Hémovigilance : bilan 1995–2003 Casablanca Haemovigilance

Article original
Hémovigilance : bilan 1995–2003 Casablanca
Haemovigilance: state 1995–2003 Casablanca
I. Tazi *, L. Loukhmas, N. Benchemsi
Centre régional de transfusion sanguine de Casablanca, rue Faidouzi BP 5338 Maarif Casablanca Maroc
Disponible sur internet le 31 mai 2005
Résumé
L’hémovigilance constitue un système de surveillance et d’alerte qui a pour missions la conservation d’informations sur toutes les étapes
du circuit transfusionnel et la déclaration de tout effet inattendu ou indésirable d’origine transfusionnelle. Mise en place à Casablanca en
1995 et après neuf années de fonctionnement, les données de l’hémovigilance permettent une analyse des incidents transfusionnels, leur
classification en fonction de leur gravité et leur imputabilité transfusionnelle, la mise en place et l’évaluation de mesures correctives et
préventives. Le bilan portant sur 240 incidents transfusionnels est rapporté ici. L’analyse des déclarations d’incidents transfusionnels permet
de mieux cerner les étapes critiques de la chaîne transfusionnelles. Elle fournit aux transfuseurs et aux cliniciens des informations permettant
la mise en place de mesures destinées à améliorer la sécurité transfusionnelle. Le retour d’information globale toujours insuffisant a atteint
51 % en 2003. La législation sur le point d’être publiée au bulletin officiel, est le seul moyen de voir l’implication et la responsabilisation de
tous les acteurs dans l’hémovigilance maillon indispensable de la sécurité transfusionnelle.
© 2005 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Mots clés : Sécurité transfusionnelle ; Hémovigilance ; Législation ; Incidents transfusionnels immédiats
1. Introduction
L’hémovigilance est un pilier crucial du concept de la sécu-
rité transfusionnelle. Du latin vigilare, qui signifie « veiller »,
l’hémovigilance est l’ensemble des procédures de sur-
veillance organisées depuis la collecte du sang et de ses com-
posants jusqu’au suivi des receveurs, en vue de recueillir et
d’évaluer les informations sur les effets inattendus ou indé-
sirables résultant de l’utilisation thérapeutique des produits
sanguins labiles et d’en prévenir l’apparition [1].
Il s’agit d’un processus continu et standardisé de collecte,
d’analyse de données, et ce, afin d’assurer une sécurité trans-
fusionnelle optimale [2]. Il permet aussi d’estimer l’inci-
dence et la prévalence des effets indésirables liés à la trans-
fusion afin d’en déterminer les causes et d’en assurer la
prévention.
Au centre régional de transfusion sanguine (CRTS) de
Casablanca, chaque année, plus de 50 000 de dons de sang
sont nécessaires pour assurer la thérapeutique transfusion-
nelle.
Le processus de sélection clinique des donneurs et le res-
pect des indications indispensables de la transfusion ne sont
pas considérés comme des déterminants suffisants de la pré-
vention des risques [3]. De même que l’absence de sources
d’information concernant le suivi des malades transfusés ne
permet pas d’évaluer les conséquences de la transfusion des
produits sanguins labiles (PSL).
C’est dans ce contexte qu’il a été décidé d’instaurer l’hémo-
vigilance en 1995 à Casablanca. Elle a d’abord été mise en
place au niveau des services les plus consommateurs de PSL :
services d’hématologie et d’oncologie du centre hospitalier
Ibn-Rochd, puis généralisée à l’ensemble des établissements
de soins de cette ville.
Le retour d’information globale toujours insuffisant a
atteint 51 % en 2003. Les hôpitaux périphériques, ainsi que
le secteur privé sont les structures hospitalières assurant le
moins le retour d’information comparativement au CHU, où
le retour d’information atteint 100 % dans certains services.
Ce travail a comme objectif de tracer l’expérience du CRTS
de Casablanca en matière d’hémovigilance, en passant en
revue l’historique, l’aspect organisationnel et les moyens de
sensibilisation. La seconde partie sera consacrée au bilan des
* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : T[email protected] (I. Tazi).
Transfusion Clinique et Biologique 12 (2005) 257–274
http://france.elsevier.com/direct/TRACLI/
1246-7820/$ - see front matter © 2005 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
doi:10.1016/j.tracli.2005.04.033
incidents transfusionnels déclarés, en les évaluant avec ceux
retrouvés dans d’autres pays ayant une expérience plus
ancienne dans ce domaine. Cela permettra certainement de
déceler les points négatifs et de réfléchir sur les attitudes à
adopter en vue d’une amélioration future pour une hémovi-
gilance optimale, dynamique et efficace. En dernier lieu,
seront cités les textes de loi qui doivent être publiés dans un
avenir très proche.
2. Historique
La décision d’instaurer l’hémovigilance en France fait suite
au drame du sang contaminé en 1985. En effet, jusque-là, la
sécurité transfusionnelle était assurée grâce aux informations
immédiates données par le donneur de sang avant le don et
par les examens biologiques faits sur la poche de sang. Il n’y
avait aucun suivi du receveur pour identifier les effets indé-
sirables immédiats ou à long terme, secondaires à la transfu-
sion de PSL.
La connaissance de contaminations par le VIH, le VHB et
le VHC des malades transfusés ont fait prendre conscience
de l’importance du suivi à long terme du receveur. C’est ainsi
qu’est née en 1994 l’hémovigilance en France, premier pays
au monde à l’avoir instauré de façon obligatoire (Loi n
o
93-5
du 4 janvier 1993). L’hémovigilance est ainsi devenue un élé-
ment important de la sécurité transfusionnelle [4].
Un an plus tard, hémovigilance a été instituée en mai 1995
à Casablanca dans deux services pilotes du CHU de Ibn-
Rochd, le service d’hématologie et le service d’oncologie,
qui ont permis la mise au point des procédures. Ces deux
services ont été choisis car consomment 30 % des PSL des-
tinés à tous les établissements de soins de Casablanca.
Le retour d’information entre mai 1995 et décembre
1996 est passé de 10 à 70 % pour le service d’hématologie et
de 20 à 90 % pour le service d’oncologie, ce qui est remar-
quable en l’absence de législation et donc d’obligation.
En janvier 1997, le centre régional de transfusion san-
guine de Casablanca a élargi son système d’hémovigilance à
tous les établissements de soins en leur envoyant des fiches
transfusionnelles informatisées. Cela a constitué une avan-
cée majeure dans la gestion de l’hémovigilance en permet-
tant une nette amélioration de la qualité des informations
transmises ainsi qu’une progression du nombre de déclara-
tions des incidents transfusionnels.
Le retour d’information globale est en nette amélioration,
il passe de 21 % en 1997 à 51 % en 2003.
Au début de l’année 1998, 50 médecins correspondants de
l’hémovigilance (réanimateurs et médecins biologistes) ont
été nommés dans différents établissements de soins privés et
publics de Casablanca, ainsi qu’un médecin correspondant
de l’hémovigilance au centre régional de transfusion san-
guine.
Neuf ans après l’instauration du système d’hémovigilance
à Casablanca, il nous a paru intéressant d’évaluer son impact
en particulier en ce qui concerne le nombre et le type de décla-
rations des incidents transfusionnels.
3. Matériel et méthodes : organisation
de l’hémovigilance
L’hémovigilance ne peut se concevoir que si le préalable
de traçabilité des produits sanguins labiles, du donneur au
receveur effectif, est obtenu [4].
Le renforcement de la sécurité transfusionnelle, l’organi-
sation d’un système de recueil et d’analyse du suivi de la trans-
fusion sanguine ainsi que la prévention des incidents et acci-
dents, et l’amélioration globale et continue du système
transfusionnel sont les objectifs de l’hémovigilance qui
concerne tous les intervenants et processus de la chaîne trans-
fusionnelle.
3.1. Les structures impliquées
L’établissement de transfusion sanguine (ETS) gère au
maximum tous les actes qui se font sous sa responsabilité : la
collecte du sang, les analyses de laboratoire, ainsi que la pré-
paration, la conservation et la livraison des PSL.
Le transport du sang, la préparation du malade à la trans-
fusion, la pratique du contrôle ultime au lit du malade, la sur-
veillance de la transfusion et la surveillance du malade pen-
dant et après la transfusion, sont sous la responsabilité des
établissements de soins (ES).
L’hémovigilance nécessite que l’ETS et les ES travaillent
en étroite collaboration pour que les échanges d’informa-
tions entre ses deux établissements soient transmis lors de la
commande des produits sanguins, lors de la distribution et
lors du retour d’information après leur utilisation.
3.1.1. Le laboratoire national d’hémovigilance
Le siège du
L
aboratoire national d’hémovigilance se situe
au CRTS de Casablanca. L’équipe qui le gère est formée d’un
médecin responsable qui est aussi le correspondant de l’hémo-
vigilance, un biologiste, un technicien de laboratoire et une
secrétaire.
Deux types de fiches sont mises à la disposition des équi-
pes soignantes :
une fiche transfusionnelle informatisée (Annexe A) ;
une fiche d’incidents transfusionnel (Annexe B) qui doit
être remplie par les deux correspondants de l’hémovigi-
lance de l’ES et de l’ETS en cas de déclaration d’incident
transfusionnel.
L’enquête étiologique se fait en réalisant les examens de
laboratoires suivants :
groupage sanguin de la poche ou des poches de PSL
concernées et du malade ;
recherche d’agglutinines irrégulières ;
étude bactériologique à la recherche d’une contamination
de la poche ou des poches transfusées et hémoculture chez
le patient.
La fiche transfusionnelle est remise avec chaque poche de
PSL par l’ETS. Celle-ci sera remplie par l’infirmière et signée
par le médecin après la fin de l’acte transfusionnel. La fiche
transfusionnelle est retournée à l’ETS dans les 48 heures.
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Cette fiche sert à confirmer l’identité du malade qui a reçu
effectivement les poches de PSL, dont le numéro ou les numé-
ros (s’il y a plusieurs poches) figurent sur cette même fiche,
qui permettent d’établir le lien entre le ou les donneurs et le
receveur.
Les renseignements recueillis par la FIT concernent le
patient (âge, sexe, antécédents), l’incident observé (manifes-
tations cliniques, catégorie diagnostique, délai de survenue),
les caractéristiques du ou des produits incriminés, le contexte
transfusionnel (indication de la transfusion, service, nature
de la distribution, qualité du contrôle ultime), la survenue d’un
dysfonctionnement organisationnel ou technique.
En cas d’incident transfusionnel, une enquête étiologique
est déclenchée par les deux correspondants de l’hémovigi-
lance celui de l’ES et l’ETS.
À la fin de l’enquête, une lettre de réponse est envoyée au
médecin traitant lui transmettant le résultat et lui indiquant
les causes de l’incident ou les mesures préventives à prendre
en cas de transfusion future.
Dans tous les cas, la fiche transfusionnelle est enregistrée
par système informatique. Elle permettra éventuellement de
retrouver la cause d’incidents ou accidents retardés qui pour-
ront apparaître des mois ou des années après l’acte transfu-
sionnel. À cet effet, une sérothèque constituée du sérum
congelé de tous les donneurs existe, elle permettra si néces-
saire de faire des examens complémentaires.
3.1.2. Le comité d’hémovigilance
Cinquante médecins biologistes et réanimateurs, corres-
pondants de l’hémovigilance, sont nommés dans différents
établissements de soins privés et publics de Casablanca, ainsi
qu’un médecin correspondant de l’hémovigilance au centre
régional de transfusion sanguine.
Le comité d’hémovigilance a été créé en juin 1998. Il est
composé de neuf membres. Le comité se réunit tous les tri-
mestres pour mettre en œuvre et analyser les éléments de
l’hémovigilance à savoir :
le signalement et l’analyse des incidents transfusionnels ;
la traçabilité.
3.1.2.1. Rôle du correspondant d’hémovigilance de L’ES. Au
sein de chaque établissement de soins public ou privé, un cor-
respondant d’hémovigilance, ayant reçu une formation spé-
cifique ou ayant une bonne expérience en transfusion san-
guine est chargé pour le compte de l’établissement de :
signaler et de suivre tout effet inattendu ou indésirable dû
à l’administration d’un PSL, cela se faisant en collabora-
tion avec le correspondant d’hémovigilance de l’ETS :
Cremplir la fiche d’incident transfusionnel,
Cmettre en œuvre les mesures correctives,
Cinformer le coordonnateur régional qui est le délégué
du ministère de la santé dans la province médicale,
Créaliser les enquêtes transfusionnelles ascendantes ou
descendantes nécessaires,
rédiger les protocoles transfusionnels en collaboration avec
le correspondant d’hémovigilance de l’ETS ;
participer aux réunions des services utilisateurs de PSL ;
participer aux sessions de formation continue et d’infor-
mation pour les prescripteurs et les utilisateurs de PSL des
différents secteurs de l’ES (réanimation, oncologie, héma-
tologie, pédiatrie....) ;
initier et suivre les protocoles utilisant des PSL ;
s’assurer du recueil et de la conservation des données ;
prendre en charge les actions de sécurité transfusionnelle ;
Ccontrôler les circuits,
Ccontrôler les conditions de stockage,
Ccontrôler les conditions de retour des PSL non utilisés,
Cvérifier les conditions de réalisation du test de compa-
tibilité au lit du malade,
mettre en place une organisation permettant le suivi médi-
cal des receveurs ;
signaler au centre national de transfusion sanguine (CNTS)
et au coordonnateur régional toute difficulté susceptible
de compromettre la sécurité transfusionnelle ;
participer aux enquêtes épidémiologiques ;
participer aux réunions régionales d’hémovigilance ani-
mées par le coordonnateur régional.
3.1.2.2. Rôle du correspondant d’hémovigilance de l’ETS.
Dans chaque établissement de transfusion sanguine, un cor-
respondant d’hémovigilance, formé dans ce sens est char
pour le compte de l’établissement de :
rédiger les protocoles transfusionnels en collaboration avec
le correspondant de l’ES ;
participer aux réunions des services utilisateurs de PSL en
collaboration avec le correspondant de l’ES ;
s’assurer du recueil et de la conservation des données :
Cvérifier la fiabilité des informations concernant l’iden-
tification du don de sang ou des composants du sang
dont est issue l’unité ainsi que l’identification du don-
neur,
Cmettre en place une organisation permettant la traçabi-
lité des PSL dans l’ETS,
Csuivre le fichier ’donneurs’ en collaboration avec le res-
ponsable « collecte »,
signaler et suivre tout effet indésirable en collaboration
avec le correspondant d’hémovigilance de l’ES ;
Cremplir la FIT,
Cmettre en œuvre des mesures correctives,
Cinformer le coordonnateur régional,
Cinformer le CNTS de tout incident transfusionnel grave,
Créaliser les enquêtes transfusionnelles ascendantes ou
descendantes si nécessaires,
participer aux enquêtes épidémiologiques ;
participer aux réunions régionales d’hémovigilance ;
signaler au CNTS et au coordonnateur régional toute dif-
ficulté susceptible de compromettre la sécurité transfusion-
nelle.
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3.1.2.3. Les autres activités du comité d’hémovigilance.
L’hémovigilance a pour objet de promouvoir la sécurité des
thérapeutiques transfusionnelles. Elle contribue à la réduc-
tion du risque transfusionnel et à la prévention des incidents
[5].
L’ensemble du personnel médical et paramédical est
concerné par la sécurité de la transfusion sanguine.
Une formation adaptée et de qualité est devenue cruciale
pour la qualité de la chaîne transfusionnelle.
Le rôle du comité d’hémovigilance ne se limite pas seule-
ment au signalement, à l’analyse et à la prévention des inci-
dents transfusionnels. Il a également comme rôles :
la sensibilisation des médecins des ES par des conféren-
ces sur la sécurité transfusionnelle et l’hémovigilance en
leur enseignant les modalités de surveillance de la trans-
fusion sanguine, de signalement et de déclarations des inci-
dents et des accidents transfusionnels ;
la formation en sécurité transfusionnelle et en gestion des
PSL et des fiches transfusionnelles par l’organisation de
séminaires et d’ateliers pour les infirmiers du secteur public
et privé ;
l’institution d’une formation de base aux infirmiers et tech-
niciens de laboratoire.
3.1.2.4. La sensibilisation du personnel soignant. La gestion
quotidienne de la pratique transfusionnelle ne peut se conce-
voir que si une formation continue et de qualité est réalisée
pour optimiser cet acte médical et prévenir ses risques.
3.1.2.4.1. Formation du personnel soignant. Un schéma cohé-
rent de l’enseignement d’une discipline ne saurait se conce-
voir sans une définition de ce que doivent être les ensei-
gnants. Ce problème n’a jamais été résolu au plus grand
dommage de la discipline transfusionnelle. Les contraintes
sont cependant claires, cette spécialité doit répondre aux
besoins des ETS, des ES qui sont les utilisateurs des produits
sanguins, des médecins généralistes et spécialistes.
La formation continue en transfusion sanguine est un élé-
ment indispensable pour assurer la sécurité transfusionnelle
des patients.
L’adaptation constante du niveau de connaissance des per-
sonnels hospitaliers devient cruciale.
La diversité des activités médicales et chirurgicales, l’hété-
rogénéité des personnels, de leur niveau de connaissance, et
de leurs plages horaires de travail impliquent d’adapter le type
de formation. Les formations intra-hospitalières, adaptées aux
spécificités de chacun, sont donc aussi nécessaires que les
formations globales pour l’ensemble des hôpitaux, permet-
tant de dispenser des messages communs.
Toute personne qui assure un rôle lié à l’activité transfu-
sionnelle de l’ES est concernée par la formation.
La majorité de ces formations est destinée aux infirmiers.
La formation des médecins reste difficile : les interventions
auprès des médecins sont destinées à faire part des actualités
de la transfusion, mais aussi à souligner le rôle et la respon-
sabilité du prescripteur à toutes les étapes de la transfusion.
C’est aussi l’occasion pour l’hémovigilant de mieux connaî-
tre les pratiques transfusionnelles inhérentes à chaque spécia-
lité.
La nature des connaissances et données relatives à la méde-
cine transfusionnelle est très vaste. Leur rappel, adapté au
contexte de l’intervention, permet de consolider les règles de
sécurité transfusionnelle :
la collection, préparation, qualification des PSL et leurs
principales caractéristiques (contenu, étiquetage...) sont
souvent méconnues des soignants. Leur description per-
met de reconstituer la chaîne transfusionnelle ;
le rappel des groupes sanguins du système ABO, Rhésus
et plaquettaires introduit l’énoncé des règles immunologi-
ques transfusionnelles ;
la définition et la modalité de réalisation des examens
immunohématologiques permettent d’insister sur le res-
pect des règles de prélèvement et d’acheminement, y com-
pris en urgence ;
l’acte transfusionnel : aborder successivement le dossier
transfusionnel, le transport, la réception, la conservation,
la pose et la traçabilité des PSL permet de présenter les
bonnes pratiques transfusionnelles et leur application dans
l’ES. La surveillance du patient, la conduite à tenir en cas
d’incident transfusionnel et les principaux protocoles trans-
fusionnels sont cités ainsi que l’information et le suivi pré
et post-transfusionnels du patient. Mais le contrôle ultime
au lit du malade reste le pivot de l’intervention. En décrire
la pratique et pointer les fautes possibles, en dégager la
signification permet de souligner le but du contrôle et la
responsabilité de celui qui l’effectue.
3.1.2.4.2. Évaluation de la formation du personnel soi-
gnant. Une étude menée en 2002 par le CRTS de Casa-
blanca, avait pour but d’évaluer la pratique transfusionnelle
du personnel infirmier des établissements de soins publics et
privés de cette ville.
Tous ces établissements avaient été sollicités deux ans
auparavant pour un atelier de formation destiné au personnel
infirmier responsable de la transfusion sanguine.
Pour évaluer leurs connaissances, 400 questionnaires ont
été distribués et remplis par ce personnel soignant. Les résul-
tats de cette enquête sont résumés comme suit :
la vérification prétransfusionnelle à l’aide de la carte de
contrôle est faite par 90 % des infirmiers du secteur public
et 79 % des infirmiers du secteur privé ;
la double détermination du groupage sanguin est faite dans
90 % des cas. Le même pourcentage est rapporté pour la
vérification du groupe sanguin de la poche et du malade
avant la pose de la transfusion ;
90 % des infirmiers vérifient la date de péremption des
PSL ;
la totalité des infirmiers arrêtent la transfusion sanguine si
un incident apparaît ;
dans 85 % des cas les conditions de transport du culot glo-
bulaire sont respectées contre 70 % des cas pour le trans-
port des unités plaquettaires ;
260 I. Tazi et al. / Transfusion Clinique et Biologique 12 (2005) 257–274
le respect des conditions de décongélation du PFC se fait
seulement dans 33 % des cas.
Cette étude a montré que des lacunes subsistent dans l’acte
transfusionnel chez le personnel infirmier malgré les sémi-
naires de formation sur la pratique transfusionnelle réalisée
par le CRTS de Casablanca.
Les informations données et la formation faite lors de ces
séminaires ont été insuffisantes ou oubliées. Une formation
continue du personnel soignant appelé à effectuer un acte
transfusionnel est indispensable et doit être faite à la lumière
des lacunes ainsi mises en évidences.
Cette formation doit concerner les thèmes suivants :
la vérification prétransfusionnelle et le contrôle ultime au
lit du malade ;
les modalités de prélèvements pour les groupages san-
guins ;
les accidents et les incidents transfusionnels ;
le transport et l’utilisation des PSL ;
la traçabilité.
Ainsi ces démarches vont permettre certainement d’éta-
blir un constat des insuffisances théoriques et pratiques, d’ana-
lyser les causes des dysfonctionnements constatés et de pro-
poser des mesures adaptées pour y remédier.
Un référentiel mis à la disposition du personnel médical et
paramédical faciliterait amplement cette tâche.
3.2. La nature des informations requises par
l’hémovigilance
3.2.1. La traçabilité des PSL
La traçabilité des PSL est une dimension essentielle de
l’hémovigilance et de la sécurité transfusionnelle.
Son objectif est de pouvoir retrouver à partir d’un numéro
de don d’une part le donneur et son historique de dons et
d’autre part le ou les receveurs effectifs des produits issus
d’un don, tout en préservant l’anonymat du donneur et le
secret médical du receveur [4].
Elle nécessite une étroite collaboration entre ETS et ES
afin que les informations relatives à cette traçabilité soient
transmises entre les établissements lors de la commande des
produits, lors de la distribution des produits, et lors du retour
d’information après utilisation des produits [6].
À chaque étape de la préparation du PSL jusqu’à sa desti-
nation finale (transfusé ou détruit), la traçabilité doit être sans
faille, les renseignements rapidement disponibles et lisibles
pendant la durée d’archivage des documents.
La traçabilité est la base des enquêtes. Il est important,
lors d’un incident transfusionnel chez le receveur, de pouvoir
remonter toute la chaîne transfusionnelle afin d’identifier les
niveaux et les causes du dysfonctionnement éventuel et de
prendre les mesures correctives. C’est l’enquête dite ascen-
dante. La même démarche est appliquée lorsqu’une anoma-
lie biologique ou une pathologie clinique est détectée chez
un donneur après son don de sang, l’enquête dite descen-
dante permettant de retrouver le receveur et le prendre en
charge [3,7].
3.2.2. Le suivi des patients transfusés
Il est recommandé au patient transfusé de faire dès le troi-
sième mois après la transfusion un contrôle sérologique
incluant une recherche d’anticorps anti-VIH, anti-VHB, anti-
VHC et un dosage des transaminases hépatiques (ALAT).
L’objectif étant d’identifier une contamination virale par
la transfusion de PSL faite précédemment. Le PSL étant alors
séronégatif mais contenait un virus non identifiable lors des
tests faits au moment du prélèvement.
Toute modification sérologique post-transfusionnelle entre
dans le cadre de la définition de l’incident transfusionnel dit
« retardé » et doit être déclaré aux correspondants d’hémovi-
gilance de l’hôpital où le patient a été transfusé.
Les données d’hémovigilance ne permettent pas actuelle-
ment d’apprécier le risque résiduel réel de contamination
virale. En effet, la déclaration survient tardivement par rap-
port à la transfusion et le suivi des patients transfusés pré-
sente des difficultés qui ne permettent pas actuellement de
recueillir l’exhaustivité des bilans post-transfusionnels [8].
Ceci est en partie illustré par la confrontation des données
d’hémovigilance avec les estimations mathématiques du ris-
que résiduel : le nombre de déclarations de séroconversion
virale imputable à des transfusions récentes est largement en
deçà des estimations théoriques [9].
3.2.3. La déclaration des incidents transfusionnels
L’hémovigilance a souvent été réduite à la déclaration des
incidents transfusionnels. Elle constitue une part importante
de l’activité d’un correspondant d’hémovigilance mais pas
obligatoirement la plus grande en quantité. Les modalités de
signalement, puis de déclaration des incidents, ont fait l’objet
d’une description précise, imposant une collaboration étroite
à la fois dans la gestion des investigations de ces incidents et
dans la transmission de ces informations à un niveau régional
et national [4].
La déclaration des incidents transfusionnels est obliga-
toire et doit se faire en priorité au correspondant d’hémovi-
gilance de l’ES : « tout médecin, chirurgien-dentiste, sage-
femme, infirmière ou infirmier qui a connaissance de
l’administration d’un PSL à un de ses patients et qui constate
un effet inattendu ou indésirable dû, ou susceptible d’être dû
à ce produit, doit le signaler sans délai au correspondant
d’hémovigilance de l’établissement dans lequel a été admi-
nistré le produit ».
Les correspondants d’hémovigilance de l’ES et de l’ETS
sont chargés de l’enquête et doivent remplir et cosigner une
fiche d’incident transfusionnel (FIT), qui a pour objet le cons-
tat de l’incident, le recueil des informations permettant l’ana-
lyse de l’événement et ses éventuelles conséquences.
L’expertise des hémovigilants est décisive dans la déter-
mination de la gravité de l’incident, de l’imputabilité de la
transfusion dans la survenue de cet incident et de la possibi-
lité que d’autres patients soient concernés. Elle permet d’éva-
luer le risque sur le plan individuel et collectif, ainsi que le
niveau d’alerte. Le délai de déclaration de l’incident transfu-
sionnel au correspondant d’hémovigilance doit être le plus
rapide possible [3].
261I. Tazi et al. / Transfusion Clinique et Biologique 12 (2005) 257–274
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