à d’autres pays touchés par la crise, qui ont mis plus de temps à s’ajuster. On parle alors de dévaluation
interne, par opposition à la dévaluation externe qui est une baisse du taux de change nominal de la monnaie.
Lorsque les prix et les salaires sont relativement rigides, l’ajustement doit se faire par les quantités, en
particulier par la mobilité du travail d’une région à l’autre, comme c’est le cas généralement aux Etats-Unis
où les chocs asymétriques se traduisent assez peu par un ajustement des prix et des salaires, mais très
rapidement par un déplacement de la population active (Blanchard et Katz, 1992). En zone euro, lors de la
crise de 2009, l’Irlande qui s’était muée dans les années 1990 en pays d’immigration, est redevenue
brutalement pays d’émigration, ce qui a contribué à l’ajustement.
Enfin, un choc asymétrique peut être amorti par l’existence d’un budget fédéral : les impôts augmentent dans
la région prospère pour financer des transferts dans la région touchée par un choc négatif. Ce mécanisme est
inexistant dans la zone euro où le budget, à peine supérieure à 1% du Pib, est dévolu à des dépenses agricoles
et structurelles, non à la réaction aux évolutions cycliques.
Source : Agnès Benassy-Quéré « Economie monétaire internationale », Corpus Eco., Economica, 2014, p.190
Document 9
Les Etats-Unis qui avaient imposé des changes fixes à Bretton Woods voulaient légaliser les changes
flottants (…) compatibles avec leur inquiétude devant la compétitivité des économies européennes et
japonaise. La France tenait au contraire à ce que les monnaies restent stables. (…) La réunion de
Rambouillet en novembre 1975 fut le point culminant de négociations laborieuses. (…) A la signature des
accords de la Jamaïque (1976), l’article 4 du FMI commence par rappeler que l’objectif essentiel du système
monétaire international est de faciliter les échanges de biens, de services et de capitaux, de favoriser une
croissance économique saine, et d’assurer les conditions de base nécessaire à la stabilité économique et
financière. (…) Tous les pays membres ont alors l’obligation de collaborer avec le Fonds et entre eux pour
« promouvoir un système stable de taux de change ». Cette stabilité – qui n’est pas celle des taux eux-
mêmes, mais seulement du système, la nuance est de taille – peut être obtenue par la politique monétaire et
financière. (…) Les taux de change ne sont plus une donnée qui s’impose à chaque pays, mais un but vers
lequel il doit tendre. (…) Cette obligation est une obligation de moyens pas de résultats. Elle laisse aux pays
une très grande latitude sur le respect de leurs engagements. (…) Les pays membres du FMI jouissent ainsi
d’une grande liberté. (…) Un pays peut ainsi choisir de définir et de stabiliser sa monnaie par rapport au
DTS, à une autre monnaie, à plusieurs monnaies … ou de la laisser flotter plus ou moins librement. (…) La
seule limitation est l’interdiction formelle de toute référence à l’or. Une fois son choix effectué, le pays doit
s’y tenir et appliquer le système choisi. (…) Les choix effectués par chacun des pays membres du Fonds sont
d’une extrême diversité.
Source : Michel Lelart « Le système monétaire international », La découverte, 2007, p.75
Document 10
L’un des coûts du système des taux de change fixes est la perte d’un outil clé de la politique
macroéconomique, la politique monétaire. Pour comprendre ce point, il faut commencer par se rappeler que
la politique monétaire agit sur les taux d’intérêt et les conditions du crédit et, partant, influence les dépenses
globales et le produit et l’inflation. Cela dit, supposons maintenant que le Canada décide de fixer le taux de
change entre le dollar canadien et le dollar américain. Sachant que la mobilité des capitaux entre le Canada et
les Etats-Unis est élevée, examinons ce qui arriverait si les taux d’intérêt au Canada étaient supérieurs aux
taux d’intérêt aux Etats-Unis. Les investisseurs déplaceraient leurs fonds des Etats-Unis vers le Canada afin
de profiter des rendements canadiens plus élevés. Cette demande accrue pour le dollar canadien provoquerait
son appréciation. Si les taux d’intérêt canadiens étaient inférieurs aux taux américains, on observerait
l’inverse, et donc une dépréciation du dollar canadien. Le taux de change entre le dollar canadien et le dollar
américain ne peut rester constant que si les taux d’intérêt canadiens sont égaux aux taux d’intérêt américains.
Par conséquent, pour maintenir un taux de change fixe, la banque du Canada doit faire en sorte que le taux
d’intérêt canadien reste au même niveau que le taux d’intérêt américain. (…) Dans une petite économie
ouverte avec un système de taux de change fixes et une mobilité parfaite du capital, la Banque centrale doit
maintenir un taux d’intérêt égal au taux d’intérêt à l’étranger. Le pays ne peut pratiquer une politique
monétaire indépendante.
Ce résultat permet de comprendre trois points fondamentaux. Premièrement, il explique en partie pourquoi
les pays européens ont décidé d’adopter une monnaie commune à partir du moment où ils avaient intégré
leurs économies et fixé leurs taux de change. Dans une Union monétaire, aucun pays ne peut pratiquer une
politique monétaire indépendante. Les membres de l’Union monétaire européenne ont donc décidé
d’abandonner leurs monnaies nationales respectives et de déléguer la politique monétaire de l’ensemble à la