Il est évident que ces résultats peuvent interpeler mais quelques éléments doivent
permettre de mieux les comprendre. Premièrement, la probabilité de robotisation d’un
emploi prend en compte que la possibilité technique de robotiser cet emploi, laissant de
côté d’autres facteurs importants dans la décision de robotiser ou non un métier. Par
exemple, le coût relatif du travail par rapport au capital pourra peser contre la décision de
robotiser un métier dont, pourtant, les tâches sont techniquement robotisables.
Deuxièmement, les probabilités de robotisation calculées par Frey et Osborne sont ancrées
dans la période à laquelle elles ont été calculées et la robotisation d’un métier ne signifie
pas systématiquement qu’un métier est voué à disparaître entièrement. Par sa définition la
robotisation signifie que certaines tâches concernées par le métier en question peuvent
être robotisées. La robotisation pourrait alors créer de nouveaux métiers liés à la
robotisation d’anciennes tâches, ce qui pourrait limiter les pertes d’emplois. De plus, il
entraîne également une réorganisation constante des emplois dans l’économie, ce qui
permet de libérer des postes pour que de nouvelles activités soient créées.
Enfin, il est particulièrement vrai que la robotisation ne doit pas être vue exclusivement
comme une menace lorsque l’on sait que les flux de nouveaux travailleurs frontaliers (plus
jeunes que les travailleurs luxembourgeois) ne parviennent plus à ralentir le vieillissement
de la population active au Luxembourg. Dès lors, la robotisation pourrait contrer les effets
d’une telle évolution en compensant le manque de jeunes travailleurs. En effet comme déjà
évoqué, le progrès technologique augmente la productivité et est une composante
importante de la croissance économique.
Les emplois faisant appel à la créativité tels que les fonctions managériales, intellectuelles
ou scientifiques ou encore artistiques, plus souvent caractérisées par un haut degré de
qualification, semblent plus à même de faire face à la nouvelle vague d’innovations.
Cependant, les résultats de l’étude rendent bien compte de l’ampleur du défi qui attend
notre société, et surtout dans les secteurs les plus exposés aux technologies de
l’information. L’établissement du profil type d’un emploi à haute probabilité de robotisation
permet de réfléchir en amont à la façon de se préparer à l’entrée des nouvelles
technologies au travail. Par exemple, on sait que le profil type de l’emploi à haute
probabilité de robotisation est faiblement ou moyennement qualifié et contenant de
nombreuses tâches répétitives, tel que l’administration, la vente, le nettoyage ou
l’entretien.
En effet, les principales victimes de la robotisation sont ceux dont l’emploi devient obsolète
et qui ne peuvent pas immédiatement trouver une autre fonction. C’est à ce moment que
la société doit s’adapter à de tels changements, tout d’abord en faisant évoluer les tâches
de chaque métier, ensuite en permettant la réorientation des travailleurs et enfin en
adaptant l’enseignement des générations futures. Certes, assimiler et s’adapter au progrès
technique prend du temps. Et quand la technologie se développe rapidement, elle peut
entraîner des chocs perturbateurs dans nos économies, comme la révolution industrielle au
19ème siècle. Mais il n’y pas lieu d’être inquiet car le Luxembourg a une bonne capacité
d’adaptation aux changements technologiques: il se classe au 9ème rang mondial dans le
Network Readiness Index qui mesure la propension d’un pays à utiliser les technologies de
l’information et de la communication. De nombreux autres efforts sont mis en œuvre par le
Grand-Duché pour accompagner le progrès technologique, à l’image des Luxembourg
Cluster Initiatives qui renforcent la mise en relation des acteurs publics et privés et
permettent au Luxembourg d’effectuer en douceur sa transition vers cette nouvelle ère
technologique.
Le grand défi pour le Luxembourg n’est donc pas de freiner l’évolution technologique, mais
au contraire de rendre notre économie suffisamment flexible pour s’assurer que le progrès
soit source d’un plus grand bien-être. Plus simplement, il s’agit pour le Luxembourg de
poursuivre sur la voie dans laquelle il s’est engagé. Selon l’Innovation Union Scoreboard
publié par l’Union européenne, le Luxembourg est devenu en 2015 le 6ème plus important
acteur d’innovation en Europe, devançant les Pays-Bas et la Belgique.