
LE MOCI - N° 1969 - 24 juillet 2014 63
capitaux sont rapatriables librement. Tou-
jours dans le but d’attirer les investisseurs
étrangers, l’île Maurice offre aux ressor-
tissants étrangers un permis de rési-
dence valable dix ans s’ils investissent au
minimum 500 000 dollars américains
dans l’un des secteurs porteurs. Un
étranger qui crée une entreprise dont le
chiffre d’affaires annuel dépasse 15 mil-
lions de roupies mauriciennes, soit envi-
ron 375 000 euros, pendant au moins
trois ans, peut également prétendre à un
permis de résidence de dix ans.
L’île Maurice dispose avec le « Board of
Investment » (BoI) d’une agence dont la
mission est d’encourager les investis-
seurs étrangers « à poser leurs valises » à
l’île Maurice. Le BoI a pris l’habitude
d’énumérer les avantages de Maurice :
stabilité politique, solidité du secteur
financier, état de droit, libéralisation de
l’économie et bilinguisme français-anglais
des Mauriciens. L’agence fait aussi valoir
que Maurice a signé de nombreux traités
de non double imposition et de libre-
échange, notamment en Afrique et en
Asie.
De plus, Maurice est membre de la Com-
munauté de développement d’Afrique
australe (ou SADC pour Southern Afri-
can Development Community), du Mar-
ché commun de l’Afrique orientale et aus-
trale (ou COMESA pour Common
Market for Eastern and Southern Africa),
de la Commission de l’océan Indien
(COI) et de l’Indian Ocean Rim Associa-
tion (IORA). Une présence qui permet
aux opérateurs à Maurice de bénéficier
d’avantages commerciaux vers les autres
États membres, comme des tarifs doua-
niers préférentiels. Comme le martèle le
gouvernement, l’île Maurice veut se posi-
tionner comme une plateforme pour les
investissements et le commerce entre
l’Asie et l’Europe d’un côté et l’Afrique de
l’autre.
Le succès économique de Maurice est
lié largement à sa capacité d’échanger
au grand large, notamment vers l’Europe.
Les flux d’échange le démontrent abon-
damment dans les secteurs clés de l’éco-
nomie : sucre, textile, tourisme ou TIC.
C’est pourquoi « quand l’Europe éternue,
l’île Maurice s’enrhume ». Bien que l’éco-
nomie de l’île ait démontré une certaine
résilience, la croissance du produit inté-
rieur brut (PIB) est retombée à 3,1 % en
2009 suite à la crise financière, après
être montée à 5,7 % en 2007 et 5,5 %
en 2008.
Autre lacune, les infrastructures. Il y a à
peine un mois, le 27 juin, le Premier
ministre et ministre des Finances, Navin
Ramgoolam, a annoncé la mise en place
à venir d’un fond dédié. Le réseau rou-
tier bénéficie déjà de diverses initiatives,
comme l’inauguration de la nouvelle auto-
route de contournement de la capitale
Port Louis. Un projet qui aurait, d’après la
CCIFM, permis de réduire de 30 % à
35 % le trafic à Port Louis.
Reste que les routes secondaires ne sont
pas toujours en bon état, que l’éclairage,
le marquage au sol ou le revêtement sont
insuffisants. Sophie Adam, la directrice
de la CCIFM, estime que les autorités ne
prennent pas assez en compte les autres
moyens de transport comme le vélo. Il
serait ainsi possible de prévoir des pistes
cyclables sur les nouvelles routes. À
noter, toutefois, qu’un projet de métro
aérien entre la capitale et les villes rési-
dentielles est en cours. D’autres projets
sont en chantier ou à l’étude, comme l’ex-
tension du port qui tend à devenir un pôle
régional et la création d’une zone franche
à l’aéroport qui vient d’être agrandi.
Selon Patrice Falzon et Michel Rosen-
berg, le Coût de l’électricité à Maurice
est aussi trop élevé. Sans compter que la
fourniture d’eau n’est pas régulière. Les
coupures à Maurice sont les consé-
quences des épisodes récurrents de fai-
ble pluviométrie. Des projets de réhabi-
litation du réseau vétuste de fourniture
d’eau sont en cours, afin de diminuer les
CHIFFRE-CLÉS
Superficie : 1 865 km2
Population : 1 259 838 habitants en 2013
Croissance économique : 3,2 % en 2013 et 3,5 % en 2014 (estimation)
Produit intérieur brut (PIB) : 8,08 milliards d’euros en 2013 et
8,61 milliards en 2014 (estimation)
PIB par habitant : 7 272 euros en 2013 et 7 725 en 2014 (estimation)
Exportations de biens et services : 4,97 milliards d’euros en 2013 et
5,26 milliards en 2014 (estimation)
Importations de biens et services : 6,09 milliards d’euros en 2013 et
6,4 milliards en 2014 (estimation)
Un projet de métro aérien entre la capitale et
les villes résidentielles est en cours.
fuites. C’est pourquoi des projets de bar-
rage sont en chantier pour récupérer
d’avantage d’eau de pluie.
Malgré sa stabilité, le taux de la Roupie est
au cœur d’un dilemme entre importateurs
et consommateurs d’un côté et exporta-
teurs de l’autre. Ces derniers se disent
pénalisés par un taux qu’il juge trop haut,
alors que la Banque de Maurice prône la
lutte contre l’inflation. Mais selon la
CCIFM, la monnaie est bien gérée par la
banque centrale. L’île Maurice, qui exporte
en euro et importe en dollar, est sensible
aux fluctuations des taux de change. Par
ailleurs, le système éducatif et la formation
professionnelle n’évoluent pas aussi
vite que l’économie. D’où un décalage
constaté aussi bien par la CCIFM que par
les opérateurs économiques.
Autre difficulté : alors que le pays sou-
haite s’appuyer davantage sur des sec-
teurs porteurs comme les TIC, selon
Patrice Falzon et l’association des pro-
fessionnels mauriciens des TIC (OTAM),
la qualité de la bande passante doit être
améliorée et son coût baissé. D’après
Mauritius Telecom, l’opérateur de télé-
communication leader à Maurice, la
connexion s’améliore et son tarif diminue.
Avec la multiplication des pôles informa-
tiques en Afrique comme à Djibouti et à
Mombassa, la distance avec Maurice
baisse, ce qui contribue à réduire le coût.
Par ailleurs, l’île Maurice voit ses réseaux
de fibre optique et 4G progressivement
se développer depuis 2012.
Patrice Donzelot,
à Maurice