La fin du règne de la souris

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La fin du règne de la souris
À infrarouge, laser ou ultrasons, de nouvelles interfaces vous permettront bientôt de
commander votre ordinateur au doigt, à l’oeil et au son!
par Michel Arseneault
Le regard glisse sur le clavier et des lettres s’affichent à l’écran de l’ordinateur. Sans
qu’on fasse aucun mouvement des doigts, ni même de la tête, un mot, puis une phrase
entière apparaissent. Informatique-fiction? Non. Métrovision, une PME de Villeneuved’Ascq, dans le nord de la France, s’apprête à lancer un “ système de communication
par le regard “ qui permet de commander son ordinateur avec les yeux!
L’utilisateur s’installe devant un tableau d’une soixantaine de caractères, au centre
duquel se trouve une micro caméra qui repère la pupille et s’accroche à elle grâce à un
capteur à transfert de charge : quand l’oeil s’attarde sur une lettre, celle-ci apparaît à
l’écran.
Conçu notamment par l’Institut national de la santé et de la recherche
médicale, ce dispositif est d’abord destiné aux personnes handicapées. Cette “ souris “
- l’une des plus révolutionnaires et, à 30 000 dollars, l’une des plus coûteuses - sera-telle utilisée un jour par un plus vaste public? Il est trop tôt pour le savoir. Mais déjà,
des systèmes futuristes annoncent la fin du règne de la souris qui gambade sagement
sur le tapis à côté des ordinateurs.
Conçue par Xeros et Apple - qui l’a commercialisée au début des années 80 - la souris
optomécanique est aujourd’hui rattrapée par une brochette de nouveaux dispositifs de
pointage. Les constructeurs lui ont retiré son boîtier pour accoucher, en 1988, de la
boule roulante, qui n’a aucun besoin de glisser sur un tapis ou surface lisse : souvent
intégrée au clavier, elle peut également être reliée à celui-ci par un câble. La société
américaine Logitech l’a dotée d’un signal radio pour télécommander un ordinateur
jusqu’à 10 m de distance : baptisé TrackMan Live, cet appareil peut dès lors être utilisé
par un conférencier qui raccorde son micro-ordinateur à un rétroprojecteur. Logitech
distribue aussi depuis l’an dernier des boules roulantes optiques : elles renferment une
micro caméra qui “ lit “ le quadrillage, invisible à l’oeil nu, qui les recouvre.
Les souris sont de plus en plus souvent remplacées par un instrument de pointage plus
naturel : le doigt. C’est dans cet esprit qu’Alps Electric a conçu un petit boîtier sur lequel
il suffit de glisser le bout du doigt pour déplacer le curseur : pour cliquer, tapotez. Ce
type de boîtier, qui renferme des conducteurs produisant un faible champ électrique
sensible à toute distorsion provoquée par la main, est déjà intégré au clavier de
nombreux ordinateurs portatifs.
On peut aussi toucher l’écran directement. ELO Systems fabrique deux dispositifs
tactiles adaptables à la plupart des ordinateurs : AccuTouch, qui utilise une technique “
résistive “ (on enfonce très légèrement le doigt dans une mince plaque de verre qu’on
fixe sur l’écran), et IntelliTouch, qui fait appel à une technique acoustique (le doigt
interrompt des ondes qui détectent ainsi son emplacement précis sur l’écran).
Guide pratique Word 2007 © 2009 Chenelière Éducation inc.
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Pour ceux qui pointent plus volontiers le stylo que le doigt, le constructeur anglais TDS a
fabriqué un crayon lecteur sans fil et sans pile, qu’on glisse sur une tablette graphique.
Puisque cette surface crée un champ magnétique d’un centimètre, il suffit de l’effleurer
avec le stylet pour déplacer le curseur.
Ces appareils demeurent toutefois foncièrement traditionnels si on considère que
l’avenir pourrait entraîner la naissance d’une pléthore de nouveaux outils. “ Il faut
regarder du côté des personnes handicapées et des militaires - les deux principales
locomotives de la recherche dans le domaine de l’interaction homme-machine - pour
comprendre ce que l’avenir nous réserve “ dit David Menga, ingénieur chercheur
d’Électricité de France. “ Le futur, c’est l’affranchissement de toute connexion, de tout
instrument de pointage. “
À l’hôpital Raymond-Poincarré, en banlieue parisienne, une femme en fauteuil roulant
essaie de faire entendre raison à une machine. “ Robot! appelle-t-elle, Robot! “. Au
milieu d’une station où sont rangés livres et magazines, magnétoscope et téléviseur, un
ordinateur enregistre son appel. Par de simples commandes vocales, la patiente
explique qu’elle souhaite visionner une cassette vidéo. Un bras pivote, prend la
cassette et l’insère dans le magnétoscope...
La voix commence déjà à remplacer la souris chez les handicapés moteurs, qui utilisent
par ailleurs des contacteurs pour donner es commandes simples à leurs ordinateurs. La
société canadienne TASH a fabriqué une quarantaine (!) de ces interrupteurs : depuis la
poire qu’on saisit dans le creux de la main, jusqu’à la paille, dans la quelle il suffit de
souffler (ou d’inspirer) pour indiquer à l’ordinateur d’ouvrir une fenêtre ou des volets. À
l’instar de la télécommande, d’abord destinée aux handicapés, ces interfaces ferontelles un jour leur apparition chez Monsieur Tout le Monde? “ Il faut concevoir des
produits pour les handicapés mais viser le grand public “, dit Mounir Mokhtari,
informaticien et étudiant de l’Institut national des télécommunications d’Évry. “ Sinon,
c’est trop cher. “
C’est l’écueil qui menace la “ souris laser “ du Laboratoire central de recherches
Thomson-CSF, le géant français de l’électronique. Il ne s’agit pas d’une souris sans fil
reliée par laser à un ordinateur, mais, au contraire, d’un faisceau laser de très faible
puissance qu’on projette sur le visage de l’utilisateur. La peau réfléchit et irise cette
lumière “ cohérente “, qui est captée par un récepteur et analysée. Il suffit dès lors de
bouger le menton ou le front pour déplacer le curseur... Mise au point en collaboration
avec des chercheurs du University College de Dublin et de Connaught Electronics, cette
souris laser a déjà permis de se relier à Internet. Mais il y a un hic. “ À l’origine, on
cherchait à élaborer un dispositif à faible coût “ dit Joseph Colineau, ingénieur de
Thomson-CSF et père d’un enfant handicapé. “ Mais la complexité de la technique
employée est telle que ce ne sera pas possible. “
La plus puissante locomotive de la recherche en matière d’interfaces demeure l’industrie
militaire et spatiale. C’est ainsi que le Leti (Laboratoire d’électronique et de technologie
de l’instrumentation) du Centre d’études nucléaires de Grenoble a mis au point une “
souris oculaire “ pour remplacer la souris mécanique. Il s’agit d’un système de mesure
du mouvement des yeux conçu initialement pour étudier le mal de l’espace chez les
astronautes de la navette spatiale américaine (ce mouvement que contrôle en partie
l’oreille interne est déréglé par l’apesanteur). Baptisé Eyeputer, cet appareil permettra à
un pilote de chasse d’ouvrir le feu sur une cible en la désignant seulement du regard!
Un prototype pourrait voir le jour “ d’ici quatre ou cinq ans “ selon Dominique Massé,
ingénieur et chef de projet.
Commercialisé par la société Alphabio Technologie, ce dispositif connaît déjà des
applications civiles : un constructeur automobile en a fait l’acquisition pour analyser le
mouvement des yeux chez les pilotes de course, et une agence de publicité à l’intention
de s’en servir pour étudier le va-et-vient des yeux du consommateur devant une
publicité. Son prix? Plus de 50 000 dollars.
C’est pour télécommander des robots de l’espace que la société allemande Space
Control a mis au point une souris “ à six degrés de liberté “ qui émule les mouvements
de la main; elle la vend aujourd’hui pour la conception d’objets tridimensionnels. C’est
toutefois dans les jeux vidéo qu’on trouve les interfaces les plus manifestement
militaires : on a même calqué une manette de jeu sur le manche à balai de l’avion de
combat américain F-16.
À plus long terme, on pourrait supprimer purement et simplement les souris en inventant
un système pour désigner un écran du doigt à distance! Des chercheurs de Media Lab,
au Massachusetts Institute of Technology, planchent déjà sur un projet qui s’inspire des
poissons (requins, gymnotes, etc.) qui créent un champ électrique afin de déterminer la
taille et la vitesse des objets qui les entourent. Les chercheurs américains ont ainsi
conçu une pièce qui détecte toute présence et tout mouvement humains. Truffée
d’électrodes dissimulées notamment dans des chaises “ intelligentes “, cette personsensing room renferme un champ électrique de faible intensité. La personne qui y
pénètre provoque des variations dans le courant et peut donner des commandes à un
ordinateur d’un simple mouvement de la main - sans jamais y toucher!
“ Le problème est d’imaginer comment le grand public pourra un jour s’approprier ce
genre d’outil “, dit David Menga d’Électricité de France. Comment, et à quel prix...
L’actualité économique et financière - 15 juin 1996
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