Les 25 fleurs des poètes d`Andalousie

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Hassane Sqalli
Les 25 fleurs des poètes
d’Andalousie
Une lecture anthologique du corpus
littéraire andalou
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Introduction
« Le jardin d’Eden en terre d’Andalousie a une
beauté captivante et une senteur exaltante
Ses matins sont d’une blancheur éclatante
Et envoutantes sont les ténèbres de ses nuits
Lorsque la brise souffle je me mets à crier Oh ma
nostalgie ! Oh Andalousie ! ».
C’est ainsi qu’Ibn Khafâjah exprime son sentiment
sur la beauté des jardins et riads andalous comme s’il
parlait au nom des poètes de son époque. Nul doute en
effet que l’Andalousie avait inspiré les poètes nés dans
ce pays ainsi que ceux qui s’y sont établis de longue
date venus d’Orient ou d’Afrique du Nord. Le climat
modéré de la péninsule ibérique était l’une des sources
d’inspiration des poètes comme du reste, ses riches
cultures, ses espaces verts et ses fleurs multicolores. Les
poètes qui avaient eu la chance de vivre dans ces
espaces « d’Eden » devaient s’évertuer à composer un
nombre incommensurable de pièces en vers dans une
langue arabe pure que prédominent le style coranique
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et les figures rhétoriques qu’ils s’employaient à
améliorer à leur façon. Ils ont en outre développé les
schèmes, la métrique et les séquences, des poèmes tout
en créant de nouvelles formes telle que la métrique
libre ou taouchih ou encore le poème en langue
dialectale zajal. Ils ont excellé dans la description des
fleurs andalouses qui nous intéressent ici, mais ils
n’étaient pas les seuls à être épris par ces fleurs, les rois
et les princes l’étaient aussi. Leur engouement pour
certaines variétés de fleurs était connu. Il en était ainsi
du Régent améride Abdelmalek Al Modhaffar qui,
d’après la chronique, était béat devant la giroflée au
point qu’il avait proposé à ses poètes de composer des
pièces en vers évoquant la giroflée et d’autres types de
fleurs dans le but de faire chanter ces pièces par ses
musiciennes. Cela nous confirme que l’engouement
pour les fleurs était général chez les Andalous sans
distinction de rang ou de catégories sociales.
Le sujet du présent ouvrage concerne les fleurs et
plus précisément, les fleurs évoquées dans la poésie et la
prose andalouses du Xème au XIVème siècle. Cependant,
nous verrons qu’elles sont limitées en nombre, elles ne
dépassent d’ailleurs pas vingt-cinq fleurs. Malgré cela,
elles représentent une véritable matière première pour
les poètes andalous qui d’ailleurs s’en sont servis à bon
escient dans les grands thèmes qu’ils ont abordés, en
particulier dans les rapports de la femme et de sa beauté,
dans l’amour et de ses chagrins, dans le vin et dans les
cercles de divertissement, voire dans les cercles
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bachiques, dans la nature et ses intempéries ou encore
dans la description des jardins et des riads. Nos poètes
andalous ont donné en outre une certaine vie à ces fleurs
en les faisant parler à leur place et en leur nom, en les
personnifiant en quelque sorte. Alors, la fleur devient la
favorite, la préférée ; elle se gonfle d’orgueil, et le poète,
tel un chef d’orchestre, ou un acteur sur une scène
présente ses fleurs aux spectateurs, favorise l’une par
rapport à l’autre ou aux autres suivant des critères qui
lui sont propres. Cette manière singulière me semble-til, a attiré plusieurs fois mon attention, ce qui m’a donné
l’idée d’écrire une anthologie destinée à faire découvrir
cette belle frange de la poésie andalouse aux lecteurs
francophones. Tel est l’objet de cet ouvrage que nous
avons composé sous forme de titres thématiques en
procédant à une lecture rapprochée du corpus littéraire
arabe andalou.
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Thème I :
Description morphologique
des vingt-cinq fleurs
Le jardin andalou est un jardin floral par excellence.
Aussi, rien d’étonnant à ce que les poètes andalous du
Moyen-Âge aient été attirés par ce jardin et par ses
fleurs. Mais de quelles fleurs s’agit-il ? Il ne s’agit à notre
grand étonnement que de quelques vingt-cinq types de
fleurs ! Ce nombre très limité par comparaison avec le
grand nombre de fleurs, de plantes et d’arbustes qui
poussent dans le monde est pourtant celui que l’on
retrouve çà et là dans les textes de référence de la
littérature andalouse. De ce fait, on peut se demander si
nos poètes andalous n’avaient que des connaissances
limitées en matière de botanique florale à partir du
moment où ils n’évoquent dans leurs œuvres que des
fleurs nommément désignées et de surcroît, en nombre
restreint. Nous pensons pour notre part que cette façon
de procéder n’est pas innocente, elle est plutôt
volontaire et ne relève nullement de l’ignorance des
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poètes car les figures poétiques qui naissent et se
développent dans leur imaginaire concordent le plus
souvent et directement avec les types de fleurs qui les
préoccupent bien qu’ils soient en nombre limité comme
c’est le cas de la rose, du narcisse, de la fleur de myrte,
du jasmin, de l’iris et de la giroflée.
Quoi qu’il en soit, nous avons été amenés à établir
une liste de ces vingt-cinq fleurs évoquées par les poètes
dans les sources littéraires andalouses. Cette liste va
nous permettre de présenter morphologiquement ces
fleurs une à une dans l’attente d’en faire une description
poétique (v. thème II).
La description morphologique des vingt-cinq fleurs
de notre liste n’apporte pas d’innovation, les auteurs des
lexiques floraux tant en Andalousie qu’au Maroc ayant
déjà répertorié, classé et décrit les fleurs figurant sur
notre liste. On peut citer à cet égard parmi les Andalous
le célèbre savant botaniste du Moyen-Âge Ibn Al Baytâr,
auteur de la Touhfah sur la médication par les plantes
ou encore Ibn Bassâl auteur d’un livre sur l’agriculture
dans lequel il a consacré un chapitre spécial aux
périodes de culture des fleurs. Nous citerons également
Al Ghassâny qui a vécu entre le XVIème et le
XVIIème siècle à Fès, auteur du « Jardin des fleurs » et plus
près de nous, Jamal Belakhdar qui a publié en 1999 un
livre sur la pharmacologie traditionnelle marocaine par
les plantes et les fleurs. Ces sources et d’autres encore
nous ont servi dans ce travail pour la présentation et la
description morphologique des fleurs comprises dans la
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liste que nous avons classée suivant l’ordre alphabétique
arabe comme suit :
1 – Aass : myrte, en latin myrtus
Arbuste à fleurs blanches. Il existe plusieurs
espèces d’arbustes de myrtes, une soixantaine environ.
Au début du XVIIème siècle au Maroc, on désignait
le myrte par le terme arabe rayhâne ou basilique.
Aujourd’hui, il existe deux espèces de myrtes : une
espèce naturelle commune, myrtus communis et une
espèce d’origine andalouse cultivée dans les jardins.
Les feuilles de myrte sont des feuilles médicinales, on
en extrait ainsi que de ses fleurs un parfum huileux de
forte senteur dénommé myrtol.
2 – Oqhouâne et aqâh : marguerites
Les Andalous ont connu les marguerites blanches et
les marguerites jaunes ; elles fleurissent sur des tiges
plutôt frêles ; elles sont désignées tant en Andalousie
qu’au Maroc par l’expression pied de poule. Les
marguerites sont de différentes sortes ; on peut citer
entre autres la marguerite jaune, les chrysanthèmes des
jardins, la marguerite des teinturiers, les marguerites des
prairies et la camomille jaune ou babounje signalée par
Ibn Baytâr et Ibn Bassâl comme une plante médicinale.
3 – Baqillah ou Baqillâ’ : fleur de fève
4 – Banafsaj : violette
Les violettes se développent soit dans les jardins des
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villes soit dans les campagnes. Dans les jardins, les
violettes sont des plantes rampantes, à feuilles larges et
à fleurs de couleur violette tirant vers le bleu. Les
violettes possèdent une petite feuille embobinée qui
apparaît derrière la tige sous la fleur. Quant aux violettes
des campagnes, elles se dressent avec leur couleur bleue
sur des tiges maigres. Elles ont une odeur parfumée et
des vertus médicales. Les violettes se développent dans
des endroits ombragés. Selon Ibn Bassâl, les violettes se
cultivent à la motte ou à partir de leurs propres graines.
D’après Al Ghassâny, les violettes de campagne
poussaient à Fès dans la région de Zouâgha.
5 – Bahâr ou chrysanthème en latin chrysanthèmus
On l’appelle aussi œil de bœuf. C’est une plante à
pulpe dont la fleur possède un rondelet jaune qui
apparaît au printemps. Al Ghassâny décrit le bahâr
ainsi : il a des pétales en forme carrée, une tige verte
surmontée d’une fleur blanche au milieu de laquelle on
aperçoit une petite assiette jaune. Cet auteur ajoute que
la fleur de Bahâr a une odeur très forte qui fait mal à la
tête… cela dit, il existe le chrysanthème des teinturiers,
le chrysanthème des champs qui n’est autre que la
marguerite jaune. Pour notre part, le mot bahâr tel
qu’il est rapporté par Ibn Bassâl correspond au terme
latin chrysanthèmus.
6 – Joullanâr : fleur de grenadier
D’origine persane le gulnar ou joullanâr est
introduit par les Carthaginois de l’Orient en Occident.
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Cette fleur s’ouvre sur le grenadier mâle qui est
dépourvu de piquants et ne produit pas de grenades
contrairement au grenadier à épines qui fleurit et
donne des fruits. Rouge écarlate, la fleur de grenadier
possède des feuilles touffues ; il existe aussi les fleurs de
grenadier de couleur blanche et de couleur rosâtre.
7 – Habaq : basilic
Plante odorante d’origine indoue, de petite taille et
de plusieurs sortes, à petites fleurs blanches ou rosâtres.
Le basilic se distingue par son odeur parfumée. On le
nomme aussi rayhâne en langue arabe comme on
vient de le voir. Parmi ses espèces, on doit mentionner
le basilico coronfoli en langue espagnole ou habaq
qoronfoyi ou basilic d’œillet qui possède une tige poilue
et des épis d’à peu près dix centimètres de long. Cette
espèce est utilisée en tant que plante médicinale ; elle
peut être multipliée dans les semis.
8 – Khouzâmâ : lavande, latin vandira vera
Plante comprenant environ vingt espèces toutes de
petites tailles à feuilles filiformes et à petites fleurs bleues
ou violettes odorantes que l’on conserve généralement
dans des étuis en passementerie pour parfumer les
vêtements. Par sa distillation, on obtient de parfum de
lavande, des crèmes et huiles essentielles. Parmi les
espèces de lavandes, on peut citer la giroflée de
compagne Khaîry Al barr qui est une lavande à odeur
parfumée susceptible d’être distillée.
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D’autre part, il n’est pas sans intérêt de rappeler à
l’occasion dans le genre lavande, une plante domestique
dénommée khouzâm en arabe ou réséda en français. Le
khouzâm possède de petites fleurs en grappes de
plusieurs couleurs ; il est parfumé comme la lavande.
9 – Khaïry : giroflée
Le terme scientifique de giroflée selon Ibn Al
Baytâr est al manthour auquel il ajoute un terme
synonyme Qoronfoul ou œillet. La giroflée se présente
en grappes de fleurs rouges et jaunes mitigées ; il existe
également une giroflée de couleur jaune. D’après Ibn
Bassâl, ce genre comprend huit espèces dont la culture
réussit dans les terres sèches. Les Espagnoles nomment
cette fleur al hili et les marocains aujourd’hui al khaïly
ou encore ôud ennouâr qui veut dire clou de girofle. Le
clou de girofle est obtenu à partir du bourgeon de la
giroflée avant son terme et séché au soleil.
10 – Addîdî : arbre de Judée
Selon Jamal Belakhdar qui en donne le nom latin
cercis siri quastrum, c’est un arbre dont les branches
produisent des fleurs rosâtres tirant vers le pourpre. Le
dîdî ou arbre de Judée était connu en Andalousie, à
Grenade et au Maroc, à Fès. De par sa couleur originale,
la tradition a voulu que le mot dîdî s’applique à la couleur
pourpre et ce, par référence à la fleur de l’arbre de Judée.
11 – Rayhâne : habaq ou basilic
Les Andalous et à leur suite les Marocains, se sont
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habitués à désigner par rayhâne toute plante, arbre,
arbuste ou fleur qui dégagent une odeur parfumée.
12 – Zinbaq : Lys
Le lys est une plante bulbeuse dont la tige est droite
et munie de feuilles, il a de grandes et de belles fleurs
odorantes. D’après les spécialistes, il existe quelques 35
espèces de lys dont en particulier le lys blanc. Le lys
blanc a une hauteur variant entre quatre-vingt-dix et
cent-vingt cm et des fleurs mesurant entre 5 et 8 cm
embellies d’une touche de kermès. Il existe aussi un lys
rouge, le lys orange et… le lys des vallées qui rappelle
le lys dans la vallée du romancier Honoré de Balzac.
13 – Zahra et Zahar : la fleur d’oranger
La fleur d’oranger possède 5 pétales allongés de
couleur blanche, elle est odorante ; elle s’ouvre au
milieu de feuilles assez longues garnissant les branches
de l’oranger. Cet arbre a une hauteur variant entre 6 et
11 m ; son fruit est l’orange, il a été importé par les
Portugais de Chine et il s’est développé par la suite
dans la presqu’île ibérique et en Afrique du Nord.
14 – Zahrat annârinj : fleur de bigaradier
Cette fleur est signalée dans les sources arabes à
commencer par Ibn Al Baytâr. Son nom latin est citrus
orantium. On prétend que les Arabes l’avaient importé
de Chine et qu’il fut par la suite développé en Afrique
du Nord et en Espagne. Contrairement aux orangers,
les bigaradiers sont épineux ; ils produisent une sorte
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d’orange à grosse pelure et à goût acide. Le bigaradier
ressemble en revanche à l’oranger tant dans sa hauteur
(3 à 7 m) que dans la forme et la disposition de ses
feuilles ainsi que dans la couleur blanche de ses fleurs
à cinq pétales. Ce sont justement les fleurs de
bigaradier que l’on distille pour obtenir le fameux mâ
zhar très répandu au Maroc.
15 – Saouçane : Iris
L’origine de l’iris dans notre contexte est espagnole ;
on le nomme azecena en Espagne. Les espèces d’iris se
reconnaissent à leurs couleurs ; on peut les classer
suivant Al Ghassâny en :
a – Iris bleu ou irisa chez Ibn Al Baytâr : Cette espèce
d’iris est azurée ismanjouny ; cette fleur ressemble à des
feuilles de papyrus entrecroisées au milieu desquelles se
dresse une tige lisse couronnée d’une grande fleur en
trois pétales ronds teintés en blanc et en noir, un trait
jaune parcourt ces feuilles, ce qui donne à l’ensemble
l’allure de l’arc-en-ciel.
b – Iris blanc : il se décline en iris des jardins et en
iris des compagnes. L’iris des jardins est connu par la
beauté de ses formes. Al Ghassâny lui consacre une
description minutieuse : « il a une tubercule blanche à
étages disposés les uns sur les autres ; ses feuilles sont
longues et larges, lisses et humides au milieu desquelles
se dresse une tige d’une coudée ou plus à partir du sol
sur laquelle s’ouvre une fleur de couleur blanche a trois
pétales en forme de cloche au milieu de laquelle on
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trouve une languette comme il en existe dans les
carillons et dans les fleurs de bigaradiers avec toutefois
quelque chose de couleur jaune ». Cette fleur est
odorante, elle apparaît au printemps. Quant à l’iris des
campagnes, il se développe de la même façon.
c – Iris rouge : il existait à l’époque d’Al Ghassâny
sous deux formes : la première s’appelait sillykha et la
seconde queue de renard.
d – Iris jaune : il s’agit d’une espèce du genre des
narcisses.
Selon Ibn Bassâl on peut cultiver l’iris soit à partir
de son tubercule au mois de mai, soit à partir de ses
graines contenues dans sa languette au milieu de la fleur.
16 – Chaqîq ou chaqâ’iq annou’mâne : coquelicot ou
encore anémone rouge.
Le coquelicot, c’est cette fleur qui pousse dans les
champs de blé ; c’est aussi cette fleur rouge des jardins,
appelée en français anémone qui ressemble plus ou
moins au coquelicot. Les Marocains ont coutume
d’appeler coquelicot bella’mâne. Le coquelicot fait
partie du genre pavot qu’Al Ghassâny décrit comme
étant une fleur rouge à tige courbée verte et poilue sans
feuilles. Sur sa partie supérieure, on trouve des
bourgeons saillants comme des graines entourant ses
pétales ; Al Ghassâny indique encore qu’un point noir
entouré de blanc est placé également sur la partie
supérieure de la tige et qu’une particule noire que
surmontent des poils se trouve au centre de la fleur.
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17 – Qoronfoul : œillet
Les œillets se présentent sous deux formes, les
œillets des jardins et les œillets des campagnes. En
forme de petites couronnes multicolores, les œillets
dégagent une senteur parfumée. Il existe environ
quinze types d’œillets des jardins.
18 – Narjiss : narcisse
C’est la fleur du personnage mythologique Narcisse.
Fleur jaune à tubercules ; ses pétales ressemblent à ceux
du safran. Le narcisse se courbe du côté du sol, sa tige
dont la hauteur varie entre 10 et 15 cm est de couleur
verte sans feuilles ; la tige se termine par deux ou trois
ramifications au bout desquelles nous trouvons des
boutons de forme triangulaire que couronnent les
narcisses jaunes, penchés sur la tige. Les pétales des
narcisses sont circulaires avec au milieu une petite crête
jaune parfumée. Le narcisse apparaît à l’approche du
printemps. Il existe également un narcisse de couleur
blanche qu’Al Ghassâny a décrit dans les mêmes termes
tout en ajoutant que son parfum est tellement fort qu’il
fait mal à la tête, et que certaines gens de Fès l’appellent
le chrysanthème et d’autres le lys.
19 – Nisrîne : fleure d’églantier ou en latin rosa
mosureta ou encore rosa canina
Ibn Al Baytâr a signalé cette fleur qu’il a
dénommée la rose des haies ou encore gul nisrîne ou
rose d’églantier. On l’appelle aussi nisrîne grimpant
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ôllîq car il se développe en hauteur et s’étale en largeur,
aidé en cela par ses épines. Sa fleur s’ouvre sur trois ou
quatre pétales odorants. On trouve le nisrîne en
Andalousie et au Maroc.
20 – Niouâr allaouz : fleur d’amandier
Cette fleur s’ouvre dans les amandiers. Les
amandiers sont de deux sortes : ceux de campagnes et
ceux que l’on cultive, les premiers donnant des amandes
amères et les seconds des amandes douces. Ces deux
types d’amandier procurent des fleurs blanches à stries
rosâtres au milieu de l’hiver.
21 – Niouâr al kattân : fleur de lin
Le lin est soit une plante de campagne soit de
culture à espèces multiples avoisinant la centaine. Les
plantes de lin, bien que frêles se dressent en hauteur
avec des feuilles allant ascendant et des fleurs par
grappes de cinq. Le lin possède différentes couleurs
dont le blanc, le bleu, le jaune, le rose et le rouge. Ses
graines sont utilisées en médecine.
22 – Nylofar : nénuphar
C’est le crabe de l’eau, la graine de la mariée selon
Ibn Al Baytâr. Le nénuphar est un mot persan ; c’est
une plante à tubercules, elle pousse dans et à la surface
de l’eau où elle flotte. On distingue plusieurs sortes de
nénuphars parmi lesquelles le nénuphar jaune à
couleur safran ou dorée qui possède des feuilles rondes
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comme des éventails de couleurs allant du vert au
jaune ; ce nénuphar s’étale dans l’eau sur des sortes de
bras longs au milieu desquels se profile une tige tel un
roseau d’où émerge la fleur jaune du nénuphar. Cette
fleur fut comparée par Ibn Al Baytâr et Al Ghassâny à
la moitié d’une pomme coupée latéralement dans
laquelle scintillent des pépins jaunes. Le nénuphar
dégage une bonne odeur ; il s’ouvre le jour et se referme
la nuit. D’autre part, il existe aussi le nénuphar blanc
qui ressemble dans sa morphologie au nénuphar jaune.
23 – Ouard : rose, latin rosa
La rose est une plante domestique connue de par le
monde. En langue dialectale marocaine, on désigne par
ouard toute fleur sans distinction. C’est que les espèces de
roses sont nombreuses, elles atteignent la cinquantaine
d’après les spécialistes et ce dans différentes couleurs. Il
en existe celles qui se dressent sur leurs tiges et d’autres
qui grimpent et s’étalent en largeur. En général, les rosiers
sont épineux. La rose ne possède pas un nombre de
pétales fixe ; ses pétales varient de quatre à cinq si non à
plus. L’origine de cette fleur n’est pas connue de façon
définitive, mais il est très probable qu’elle soit d’origine
persane. Par ailleurs, on prétend qu’une espèce de rose
dite rose pâle fût importée au XIème siècle du Caucase au
Maroc et en Andalousie. C’est probablement cette espèce
qui fût développée au Maroc dans les régions du Dadès et
de Tinghir où on procède à sa distillation. A Sijilmassa,
au Sud-est du Maroc, une autre espèce de rose existait au
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Moyen-Âge. A cette époque, Sijilmassa carrefour
caravanier pratiquait les cultures étagères où on faisait
pousser des rosiers très prisés (v. Sijilmassa in le livre des
pays de Yaqout Hamaoui). Cela dit, les rosiers se
multiplient par les greffes et les boutures, la rose ellemême peut être distillée pour en extraire l’eau de rose
(mâ ouard).
24 – Yâssamine : jasmin, en latin Jasminium
Belle petite fleur blanche, jaune ou rosâtre des jardins
à quatre ou cinq pétales, odorante de jour et de nuit. Les
fleurs de jasmin s’ouvrent dans des arbustes à longues
branches susceptibles de grimper et de s’étaler sur des
supports. Les branches de ces arbustes peuvent atteindre
jusqu’à neuf mètres de longueur avec profusion de
ramifications de feuilles et de fleurs. Le jasmin blanc est
le plus connu et le plus prisé en Andalousie comme au
Maroc ; on en extrait des parfums et des crèmes. La fleur
du jasmin rosâtre est également très odorante, on
l’appelle jasmin d’Espagne. Quant au jasmin jaune, sa
senteur est moins parfumée. A côté de ces trois variétés,
on trouve une espèce de jasmin jaune qui fleurit comme
les premiers mais sans senteur ; il s’agit d’une sorte de
jasmin de campagne que l’on rencontre un peu partout
sur les montagnes et dans les bois.
On peut rapprocher de ces variétés de jasmins un
arbuste appelé galant de nuit ou jasmin de nuit parce
que ne déployant son parfum que de nuit. Les
marocains l’appelle misk allîl ou musc de nuit.
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25 – Fleur de ghâlibah :
Il s’agit d’une fleur d’origine andalouse qui
ressemble à la fleur de jasmin, elle est signalée par Aboul
Oualîd Habîb dans son ouvrage Al badîe’. Toutefois,
nous n’avons trouvé dans nos sources ni description
morphologique de cette fleur ni même le nom de
ghâlibah en tant que tel. Ne serait-ce pas l’équivalent de
foull ou jasmin oriental qui se présente comme un
arbuste à feuilles très vertes avec de petites fleurs
blanches odorantes ? Ces fleurs sont en effet de deux
sortes : L’une d’elles se distingue par de grandes fleurs à
pétales composés, l’autre par de petites fleurs à cinq
pétales. Nous pensons donc que le foull serait cette fleur
ghâlibah qui avait retenu l’attention de certains poètes
andalous.
Telle est la liste des vingt-cinq fleurs évoquées par
les poètes d’Andalousie dont nous avons effectué la
présentation et la description morphologique. Bien
que limitées en nombre comme on vient de le
constater, il nous semble intéressant de se poser la
question de savoir comment les poètes andalous se
sont-ils comportés à l’égard de ces fleurs ?
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