
5ALEXIS
DIOCLES. Cela est très juste, mon cher | Alexis. Et ce principe H 23
consiste donc proprement dans le pouvoir de s'approcher de ce
meilleur état?
ALEXIS. Oui, sans doute. P 282
DIOCLES. Dirons-nous encore que les animaux sont5absolument destitués de ce principe?
ALEXIS. — Il me semble à present, que nous ne le pouvons M.II.150
pas, car l'état de l'animal au moment qu'il satisfait à ses desirs, est
meilleur que celui du précédent où il desiroit encore. Or nous
voyons qu'il a sçu se procurer cet état; par conséquent il a ce10 pouvoir dont vous parliez. |
DIOCLES. Cela me paroît incontestable, et voilà donc l'homme H 24
et l'animal doués de ce même principe. Mais ce pouvoir, ce
principe ne peut pas aller au delà de la sensation d'un meilleur état,
puisqu'alors il manqueroit de but et de cause; ainsi ce principe va15 de pair avec cette sensation, et nous pourrions les confondre,
tellement, que si nous sçavions la richesse des sensations d'un
meilleur état dans deux especes d'animaux, nous pourrions en
conclure à la force relative de ce principe dans chacune d'elles; et |
sachant au contraire la force de ce principe, nous pourrions en H 2520 conclure à la richesse réciproque de cette sensation du meilleur. Or
si nous comparons les effets de cette perfectibilité chez nos
Atheniens d'à présent, à ces mêmes effets du temps des Pelasges,
leurs peres, et ces effets encore à ceux dans votre homme animal
du monde primitif, nous voyons aisément la grande force de ce25 principe dans l'homme, et par conséquent la disproportion
prodigieuse entre la richesse de la sensation du meilleur en lui, et |
celle de cette sensation dans l'animal. Pour la cause de cette H 26
disproportion, nous la trouverions aisément dans une recherche de
la marche naturelle de ce principe de perfectibilité. Mais, Alexis,30 remettons cette tâche à un autre jour. Je ne veux pas faire du
déplaisir à Demophoön, ni vous empêcher de jouir de sa fête.
ALEXIS. Homme injuste que vous êtes! Vous m'avez inspiré
l'amour de la philosophie, et vous voulez maintenant que je la
quitte pour une fête? Par Socrate, continuez, et prouvez moi ce que M.II.15135 vous m'a- | vez promis. Demophoön me saura gré de vous avoir H 27
préféré à son festin, et je suis sûr qu'il en feroit de même à ma
place.DIOCLES. Je crois aisément ce que vous dites; car je connois
Demophoön depuis bien du temps. — Continuons donc, mon cher40 Alexis, et n'interrompons plus notre course.
Quelle est, Alexis, la premiere sensation de l'animal qui vient
de naître? Quelle est sa premiere modification, qui l'avertit de son
existence?
ALEXIS. Autant que je puis me l'imaginer, c'est le plaisir ou la45 douleur. |
DIOCLES. Vous avez raison; mais proprement ce n'est pas ce H 28
que je vous demande. Le plaisir et la douleur sont déja deux états