Suis-je le mieux placé pour savoir qui je suis ? Sur ce sujet assez

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Suis-je le mieux placé pour savoir qui je suis ?
Sur ce sujet assez banal, on fera un effort pour être original et pour approfondir les références et les
arguments.
Vous pouvez utiliser les textes de Descartes et de Locke qui accompagnent le cours sur la
conscience ainsi que les textes du manuel suivants (j'indique en premier lieu la page dans la
nouvelle édition puis celle de l'ancienne) :
Aristote T2 106/112
Spinoza T6 216/T5 224
Freud T1 397/427
Marx T9 368 : 394
Sartre T7 490 /T8 532
ainsi que le texte suivant d'Auguste Comte :
Par une nécessité invincible, l’esprit humain peut observer directement tous les phénomènes,
excepté les siens propres. Car, par qui serait faite l’observation ? On conçoit, relativement aux
phénomènes moraux, que l’homme puisse observer lui-même sous le rapport des passions qui
l’animent, par cette raison, anatomique, que les organes qui en sont le siège sont distincts de ceux
destinés aux fonctions observatrices. Encore même que chacun ait eu occasion de faire sur lui de
telles remarques, elles ne sauraient évidemment avoir jamais une grande importance scientifique, et
le meilleur moyen de connaître les passions sera-t-il toujours de les observer en dehors ; car tout
état de passion très prononcé, c’est-à-dire précisément celui qui serait le plus essentiel d’examiner,
est nécessairement incompatible avec l’état d’observation. Mais, quant à observer de la même
manière les phénomènes intellectuels pendant qu’ils s’exécutent, il y a impossibilité manifeste.
L’individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l’un raisonnerait, tandis que l’autre
regarderait raisonner. L’organe observé et l’organe observateur étant, dans ce cas, identiques,
comment l’observation pourrait-elle avoir lieu ?
Cette prétendue méthode psychologique est donc radicalement nulle dans son principe. Aussi,
considérons à quels procédés profondément contradictoires elle conduit immédiatement ! D’un côté,
on vous recommande de vous isoler, autant que possible, de toute sensation extérieure, il faut
surtout vous interdire tout travail intellectuel ; car, si vous étiez seulement occupés à faire le calcul
le plus simple, que deviendrait l’observation intérieure ? D’un autre ôté, après avoir, enfin à force
de précautions, atteint cet état parfait de sommeil intellectuel, vous devez vous occuper à
contempler les opérations qui s’exécuteront dans votre esprit lorsqu’il ne s’y passera plus rien ! Nos
descendants verront sans doute de telles prétentions transportées un jour sur la scène.
Cours de philosophie positive, 1ère leçon.
Pour réfléchir à des réponses moins évidentes, vous pouvez réfléchir à la cure psychanalytique , au
texte de Merleau-Ponty ci-dessous, remettre en question l'idée d'une réponse simple à la question
« qui suis-je ? » (Hume, Sartre …) etc. etc.
Maurice Merleau-Ponty.
Nous sommes habitués par la tradition cartésienne à nous déprendre de l’objet : l’attitude réflexive
purifie simultanément la notion commune du corps et celle de l’âme en définissant le corps comme
une somme de parties sans intérieur et l’âme comme un être tout présent à lui-même sans distance.
Ces définitions corrélatives établissent la clarté en nous et hors de nous : transparence d’un objet
sans replis, transparence d’un sujet qui n’est rien que ce qu’il pense être. L’objet est objet de part en
part et la conscience est conscience de part en part. Il y a deux sens et deux sens seulement du mot
exister : on existe comme chose ou on existe comme conscience. L’expérience du corps propre au
contraire nous révèle un mode d’existence ambigu. Si j’essaye de le penser comme un faisceau de
processus en troisième personne –« vision », « motricité », « sexualité » - je m’aperçois que ces
« fonctions » ne peuvent être liées entre elles et au monde extérieur par des rapports de causalité,
elles sont toutes confusément reprises et impliquées dans un drame unique. Le corps n’est donc pas
un objet. Pour la même raison, la conscience que j’en ai n’est pas une pensée, c’est-à-dire que je ne
peux pas le décomposer et le recomposer pour en former une idée claire. Son unité est toujours
implicite et confuse. Il est toujours autre chose que ce qu’il est, toujours sexualité en même temps
que liberté, enraciné dans la nature au moment même où il se transforme par la culture, jamais
fermé sur lui-même et jamais dépassé. Qu’il s’agisse du corps d’autrui ou de mon propre corps, je
n’ai pas d’autre moyen de connaître le corps humain que de le vivre, c’est-à-dire de reprendre à
mon compte le drame qui le traverse et de me confondre avec lui. Je suis donc mon corps, au moins
dans toute la mesure où j’ai un acquis et réciproquement mon corps est comme un sujet naturel,
comme une esquisse provisoire de mon être total. Ainsi l’expérience du corps propre s’oppose au
mouvement réflexif qui dégage l’objet du sujet et le sujet de l’objet, et qui ne nous donne que la
pensée du corps ou le corps en idée et non pas l’expérience du corps ou le corps en réalité.
Phénoménologie de la perception, p. 231.
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