catalogue de l`exposition talleyrand a la bnf - paris

BIBLIOTHÈQVE NATIONALE
TALLEYRAND
PARIS
1965
L'Exposition Talleyrand
aété réalisée avec le concours
de la Direction Générale des Arts et des Lettres
PREFACE
A l'occasion du cent-cinquantième anniversaire du Congrès
de Vienne, la Bibliothèque nationale a organisé une exposition
qui évoque la vie et le rôle du représentant de la France, Charles-
Maurice de Talleyrand-Périgord.
Cette entreprise n'a pas été aisée.
D'abord, parce que la reconstitution d'une telle existence,
étalée sur quatre-vingt-quatre années, et mise au service suc-
cessif de six ou sept régimes, nécessitait le rassemblement d'un
grand nombre de documents, de caractère très divers, entre
lesquels il était, faute de place suffisante, indispensable de
choisir.
Ensuite, parce que l'on a beaucoup écrit, que l'on écrit
et que l'on écrira encore beaucoup sur le ministre des Relations
extérieures de Bonaparte. Les sources originales paraissent
avoir été presque entièrement utilisées pour le moment; mais
pour le moment seulement. Il est vraisemblable que les archives
de Sagan n'ont pas été détruites ;celles de Broglie ne sont
jusqu'à ce jour, semble-t-il, que partiellement exploitées.
Enfin et surtout, parce que, malgré l'abondance des com-
mentaires, la personnalité du prince reste complexe et mysté-
rieuse. L'on a dit tout sur lui, et le contraire de tout. D'une
intelligence aiguë et extraordinairement rapide, tour à tour
insolent et flatteur, âpre au gain et prompt à la dépense, avide
de titres et de jouissances, sachant mêler la souplesse à la dureté,
brillant ou silencieux selon les besoins de l'heure, indolent
VI TALLEYRAND
selon les uns, d'une activité et d'une efficacité exceptionnelles
selon les autres, il est de ceux que les historiens, même les plus
sereins à l'ordinaire, tiennent à juger. Mais l'immobilité inquié-
tante de son visage blême ne celait pas seulement ses pensées
à ses interlocuteurs du moment; elle devait masquer encore
aux générations futures les sentiments véritables d'un homme
qui souhaitait que pendant des siècles l'on continuât à discuter
sur ce qu'il fut, sur ce qu'il pensa, sur ce qu'il voulut.
La passion déployée par les historiens dans l'étude d'une
telle personnalité ne s'explique pas seulement par le rôle qu'elle
ajoué, mais encore par son comportement exceptionnel.
Un ministre des Relations extérieures, célèbre parmi les
nations, qui demande sans ambages à des souverains ou à des
ambassadeurs étrangers, de l'argent, beaucoup d'argent, qui,
devenu vice-grand-électeur, écrit par exemple au tsar pour
réclamer, vainement d'ailleurs, une aide matérielle, et qui
(comme pourront le voir les visiteurs de leurs propres yeux),
lui recommande naïvement de brûler sa lettre, voilà qui n'est
pas spectacle courant. D'autant qu'il renseigne souvent ses
«bienfaiteurs »sur les desseins du cabinet impérial ou sur les
préparatifs militaires de son pays.
En même temps, le diplomate adu recul, juge des affaires
françaises dans le cadre plus vaste de l'Europe, et paraît tou-
jours désireux de maintenir la paix, tant appelée par les peuples.
Il a pu affirmer sans trop d'invraisemblance que, sous tous les
régimes, il avait prêché la modération, la prudence, la raison.
Au lendemain des désastres napoléoniens, il avait su maintenir
la France au rang des grandes puissances européennes, en
faisant triompher, à Paris ou à Vienne, le principe de la légiti-
mité et du droit. C'est dans la sérénité qu'il termina enfin sa
carrière, comme ambassadeur à Londres : il réussit alors à
maintenir la paix en Europe, et à nouer entre la France et
l'Angleterre des liens qui ne feront que se consolider.
PREFACE VII
Préparée avec infiniment de soin par Mlle Garrigoux,
conservateur à la Bibliothèque nationale, aidée par Mme Dubief
et par Mlle Villa, l'exposition aété présentée avec un grand
souci d'objectivité. L'importance relative des documents ou
leur puissance d'évocation ont seules déterminé un choix,
qu'aucune préoccupation de polémique n'est venue troubler.
Et bien qu'aucun des tableaux, des gravures, des objets, des
manuscrits ainsi exposés n'apporte àlui seul de révélation
sensationnelle, leur assemblage n'en revêt pas moins un carac-
tère nouveau. Il n'y avait jamais eu, àma connaissance, jusqu'à
ce jour, d'exposition Talleyrand.
La lecture d'un livre, si parfait soit-il, ne peut pas rem-
placer la vision, offerte d'un seul coup, de tant de périodes suc-
cessives de notre histoire : la douceur de vivre du XVIIIe siècle,
qui amarqué l'aristocrate et le prêtre défroqué durant toute
son existence, la Révolution et ses drames, le Directoire et ses
faiblesses, le Consulat et l'Empire qui bouleversent tout un
continent, la Restauration qui cherche vainement la stabilité
dans un retour au passé, la Monarchie de Juillet qui voit le
triomphe de la bourgeoisie libérale.
Mais, de même qu'elle fait, par une vue d'ensemble, appa-
raître tant de contrastes, une telle exposition montrera bien
aux visiteurs soucieux de se pencher sur le détail des événe-
ments, comment, d'un régime àl'autre, le prince prépare ses
évolutions et réussit à «s'adapter ». Elle met clairement à jour
la technique du «retournement politique »dont il fut un spé-
cialiste très doué.
L'étude de chacun des tournants de son existence est sur ce
plan fort suggestive.
Entré dans les ordres, sans doute malgré lui, il se fait, à
l'approche de la Révolution, le défenseur des idées nouvelles.
Et dès que celle-ci survient, il ytient une place qui n'est nulle-
ment négligeable. A l'occasion des trois événements essentiels qui
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