
En fait, tout repart comme avant. Et si l’explication de Mme Senequier n’est pas totalement
satisfaisante, elle a au moins le mérite d’appuyer là où ça fait mal : « La spéculation est un
instinct primitif de l’homme » ; cela me fait irrésistiblement penser à cette phrase de Jean
Jaurès, si juste et actuelle : « L’humanité n’existe pas encore, ou elle existe à peine. »
Vous vous glorifiez d’avoir évité le pire. C’est bien présomptueux ! Car outre la dégradation
sans précédent du marché du travail, les banquiers ont déjà repris leurs mauvaises habitudes
en matière de spéculation et de rémunérations, et la pompe du crédit n’est pas vraiment
réamorcée.
Que restera-t-il de votre politique quand vos plans de relance conjoncturels cesseront, à court
terme, de produire leurs effets ? Nous nous retrouverons devant des déficits publics abyssaux,
et les marges de manœuvre de l’État comme des collectivités locales seront réduites à la
portion congrue. Nous serons, en d’autres termes, placés devant les conséquences
désastreuses de votre politique, qui n’aura su faire qu’une chose : s’attaquer toujours
davantage aux dépenses sociales utiles à nos concitoyens pour mieux remplir le tonneau des
Danaïdes des exonérations et cadeaux fiscaux en tout genre.
Vous n’avez eu de cesse, tout au long de cette année, de nous expliquer que le cœur de votre
action – le fameux plan de sauvetage des banques de 360 milliards d’euros – allait permettre
de relancer l’économie. Mais les quelque 28 milliards d’euros que l’État a mis à disposition
sous forme de prêts, sans compter les milliards accordés sous forme de fonds propres
remboursables, n’ont en rien été des instruments efficaces de relance. Les salariés et
dirigeants des dizaines de milliers de PME qui ont fait faillite ou sont aujourd’hui menacées
peuvent en témoigner. L’augmentation du chômage et de la pauvreté témoignent de votre
échec.
Les aides que vous avez accordées sans contrepartie aux banques n’ont en rien permis
d’ouvrir le robinet du crédit. Les établissements bancaires ont utilisé cet argent non pas aux
fins d’apporter leur soutien aux investissements, mais pour reconstituer leurs fonds propres.
De fait, nous le savons, l’engagement pris par les banques d’augmenter leurs encours de crédit
de 3 % à 4 % ne sera pas tenu.
Les banques déclarent ne pas pouvoir tenir cet engagement faute de demandes de la part des
entreprises, du fait du ralentissement de l’activité. Cet argument est un peu trop facile pour
être totalement crédible. Et si vous avez des doutes – et, monsieur le ministre, je tiens à ce que
cela soit rapporté –, laissez-moi vous aider à les lever.
Les banques n’accomplissent pas aujourd’hui leur mission de soutien et de développement de
l’économie, et certaines moins encore que d’autres. Je n’hésite pas à dénoncer – même s’il
pourrait y en avoir d’autres – la Société générale, qui donne le sentiment que prêter à quelques
PME représenterait plus de risques que ne lui en ont fait prendre ses traders et l’achat d’actifs
pourris aux États-Unis et ailleurs.
Je veux citer trois exemples précis dans ma circonscription et, à moins qu’il n’y règne un
microclimat particulier – et vous verrez tout à l’heure que ce n’est pas le cas –, vous pouvez
les généraliser et les multiplier.
Soyons précis et concrets. En premier lieu, je citerai le cas d’une société de Vierzon, qui
fabrique des presses hydrauliques et qui, à quelques jours près, a évité le dépôt de bilan. Son
client, une société suisse, était financé par la Société générale pour l’acquisition d’une
machine-outil unique en Europe. Au nom d’une conjoncture économique difficile, de la baisse
du chiffre d’affaires de la société en question, la banque s’est retirée – mettant en péril en
cascade l’entreprise cliente, le fabricant et les fournisseurs de ce dernier.