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L’économie marocaine est une économie piégée : elle a été dans le passé marquée par une
croissance faible et par une fracture sociale. Depuis les années 2000 des changements positifs sont
intervenus, Le taux de croissance s’est redressé, mais la question de la fracture sociale reste posée.
Comment réduire la fracture sociale aujourd’hui ? Pour réduire la fracture sociale, il faut édifier
une classe moyenne au Maroc, c’est la seule solution.
Si le Maroc avait une classe moyenne forte et une industrie compétitive, il pourrait développer son
marché intérieur et ainsi compenser la perte des marchés extérieurs touchés par la crise ;
malheureusement notre marché intérieur est faible et les chocs externes de plus en plus violents.
Un autre moyen de réduire la fracture sociale est l’enseignement : l’école peut donner à chacun la
possibilité d’une ascension sociale. Or depuis les années 70 le système éducatif marocain qui était
de très bonne qualité s’est aujourd’hui dégradé ; malheureusement l’élève qui entre dans l’école
publique au lieu d’espérer l’égalité des chances se trouve à la sortie confronté au chômage.
L’enseignement universitaire est devenu médiocre ou inadapté, comme en témoignent les
dernières manifestations des diplômés de l’enseignement supérieur devant le Parlement à Rabat.
Enfin le système fiscal, qui permettrait de réduire la fracture sociale et de soutenir la croissance,
doit être réformé ; aujourd’hui il ne contribue pas à créer des emplois, il ne permet pas
l’émergence d’une classe moyenne et il dissuade la création d’entreprise. L’assiette fiscale est
limitée et le taux d’imposition élevé freine la constitution de cette classe moyenne nécessaire à
notre économie. Au lieu de pratiquer le nivellement, notre système fiscal devrait être plus incitatif
pour favoriser la création de valeur et de richesses. A titre d’exemple, un professeur universitaire
est imposé au taux de 43% ; ce taux est inadapté et injuste car l’économie informelle, échappant à
la fiscalité se développe et représente aujourd’hui plus de 17%. La fraude fiscale est devenue un
sport national !
Le Maroc avait un atout social, les solidarités : solidarité communautaire, solidarité familiale
quasi-mécanique et la solidarité institutionnelle. Aujourd’hui, ces solidarités s’amenuisent. Les
comportements individuels encouragés par le mode de société, délitent progressivement les
solidarités sociale et familiale. Le Maroc n’a pas les moyens de développer la solidarité
institutionnelle comme elle fonctionne en France notamment : indemnités de chômage, assurance
maladie, sécurité sociale. Cette situation rend encore plus vulnérable à la crise internationale la
population marocaine.
Je soulignerais un autre risque pour l’économie marocaine : à cette crise structurelle que nous
venons d’exposer vient s’ajouter une crise conjoncturelle qui frappe l’ensemble des pays du tiers
monde. La libéralisation expose les populations les plus démunies au choc conjoncturel alors
qu’elles auraient dues être préservées par le fonctionnement des solidarités. Reconnaissons que
cette situation difficile est totalement nouvelle dans l’histoire du Maroc.
Cependant, le Maroc a de sérieux atouts pour faire face à cette crise, il a engagé un processus de
construction démocratique, il est à mi chemin ; c’est une période de mutation importante et de
restructurations qu’il faut accompagner. Le Maroc a besoin de parachever cette évolution.
Nous insistons toutefois sur l’indispensable réduction de la fracture sociale ; 47% de la population
marocaine vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est un lourd handicap.