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Entreprises, relevez le défi de la biodiversité
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vue par les actionnaires comme contraire à leurs intérêts… Soyons
sérieux ! Seule la règle de droit peut faire respecter l’intérêt géné-
ral si on l’estime mis en cause par le comportement des fi rmes, de
leurs actionnaires et de leurs mandataires ! »
Quand la rémunération du capital fi nancier prime sur la conser-
vation du capital naturel, les organisations ne sont pas (économi-
quement) encouragées à choisir les options les plus écologiques.
Prenons un exemple : une enseigne alimentaire non- conformiste38
dont les dirigeants, persuadés du bien-fondé de l’agriculture
biologique pour la santé des écosystèmes comme celle des consom-
mateurs, déciderait de s’approvisionner uniquement en produits
biologiques, dans un rayon restreint (circuits courts) et de recourir
à des labels de type AOC, commerce équitable, etc. D’une part, elle
ne trouverait pas d’offre de proximité, la part des exploitations en
agriculture biologique représentant moins de 3,5 % du territoire et
les denrées disponibles à prix modérés sont celles produites par
l’agriculture intensive qui est encouragée. D’autre part, face à la
nécessité d’obtenir une rentabilité en adéquation avec les prévi-
sions, en gestionnaire avisé, l’entreprise répercutera ses coûts sur
le prix des produits ou se tournera naturellement vers des fournis-
seurs étrangers, établis dans des pays à main-d’œuvre bon marché
et où les contrôles sur les processus de certifi cation sont plus aléa-
toires… Il est plus simple de chercher des solutions en dépla-
çant les problèmes, en délocalisant les impacts. Cette caricature,
volontairement exagérée, illustre la double diffi culté à laquelle se
heurtent les opérateurs dans leur quête de minimisation des coûts,
incontournable pour qu’ils ne perdent pas de parts de marché. Prises
entre le désir de changer et les inconvénients à le faire, beaucoup
d’entreprise en restent au statu quo.
Du côté des grands groupes, seuls des ajustements à la marge
peuvent naître : démarche de responsabilité sociale et environne-
mentale, la signature de chartes, Agenda 21, partenariats conclus
avec des ONG ou des associations de protection de la nature,
créations de fondations pour le mécénat d’entreprise. Cela sans
vraiment remettre en cause le
business model
, car ce serait tout
simplement risqué et coûteux.
38 Selon J.-J. Pluchard, une entreprise non-conformiste s’efforce de s’affranchir, par sa stratégie
et/ou par ses comportements, de la domination de groupes infl uents de fournisseurs, clients, concur-
rents, partenaires, autorités de tutelle sous couvert de règles du jeu présentées comme légitimes, de
théories académiques, dites standard, ou de pratiques considérées comme effi cientes.