4) Le cas du Japon
Table des matières
4.1) Bref aperçu historique (depuis la première guerre mondiale)
4.1.1) La montée du militarisme (1912-1945)
4.1.2) Le Japon depuis 1945
4.2) La politique industrielle japonaise après la seconde guerre mondiale
4.2.1) Introduction
4.2.2) La période de croissance rapide
a) Sources du pouvoir bureaucratique
b) Le modèle
Après la crise du pétrole
4.2.4) Conclusions
4.3) Exemples d’application
4.3.1) Le ciblage de l’acier (de 1960 jusqu’au début des années 1970)
4.3.2) Le ciblage des semis-conducteurs (de 1970 à aujourd’hui)
4.4) Le Japon, perspectives d’avenir
4.4.1) Introduction : un phénix fragilisé
4.4.2) Tendances de politique commerciale
4.4.3) De nouveaux accords régionaux
4.4.4) Le Japon et l’APEC
4.4.5) Conclusion : un pays à la croisée des chemins
4.1) Bref aperçu historique (depuis la première guerre mondiale)
4.1.1) La montée du militarisme (1912-1945)
La Première Guerre mondiale permet au Japon de poursuivre son expansion: il s'empare des
possessions allemandes en Chine et dans le Pacifique, et obtient des concessions ferroviaires
et minières en Mandchourie. Dès lors, deux logiques politiques vont s'opposer: celle des partis
et celle de l'armée. L'empereur Hirohito, depuis son avènement en 1926, navigue entre ces
deux pouvoirs. La crise frappe alors le Japon en 1931. Le chômage touche 20 % de la
population active. En entrant en Mandchourie en septembre 1931, l'armée, qui compte
beaucoup d'officiers roturiers et ne bénéficie pas d'un prestige particulier, prend sa revanche.
L'empereur nomme alors le prince Kanin chef d'état-major.
Avec l'assassinat du directeur général de Mitsui et du Premier ministre, en 1932, par les ultra
nationalistes, la voie militaire a définitivement pris le dessus. La création de l'État du
Mandchoukouo a lieu en 1932, et Puyi, ex-empereur de Chine, est placé à sa tête par les
Japonais en 1934. Le Japon quitte la SDN (Société des Nations) en mars 1933, puis dénonce
les accords de Washington, qui limitaient sa puissance navale. La guerre avec la Chine a lieu
en 1937. Mais lorsqu'en 1936 les ultra nationalistes encerclent le Parlement et assassinent le
ministre des Finances et le principal conseiller de l'empereur, ce dernier fait proclamer la loi
martiale. Le prince Konoe (un Fujiwara) est alors nommé Premier ministre, et le shintoïsme
devient la base du nationalisme. La concentration de l'appareil financier permet le
développement d'un complexe militaro-industriel. L'armement devient le moteur d'un
développement où la part de l'industrie lourde dans la valeur ajoutée industrielle double en dix
ans.
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Après la défaite de la France en août 1940, les troupes japonaises entrent en Indochine, mais
Washington tente de mettre un frein à cette expansion en imposant un embargo économique.
Cependant, après l'attaque surprise de Pearl Harbor en décembre 1941, le Japon, qui a adhéré
en septembre 1940 au Pacte tripartite avec l'Allemagne et l'Italie, s'empare des colonies de
l'Asie du sud-est. Toutefois, les Japonais, après plusieurs défaites aéronavales, perdront le
contrôle du Pacifique dès 1944. En août 1945, le Japon, après le largage de deux bombes
atomiques, sur Hiroshima et Nagasaki, capitule. (ref yahoo encyclopédie)
4.1.2) Le Japon depuis 1945
Le Japon sort de la guerre profondément traumatisé: vaincu pour la première fois de son
histoire, il se retrouve aux mains des Occidentaux, qui défèrent à la justice ses anciens
dirigeants. De surcroît, il doit réinsérer plus de 6 millions de Japonais d'outre-mer et
5 millions de soldats, alors que son PNB ne représente plus que les deux tiers de celui du
milieu des années 1930 et que sa capacité industrielle ne dépasse pas 60 % de ce qu'elle
représentait avant guerre. Le général MacArthur, commandant des forces d'occupation, veut
briser les structures qui ont sous-tendu le militarisme: l'empereur doit renier son ascendance
divine, la noblesse perd ses prérogatives, le shintoïsme n'est plus religion d'État et les
zaibatsu, ou conglomérats, doivent être démantelés. Une réforme agraire introduit la petite
propriété rurale. Le système éducatif reproduit le système américain. La Constitution de 1946
installe une démocratie parlementaire reposant sur le bicaméralisme.
Avec la guerre froide, les exigences américaines tombent, et dix-huit zaibatsu seulement sont
démantelés. La classe politique se reconstitue, avec deux courants, «progressiste» et
«modéré». En 1948, le modéré Yoshida devient Premier ministre, et, sous diverses
appellations, ce second courant conservera le pouvoir jusqu'à nos jours. Le plan Dodge
permet de stabiliser les prix au détriment de l'emploi. La guerre de Corée remet en marche la
machine économique, et, après la signature du pacte de sécurité nippo-américain, le Japon se
retrouve libre en 1952.
En parallèle, les zaibatsu se reconstituent, et la vie politique se stabilise. Les liens financiers
entre partis et entreprises deviennent caractéristiques du système socio-politique. En 1955,
grâce à l'intervention du puissant ministère de l'Économie (MITI), le Japon rattrapa son
niveau de production du milieu des années 1930.
En 1964, le Japon adhère au FMI, et les jeux Olympiques se déroulent à Tokyo. Huit ans plus
tard, il récupère Okinawa. En 1970, le PNB japonais arrive au troisième rang mondial, et
depuis 1955 le PNB par habitant a été multiplié par quatre. La stabilité politique, l'épargne et
la spécialisation des choix industriels sont à la base de la croissance. Les excédents
commerciaux se développent à partir de 1975, et le Japon peut multiplier les investissements à
l'étranger. À la mort de l'empereur Hirohito, en 1989, le Japon est devenu la deuxième
puissance économique mondiale, mais le parti libéral-démocrate, au pouvoir depuis quarante
ans, témoigne d'un certain essoufflement : mis en minorité aux élections de juillet 1993, il
cède le pouvoir à une coalition de sept partis conservateurs et socialistes. Le nouveau Premier
ministre, Morihiro Hosokawa, est vite remplacé par Tsutomu Hata, qui forme le
28 avril 1994, un gouvernement minoritaire dont les socialistes sont exclus. Cependant, le
29 juin, il doit lui-même s'effacer devant le socialiste Tomiichi Murayama, également à la tête
d'une coalition. Nommé Premier ministre en 1996, le libéral-démocrate Ryutaro Hashimoto
propose, en avril 1998, un plan de relance de l'économie japonaise, essentiellement basé sur
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une politique de relance des grands travaux et de réductions d'impôts. Cependant, l'incapacité
de son gouvernement à résoudre la grave crise économique que traverse le pays, se voit
rapidement sanctionnée par la défaite de son parti aux élections sénatoriales organisées le 12
juillet. Le 30, la chambre basse de la Diète charge l'ancien ministre des Affaires étrangères,
Kenzo Obuchi, de prendre la direction du gouvernement. Ce dernier procède à un
remaniement du gouvernement pour concrétiser la nouvelle alliance conclue entre sa
formation, le Parti libéral démocrate (PLD), le Parti libéral (PL) et le Nouveau Komeito,
émanation politique de la secte bouddhiste Soka Gakkaï. La nouvelle coalition de centre-droit
dispose de plus des deux tiers des votes à la Chambre des représentants et contrôle la majorité
au sénat. Sur le plan économique, la fin de l'année est marquée par la mise en œuvre d'une
restructuration du secteur financier, principalement illustrée par la fusion de trois des
principales banques nationales, constituant dès lors le premier établissement bancaire au
monde. Le 5 avril 2000, Mori Yoshiro est appelé à la direction du gouvernement en
remplacement de Keizo Obuchi, malade et qui décède peu de temps après. Actuellement, le
premier ministre japonais Junichiro Koizumi.
4.2) La politique industrielle japonaise après la seconde guerre
mondiale
4.2.1) Introduction
Avant tout, pour comprendre la politique industrielle au Japon, plusieurs faits essentiels
doivent être soulignés.
Premièrement, le Japon avait une grande envie de rebondir après l'humiliation subie
lors de la seconde guerre mondiale. Ce pays souhaitait, de ce fait, atteindre le plus rapidement
possible une croissance économique, seul moyen aux yeux des japonais de récupérer une
certaine fierté nationale. Il s'agissait carrément d'un véritable consensus national qui allait lui-
même mener à une politique favorisant explicitement la croissance au triment de l'équité.
Ceci assura la domination ininterrompue du Parti Libéral Démocrate pendant les 30 années
qui suivirent.
Toutefois, le pouvoir politique de ce parti commença à s'éroder lorsque la période de
rapide croissance prit fin en 1973. Il faut néanmoins remarquer qu'une certaine performance
économique a été atteinte à travers notamment la croissance des industries de haute
technologie qui permettent au Japon de maintenir une certaine stabilité.
Deuxièmement, le Japon bénéficiait d'opportunités. En effet, ce pays, qui était suiveur,
empruntait facilement les technologies à l'Ouest et pouvait discerner, en observant les
industries occidentales, celles qui sortiraient vainqueurs dans le futur. Le Japon bénéficia
également du Pax Americana (système de protection commerciale et des infrastructures de
transport assurées par l’armée américaine qui se comporta comme une force d’occupation
après la guerre et en alliée par la suite quand le Japon s’est aligné sur les USA).
Troisièmement, les institutions japonaises ont joué un rôle crucial dans la
détermination des politiques à adopter.
Quatrièmement, les caractéristiques sociales et sociopsychologiques du Japon diffèrent
de celles occidentales. Mais il s'est avéré que les économistes, par facilité, n'ont pas tenu
compte de cela.
Finalement, le Japon a bien vécu, notamment grâce au fait que son offre de travail était
suffisante et a ainsi pu s'assurer que les salaires réels n'augmentent pas davantage que la
productivité. Il faut aussi souligner que les prix du pétrole étaient assez bas et que les guerres
du Vietnam et de Corée favorisèrent l'expansion de l'économie japonaise. Mais pas mal de ces
paramètres se sont modifiés au fil des ans et la politique industrielle japonaise en fut affectée.
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4.2.2) La période de croissance rapide
Le but principal des politiques de croissance était de fournir autant de capital que possible au
coût le plus faible aux firmes adoptant la nouvelle technologie et augmentant leurs capacités
de production. Pour y parvenir, ces politiques protégeaient ces firmes de la compétition avec
des produits importés jusqu'à ce que ces entreprises deviennent compétitives sur le plan
international. Derrière tout cela se cachait la volonté de faire du Japon un pays capable
d'exporter davantage, de générer une croissance rapide et d'augmenter le standard de vie de
ses citoyens.
Dans cette optique, le Ministère du Commerce International et de l'Industrie (MITI) et le
Ministère des Finances jouèrent un rôle important dans la mise en place de cette économie de
"supply-side". On promouvait donc une course à l'investissement afin de parvenir à des
technologies de production de masse plus efficaces et de réduire les coûts unitaires parmi les
firmes destinées à l'exportation.
a) Sources du pouvoir bureaucratique
La politique industrielle japonaise fut essentiellement menée par des bureaucrates qui
occupèrent une place importante dans le gouvernement. Une des politiques les plus
importantes fut menée par le Ministère des finances. Elle consistait en l'octroi de prêt en
capital du Ministère aux banques, qui à leur tour prêtaient aux firmes les plus innovantes. Le
Ministère contrôlait de la sorte toute la structure des taux et autorisait des taux de prêt très
avantageux pour les grandes firmes. La demande excédentaire de prêts, engendrée suite au
taux inférieur à celui du marché, permit au Ministère des Finances de s'engager dans un
rationnement de crédit, en ordonnant aux banques de ne permettre des prêts qu'à certaines
firmes. Il va sans dire qu'une telle politique était envisageable étant donné l'isolation du
marché japonais par rapport au marché monétaire international. Naturellement, une telle
politique, l'on n'octroie des prêts qu'à certaines firmes, va déboucher sur la domination
dans chaque secteur de l'économie d'un petit groupe de grandes firmes.
Le Ministère du Commerce International et de l'Industrie joua aussi un rôle dans cette
politique. Ce Ministère avait en effet le pouvoir de restreindre les importations de biens qui
pourraient concurrencer les biens produits par les firmes japonaises. Ce même Ministère avait
également le pouvoir de gérer les importations vitales. C'est-à-dire que tout contrat portant sur
l'acquisition de savoir-faire étranger nécessitait l'accord du Ministère. Celui-ci était donc
capable d'influencer le timing, la composition et l'allocation de flux qui étaient nécessaires
aux firmes japonaises engagées dans la course à l'investissement.
b) Le modèle
La politique industrielle japonaise durant cette période consistait donc bien en un
protectionnisme marqué et en un oligopole des industries. En dépit de cette nature
anticompétitive, les firmes étaient encouragées à s'étendre et le marché protégé se transforma
en un marcavec un plafond pour les exportations afin d'éviter une expansion trop violente
des exportations.
Le protectionnisme mené par le Japon durant les années 50 et début 60 se caractérisait par des
tarifs élevés et des quotas aux importations. Edward Lincoln résuma d'ailleurs
parfaitement la situation en disant ceci :" La politique commerciale, qui prenait la forme de
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barrières à l'importation sur les biens et le capital, fut l'élément majeur de la stratégie de
développement japonais durant la période qui suivit directement la 2ème guerre mondiale."
L'idée de promouvoir les exportations fut en fait une très bonne initiative. Elle permit en effet
de lutter contre la perte de vitalité compétitive des firmes, qui résultait du protectionnisme et
des cartels qui avaient vu le jour. Le Japon vivait donc entre compétition et collusion et ce
pays faisait face à ce qu'on nomme une courbe des coûts moyens à long terme décroissants -
c'est-à-dire que si on augmente les outputs, les coûts par unité décroissent et la production
devient plus efficace. De ce fait, chaque firme avait donc l'opportunité de mettre des
concurrents hors circuit en investissant et en produisant plus que les autres dans le secteur
concerné. Mais cette situation était instable et risquée. Elle pouvait être évitée à condition
qu'une force extérieure au marché intervienne. Et le Ministère du Commerce International et
de l'Industrie prit cela en charge en coordonnant la course à l'investissement afin que chaque
firme produise en proportion de la part de marché et qu'on évite ainsi des investissements trop
importants qui déstabiliseraient le marché. En effet, cette politique pouvait engendrer des
surinvestissements. De plus, en cas de baisse de la demande, les firmes auraient pu pratiquer
une guerre des prix, ce qui aurait limité leur rentabilité. Pour cela, le MITI encourageait la
formation de cartels des firmes engagées dans la course à l’investissement. En fait, les cartels
se formaient surtout lorsque les entreprises adoptaient des nouvelles technologies ou lorsque
la conjoncture économique nationale ou internationale déclinait. Cette politique courrait le
risque d’un cercle vicieux : au plus des cartels se formaient, au plus le MITI devait intervenir
pour limiter la collusion.
La clé du succès de cette politique se trouvait dans l’accroissement des exportations. Les
industries étaient mises sous pression d’augmenter la production afin de diminuer leurs coûts
et d’augmenter les profits (car les produits étaient vendus à un prix élevé sur le marché
domestique). Dons, même si les unités vendues sur le marché international n’étaient pas
profitables, le marché domestique permettait de compenser ces pertes.
On peut évidemment citer plusieurs exemples de secteurs qui connurent une rapide expansion
de leurs exportations tels que l'industrie chimique, de l'acier, l'automobile, les appareils
électriques notamment. Mais le cas le cas d’étude le plus intéressant pour montrer les effets de
la politique japonaise est le secteur des téléviseurs. Pour davantage d’informations, voyez K.
Yamamura, Caveat Emptor : The Industrial Policy of Japan, pages 178 à 185.
Après la crise du pétrole
A la fin des années 60, les hommes d'affaires se rendirent compte que tous ces
investissements pouvaient mener à un excès de capacité plutôt qu'à une efficacité croissante.
Et la récession commença d'ailleurs à frapper un grand nombre d'entreprises ; c'était le signe
de la fin de la période de rapide croissance. Et en 1973, la crise pétrolière fit comprendre
définitivement aux japonais la nouvelle dure réalité des choses. Pendant plusieurs années, le
pessimisme était de mise : le taux d'utilisation des capacités industrielle tombait en flèche.
Mais à la surprise générale et même des japonais, l'économie rebondit dès 1978 grâce à la
plus faible pendance du Japon vis-à-vis des produits troliers. Toutefois, rebondir est un
bien grand mot et il est plus logique de dire que l'économie japonaise a retrouvé à cette
époque une croissance de faible niveau, qu'elle suit toujours aujourd’hui. L’économie était
fragile et a toujours dépendu de l’extérieur pour l’accès aux matières premières et aux
ressources naturelles. Les autorités craignaient que les investisseurs étrangers retirent leurs
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