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deux ans plus tard, l’Exposition universelle à Shanghai. A ces deux mani-
festations symboliques aux immenses retombées médiatiques, la Chine
attache une grande importance. Elle s’y prépare très activement, aussi
bien dans sa capitale qu’à Shanghai et Qingdao, le site retenu pour les
épreuves nautiques des JO, où se poursuit aussi l’entraînement, avec une
assistance technique française, de l’équipage du premier navire chinois
engagé dans l’America’s Cup.
Cette ouverture déborde le politique, pour s’étendre à l’économie au sens
le plus large du terme, du seul fait que la Chine joue désormais un rôle de
premier plan et incontournable, sur les marchés mondiaux, aussi bien com-
merciaux en raison du volume de ses approvisionnements en énergie et
en matières premières, que financiers, car ses excédents monétaires
contribuent à combler l’important déficit des Etats-Unis. Les énormes pos-
sibilités qu’offre son marché intérieur en voie d’ouverture attirent industriels
et commerçants du monde entier, qui, en dépit des difficultés inhérentes
à l’éloignement et à la langue, davantage ressenties par les PME que par
les grands groupes, incite de nombreuses entreprises à y commercer et à
s’y installer. A cette appétence répond le souci, convergent, des autorités
d’accueillir les firmes étrangères, avec une très nette préférence pour
celles d’entre elles disposant d’une technologie avancée et surtout de
capacités de recherches importantes, afin de pouvoir bénéficier de trans-
ferts de technologie qui conditionnent le plus souvent leur installation. Les
financements qui les accompagnent viennent en grande partie de
l’étranger, notamment de la riche diaspora des Chinois d’outre-mer – les
huaqiaos – installés dans d’autres pays asiatiques, dont l’île convoitée de
Taïwan, ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada.
Les investissements directs étrangers (IDE) et les centres de recherches qui
les accompagnent dans la haute technologie jouent un rôle essentiel pour
la modernisation et le développement des secteurs économique, financier
et commercial qu’ils contribuent à profondément transformer. Les entre-
prises à capital étranger, qui en 2005 représentaient 31 % de l’industrie et
59 % du commerce, ont alors perçu 35 Mds$ de royalties et 25 Mds de
dividendes, tandis que leurs exportations, en hausse régulière, avoisinaient
les 35 % du PIB chinois. Ces IDE d’environ 60 Mds$ par an jouent un rôle
d’autant plus essentiel qu’ils croissent régulièrement, et permettent
nombre d’implantations étrangères sous différentes formes : joint-ventures
avec des nationaux, encore parfois imposées dans des secteurs sensibles,
diverses formes de partenariats (comme, dans le nucléaire avec EDF et
AREVA pour la construction des centrales de Daya Bay et Lingao, ou dans
l’aéronautique avec Boeing, Eurocopter et demain Airbus), mais aussi,
maintenant, entreprises à capital majoritairement étranger. Ils sont à l’ori-
gine d’une spécialisation industrielle à haute valeur ajoutée et assurent en
même temps une valorisation commerciale sur les marchés internationaux.
Cette présence étrangère est particulièrement nette dans les secteurs de
l’électronique et des télécoms (plus de 80 % du marché), du plastique
(plus de 70 %), des équipements électriques (60 %), des produits en cuir
(55 %), en métal (45 %), ou encore des machines, équipements de trans-
ports et textiles (de 30 à 35 %). Ces firmes dominent, en outre, le commerce
extérieur, où la part des entreprises publiques a régressé de 51 % en 1998
à 30 % en 2005. De tels apports massifs de fonds en devises ont permis à
la Chine de constituer des réserves de change qui augmentent. Evaluées
à 769 Mds$ en 2005, elles s’ajoutant aux 841 Mds du Japon, et font que
l’Asie détient désormais plus de 60 % des réserves mondiales. Elles sont en
majeure partie placées en bons du Trésor américains, et couvrent le déficit
de la balance des comptes des Etats-Unis.
Plus récemment, pour répondre aux besoins croissants d’un approvision-
nement en énergie fossile (pétrole et gaz) et en matières premières indis-
pensables à la croissance, cette ouverture sur l’étranger a pris une forme
nouvelle et inédite aux conséquences internationales importantes. Il s’agit
pour la Chine d’établir des relations privilégiées et stables, commerciales
mais aussi politiques avec les Etats fournisseurs, destinées à éviter tout
risque de rupture dans ses importations considérées comme vitales. C’est
la raison pour laquelle s’est tenu, en novembre 2006 à Pékin, un important
colloque réunissant un grand nombre d’Etats africains avec lesquels des
relations de ce type sont déjà établies ou en voie de l’être. Ces liens
politiques et commerciaux s’accompagnent, selon les cas, de conven-
tions d’assistance technique, d’octrois de crédits destinés à financer des
projets industriels et des infrastructures, ou à privilégier l’exportation de
produits « made in China » afin d’annuler ou réduire le déséquilibre des
échanges commerciaux. Une telle volonté donne parfois lieu à des prati-
ques susceptibles, si elles prenaient de l’ampleur, de créer des problèmes.
Il peut s’agir – c’est déjà le cas en Algérie, et aussi à titre exceptionnel en
France où cela peut apparaître comme une extension hors de l’Union
européenne de la venue du fameux « plombier polonais » –, à l’issue
d’appels d’offres internationaux, de l’expatriation pour une certaine durée
d’ouvriers chinois pour la réalisation d’ouvrages importants. Il peut s’agir
aussi d’opérations purement commerciales consistant à exporter, par
l’intermédiaire d’antennes africaines qui s’installent à proximité de lieux
de production chinois, d’articles de grande consommation jusqu’alors
fabriqués en Afrique, qui y sont vendus à des prix inférieurs, avec les consé-
quences qui en résultent pour l’emploi local.
.L’urbanisation, second facteur de la croissance, répond à l’important
exode rural, parfois estimé à 200 millions de personnes, qui constitue une
« population tournante » (hukou). Celui-ci a plusieurs causes. D’abord une
amélioration notable des rendements de l’agriculture, qui n’empêchera
cependant pas la Chine d’importer pour nourrir une population dont le
nombre et les besoins vont continuer de croître. En second lieu, une utili-
sation croissante de terres agricoles pour répondre aux besoins d’une
urbanisation galopante, qui conduit les agriculteurs qui, privés de leur
moyen de vivre, se voient contraints d’en chercher un autre. Et aussi
l’attrait souvent illusoire d’une vie meilleure dans la ville, pour des ruraux
aux ressources encore faibles. Les statistiques, à prendre avec prudence
en raison des difficultés qu’il y a à les établir dans un Etat comme la Chine,
évaluent à 757 millions la population rurale, répartie en quelque 172 millions
de ménages disposant en moyenne de 323 cpar tête, dont une partie a
déjà été attirée par les villes champignons qui s’édifient à un rythme accé-
léré, surtout, mais non seulement, dans les régions côtières de l’Est.
72 d’entre elles dépassent le million d’habitants et Pékin en compterait
17 millions.
Shanghai,sarivaledetoujours,quelacréationdeconcessionseuropéennes
avait contribué dès le milieu du XIXesiècle à développer autour du fameux
Bund heureusement conservé, s’enorgueillit de compter quelque 19 millions
d’âmes et 5 000 tours. Elle aménage déjà pour l’Exposition universelle de
2010 la vaste zone de Pudong que domine de ses 468 mètres la tour de la
Perle orientale et agrandit le plus grand de ses deux aéroports que relie à
son centre, à une vitesse de 430 kilomètres à l’heure, le seul train à susten-
tation magnétique construit par Siemens en service dans le monde, le
Maglev, qui aurait coûté un milliard d’euros. L’incroyable extension de
cette mégapole réputée, non sans raison, pour être le fleuron des villes
chinoises, est l’œuvre d’une municipalité entreprenante qui, depuis des
années, a fait appel à des urbanistes, architectes, ingénieurs, ou simples
« sages », comme des banquiers et des chefs d’entreprises de renom, de
nationalités diverses dont la nôtre. Ainsi conseillés, les édiles municipaux,
également aidés par le pouvoir central, ont été à même de développer
leur ville et de la doter d’une belle architecture, moderne et diversifiée,
avec, entre les immeubles, des espaces verts et arborés, et des infrastruc-
tures dont les dimensions et les superpositions n’empêchent pas des encom-
brements, que devrait réduire, comme à Pékin, le prolongement de lignes
du métro que rend nécessaire la croissance prévue du trafic.
Cette urbanisation, à un rythme qui ne manque d’étonner, s’accom-
pagne d’une adaptation à leur nouvelle vie des populations qui transpa-
raît, davantage qu’à la campagne, dans leur habillement et leurs com-
portements. Comme à Singapour ou à Hong Kong en leur temps, l’on se
sent au cœur de ces nouvelles villes, bien tenues et propres, entouré
d’hommes et de femmes vêtus, non plus de l’uniforme Mao, mais à l’occi-
dentale, plutôt aux Etats-Unis ou au Canada qu’en Chine. Y ont en effet
disparu les traditionnels échafaudages de bambous qui s’élevaient à des
hauteurs vertigineuses pour faire place à de classiques structures métalli-
ques dotées d’ascenseurs, de même que les centaines ou milliers de bicy-
clettes d’hier cèdent rapidement la place à des motos, scooters, et de
plus en plus des voitures, souvent de fortes cylindrées. Les Mac Do sont là,
les publicités urbaines ne le cèdent en rien aux nôtres, non plus que les
téléphones portables et baladeurs qui sont devenus les accessoires obli-
gatoires, autant des cadres en chemise blanche et cravate, avec ou sans
veston, que des jeunes en jeans unisexes et des écoliers, souvent en uni-
forme. Parmi eux, nombreuses sont les balayeuses, aussi en uniforme, qui
entretiennent une propreté inconnue hier en Chine, mais qui y est devenue
de rigueur. Comme l’interdiction, durement sanctionnée, de cracher,
cette modification des comportements s’apparente à une petite révolu-
tion due à une instruction civique que dispensent les autorités par voie
multimodale jusque dans les transports urbains.
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