
Marketing à la Une n° 16 - Juillet 2005 - page 10
L’innovation, nouveau casse- tête
des grandes marques.
L’arrêt de la croissance contraint les marques de grande
consommation à repenser du tout au tout leur marketing.
Pour elles, innover est la seule manière de sortir de la crise
par le haut, mais selon un tout nouveau modèle. «Dans cinq
ans, la moitié du chiffre d’affaires des produits de grande
consommation se fera avec des produits qui n’existent pas
encore», dit l’observateur mondial des innovations, Xavier
Terlet (XTC Consultant)
Seulement, dans un marché en recul, il n’est plus question
de multiplier les fausses innovations pour encombrer le
linéaire et bloquer ses concurrents.
Les grands succès sont là où l’ensemble du « business
Model » a été repensé. Face à une consommation de café
en déclin, les torréfacteurs ont développé leur propre point
de vente, comme les bars Nescafé, Malongo, Lavazza,
Segafredo ou les boutiques Nespresso. Ils ont noué des
alliances avec des professionnels de l’électroménager,
comme Nestlé et Krups, et vendent aujourd’hui avec succès
leurs dosettes au prix fort.
En changeant à la fois le produit, mais aussi le mode de
consommation, le mode de distribution, et la relation avec
les clients, ce type d’innovation repose sur un modèle en
rupture avec les méthodes traditionnelles de la grande
consommation.
Mais encore faut-il savoir ce que l’on perd en raison du
dilemme consubstantiel à l’innovation. En effet innover, c’est
imposer des rendements décroissants, et des durées de vie
des produits de plus en plus courtes.Aujourd’hui, l’innovation
est devenue un sacré casse-tête pour les entreprises, d’un
côté, il faut lancer des produits qui soient très rapidement
adoptés par les clients, au risque d’être réréférencés par les
distributeurs au bout de six mois. De l’autre, ils doivent être
suffisamment novateurs pour créer un avantage durable,
qui ne retombe pas comme un soufflé.
Cet engrenage infernal n’est pas prêt de s’arrêter tant qu’une
réflexion à long terme ne sera pas entreprise. En effet tant
que les innovations seront lancées comme des « coups »
par des chefs de produits qui restent moins de deux ans en
poste et que la distribution empochera des marges arrières
sur le référencement des nouveaux produits la « machine
à innovations » n’est pas prête de s’arrêter !
La Tribune 10 juin 2005
LA MARQUE
Innover n’est pas toujours
rentable... et peut même faire
perdre de l’argent
C’est ce qui ressort d’une étude menée par le cabinet de
conseil CAA, auprès des directions générales et de R &
D de 32 groupes. D’après les calculs de ces entreprises,
la marge obtenue sur un produit nouveau varie dans une
fourchette moyenne de - 10 % à + 10 % par rapport à la
marge réalisée sur le produit remplacé. En fait, dans la
plupart des entreprises, l’organisation de l’innovation rend
difficile, voire impossible, la mesure de la création - ou la
destruction - de valeur qu’elle génère.
Le mode d’organisation le plus répandu, dit modèle « tech-
nologique », donne l’initiative aux chercheurs qui soumettent
successivement leur projet aux industriels puis au marke-
ting. Dans ce processus, l’analyse de la valeur d’usage du
produit et la fixation de son prix n’interviennent qu’en fin de
parcours. La « marge produit » dégagée dans ce contexte
varie de - 15 % à + 5 %.
Dans le deuxième modèle, dit « marketing », les projets
ne sont lancés que s’ils correspondent à une demande du
marché. Le marketing pioche dans les idées présentées
par les chercheurs ou leur «commande» des innovations.
L’amélioration de la marge figure parmi les objectifs, ce qui
contraint les porteurs du projet à maîtriser les coûts. Pour-
tant, l’étude de CAA indique que la « marge produit » varie,
suivant ce modèle, de - 5 % à + 15 %. L’effet économique
négatif provient généralement d’erreurs d’analyse marke-
ting... pas si rares ! Surtout, ce modèle, très présent dans
la grande consommation, finit par encombrer les gondoles
de « fausses innovations » rejetées comme telles par le
consommateur.
Dans le troisième modèle, dit « foisonnant », l’innovation
devient affaire d’opportunité. Les projets sont lancés pour
résoudre le problème de tel ou tel acteur de l’entreprise.
La marge obtenue varie de - 10 % à + 10 %, en l’absence,
bien souvent, de tout calcul économique ou de « pricing ».
Typiquement, un grand opérateur des transports lance un
site de réservation hautement performant, qui permet au
client d’obtenir « le meilleur prix ». Résultat : une baisse
de 30 % du chiffre d’affaires commercial, le prix étant fixé
par le client !
Enfin, le « modèle intégré » associe, dès le départ, toutes
les fonctions de l’entreprise. Seuls sont lancés les projets qui
obtiennent l’aval de tous, invités dès lors à travailler ensem-
ble. Dans ces conditions, le calcul économique est présent
tout au long du processus, et les marges obtenues, de + 5
% à + 20 %, sont satisfaisantes. Pourtant, seulement deux
entreprises de l’échantillon observé par CAA l’ont adopté ! Il
est vrai que ce modèle présente aussi des inconvénients : il
est délicat pour une direction générale de gérer et d’arbitrer
entre la multiplicité des projets dont la capacité à s’auto-
légitimer est renforcée par la coalition des fonctions.
Le Monde, mardi 26 avril 2005, p. 8
MODULE STRATEGIE PRODUIT ET COMMUNICATION
Département Marketing Vente ESC LILLE
Préparé par Mylène Cabarbaye