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créée intuitivement par la pratique sociale coopérative et il y reste une théorie
générale des réserves et de la propriété coopérative à formaliser.
Il y a l’aspect propriété, c’est-à-dire le droit : à qui appartiennent ces réserves,
quel est leur sort et comment on le traite ? Ceci pose tout un tas de problèmes :
est-ce que cela appartient à l’État, aux collectivités locales, au groupe en
constitution ? Et encore, ce groupe en constitution est évolutif. Le principe de
la coopérative, c’est la porte ouverte, les sociétaires rentrent et sortent en fonction
de leur volonté et de leur propre liberté.
Alors à qui appartient ce patrimoine coopératif ? A un groupe évolutif ? Comment
peut-on le définir juridiquement ? Je rappelle qu’il n’y a aujourd’hui, à ma
connaissance en tout cas, pas de doctrine juridique fondée ou qui fonde plus
exactement cette propriété coopérative.
Concrètement, aujourd’hui, comment cela se passe-t-il ? Cette théorie que
j’évoque, nous ne savons pas l’expliquer, nous ne savons pas la dire. Ce que
nous savons faire, c’est pratiquer cela. Je donne juste des exemples.
Aujourd’hui, dans les Scop, il y a 1 500 coopératives de production, 35 000
salariés. Le capital social de l’ensemble des coopérateurs est de 150 millions
d’euros, c’est-à-dire 1 milliard de francs, en gros, 30 000 francs par sociétaire
actuellement. Par contre il faut savoir que les réserves accumulées sur l’ensemble
de ces coopératives sont 3,5 fois supérieures, c’est-à-dire 500 millions d’euros,
environ 3,5 milliards de francs.
D’ores et déjà, sur les Scop existantes depuis plusieurs années, le patrimoine
collectif constitué à l’aide de ces réserves est beaucoup plus important que la
partie apportée par les associés. Nous continuons à l’appeler du capital.
Soulignons ici un problème avec les normes internationales, les banquiers le
savent. Pour nous, ce capital apporté par les associés est en fait une avance faite
pour que l’entreprise ait le temps de constituer, par les bénéfices, ces fameuses
réserves et ce capital collectif qui est le seul vrai capital de l’entreprise
coopérative.
Dans nos pratiques, nous respectons complètement cette finalité de constitution.
Je sais que c’est à géométrie variable suivant le secteur, suivant les formes
coopératives, mais puisque Patrick Viveret invitait au respect des pratiques, j’ai
tendance à penser que la rigueur sur la constitution de réserves impartageables
à partir des résultats est une exigence fondamentale de la forme coopérative. Si
là-dessus nous trichons, si là-dessus nous laissons filer, je pense que nous ne
pourrons pas nous plaindre des risques de démutualisation ou de banalisation.
Ceci veut dire que les biens d’une coopérative de production ou d’une
coopérative agricole, ou d’autres formes coopératives, qui sont par définition
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