Friedrich Engels et Karl Marx
La guerre civile
aux États-Unis
(1861-1865)
Traduction et présentation de Roger Dangeville
Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
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Dans le cadre de la collection : "Les classiques des sciences sociales"
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Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi
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F. Engels, Karl Marx : La guerre civile aux États-Unis - 2
Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie, à
partir de :
Friedrich Engels et Karl Marx,
La guerre civile aux États-Unis
(1861-1865)
Traduction et présentation de Roger Dangeville
Paris : Union générale d’Éditions, 1970, 315 pages. Collection : Le monde en 10-18.
F. Engels, Karl Marx : La guerre civile aux États-Unis - 3
Table des matières
PRÉFACE _________________________________________________________ 5
Le corps et l'âme d'une société moderne _____________________________________ 5
L'âme des États-Unis ______________________________________________________ 5
Amérique d'hier et d'aujourd'hui_____________________________________________ 7
I :ÉCONOMIE DES FORCES EN PRÉSENCE ____________________________ 10
Karl Marx : LA QUESTION AMÉRICAINE EN ANGLETERRE _____________________ 10
Karl Marx : LA GUERRE CIVILE NORD-AMÉRICAINE___________________________ 16
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE DU COTON_________________________ 22
Karl Marx : LA CRISE EN ANGLETERRE _____________________________________ 23
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE___________________________________ 25
II :PHASE MILITAIRE _______________________________________________ 27
Friedrich Engels : LES LEÇONS DE LA GUERRE AMÉRICAINE__________________ 28
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AUX ÉTATS-UNIS____________ 30
Karl Marx : LA DESTITUTION DE FRÉMONT __________________________________ 34
Karl Marx : AFFAIRES AMÉRICAINES _______________________________________ 35
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AMÉRICAINE________________ 37
Karl Marx : LA PRESSE ANGLAISE ET LA CHUTE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS___ 41
Friedrich Engels et Karl Marx : LA SITUATION SUR LE THÉÂTRE DE GUERRE
AMÉRICAIN_________________________________________________________________ 43
Friedrich Engels : LA GUERRE CIVILE AMÉRICAINE ET LES NAVIRES CUIRASSÉS ET
BLINDÉS ___________________________________________________________________ 44
Friedrich Engels et Karl Marx : CRITIQUE DES AFFAIRES AMÉRICAINES_________ 45
Friedrich Engels et Karl Marx : LES ÉVÉNEMENTS D'AMÉRIQUE DU NORD_______ 47
Friedrich Engels et Karl Marx : LA SITUATION EN AMÉRIQUE DU NORD _________ 49
III : ___PHASE POLITIQUE : IMPÉRIALISME ANGLAIS ET DÉFAITISME OUVRIER
51
Karl Marx : L'INTERVENTION AU MEXIQUE __________________________________ 51
Karl Marx : LE TIMES DE LONDRES ET LES PRINCES D'ORLÉANS EN AMÉRIQUE_ 55
Karl Marx : LES DERNIÈRES INFORMATIONS ET LEUR EFFET A LONDRES ______ 57
Karl Marx : MYSTIFICATIONS JOURNALISTIQUES EN FRANCE – CONSÉQUENCES
ÉCONOMIQUES DE LA GUERRE ______________________________________________ 60
Karl Marx : SYMPATHIES CROISSANTES EN ANGLETERRE ____________________ 61
Karl Marx : LE CABINET DE WASHINGTON ET LES PUISSANCES OCCIDENTALES 63
F. Engels, Karl Marx : La guerre civile aux États-Unis - 4
Karl Marx : A PROPOS DE LA CRISE DU COTON______________________________ 64
Karl Marx : L'HUMANITARISME BRITANNIQUE ET L'AMÉRIQUE_________________ 65
Karl Marx : A PROPOS DE L'ESCAMOTAGE DE LA DÉPÊCHE DE SEWARD _______ 67
Karl Marx : UN COUP D'ÉTAT DE LORD JOHN RUSSELL _______________________ 67
Karl Marx : LE DÉBAT PARLEMENTAIRE SUR L'ADRESSE _____________________ 69
Karl Marx : L'OPINION PUBLIQUE ANGLAISE_________________________________ 70
Karl Marx : UN MEETING PRO-AMÉRICAIN ___________________________________ 72
Karl Marx : UN MEETING OUVRIER À LONDRES ______________________________ 74
IV :VICTOIRE ET COMPROMIS _______________________________________ 76
Karl Marx : CRISE DANS LA QUESTION ESCLAVAGISTE_______________________ 76
Karl Marx : UN TRAITÉ CONTRE LE COMMERCE DES ESCLAVES _______________ 77
Karl Marx : MANIFESTATIONS ABOLITIONNISTES EN AMÉRIQUE_______________ 77
Karl Marx : SYMPTÔMES DE DISSOLUTION DE LA CONFÉDÉRATION DU SUD ____ 79
Karl Marx : LES RÉSULTATS ÉLECTORAUX DANS LES ÉTATS DU NORD ________ 81
Karl Marx : LA DESTITUTION DE McCLELLAN ________________________________ 82
Karl Marx : À ABRAHAM LINCOLN, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE __ 83
ADRESSE DE L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS AU
PRÉSIDENT JOHNSON_______________________________________________________ 85
INDEX DES NOMS CITÉS____________________________________________ 87
Les textes sur la Guerre civile aux États-Unis, signés par Marx, sont le fruit d'une
collaboration exemplaire avec Engels. Ils forment charnière entre les écrits militaires d'Engels,
analysant les prolongements de la lutte de classe sur les champs de bataille des armées et
des États, et les écrite économiques et politiques de Marx, étudiant les conséquences
révolutionnaires et les heurts impérialistes de la société bourgeoise. Ces articles préparent et
illustrent le chapitre du premier livre du Capital sur la colonisation. Les États-Unis représentent
le modèle classique de la propagation du capitalisme aux continents extra-européens et de la
lutte contre les métropoles colonialistes d’Europe, avec les conflits raciaux qui en découlent.
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Le corps et l'âme d'une société moderne
Dans le Capital, au chapitre de la colonisation, Marx s'amuse des mésaventures d'un industriel anglais qui, ayant
transféré d'Angleterre en Nouvelle-Hollande tout l'équipement de son entreprise, y compris les ouvriers et leur famille, “
resta sans domestique pour faire son lit ou lui puiser de l'eau à la rivière ”, ses employés l'ayant délaissé pour s'établir
dans le pays comme libres colons. Et Marx de conclure : “Infortuné capitaliste ! il avait tout prévu, mais avait oublié que
ses machines étaient essentiellement faites de rapports sociaux constituant cette “ âme capitaliste ”, qui est le résumé
de toute l'histoire et l'économie d'une société.
L'Amérique a vécu cette anecdote, à cela près que les ouvriers et leurs familles qui se sont enfuis d'Angleterre,
d'Irlande et du continent européen après avoir abandonné machines et rapports sociaux, ne savaient pas que,
fatalement, ils recréeraient les mêmes rapports sociaux qu'en Angleterre, s'ils développaient la merveilleuse industrie et
son esclavage capitaliste. La douce terre américaine ne pouvait donc demeurer un havre de paix et de bonheur, elle
devait reproduire toute l'histoire de sa mère patrie britannique et, pour commencer, ce que Marx appelle les horreurs de
l'accumulation primitive. Ne lui fallait-il pas, à elle aussi, une âme capitaliste ?
C'est ainsi que les premiers colons, eux-mêmes victimes de la violence en Europe, durent l'exercer à leur tour à
l'encontre des habitants originels de l'Amérique, les Indiens. Ils durent les chasser devant eux, puis les anéantir ou les
parquer dans des réserves closes pour occuper le sol et nouer des rapports sociaux et productifs stables. Aujourd'hui,
encore, cet épisode hante l'Amérique. Que le capitalisme ait été importé directement “ dans toute sa pureté ” fait penser
qu'aux États-Unis le capitalisme a pu s'instaurer sans révolution préalable. En fait, le début de toute une série de boule-
versements révolutionnaires a été l'élimination de la société officielle des Indiens primitifs : façon expéditive, à
l'américaine, de détruire l'ancien régime. 1
L'Angleterre n'a donc pas exporté directement aux États-Unis ses formes de production les plus développées,
notamment dans le domaine industriel : l'Amérique lut d'abord une colonie anglaise. La base à partir de laquelle se
développeront, non sans heurts, la nation et le capitalisme américains, c'est la petite production marchande
essentiellement agricole et artisanale, qui a son parallèle dans la production des communes libres du Moyen Âge
européen, au XII° siècle par exemple. Ainsi, en 1790, quatre-vingt-quinze pour cent de la population des États-Unis
étaient agricoles. L'Amérique dut donc secouer la tutelle coloniale de l'Angleterre (guerres de 1775-1783 et de 1812-
1814) pour que les treize colonies - petite fraction du futur territoire national - puissent se déclarer indépendantes et
commencer, à partir de la petite production marchande, une évolution économique et sociale relativement autonome.
C'était le début de la révolution nationale bourgeoise, qui permet l'instauration du mode de production capitaliste, à
l'échelle d'une société déterminée.
Contrairement au type de la révolution classique (comme par exemple la révolution française de 1789, concentrée
en quelques années), la révolution américaine se produira par grandes crises successives, au fur et à mesure de là
maturation des forces économiques américaines : le chemin est long qui va de la petite production marchande, où le
travailleur est propriétaire des produits de son travail, à la production pleinement capitaliste, où le travailleur est salarié
et a cessé d'être le propriétaire des fruits de son travail.
L'âme des États-Unis
On ne peut ramener toutes les révolutions bourgeoises à un seul modèle. En effet, si elles ont un contenu de classe
commun, elles n'en sont pas moins finalement différenciées par l'originalité de leurs caractéristiques nationales. Celles-
ci résultent du rapport que nouent entre eux les producteurs quand ils se heurtent au milieu climatique et géographique
et au mode de production déjà existant : féodalisme en Europe, mode de production asiatique et colonialisme blanc
dans les continents de couleur, et, en ce qui concerne plus, particulièrement les États-Unis, mode de production du
communisme primitif indien et impérialisme anglais.
Marx dit expressément que ces conditions préalables constituent par la suite une partie intégrante de la société
bourgeoise : “ Les présuppositions qui apparaissaient à l'origine comme les conditions du devenir du capital - et ne
1 Engels distingue entre deux sortes de colonies : 1º celles où domine une population blanche, qui suit un développement
autonome vis-à-vis des indigènes, calqué sur celui de l'Europe; 2º celles où le capitalisme se heurte à une population de couleur
disposant d'un mode de production propre, qui évoluera tout entier vers le mode de production bourgeois moderne. Cf. Fr. Engels à K.
Kautsky, 12 septembre 1882. On trouvera cette lettre, en traduction française, dans programme communiste, Nº 11, 1960, p. 19. “ Les
positions marxistes sur la question nationale et coloniale ”.
À propos de la dialectique du facteur de nation dans le développement économique et social des sociétés, cf. dans Fil du Temps,
“ Facteurs de race et de nation dans la théorie marxiste ”, J. Angot, B.B. 24, Paris 19e, octobre 1969.
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