
D’un prof … à l’autre D’un prof … à l’autre D’un prof … à l’autre D’un prof … à l’autre D’un prof … à
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Interculturel : un Grand Saint comblé !
En prolongement de l’article « Lire Tête de Turc de Nicolas Ancion » paru dans le numéro
précédent, le compte rendu de la démarche d’une école vers des enfants réfugiés.
Chaque année à la même époque, à
Louveigné, et ce depuis 60 ans, le Grand Saint-
Nicolas rend visite, avec l’aide du comité de
parents, à tous les enfants de l’école
fondamentale. C’est une tradition villageoise et
celle-ci perdure grâce aux nombreux bénévoles
qui, chaque soir, durant les deux dernières
semaines de novembre, se relaient pour se
présenter dans les 250 foyers des écoliers, mais
aussi dans toutes les maisons qui ouvrent leur
porte au Grand Saint.
Depuis plusieurs années, j’ai la chance
d’endosser mitre, barbe et crosse et d’aller à la
rencontre de nos chères « têtes blondes ». Lire
l’émerveillement, l’émotion ou parfois la
crainte dans leurs yeux est un réel plaisir. Les
entendre chanter ou expliquer timidement leurs
souhaits ludiques est tout aussi amusant, même
si on sent poindre parfois chez de très jeunes
enfants une certaine lassitude face à tous ces
cadeaux ! Seraient-ils déjà blasés par tant de
jeux ? N’auraient-ils déjà plus de joie
spontanée ? Il faut dire que Saint-Nicolas qui
pénètre chez eux peut voir combien ils sont
déjà largement nantis.
Et pourtant, cette année, j’ai vécu une
expérience inoubliable : des yeux pétillants de
bonheur, des rires enfantins, des sourires
sincères, des exclamations de joie et des mots,
beaucoup de mots… que je ne comprenais pas.
Saint-Nicolas a beau être âgé (tiens, au fait,
quel âge a-t-il ?), il ne souffrait pas de
déficience auditive ! Non, ces dizaines de
regards amusés, ces saluts joyeux venaient
d’Afghanistan, d’Irak, de Tchétchénie, de
Bosnie, du Kosovo mais aussi d’Erythrée, du
Congo ou du Rwanda.
Dans le centre de réfugiés de Banneux, plus
d’une quinzaine de nationalités se côtoient. Les
enfants en âge d’être scolarisés le sont dans la
classe-passerelle ouverte au sein de l’école de
Louveigné. Ecoliers à part entière, il nous
semblait logique que Saint-Nicolas leur rende
aussi visite.
Un premier contact avec la direction du
centre a apaisé nos craintes liées à la référence
religieuse. Même si, pour nous, Saint-Nicolas
n’est plus qu’un saint de pacotille, nous ne
voulions pas heurter nos hôtes dans leurs
cultures.
Puis, l’institutrice titulaire de la classe-
passerelle s’est jointe à nous et a préparé en
classe notre visite. Joignant l’utile à l’agréable,
elle raconta l’histoire, chanta les chansons et fit
même écrire des ébauches de poèmes…
Prestations remarquables pour des enfants
présents sur notre sol depuis seulement
quelques mois, semaines voire jours pour les
derniers arrivés !
C’est ainsi que le Grand Saint fut accueilli
par de grands cris de joie. L’effervescence était
à son comble dans le hall du bâtiment
principal. Les enfants, les adolescents mais
aussi les parents étaient heureux de nous
accueillir. Des sourires, vrais et sincères, des
remerciements pour les bonbons, pour notre
passage, pour cette petite éclaircie dans leur
grisaille administrative.
Et cette maman qui me tend ce poupon, à la
peau sombre et aux yeux bridés. « Tiens,
prends-le… pour la chance ! » me dit-elle en
souriant en en lançant un furtif regard vers le
ciel.
En un éclair, je vois au fond de ses yeux que
sa vie n’a pas été aussi tranquille que la
mienne. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Qu’a-t-
elle vécu ? Je n’en saurai jamais rien, mais je
tiens dans mes bras, sous ma fausse barbe, la
chair de sa chair…. A cet instant, je réalise que
le Saint-Nicolas que je suis aujourd’hui est
plus qu’une potiche commerciale ou un
argument de chantage parental… : je suis un
peu de bonheur, d’espoir au milieu de vies
détruites.
La visite de Saint-Nicolas fut une réussite,
pour eux et… pour lui !
Christophe G
UISSART
– maitre de stage