
La déflation est l’un de ces sujets actuels à propos desquels on oublie souvent que !’Histoire
peut offrir des pistes prometteuses.
Ainsi en va-t-il du protectionnisme et du libre-échange : la France est considérée comme un pays
protectionniste, qualifié de « colbertiste », quand l’Allemagne a la réputation d’être libre-
échangiste. Cependant, on oublie que le premier traité de libéralisation des échanges a été signé
entre la France et le Royaume-Uni avant la Révolution Française, et que dès 1860 fut conclu le
grand traité de commerce franco-anglais Cobden-Chevallier, au moment même où la Prusse de
Bismarck organisait le Zollverein (union douanière). Et Frédéric Bastiat était Français alors que
Friedrich, lui, était allemand. Ce rappel peut à tort sembler éloigné des questions monétaires, qui
présentent pourtant des traits similaires : la France est censée être le pays du laxisme monétaire
et des partisans de la dévaluation, tandis que l’Allemagne serait le pays de la stabilité
monétaire. Ceci est à la fois vrai et faux.
Il est tout à fait exact que l’Allemagne a fait deux fois au XXème siècle l’expérience de la
disparition de sa monnaie : dans les années 20 et dans la période 45-48. Il est vrai que
l’Allemagne s’est construite par trois fois de manière positive autour de sa monnaie, en 1870 avec
la trizone, puis avec la réunification monétaire de 1990. Ce qu’on oublie de dire, c’est qu’en
matière de disparition et d’effondrement de la monnaie, la France avait traversé ce type
d’épreuve bien avant l’Allemagne. C’est en effet dès le !Sème siècle avec la banqueroute de Law,
puis les assignats, que la France a fait cette expérience et les périodes de stabilité monétaire sont
beaucoup plus longues que les périodes où la monnaie a été dévaluée. C’est d’ailleurs
l’attachement extrême des Français à la stabilité de la monnaie qui peut expliquer leur goût fort
peu libéral pour les exécutifs forts. L’histoire peut donc nous éclairer un certain nombre de
points impoJttants, où la monnaie n’apparaît qu’un élément de configurations complexes qui
renvoient aux institutions et à la politique. Le rapport des Français à la monnaie est donc
beaucoup plus ambivalent qu’on ne le présente habituellement. La dernière conférence-débat
a ainsi traité de la période marquée par la restauration du franc, ce nouveau franc dont Pinay ne
voulait pas et qui lui a été imposé, de la même façon que Poincaré ne voulait pas de la
stabilisation de 1928..
Parmi ces grands événements figure la période du « Bloc-or », qui n’est pas sans rappeler le
franc fort, et qui est import ante. Car l’exception économique de la France n’est pas à chercher
dans le soi-disant tropisme pour le protectionnisme, le colbertisme, l’étatisme. Elle réside dans les