque que les paroisses vont restaurer avec ardeur leurs monuments cultuels
avec, en priorité, l’église paroissiale. Sur les six églises du territoire, seule
celle de Chazé-sur-Argos présente des campagnes de construction anciennes
(peut-être du 12e siècle) pour une partie de la nef, de la croisée du transept,
du clocher et de son escalier extérieur. Le néo-roman a été logiquement choisi
comme style de référence lors de la reprise et de l’agrandissement de l’édifice
(bas-côtés, chevet et deux bras de transept) entre 1857 à 1859 par l’architecte
angevin Pierre-Jacques-Gustave
Tendron.
Les cinq autres églises ont été,
comme souvent sur le territoire
du Segréen, entièrement reconstruites au cours du 19e siècle.
À Freigné, la nouvelle église
paroissiale Saint-Pierre est élevée de 1849 à 1852 par l’architecte Édouard Heulin. Il privilégie
une nef unique comme à Angrie,
reconstruite elle entre 1869 à
1873 par Eugène-Augustin Dussouchay grâce aux financements
des grandes familles locales, Lostanges, de Kerautem et Hersart du
Buron dont les armes se trouvent
aux clefs de voûtes de la nef et aux
L’église St-Denis de Candé
18
Communauté de communes du Canton de Candé
L’église de Chazé
vitraux du chœur. Si le style néo-roman est à nouveau choisi pour l’église de
Loiré, élevée par Pierre-Étienne de Coutailloux (et achevée par Auguste Beignet entre 1862 et 1866), la vogue du style néogothique se retrouve à la fois à
Challain, édifiée entre 1862 et 1879 sur les plans de Dussouchay et à l’église
Saint-Denis de Candé, la plus significative du territoire.
Plusieurs architectes ont contribué à remanier puis à reconstruire l’ancienne
église de 1824 à 1876. C’est d’abord le chœur qui est rebâti à neuf de 1824
à 1826 puis la nef, de 1856 à 1860 ; les chapelles latérales sont ajoutées en
1867. C’est enfin à l’architecte Bonnet que l’on doit le dessin de la façade, des
tours et de la tribune réalisés de 1870 à 1876. Cette façade à deux clochers
carrés latéraux, animés d’un simple jeu d’arcatures en arc brisé, couronnés
d’un garde-corps est à rapprochée de Notre-Dame de Paris ou encore de l’église Saint-Joseph d’Angers élevée trente ans plus tôt. À l’intérieur, on découvre
une église-halle de belle ampleur avec une nef de cinq travées complétée de
bas-côtés abritant des chapelles ménagées sous les fenêtres hautes. L’ensemble est couronné de voûtes d’ogives bombées en tuffeau supportées par
des colonnes élancées.
Les centres-bourgs : un patrimoine de proximité
Si la morphologie des villages a peu évolué au fil du temps, les bâtiments anciens de qualité, ou n’ayant pas subi de remaniements, sont en revanche peu
nombreux à l’exception de quelques logis ou maisons des 16e et 17e siècles repérés à Angrie et Freigné. La ville de Candé témoigne toutefois d’une architecture civile plus importante, notamment avec de nombreux exemples de logis,
hôtels particuliers et maisons de maître, dont les campagnes de construction
s’échelonnent depuis la fin du 15e jusqu’à la fin du 19e siècle (Cf. diagnostic
communal).
Sur ce territoire comme ailleurs dans le département, le 19e siècle apparaît
comme le siècle de la transformation des villages. De nouveaux équipements
publics sont élevés jusqu’au premier quart du 20e siècle : outre les églises,
on construit des mairies, des presbytères et de nombreuses écoles dont on
Manoir à Freigné
conserve des exemples intéressants.
Souvent la mairie et l’école sont
associées comme à Chazé, Loiré,
Freigné ou Candé. L’usage public de
l’eau est considéré par la construction d’abreuvoir, de fontaines et de
lavoirs. À Challain-la-Potherie, on signalera le lavoir construit par l’architecte Pierre-Louis Perron, associé à
une fontaine ancestrale, au vocable
de Saint-Hélier ; il comporte vingt-etune selles à laver en maçonnerie disposées tout autour du bassin.
L’aménagement de la traversée
des villages, entraîne souvent l’alignement des immeubles, voir la
constitution de fronts bâtis (comme
à Challain-la-Potherie), contribuant L’école et la mairie (à gauche) de Challain-laPotherie
ainsi à créer une unité architecturale
tant dans l’ordonnancement des façades que dans le gabarit des volumes.
L’emploi de la symétrie dans les élévations, la variété des encadrements de
baies (matériaux, formes, décors), le dessin des lucarnes, des balcons ou
des garde-corps, les petites niches où sont placées des statuettes votives,
sont autant de détails à préserver et à entretenir.
Certains centres bourgs proposent encore des parcelles de jardins potagers
à l’arrière des maisons individuelles ou regroupées et desservies par des venelles. C’est le cas notamment à Loiré, dans la partie sud-est du village, où un
certain nombre de réservoirs à parements internes en moellons de schiste ont
été creusés pour l’arrosage des jardins installés dans cette zone. Des palis en
schiste délimitant les différentes parcelles, sont parmi les derniers de la région
et sont donc très représentatifs de ces aménagements traditionnels que l’on
retrouve également à Chazé ou Freigné. À Candé, au sud de la ville, il faut
enfin signaler les nombreux jardins, parfois délimités par ces mêmes dalles de
schiste, disposant de nombreux lavoirs, pavillons ou resserres et qui enserrent
l’ancienne cité depuis les bords de l’Erdre.
Maison du 15e siècle à Candé
Communauté de communes du Canton de Candé
19
Enjeux
Les éléments exceptionnels et remarquables recensés dans ce Diagnostic peuvent être intégrer au PLU. L’article L. 123-1-5-7 du Code l’Urbanisme
indique que l’on peut « Identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les quartiers, îlots, immeubles, espaces publics, monuments, sites et
secteurs à protéger, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d’ordre
culturel, historique, écologique et définir, le cas échéant, les prescriptions de
nature à assurer leur protection ».
Malgré les grands remembrements du 20e siècle, le paysage a conservé
une structure bocagère qui mérite une attention particulière. Les ensembles
formés par les demeures et les exploitations satellites qui en dépendaient
(châteaux-parc-dépendances ; manoir-ferme-verger ; maison de maître-fermevergers), elles-mêmes entourées de leurs parcelles de pâturages ou de cultures, participent à cette trame paysagère historique qu’il convient de prendre en
compte afin de ne pas déstructurer le territoire.
De nombreux édifices ruraux ont su conserver jusqu’à aujourd’hui leur homogénéité. Leur réhabilitation est une alternative préférable à la construction
nouvelle. Elle peut s’allier avec le confort de vie actuel par la promotion d’une
architecture de restauration de qualité, contemporaine, utilisant à profit le vocabulaire traditionnel des formes et les matériaux du terroir.
Les paysages préservés et les centres anciens encore peu transformés permettent aujourd’hui de réfléchir à un développement raisonné de l’habitat. Il
faut favoriser l’insertion harmonieuse des constructions dans le paysage bâti
et naturel, plus particulièrement en ce qui concerne l’intégration nécessaire
des lotissements ou le mitage du territoire rural.
Le renouvellement, la requalification et l’extension des centres anciens
doivent passer par une compréhension des formes urbaines et de leurs caractéristiques patrimoniales pour une meilleure intégration et la préservation
de l’identité architecturale urbaine. Il convient donc de porter une attention
particulière aux sites d’implantation des pôles de peuplement générateurs de
perspectives et de points de vue, en somme au « socle paysager » des villages
(charte paysagère du segréen).
20
Communauté de communes du Canton de Candé
Lavoirs à Candé
Jardins potagers sur les bords de l’Erdre à Candé
Communauté de communes du Canton de Candé
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