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Direction des Etudes et des Prévisions Financières
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Les foyers de risque affectant les cours du pétrole ne concernent pas uniquement les
pays producteurs : les essais nucléaires nord-coréens ou la guerre au Liban durant l’été 2006
ont suscité des perturbations non moins importantes sur les marchés. Aussi, les facteurs liés
aux aléas climatiques (vagues de froid et/ou ouragans) ont exacerbé les tensions sur les prix de
pétrole.
L’impact politique du pétrole se ressent même au niveau interne. Pour la plupart des
pays producteurs, l’exploitation de pétrole se traduit par le développement d’une économie de
rente. La perturbation du système économique, qui en découle, se répercute sur le système
politique, faisant ainsi de cette ressource un facteur de déstabilisation politique et sociale. Dans
les cas extrêmes, notamment en Afrique, des pays sombrent dans des guerres civiles dont les
ressorts sont directement pétroliers.
Pris ensemble, ces facteurs d’incertitude ont alimenté les opérations de spéculation,
entrainant dans leur sillage un fort accroissement des transactions purement financières sur les
marchés pétroliers à terme, qui représentent environ huit fois les échanges physiques de pétrole
brut. Il n’incite pas non plus les opérateurs à détenir des stocks et ne favorise guère des
investissements additionnels, ce qui renforce davantage la volatilité des cours.
Facteurs explicatifs de la flambée des cours pétroliers depuis 2003
Facteurs géopolitiques
Facteurs techniques et économiques
- Guerre en Irak : sabotages récurrents des
installations pétrolières, entrainant un maintien de
la production à un niveau inférieur de 40% par
rapport à celui de l’avant guerre.
- Dossier nucléaire iranien : 4éme producteur
mondial, l’Iran pourrait vraisemblablement
interrompre ses exportations pétrolières en cas de
sanctions prises à son égard.
- Instabilité sociale au Nigéria et prolifération du
mouvement de nationalisation en Amérique latine
(nouvelles réglementations au Venezuela, en
Bolivie et en Equateur à l’encontre des
compagnies pétrolières étrangères).
- Rôle de la Russie : utilisation des ressources
énergétiques, dont le pétrole, comme point de
pression pour favoriser les négociations
internationales de la Russie avec les pays
occidentaux.
- Le manque de capacités de production :
fortes tensions sur les capacités résiduelles
dans la plupart des pays producteurs sauf
l’Arabie Saoudite.
- L’insuffisance des capacités de raffinage :
inadaptation au brut lourd, absence
d’investissements durant les dernières
années.
- Dynamisme de la croissance de la
demande : rebond de l’activité économique à
l’échelle mondiale, se traduisant par une forte
hausse de la consommation de pétrole (Etats-
Unis, Chine).
- La spéculation : présence accrue des fonds
de pensions, forte sensibilité des marchés
aux aléas géopolitiques, ce qui contribue à
amplifier la flambée des cours.
2. Analyse des tendances récentes des prix pétroliers
Les prix du pétrole ont emprunté une trajectoire haussière à partir du second semestre
2003, en lien notamment avec la reprise économique mondiale qui a suscité une forte demande
de pétrole. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), la croissance de la demande
globale de pétrole brut s’est établie à 3,9% en 2004 après 1,9% en 2003, 0,5% en 2002 et une
moyenne annuelle de 1,5% depuis 1985.