
la mer entre les deux dernières glaciations, et qui est encore très modestement
occupé par ce qui reste du Zwin, la plus méridionale des avancées marines au
Moyen Âge. Cela annonce les pays bas au sens strict, où la mer pénètre vers
l’intérieur et où convergent Escaut, Meuse et Rhin. Au nord des dernières
modestes hauteurs du pays de Waes se trouve l’estuaire de l’Escaut ; mais il
appartient, depuis 1648, aux Pays-Bas. Désormais, dans le sous-sol, les couches
plongent profondément : c’est la fin du palier topographique et tectonique qui
constitue la Belgique.
La circulation, moteur principal
La circulation a presque toujours été, et elle demeure, le moteur de
l’activité, jouant sur la position du pays au sud du delta et au sud-est de la mer du
Nord. Pour les Wallons, c’est la Meuse qui joue ce rôle ; grand axe d’une
civilisation brillante dès le haut Moyen Âge, plus tard elle fut, en partie, l’origine de
l’évêché de Liège, puis de la région industrielle wallonne. Au cours des dernières
décennies, les ambitions liégeoises ont été déçues ; on a enlevé à l’actuelle
Belgique une large partie de la Meuse : les frontières de ses voisins s’avancent en
« doigt de gant » jusqu’à Maastricht et Givet ; de plus, comme la Meuse, en aval,
mène aux Pays-Bas, il a fallu « détourner » le trafic par le canal Albert, et en
amont la France n’a pas fait de la Meuse une grande voie navigable. Du côté
flamand, le moteur est l’arrivée de la route de la Börde, sur le sud-est de la mer du
Nord : la route des hanséates, venant de Lübeck, sur la Baltique, rejoignait la
route de la Börde à Hanovre ; un peu avant son arrivée à la mer, elle passait très
légèrement au nord de la Börde pour atteindre le Zwin. Ce fut l’origine de la
grandeur de Bruges : située au carrefour des voies entre Baltique et Méditerranée,
bien placée également pour le passage vers l’Angleterre grâce au resserrement
du pas de Calais, Bruges fut, du XIe au XVe siècle, la plus grande place portuaire
d’Europe ; tandis que Gand devenait la plus grande cité industrielle, grâce,
notamment, à la laine. Au XVIe siècle, Anvers supplante Bruges, toujours grâce à
la mer et à la route. Les raisons de ce changement sont à rechercher moins dans
le comblement du Zwin que dans des causes politiques. En revanche, quand au
XVIIe siècle Amsterdam supplante à son tour Anvers, pour entrer dans son Siècle
d’or, c’est un profond bouleversement : le grand port n’est plus sur le palier, mais
dans les pays bas au sens strict. Ici encore, histoire et géographie sont
inséparables ; s’il faut sans doute y voir une conséquence de l’indépendance des