
En 1991, l’équipe de John Hardy à Londres a rapporté
qu’une mutation génétique menait à l’AD chez les
patients ayant des antécédents familiaux de la mala-
die. La mutation touchait une protéine produisant
un fragment d’amyloïde insoluble s’accumulant
sous forme de «plaques» dans le cerveau, en dehors
des neurones, ce qui correspond à l’autre patholo-
gie évidente déjà décrite par Alois Alzheimer. Ceci
a donné naissance à ce qui est appelé l’hypothèse de
la cascade amyloïde, dans laquelle le processus me-
nant à l’accumulation d’amyloïde dans les plaques
a été mis au centre du processus de développement
de la maladie. Cette hypothèse doit toutefois en-
core être confirmée par une étude clinique réussie.
Braak et Braak ont montré que la pathologie amy-
loïde semble être une caractéristique générale du
cerveau vieillissant qui ne suit pas de schéma défini
de progression ou d‘extension. Une relation systé-
matique tout au plus minimale entre la pathologie
amyloïde et la dégénérescence cognitive clinique a
été confirmée depuis. Il est intéressant de noter que
les plaques «névritiques» de l’AD contiennent éga-
lement des terminaisons nerveuses montrant en
abondance les mêmes fibrilles que celles retrouvées
dans les emmêlements
L’agrégation de protéine tau
Pour pouvoir développer des médicaments suscep-
tibles d’arrêter le processus de l’agrégation de
la protéine tau menant aux emmêlements dans
les cerveaux AD, il faut disposer d’un modèle per-
mettant de tester ces médicaments. Wischnik et ses
collaborateurs ont développé de tels modèles afin
de montrer qu’une classe de composés peut inhi-
ber l’agrégation tau dans un tube d’essai, une cel-
lule isolée puis dans un modèle murin. Tant dans
le modèle cellulaire que dans le modèle murin, le
processus de l’agrégation tau a été initié par une
petite semence capturant ensuite la protéine tau
et menant à un complexe stable et insoluble de tau
agrégée. On ne comprend pas encore ce qui lance le
processus dans le cerveau humain, mais il semble
probable qu’il puisse y avoir différents évènements
susceptibles de déclencher ce processus. Dans cer-
tains cas, il s’agit peut-être d’amyloïde anormale ou
de l’accumulation de protéines anormales ou en-
core de «pigment de vieillissement». Une fois initiée,
la capacité d‘autopropagation de la pathologie par
la protéine tau aux dépens de la protéine tau nor-
male a été confirmée dans plusieurs études récen-
tes. Les fibrilles tau agrégées peuvent être absorbées
par des cellules contenant de la protéine tau longue
et transmises aux cellules voisines, propageant ainsi
l’agrégation. La transmission et l’extension de la pa-
thologie tau peuvent être induites de manière simi-
laire dans des modèles murins.
Une fois l’ensemencement initial réalisé, la cas-
cade de l’agrégation tau est autopropagatrice, me-
nant à deux résultats préjudiciables. Elle convertit
d’abord la protéine tau fonctionnelle normale du
neurone en sa forme agrégée retrouvée dans les em-
mêlements. La protéine tau normale est nécessaire à
la stabilisation des microtubules axonaux. Le réseau
microtubulaire contribue à la forme du neurone
avec la longueur d’axone requise pour la connexion
de deux parties distantes du cerveau. Mais le point
le plus important est que les agrégats de tau sont di-
rectement neurotoxiques et entrainent la mort neu-
ronale.
Inhibiteurs de l’agrégation de la protéine tau
Le chlorure de méthylthioninium (MT), communé-
ment appelé bleu de méthylène, a été le premier
inhibiteur de l’agrégation tau rapporté. Les con-
centrations de MT efficaces dans la désorganisati-
on des emmêlements in vitro et dans les modèles
«Toute accumulation anormale de protéine tau dans
les neurones est étroitement liée aux signes cliniques
de démence et à la dégénérescence neuronale.»