TOPIC
Janvier 2009
L’ASIE EN 2009
Une tempête n’est pas un typhon
La soi-disant théorie du découplage de l’Asie dans l’économie mondiale a fait long feu.
Il n’y a pas d’endroit du monde où la crise actuelle n’étende ses tentacules. Mais pour l’Asie, elle
s’applique à une dynamique de croissance tout autre que celle des pays occidentaux. Hormis les
pays riches (Japon, Singapour, Hong Kong, Corée du Sud) qui sont déjà entrés en récession, les
autres économies de l’Asie émergente continueront en 2009 à être les locomotives de l’économie
mondiale, mais bien sûr à des taux amputés de trois à quatre points par rapport à 2007, soit autour
de +5% pour l’année 2009. C’est beaucoup mieux que les autres compères des BRICs (Brésil et
Russie) qui vont se traîner à +2,5% au mieux.
Parce que les fondamentaux de l’Asie émergente sont plus sains que ceux d’autres
régions du monde, le mot asiatique de « crise » illustrera pleinement son double sens de danger et
d’opportunité, c'est-à-dire de capacité de rebond rapide. Mais aucun doute que cette crise
marquera aussi la fin d’un certain modèle de développement, sinon l’aube de nouveaux
problèmes sociaux et politiques.
+6~+7,8%
+5,8~+6%
+5~+3%
+4,7~+1,7%
-0,5~-1% -0,5~-1,6%
+3,8~-0,8%
+5% +4,3~+1,8%
-0,2~-1,6%
HK+0,3~-3%
S-0,5~-2,2%
La croissance asiatique en 2009
(fourchettes d’estimations actuelles)
Le Chine
continuera à être
championne du
monde de la
croissance, mais à
vitesse réduite.
Les exportations
enregistrent une
« baisse dans la
hausse ».
L’activité
industrielle
ralentit.
Les
investissements
fixes se
maintiennent.
La consommation
est encouragée.
CHINE
Il est trop tôt pour estimer la croissance chinoise en 2009. On sait
deux choses : la Chine continuera à être championne du monde de la
croissance, mais à une vitesse moitié moindre que le record de 2007 (chiffre
un peu surréaliste de +13%... après une réévaluation technico-politique toute
récente). La croissance chinoise a molli en 2008, passant au cours des quatre
trimestres de +10,6% à +10,1%, puis +9% et enfin +6,5% (selon nos
estimations). En 2009, la croissance chinoise devrait se situer pour l’année
entre +6% et +8%. Mais la réalité trimestrielle sera sans doute beaucoup plus
contrastée, baissant jusqu’à +4,8% entre avril et juin pour remonter à +8% au
dernier trimestre. De là à dire que l’on rentre dans une zone de turbulences
sociales graves ouvrant une zone de bouleversements politiques, il y a un pas
que certains commentateurs franchissent allègrement. Ce n’est pas notre cas.
Que faire lorsque vos grands clients entrent en récession ? Les
exportations chinoises représentent 40% de son PIB en valeur brute, et un
quart en valeur ajoutée. En 2008, elles enregistrent une « baisse dans la
hausse » de (tout de même) +17% contre +27% en 2007. La morosité des
clients n’est pas seule en cause. L’augmentation des coûts de production, en
particulier dans les provinces du Sud et de la côte Est, a rendu l’industrie
chinoise moins attractive. L’inflation des salaires, la hausse constante des
matières premières jusqu’à l’été 2008 et l’appréciation progressive du Yuan
(de 7,47 Yuan/$ au début 2008 à 6,84 aujourd’hui) ont gonflé les coûts.
Outre des mesures ici et là de soutien aux exportateurs (réduction des
taxes à l’exportation), ou encore l’encouragement aux crédits pour les petites
entreprises, l’Etat est plus ennuyé par la situation générale de l’industrie, qui
n’a progressé « que » de 13% en valeur ajoutée en 2008 contre +18% en 2007.
Prises en étau, beaucoup d’entreprises n’ont eu d’autre choix que de réduire
leur production ou, pour les plus petites d’entre elles, de mettre la clé sous la
porte. Jusqu’à présent, les secteurs les plus touchés ont été ceux du textile, de
l’acier, ou encore des jouets. Au total une dizaine de millions de migrants de
l’intérieur seraient déjà retournés dans leurs villages (sur une population
migrante estimée de 120 millions).
Parmi les trois grands moteurs de la croissance chinoise, les
investissements fixes, avec ou sans engagement public, restent à un niveau
exceptionnellement élevé (+27% en 2008), bien que ce chiffre global et
officiel recouvre aussi des pratiques immobilières sujettes à caution. Les
réserves budgétaires sont telles que l’Etat chinois peut parfaitement
entreprendre de renforcer massivement des grands travaux pour soutenir
l’activité, si besoin est.
La divine surprise vient du troisième moteur, la consommation,
laquelle bondit de +12% en 2007 à +21,9% en 2008. Les autorités politiques
encouragent les entreprises à réorienter leur production vers le marché
intérieur, et incitent aussi les ménages chinois à consommer davantage.
Actuellement, un ménage chinois épargne près du quart de son revenu
disponible, argent mis de côté pour faire face aux aléas de la vie (maladie,
chômage, retraite, éducation). Les diverses réformes en cours (sécurité sociale,
éducation, retraites) engagées par le gouvernement visent donc à une
2
PIB asiatiques en 2008(Md.$)
5000
4220
900
411 225 189 522 291 215 167 78 9
1210
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
3500
4000
4500
5000
JAPON
CHINE
COREE
TAIWAN
HONG KONG
SINGAPOUR
INDONESIE
THAÏLANDE
MALAISIE
PHILIPPINES
VIETNAM
CAMBODGE
INDE
Md.$
4 Dragons
ASEAN
Scénarii pour l’Asie émergente en 2009
7,8
665,8
4,6
1,9
-0,3
-1,5
-2
-1
0
1
2
3
4
5
6
7
8
CHINE INDE ASEAN* 4 DRAGONS
PREVISION HAUTE PREVISION BASSE
Croissance du PIB en %
Scénarii de récession
croissance du PIB en %
1,2 1,21,2
2
-1,6
-1,8
-2
-1,5
-1
-0,5
0
0,5
1
1,5
2
2,5
2007 2008 2009(p) 2010(p)
USA EUROLAND JAPON
Etats-Unis
Euroland
Japon
3
Un plan de
relance massif de
586 Md.$ a été
annoncé en
novembre.
Le système
financier chinois
résiste bien dans
la tempête
mondiale.
L’attentisme est de
rigueur pour les
divers fonds
d’investissement
chinois.
cohérence d’ensemble.
Après trois baisses successives des taux d’intérêt en l’espace de six
semaines, le gouvernement annonçait le 9 novembre 2008 un plan de relance
massif - quoiqu’assez flou - de 586 Md.$ sur deux ans (5% du PIB estimé de
2009 et 2010). C’est un effet d’annonce politique et social, car les cinq
premiers chapitres (sur dix) de ce plan sont des vœux pieux de moyen ou long
terme, tels le système de sécurité sociale, le développement rural, l’éducation,
la santé et l’environnement. Mais au moins le redéploiement du
développement chinois fait-il pour la première fois l’objet de priorités
annoncées sinon planifiées.
Quant au système financier chinois, il ferait presque figure de modèle
dans la tempête mondiale. D’abord, le cumul des surplus commerciaux a
permis de constituer de très importantes réserves de change (1.990 Md$
aujourd’hui, record du monde). Ensuite, la crise financière massive partie en
septembre 2008 des Etats-Unis a eu un impact presque nul en Chine, car les
banques chinoises, sous actionnariat direct de l’Etat, doivent suivre des règles
très conservatrices pour leurs investissements à l’étranger et n’ont eu qu’un
accès limité aux produits dérivés à l’origine de la crise.
Les banques chinoises ne détiennent que 10 Md.$ de « produits
toxiques » dans leurs comptes (contre sans doute 20 Md.$ pour les banques
françaises). Les trois grandes banques, la Bank of China, la China
Construction Bank et l’International and Commercial Bank of China, sont
certes les plus touchées (respectivement 5 Md.$, 2 Md.$, et 2 Md.$) mais leurs
pertes restent très limitées pour le système chinois.
Cependant, les créances douteuses, résultats de la baisse des valeurs
boursières et immobilières, risquent de s’accumuler. Du côté des actions, la
Bourse de Shanghai a perdu plus des 2/3 de sa valeur en 2008, sans que la
contamination de Wall Street y soit pour grand-chose, dans l’état d’isolement
administratif où cette bourse très nationale est placée. Il s’agit finalement d’un
juste retour des choses dans cette Bourse souvent qualifiée de « casino » géant.
Les divers fonds d’investissement chinois, à commencer par le fond
souverain China Investment Corporation (CIC), ont pour mot d’ordre de ne
rien faire et d’observer, même si le ou les Etats européens font de réguliers
pèlerinages à Pékin pour vanter les mérites de leurs obligations souveraines.
La Chine, comme on le sait, finance largement les déficits américains, en
ayant déjà souscrit pour 585 Md.$ de « treasury bonds ». Le Yuan chinois
(inconvertible) se porte bien. Il s’est réévalué de 7% par rapport au dollar en
2008 mais vient d’être quasiment « pégué » : le Yuan devrait donc coller
étroitement au dollar en 2009, ce qui n’est pas fait pour réjouir les Américains.
Ces perspectives à court terme entrent en collision avec des
problèmes autrement plus lourds, qui avaient été masqués par les croissances
triomphales du PIB jusqu’à une date récente. Ce n’est pas en 2009 que ces
questions trouveront une solution. Comment créer plusieurs dizaines de
millions d’emplois nouveaux par an, surtout si la croissance chute de quatre
points en deux ans ? Comment faire face au défi énergétique, à la fois
quantitatif et qualitatif (70% de l’énergie est produite à partir du charbon) ?
Comment contrôler la pollution aérienne d’une Chine qui vient de dépasser les
scores américains d’émission globale de CO² ? Comment faire face à la
4
Hong Kong est
frappé de plein
fouet par le
ralentissement.
Les deux
principaux
moteurs de Hong
Kong sont tombés
en panne.
Sur le plan
politique, les
électeurs se
désintéressent des
rendez-vous
électoraux.
raréfaction dramatique de l’eau dans tout le Nord-est du pays ? On avait bien
pensé détourner 50 milliards de mètres cubes d’eau du barrage des Trois
Gorges vers Pékin, dans un projet pharaonique de 3.000 kilomètres de canaux
et de lacs : ce projet vient de prendre au moins quatre ans de retard à cause des
problèmes de passage dans les provinces les plus peuplées de la Chine.
Pour l’évolution politique, comme pour l’expression populaire
(foisonnante à cause des 600 millions de téléphones portables et des 220
millions d’internautes), on continue à jouer à « circulez, il n’y a rien à voir ».
La « Charte 2008 » lancée par quelques dizaines de milliers de signatures sur
Internet à la veille de Noël, modelée sur la « charte 77 » de Vaclav Havel en
Tchécoslovaquie, est en train d’être réprimée durement. De même, les familles
touchées par le gigantesque scandale du lait contaminé à la mélamine (300.000
enfants dans les hôpitaux) ne sont pas autorisées à porter plainte, pour ne pas
mettre en cause les responsabilités de l’Etat et du Parti, qui, comme chacun le
sait, ont toujours raison.
HONG KONG
Hong Kong est frappé de plein fouet par le ralentissement économique
régional et mondial. De +6% en 2007, la croissance hongkongaise a ralenti à
+3,1% en 2008, et devrait passer au rouge de façon plus ou moins sévère en
2009.
Les deux principaux moteurs du miracle hongkongais, le commerce
extérieur et la demande intérieure, sont tombés en panne. Hong Kong,
importante zone de transit, n’a pas résisté à la chute des échanges avec ces
deux principaux partenaires, les Etats-Unis et la Chine. Avant la crise, ils
représentaient à eux deux 60% de ses exportations. A cela s’ajoute une
appréciation certaine du dollar hongkongais face au dollar américain suivant
celle du Yuan chinois.
Le commerce et la logistique (27,4% du PIB et 25% des emplois) ont
été les premiers secteurs touchés par la mauvaise conjoncture, suivis du
tourisme et de l’ensemble des secteurs associés (5,5% du PIB et 16% des
emplois), et des services financiers (15,9% du PIB). Les ménages et les
entreprises restent prudents et limitent leur consommation ou investissements.
Le salut ne viendra donc pas de ce côté-là. L’index boursier Hang Seng a
perdu plus de 50% de sa valeur en cours de l’année.
Sur le plan intérieur, c’est le calme plat. La 4ème élection du Conseil
législatif (LegCo), si elle a inspiré de nombreux candidats (200 en lice, un
record !), n’a en revanche pas déclenché la mobilisation des électeurs : le taux
de participation a chuté de 10 points par rapport aux scrutins précédents. Les
Démocrates ont recueilli 60% du nombre total des voix, soit 19 sièges sur les
30 disponibles, le reste allant au camp proche de Pékin. Une fois de plus,
Pékin a repoussé la date de l’élection au suffrage universel du chef de
l’exécutif hongkongais : ce sera à priori en 2017.
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