Annales FLSH N° 16(2012)
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LA RELIGION ET L’ECONOMIE CAPITALISTE : Une
réflexion sur la prolifération des sectes
Par
Maurice BONDULU Boita,
Assistant à l’Université de
Kisangani/FLSH
Abstract RELIGION AND CAPITALIST ECONOMY.
REFLEXION ON SECT PROLIFERATION
This paper deals with reflexion on religions practice or religions life
through sect proliferation phenomenon. The way in which religiosity is
phenominalised gives favour to this analysis which tempts to put religions
close to capitalist economy.
In fact, in the same way as human is homo sapiens, economicus, he is
also homo religions. Religious dimension is one of human ontologic
dimensions. It cannot be subordinated to categorial consideration
waterever the context.
However, the manner in which the contemporain practices his
religiosity shows us the contrary. Motivated by the structural
disarticulation of Congolese society, sect phenomenon deviated more
economically than religiously. That is why, nowadays for curious people it
appears as PME, a capitalist enterprise which, instead of caring of people
faith it looking for responsible interest and it conducts to disciples
alienation.
In order to sort from this engrenage and refined original essence of
religiosity a critical wake is necessary. The critical spirit will make us
understand that religion is an area in which human recognizes his
contingent and limited nature. Or milieu of meeting with the Absolute in
order to realize what you are. That why religiosity must be lived in
disinterested contemplation and not in utilitary and mercantilist report.
O. INTRODUCTION
Le phénomène religieux est aujourd’hui au cœur de plusieurs
controverses. L’homme contemporain est plus attipar le sensible, dans
l’ensemble de ses activités. Sa relation avec l’absolu est basée sur
l’ « intervention » de l’absolu dans les affaires humaines. Dans ce cadre, le
phénomène miracle dans les églises devient l’élément fondamental utilisé
pour attirer l’adhésion des fidèles. En effet, vouloir réduire le sens de
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l’absolu à sa fonctionnalité, à son intervention « matérielle » discrédite
l’essence de la religion dans son ensemble. Et certains y croient l’influence
des supers grands qui usent de l’idéologie religieuse pour asseoir son
hégémonie d’autant ces différents mouvements y trouvent leur source de
financement. Les tenants de cette thèse pensent au prolongement de la
mission trilogique de la colonisation ou esclavagisme comprenant les
missionnaires, les colons et l’Europe lors de l’exploitation des pays du
tiers monde en général.
Ce fait s’est amplifié avec la disparition du bloc communiste qui a
consacré l’apogée du système capitaliste. Dès lors notre société, devenue
capitaliste, ne poursuit autre but que lucratif, l’intérêt. Il suffit de jeter un
regard pour être convaincu que la course au profit, à l’intérêt s’est
rependue dans les secteurs vitaux. A notre avis, le fait religieux, à travers
le phénomène de la prolifération des sectes, n’échappe pas à cette nouvelle
donnée. Ce constat nous pousse à affirmer que la religion, bien qu’utilisant
une certaine idéologie, est tombée dans l’idéologie de l’économie
capitaliste. L’éthique religieuse, basée sur la doctrine sociale, est ainsi
aliénée par l’éthique capitaliste ; le religieux est donc subordonné à
l’économie. Cette situation ne peut qu’interpeler plus d’une personne à
prendre conscience de cette déviation et confusion d’ordre, de sens et
d’essence.
C’est pourquoi, le titre de cette réflexion, comme on peut l’imaginer,
appellerait, d’une part, la classification des notions fondamentales
d’économie capitaliste, de religion et de sectes et d’autre part, la précision
du rapport entre la prolifération des sectes et l’économie capitaliste. Une
analyse approfondie des notions, une évolution rapide du mode de
fonctionnement et de fondement recadrera d’avantage le débat.
Notre analyse s’articule autour de trois points :
Dans le premier, nous clarifions les concepts qui nourrissent cette
étude ;
Le deuxième rappellera les idées maitresses du fonctionnement et du
fondement de l’économie capitaliste ;
Le troisième traitera du rapport entre prolifération des sectes et
l’économie capitaliste. Il sera question de voir l’ethos, le pathos et le
logos de leur message afin de la comprendre comme tributaire de
l’hégémonie capitaliste.
I. SENS ET ARTICULATION DES CONCEPTS OPERATOIRES
I.1. Economie capitaliste
Le sens de l’économie capitaliste se saisit dans une relation qui situe
l’homme dans un cycle ou processus engageant les actes de production,
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d’échange, de répartition et de consommation des biens et des services.
Pour cela, elle suppose les in put qui sont les activités de production (force
productrice) et les out put constitués des activités de consommation. Ainsi,
pour Mokili Bitilasi (2011), l’économie et une science qui engage les êtres
humains dans un rapport des actes de production, échange, répartition et
consommation des biens et des services.
Faisons remarquer qu’au cours de son développement, l’économie a
acquis plusieurs formes. Ainsi, elle peut être libérale, capitaliste, socialiste
ou communiste. Toutes ces formes dépendent de l’accent qu’elles mettent
sur tel ou tel autre aspect. En ce sens, lorsqu’on y ajoute l’adjectif
capitaliste, l’économie se réduit au niveau de l’entreprise individuelle dans
laquelle une personne amasse des capitaux et entreprend une activité pour
la maximisation de profit. Car « le capitalisme est résultante de forces
adjectives. Il se développe comme une mécanique. Il est en ordre de causes
efficientes et non de causes finales. C’est un matérialisme. C’est le régime
de la marchandise, de l’argent et du capital » (BIGO, P., 1953, p. 216).
L’économie capitaliste est un mode de production dont les ressources
sont canalisées vers l’augmentation de gains. Pour y parvenir, une éthique
soujacente lui est consubstantielle, notamment l’éthique utilitariste. C’est
pourquoi elle est une formation économique et sociale à l’intérieur de
laquelle existe une combinaison concrète et complexe de nombreux modes
de production répartis en groupes dominant et dominé. Considéré sous ce
biais, « comme comportement, comme mode d’existence, comme façon
pour les hommes de se situer les uns par rapport aux autres, le capitalisme
se présente comme un système objectif à l’intérieur duquel se développe
de graves antagonismes » (Ibidem, p. 214).
L’antagonisme au sein duquel baigne l’économie capitaliste montre
que l’homme n’est pas seulement un homo economicus, mais aussi un
homo religious établissant des rapports divers avec la transcendance. Ce
rapport a donné lieu à plusieurs pratiques qui se résument en pratiques
religieuses.
I.2. Religion
La religion est généralement définie comme « un système solidaire de
croyances et de pratiques relatives à des hommes sacrés » (POUPARD, P.,
p. 1684). Au fait, la religion est une activité spirituelle ou tout au moins
une pratique de l’être humain qui le met en relation avec l’Etre suprême ou
l’Absolu. Au niveau de cette pratique, nous constatons que c’est
l’aspiration profonde de l’homme qui, ayant découvert sa petitesse ou sa
finitude veut se réaliser dans l’Etre suprême.
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Bien qu’étant une pratique sociétale, la religion est caractérisée par
une certaine spontanéité au sein de laquelle baignent les adhérents. Cette
spontanéité trouve néanmoins une explication adéquate dans le désir qui se
trouve au fond de tout pratiquant. Car, estime J-Y. LACOSTE (2002, p.
999), « Il existe aujourd’hui parmi les théologiens, les spécialistes de la
philosophie et des sciences de la religion un consensus presque unanime
pour désigner le but et le fondement de la religion par le terme salut. C’est
bien ce que le divin nous offre « naturellement » et ce qu’il attend que
nous attendions de lui ».
En plus, il convient de souligner qu’en entrant en relation avec l’être
absolu, le transcendant, l’homme ne cherche pas à l’égaler mais plutôt à se
réaliser à travers un effort de dépassement de soi. La condition humaine la
situe mieux dans ce contexte. L’homme s’étant rendu compte de sa
contingence se fugie auprès d’un être nécessaire auprès de qui il a reçu
par un hasard son existence. Cela se manifeste constamment chez l’homme
lorsqu’il se retrouve devant des difficultés face auxquelles il ne peut rien.
Ainsi, pour se réaliser face à ces difficultés, il se confie à ces supers
puissances. En ce sens, la religion est un geste ou signe de soumission de
l’être imparfait à l’être parfait, de l’être finit à l’être infini. Dans cet ordre,
« l’accomplissement fondamental et final de la religion serait alors non pas
de surmonter la finitude mais de se dépasser soi-même dans l’adoration du
divin. C’est par elle que les hommes trouvent dès maintenant
(provisoirement et en guise d’ « arches » à venir) leur place dans le temps.
C’est par elle que le monde trouve son ordre » ( ibidem).
La relation qui s’établit entre l’homme et le sacré est de l’ordre de la
contemplation. L’homme s’élève et dialogue avec le sacré à travers la
prière qui est une parole intérieure. L’homme au fond de son être, fait un
effort de se dédoubler afin de se réaliser en dialogue à première approche
asymétrique. Pour cette fin, la religion demeure aujourd’hui « un lieu
essentiel des dialogues et des pratiques des hommes, en référence au sacré
et au divin » (POUPARD, P., Op. cit. p. 1688). Dans ce dialogue, l’homme
exprime sa quête perpétuelle du sacré comme seule réalité à partir de
laquelle il peut exprimer son existence. Cette disposition ontologique
relève de la nature même profonde de l’homme qui fait de lui un être en
devenir incessant. Il est donc un projet car fournissant un effort pour sortir
de soi. C’est ainsi que Jean-Yves Lacoste (Op. cit. p. 1001) pense que le
cheminement religieux des hommes est en eux l’expression d’un sentiment
de leur condition de créature. Il atteste de diverses manières qu’ils sont en
quête de la réalité divine sur laquelle se fonde la création tout entière et,
par là, l’unité de l’espèce humaine ». Cet effort a donné naissance à des
structures et sous-structures qui ont les noms d’Eglises ou des confessions
religieuses, sectes, etc.
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En effet, l’évolution de ce mouvement a connu des moments de
troubles importants portant sur la tradition même. C’est la cause des
séparations donnant naissance à des mouvements messianiques dénommés
soit sectes, soit Eglises de réveil, etc. Mais qu’est-ce qu’au fond une
secte ? Quelle est son essence ? Sur quoi se fonde-t-elle ?
Du radical latin « sectus », secte signifie couper, retrancher ; de
l’intensif sequis issu de « sectari », elle signifie suivre assidument. Ce
radical latin dans sa charge sémantique renvoie à l’idée d’un groupuscule
qui se décide pour des raisons qu’il juge fondées, de se détacher d’une
église considérée comme un noyau, un centre de commande de toutes les
activités. C’est en ce sens que N’deke Ngunga (1994, pp. 63-64) définit
une secte comme « un groupuscule d’individus qui suit et s’attache à une
doctrine soit parce que proclamée par un maître auquel les membres louent
une révélation absolue, soit parce que recoupant dans un contenu une
logique que ceux-ci veulent vivre et faire appliquer ». Mwene Batende
renchérit que ce terme connote la dissidence c’est-à-dire la séparation
d’une Eglise –mère et l’assiduité à une nouvelle communauté religieuse
porteuse d’une bonne nouvelle.
Point n’est raison de rappeler qu’une secte est toujours issue d’une
Eglise-mère. En se séparant i d’elle, elle se présente comme une nouvelle
vision du monde se réclamant ainsi d’une autorité révélée. Elle pense
mieux interpréter la Bible et partant, toucher les problèmes qui touchent
les chrétiens face auxquels les Eglises traditionnelles n’ont rien dit. Ainsi,
on ne s’inquiétera pas d’entendre des déclarations comme : venez chez
nous, car nous avons la vérité, chez nous on prêche mieux que chez vous,
chez nous on chasse les démons, on opère des miracles, on guérit des
malades, on délivre, etc. Son message bénéficie certainement d’une
complicité de la crise économico-sociale qui expose le peuple à n’importe
quelle manipulation. Généralement, pense Ndeke (art.cit. p. 70), « les
malaises psycho-sociaux sont déterminants dans ces adhésions. Devant des
situations de frustrations, de peur, d’insécurités dues aux maladies, la
pauvreté, à la faim, à l’envoûtement, aux mutations sociales dont
l’urbanisation et la modernité dans le choc-retour qu’elles impriment dans
des couches sociales d’essence communautaire. Les couches pauvres et
moins instruites sont les plus exposées à des courants prétendument
sécurisants ».
Plusieurs facteurs entrent en jeu dans l’éclosion d’une secte. Le plus
souvent, ces facteurs sont des événements face auxquels l’homme ne peut
rien. Il les classe dans l’ordre mythique et les considère comme sort jeté
par les mauvais esprits. Ainsi, un chômeur, un célibataire, un malade dira
facilement on m’a bloqué, on m’a ensorcellé, on m’a mis dans une
bouteille, etc. Pour s’en sortir, il faut l’intervention des êtres supérieurs
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