1
La révolution technologique au Luxembourg
Une première au Luxembourg
Dans le cadre de sa stratégie « empowering people to stay a step ahead in life and in
business », ING Luxembourg a réalisé, sur base des chiffres sur l’emploi fournis par le
STATEC, une analyse inédite des emplois « robotisables » au Grand-Duché et fournit des
chiffres jamais publiés jusqu’à présent. Cette analyse a été réalisée sur base des
probabilités de robotisation des emplois telles qu’évaluées par Frey et Osborne pour les
Etats-Unis et sur la classification détaillée des emplois au Luxembourg par le Statec. Si la
robotisation représente une menace pour certains métiers, elle offre aussi des opportunités
pour l’économie et l’emploi : le progrès technologique permet en effet de libérer du travail
pour l’exécution de nouvelles tâches et encourage l’émergence de nouvelles activités. Le
défi est donc de s’adapter au progrès pour qu’il soit source de bien-être et le Luxembourg
semble bien se positionner pour saisir les opportunités de création d’emplois.
Le progrès
technologique est à la
base de la croissance
économique…
…mais le processus
d’assimilation du progrès
peut être chaotique.
Le progrès touche à
présent les emplois du
secteur tertiaire
Frey et Osborne
mesurent pour les USA
les probabilités de
robotisation des
différents métiers…
…sur base des
connaissances actuelles
en matière de
robotisation.
Ces travaux ont été
utilisés pour différents
pays.
Nous le faisons
également pour le
Luxembourg
1. Frey C.B. et M.A. Osborne (2013), The future of employment: how susceptible are jobs to computerisation?, Oxford Martin School Working Papers, September. Disponible en ligne:
http://www.futuretech.ox.ac.uk/sites/futuretech.ox.ac.uk/files/The_Future_of_Employment_OMS_Working_Paper_0.pdf
2. Bowles J. (2014), The computerisation of European jobs who will win and who will lose from the impact of new technology onto old areas of employment?, analyse publiée par le think tank Bruegel. Disponible en ligne:
http://www.bruegel.org/nc/blog/detail/article/1394-the-computerisation-of-european-jobs/
3. Schattorie J., A. de Jong, M. Fransen et B. Vennemann (2014), De impact van automatisering op de Nederlandse Arbeidsmarkt, Deloitte. Disponible online:
http://www2.deloitte.com/content/dam/Deloitte/nl/Documents/deloitte-analytics/deloitte-nl-data-analytics-impact-van-automatisering-op-de-nl-arbeidsmarkt.pdf
4. Pajarinen M. et P. Rouvinen (2014), Computerization Threatens One Third of Finnish Employment, Muistio Brief, ETLA, The Research Institute of the Finnish Economy. Disponible en ligne: http://www.etla.fi/wp-
content/uploads/ETLA-Muistio-Brief-22.pdf
Part des emplois appartenant à un
métier à faible, moyenne ou forte
probabilité de robotisation
Cette étude des emplois robotisables trouve sa source dans la problématique de la croissance,
sujet d’importance pour de nombreuses économies d’Europe. En effet, le progrès technique
constitue, avec l’augmentation de la population, le moteur essentiel de la croissance.
Cependant, le lien entre croissance économique et progrès technique n’est pas forcément
évident, car le progrès tend à rendre certains emplois obsolètes et à créer des déséquilibres sur
le marché du travail. Le progrès ne devient source de croissance que lorsque les agents
économiques l’assimilent et l’adaptent. Ceci a fait l’objet de nombreux travaux comme ceux de
Keynes ou Schumpeter.
La problématique de la robotisation n’est pas nouvelle, elle est même une pièce maîtresse de
l’histoire économique. Alors qu'à l'origine, elle touchait surtout l’industrie manufacturière,
principal champ d’application de l’automatisation des tâches, elle semble s'être étendue à
l’ensemble des secteurs de l’économie et ce, grâce à la révolution numérique et aux nouvelles
technologies. La question à laquelle l’étude tente d’apporter une réponse est la suivante:
jusqu’à quel point les métiers actuels, essentiellement issus du secteur des services, pourront-
ils être robotisés ?
L’économiste Carl Frey et l’ingénieur Michael Osborne ont posé les bases de l’étude dans un
article académique publié en 20131, dans lequel ils présentent les probabilités que différents
types de métiers de l’économie américaine soient robotisés. Ils basent leurs calculs sur
l’impact des avancées scientifiques et technologiques dans deux domaines: l’apprentissage
des tâches par les machines et les robots mobiles. La première étape de l’étude consiste à
découper chaque métier en tâche simples, et l’on suppose que ce découpage est universel.
Dans la deuxième étape, une probabilité de robotisation est attribuée à chaque tâche en
fonction des trois critères que sont (1) l’importance de la perception et de la manipulation
dans l’exécution de la tâche, (2) l’importance de l’esprit de créativité dans l’exécution de la
tâche et (3) l’importance de la gestion des liens sociaux. On parvient alors à déterminer, pour
un métier donné, sa probabilité de robotisation. En appliquant cette méthode à tous les
métiers de l’économie américaine, les auteurs concluent que 47% des emplois aux Etats-Unis
ont une probabilité élevée (supérieure à 70%) d’être robotisés.
Dans la même idée que Frey et Osborne, des chercheurs ont utilisé les probabilités de
robotisation pour d’autres pays. Le travail de Bowles (2014)2 représente jusqu’à présent
l’analyse la plus aboutie de l’emploi européen. Les travaux d’ING Belgique et d’ING DiBa pour la
Belgique et l’Allemagne ont également repris cette problématique et nous leur faisons suite
pour l’état de l’emploi au Grand-Duché. Sur base d’une répartition détaillée des emplois des
résidents au Luxembourg, nous sommes en mesure de calculer le nombre d’emplois résidents
qui, à terme, sont susceptibles d’être remplacés par des machines, des algorithmes ou des
robots. Le lecteur intéressé trouvera une note méthodologique dans l’encadré en annexe.
2
La révolution technologique au Luxembourg
Résultats
Les résidents luxembourgeois
En prenant en compte l’ensemble des emplois résidents au Luxembourg et des probabilités de
robotisation, il s’avère que 99 807 d’emplois sur les 190 709 considérés dans cette étude
pourraient être robotisés (tableau 1). 52% des emplois pourraient donc être “menacés” par le
progrès technologique et pourraient disparaître, du moins sous leur forme actuelle.
Détournons-nous des probabilités de robotisation pour se concentrer sur le nombre absolu
d’effectifs menacés par la robotisation. Les employés de type administratif arrivent encore en
tête avec un nombre d’emploi robotisables de 23 028, soit près de 12% de l’emploi total au
Luxembourg. Viennent ensuite les professions élémentaires (16 075 emplois robotisables soit
8,4% de l’emploi total au Luxembourg) puis le personnel des services directs aux particuliers,
commerçants et vendeurs (15 525 emplois soit 8,1% de l’emploi total du Grand-Duché).
Lorsque l’on s’intéresse aux classes de fonctions qui vont être le plus impactées, les employés
de type administratif sont les plus exposés à la robotisation avec un risque de 93%. Les
métiers qualifiés de l’industrie et de l’artisanat sont de lointains seconds, avec un risque de
robotisation de 68%. Au contraire, les managers (13%) et les professions intellectuelles,
scientifiques et artistiques sont les classes les moins susceptibles d’être robotisées (17%).
# métiers
par classe
# emplois
Part dans
l’emploi total
Emplois
robotisables
Prob. moyenne
412
190 709
100%
99 807
52%
28
12 995
2%
1 593
13%
91
44 184
8%
7 536
17%
78
27 915
14%
13 791
49%
28
24 748
23%
23 028
93%
39
23 420
16%
15 525
66%
16
4 178
3%
2 765
66%
64
20 119
14%
13 691
68%
39
9 251
6%
5 802
63%
29
23 899
16%
16 075
67%
En allant plus loin dans le détail de cette analyse, on s’intéresse à un total de 388 métiers dans
lesquels sont répartis les 190 709 effectifs. Là encore, il est possible de déterminer quels
métiers sont les plus susceptibles d’être robotisés. Le top 5 est constitué des agents
d’entretien (11 203 emplois robotisables), des employés de bureau (5 928), des vendeurs en
magasin (5 179), des employés de services statistiques, financiers et d'assurances (4 378) et
des secrétaires (4 164). En annexe, un tableau détaille pour chacun des 100 plus importants
métiers du Luxembourg avec pour chacun sa probabilité de robotisation et l’effectif
potentiellement concerné.
3
La révolution technologique au Luxembourg
Regardons maintenant le tout sous un autre angle et observons quelle part des emplois
appartiennent à un métier à faible, moyenne ou forte probabilité de robotisation. Au total, 37% des
emplois ont une forte probabilité de robotisation (supérieure à 70%), 30% des emplois ont une
probabilité moyenne (entre 30% et 70%) et 33% ont une faible probabilité de robotisation
(inférieure à 30%) (graphique 1). Ces probabilités sont respectivement de 47%, 19% et 33% dans
l’étude initiale de Frey et Osborne, et de 37%, 28% et 35% dans l’étude publiée par ING Belgique. Le
Grand-Duché semble donc moins touché par la robotisation que les Etats-Unis, mais un petit peu
plus que la Belgique. Ces probabilités sont néanmoins très différentes entre les 9 classes de
fonctions déjà évoquées. Par exemple, pour les fonctions de managers, il n’y a aucun emploi à
haute probabilité de robotisation, alors qu’à l’inverse, dans la classe des employés de type
administratif, 96% des emplois ont une haute probabilité de robotisation. Pour les agriculteurs et
les ouvriers qualifiés de l’agriculture, ce pourcentage est de 46%.
Les frontaliers sont davantage touchés par la robotisation
Nous avons effectué le même travail pour la population frontalière avec les données provenant de
l’étude sur la structure des salaires de la STATEC effectuée en 2010. Notre analyse montre que les
travailleurs frontaliers ont une probabilité plus forte d’être touchés par la robotisation que les
travailleurs résidents au Luxembourg. Au total, 56% du total des emplois frontaliers seraient
concernés par la robotisation.
En effet, au total 60 % des métiers exercés par les frontaliers ont une probabilité forte de
robotisation (supérieure à 70%) contre 37% pour les résidents. Seulement 5% des métiers des
frontaliers ont une probabilité faible de robotisation (compris entre 0% et 30%) contre 33% pour les
résidents. Les managers frontaliers sont les moins touchés par la robotisation avec une probabilité
de robotisation moyenne de 11,2% suivis par les professions intellectuelles, scientifiques et
artistiques (23,7%). Les travailleurs de soutien administratif sont les plus touchés avec une
probabilité de robotisation moyenne de 93,1% suivis par le personnel des services directs aux
particuliers, commerçants et vendeurs (70,4%).
Managers
11,2%
Professions intellectuelles, scientifiques et artistiques
23,7%
Professions intermédiaires
51,2%
Employés de type administratif
93,1%
Personnel des services directs aux particuliers, commerçants et vendeurs
70,4%
Agriculteurs et ouvriers qualifiés de l'agriculture, de la sylviculture et de la
pêche
64,4%
Métiers qualifiés de l'industrie et de l'artisanat
64,9%
Conducteurs d'installations et de machines, et ouvriers de l'assemblage
35,7%
Professions élémentaires
65,9%
Il convient d’être prudent dans la compréhension de ces données pour deux raisons. Tout d’abord,
certains métiers inclus dans cette analyse concentrent un nombre très faible de frontaliers (moins
de 700 travailleurs) et sont donc considérés comme « peu fiables » en termes de représentativité.
Deuxièmement, l’étude sur la structure des salaires (2010) repose sur des codes ISCO à 3 chiffres,
et non pas 4 comme celle des métiers résidents. Le découpage du marché du travail pour les
frontaliers est donc moins fin que pour les résidents, et notre travail aboutit à une classification en
98 catégories de métiers pour les frontaliers (contre 388 pour les résidents). Etant donné que les
probabilités de robotisation des métiers résidents calculées par Frey et Osborne sont disponibles
pour les métiers ISCO à 4 chiffres, nous avons calculé une probabilité de robotisation moyenne
pondérée pour chaque métier à 3 chiffres.
4
La révolution technologique au Luxembourg
Ces résultats ne
doivent pas être vus
comme une
condamnation.
Même si l’assimilation
du progrès technique
reste un grand défi…
…et peut entraîner une
évolution des tâches
propres à certains
métiers…
…elle représente
également une
opportunité pour créer
de nouveaux emplois
et/ou faire face aux
effets du vieillissement.
Le Luxembourg se situe
au 9ème rang mondial
en termes d’utilisation
des TIC d’après le
Network Readiness
Index
Luxembourg est devenu
en 2014 le 6ème plus
important acteur
d’innovation en Europe
Mise en perspective
Il est évident que ces résultats peuvent interpeler mais quelques éléments doivent
permettre de mieux les comprendre. Premièrement, la probabilité de robotisation d’un
emploi prend en compte que la possibilité technique de robotiser cet emploi, laissant de
côté d’autres facteurs importants dans la décision de robotiser ou non un métier. Par
exemple, le coût relatif du travail par rapport au capital pourra peser contre la décision de
robotiser un métier dont, pourtant, les tâches sont techniquement robotisables.
Deuxièmement, les probabilités de robotisation calculées par Frey et Osborne sont ancrées
dans la période à laquelle elles ont été calculées et la robotisation d’un métier ne signifie
pas systématiquement qu’un métier est voué à disparaître entièrement. Par sa définition la
robotisation signifie que certaines tâches concernées par le métier en question peuvent
être robotisées. La robotisation pourrait alors créer de nouveaux métiers liés à la
robotisation d’anciennes tâches, ce qui pourrait limiter les pertes d’emplois. De plus, il
entraîne également une réorganisation constante des emplois dans l’économie, ce qui
permet de libérer des postes pour que de nouvelles activités soient créées.
Enfin, il est particulièrement vrai que la robotisation ne doit pas être vue exclusivement
comme une menace lorsque l’on sait que les flux de nouveaux travailleurs frontaliers (plus
jeunes que les travailleurs luxembourgeois) ne parviennent plus à ralentir le vieillissement
de la population active au Luxembourg. Dès lors, la robotisation pourrait contrer les effets
d’une telle évolution en compensant le manque de jeunes travailleurs. En effet comme déjà
évoqué, le progrès technologique augmente la productivité et est une composante
importante de la croissance économique.
Les emplois faisant appel à la créativité tels que les fonctions managériales, intellectuelles
ou scientifiques ou encore artistiques, plus souvent caractérisées par un haut degré de
qualification, semblent plus à même de faire face à la nouvelle vague d’innovations.
Cependant, les résultats de l’étude rendent bien compte de l’ampleur du défi qui attend
notre société, et surtout dans les secteurs les plus exposés aux technologies de
l’information. L’établissement du profil type d’un emploi à haute probabilité de robotisation
permet de réfléchir en amont à la façon de se préparer à l’entrée des nouvelles
technologies au travail. Par exemple, on sait que le profil type de l’emploi à haute
probabilité de robotisation est faiblement ou moyennement qualifié et contenant de
nombreuses tâches répétitives, tel que l’administration, la vente, le nettoyage ou
l’entretien.
En effet, les principales victimes de la robotisation sont ceux dont l’emploi devient obsolète
et qui ne peuvent pas immédiatement trouver une autre fonction. C’est à ce moment que
la société doit s’adapter à de tels changements, tout d’abord en faisant évoluer les tâches
de chaque métier, ensuite en permettant la réorientation des travailleurs et enfin en
adaptant l’enseignement des générations futures. Certes, assimiler et s’adapter au progrès
technique prend du temps. Et quand la technologie se développe rapidement, elle peut
entraîner des chocs perturbateurs dans nos économies, comme la révolution industrielle au
19ème siècle. Mais il n’y pas lieu d’être inquiet car le Luxembourg a une bonne capacité
d’adaptation aux changements technologiques: il se classe au 9ème rang mondial dans le
Network Readiness Index qui mesure la propension d’un pays à utiliser les technologies de
l’information et de la communication. De nombreux autres efforts sont mis en œuvre par le
Grand-Duché pour accompagner le progrès technologique, à l’image des Luxembourg
Cluster Initiatives qui renforcent la mise en relation des acteurs publics et privés et
permettent au Luxembourg d’effectuer en douceur sa transition vers cette nouvelle ère
technologique.
Le grand défi pour le Luxembourg n’est donc pas de freiner l’évolution technologique, mais
au contraire de rendre notre économie suffisamment flexible pour s’assurer que le progrès
soit source d’un plus grand bien-être. Plus simplement, il s’agit pour le Luxembourg de
poursuivre sur la voie dans laquelle il s’est engagé. Selon l’Innovation Union Scoreboard
publié par l’Union européenne, le Luxembourg est devenu en 2015 le 6ème plus important
acteur d’innovation en Europe, devançant les Pays-Bas et la Belgique.
5
La révolution technologique au Luxembourg
Annexe
1 / 8 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!