Judaïsme - Consistoire

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Entre Israël
et l’Amérique...
Par André Kaspi
Judaïsme :
Les perles
du Talmud
Economie :
La bonne santé de
la Bourse de Tel Aviv
Vatican :
Fausses notes
et espérance…
Etude :
L'œuvre de
Maïmonide
N°300 - AVRIL 2010 - 3€
Politique : Réflexions sur le retour du FN
M 01907 - 300 - F: 3,00 E - RD
3:HIKLTA=\UXUUU:?a@n@a@k@a;
N°300 - AVRIL 2010
AU SOMMAIRE D’
ISRAËL
4- Le plan de paix que je propose par Shaul Mofaz
POLITIQUE
7- Israël-Etats-Unis par André Kaspi
7
4
LA CHRONIQUE DE GUY KONOPNICKI
9- La dérive, le boycott et la raison
POLITIQUE
11- Réflexions sur le retour du FN par Jean-Yves Camus
ECONOMIE
13- Record historique à la Bourse de Tel Aviv par Philippe Meyer
MEDIAS
15- N'y allez plus par Annie Lelièvre
11
13
JUIFS ET CHRÉTIENS
16- Entre fausses notes et espérance par Philippe Haddad
HUMEUR
18- Interrogations par V.M
LA VIE DU CONSISTOIRE - 20
REPÈRES - 25
JUDAÏSME
26
23
26- Pour vous guider dans l'œuvre de Maïmonide par Géraldine Roux
BONNES FEUILLES
30- Les perles du Talmud par Ami Bouganim
JUDAÏSME
32- Réflexions sur le rire biblique par Daniel Sibony
MÉMOIRE
32
24
34- Né à Alger en France par Albert Bensoussan
LIVRES - 36
MUSIQUE
38 - Sous le label Tzadik par Fabrice Hoffnung
CINÉMA
39 - Un premier film prometteur signé Pascal Elbé par Elie Korchia
CHRONIQUE
40- Marx, le capital famille par Albert Bensoussan
COURRIER / CARNET - 41
34
39
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VERBATIM - 42
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Les
manuscrits nonJUIVE
retenusJuin 2008 3
INFORMATION
ne sont pas renvoyés.
ISRAËL
Le plan de paix
que je propose
UN ENTRETIEN AVEC SHAUL MOFAZ
M. Shaul Mofaz, ancien chef d'Etat-major de Tsahal
et ancien ministre de la Défense d'Israël a fait, à la miavril, une visite en France au cours de laquelle il a
rencontré des personnalités politiques de toutes
tendances. Il a notamment présenté au conseiller
diplomatique du président Sarkozy, M. Jean-David
Levitte, les éléments essentiels du plan de paix qu'il
propose et qu'il compte défendre dans différentes
instances internationales.
Au cours d'un entretien qu'il a accordé à notre
rédaction, M. Mofaz a passé en revue les différents
problèmes auxquels Israël est aujourd'hui confronté.
gouvernement que nous avons
ne parvient pas à faire bouger
les choses. Il a certes accepté le
principe des deux Etats pour les
deux peuples, l'Etat juif et l'Etat
palestinien, mais à mon sens,
cela ne suffit pas.
OOO I.J : Quel a été le but de votre
voyage en France ?
Shaul Mofaz : Il a un double
objectif. Je suis venu rendre visite
à des parlementaires français et
j'ai souhaité, à l'occasion de ce
voyage rencontrer la communauté juive de Paris et notamment
les responsables du Consistoire.
J 'ai été invité par ailleurs à un
colloque qui dure deux jours et
dans lequel je dois prendre la
parole. Je dois en particulier y
présenter le plan de paix politique
que j'ai conçu.
I.J : Comment définiriez-vous la
situation d'Israël aujourd'hui sur le
plan de la sécurité ?
S.M. : Comparativement avec
les années précédentes, il y a un
calme relatif. Mais il y a des
problèmes qui nous préoccupent
au premier chef : les armes
nucléaires iraniennes et le réarmement
considérable du Hezbollah et du
Hamas. Il y a là donc là une double
menace pour nous.
Au nord du pays, au Liban, et dans
la bande de Gaza, des armes de toutes
sortes ne cessent d'arriver. Et c'est
naturellement l'Iran qui est à l'origine
de ce réarmement.
Mon sentiment est que nous devons
faire tous les efforts afin que l'Iran ne
parvienne pas à réaliser son
programme nucléaire.
4 INFORMATION JUIVE Avril 2010
Dans le plan politique que j'ai
mis au point, j'insiste sur deux
points essentiels. Le premier
c'est l'obligation pour le
leadership israélien de parvenir
dans notre génération à trouver
les moyens d'instaurer la paix.
Je veux dire que nous ne
pouvons pas envisager de
laisser ce soin à la future
génération.
Shaul Mofaz
Le deuxième point qui, à mes
yeux, a une grande importance,
est de mettre en évidence les
On fera savoir alors aux responsables iraniens
que le monde ne les autorise pas à posséder l'arme
nucléaire. Parce que cela représentera pour nous une
menace sur notre existence elle-même.
Pour l'Occident en général, cela signifiera
l'entrée dans un autre monde.
I.J : IL semble bien que, dans la recherche
de la paix entre Israël et les Palestiniens,
tout soit aujourd'hui relativement gelé. Rien
ne bouge. Pourquoi ?
S.M. : A mon grand regret, le
sujets sur lesquels il y a consensus. Par
exemple, nous pouvons parvenir - et
mettre cela en pratique - à un accord
sur les frontières. Les Palestiniens
constitueront un Etat dont les frontières
ISRAËL
seront constituées à 60 % par la rive
occidentale (la Cisjordanie) et par la
J'ai eu l'occasion de l'exposer en Italie
et j'en ai parlé, aujourd'hui, à Paris au
La garantie serait donnée aux Palestiniens
que leur territoire serait équivalent à celui
des frontières de 1967
bande de Gaza quand ils en auront la
maîtrise. Par ailleurs, la garantie serait
donnée aux Palestiniens que leur
territoire serait équivalent à celui des
frontières de 1967. Cela constituerait
un premier accord. Le reste serait
discuté et négocié dans une seconde
étape.
Je considère que cette solution par
étapes est la bonne solution. Elle
permet à Israël de ne pas céder sur des
questions dont dépend notre sécurité
et aux Palestiniens d'être convaincus
que nous souhaitons sincèrement
parvenir à un accord de paix. Il est
évident que les Palestiniens devront
faire la preuve qu'ils sont un véritable
partenaire dans ces négociations.
I.J : Vous pensez que Mahmoud Abbas et
son gouvernement parviendront à réduire le
Hamas à Gaza ?
S.M. : Personnellement je considère
que ce qui se passe entre les
Palestiniens c'est leur affaire. Nous
avons quant à nous la responsabilité de
la sécurité de notre pays. Si on nous
menace, on doit savoir que nous
riposterons. Quant à savoir qui doit être
à la tête des Palestiniens, je considère
que c'est de leur responsabilité.
conseiller diplomatique de M.Sarkozy,
Jean-David Levitte. J'ajoute que
jusqu'à présent, il n'y a pas d'autre
plan de paix. De nombreux membres
de la Knesset apportent leur appui à
mon plan.
I.J : Pensez-vous qu'il y a aujourd'hui comme on le dit parfois - des possibilités
Syrie. Il nous faut parler avec ses
dirigeants. J'ai naguère recommandé
au gouvernement d'ouvrir le dialogue
- même indirect- avec les autorités de
Damas. Ce dialogue doit s'ouvrir sans
conditions préalables. Cela étant, la
priorité ce sont les Palestiniens. Quant
à la question de savoir s'il faut évacuer
le Golan, personnellement j'y suis
opposé.
I.J : Comment jugez-vous la diplomatie
française au Proche Orient ?
S.M. : Le rôle de la France au
Proche Orient est à mes yeux
extrêmement important. M. Sarkozy
est un véritable ami de notre pays.
Je considère que cette solution par étapes est la
bonne solution. Elle permet à Israël de ne pas céder
sur des questions dont dépend notre sécurité et aux
Palestiniens d'être convaincus que nous souhaitons
sincèrement parvenir à un accord de paix
de parvenir à un accord de paix avec la
Syrie ?
S.M. : Je suis personnellement
favorable à des négociations avec la
J'ai écouté son intervention à la
Knesset, il y a quelques mois. Je peux
dire que ce fut une intervention
impressionnante.
I.J : Vous avez sans doute vu que le roi de
Jordanie lui-même commence à désespérer
devant le blocage des négociations de paix.
S.M. : Il est vrai qu'un an après qu'il
ait été constitué, le gouvernement de
Netanyahou n'a toujours pas de plan
de paix.
I.J : Pourquoi ?
S.M. : Vous êtes prié de poser cette
question au chef du gouvernement
israélien, pas à moi.
Je tiens à vous dire en ce qui me
concerne que le plan que j'ai mis au
point est accepté par les Américains.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 5
ISRAËL
Je dois ajouter que nous sommes
sensibles à la position qu'il a prise face
à la menace nucléaire iranienne.
Comme nous, il considère qu'on ne doit
pas permettre à l'Iran de se doter
d'armes nucléaires.
Sa position politique dans le conflit
israélo-palestinien est équilibrée. D'une
I.J : Est-ce que vous pouvez imaginer la
possibilité pour Israël de vivre avec un Iran
possédant l'arme nucléaire ?
S.M. : Israël ne pourra pas accepter
une telle situation. J'ajoute que le
monde occidental comprend de jour en
jour qu'un Iran possédant la bombe
constituera une menace pour les uns
et les autres. Les Etats-Unis doivent
Le jour où l'Etat d'Israël renoncera à l'un de ses fils,
ce sont ses fils qui renonceront à l'Etat.
part, il met l'accent sur la nécessité pour
Israël de pouvoir vivre dans la sécurité
et de l'autre il considère que les
Palestiniens doivent avoir leur Etat.
I.J : Certains considèrent qu'il faut obtenir
la libération de Guilad Chalit " à n'importe
quel prix". Est-ce que cela n'est pas de
nature à contribuer à ce que ce prix soit
toujours plus élevé ?
S.M. : Je ne sais pas ce que signifie
la formule "à n'importe quel prix".
Quand j'étais membre du précédent
gouvernement, j'avais défendu l'idée
qu'il fallait parvenir à la libération de
Chalit. Le jour où l'Etat d'Israël
renoncera à l'un de ses fils, ce sont ses
fils qui renonceront à l'Etat. C'est un
sujet qui me paraît extrêmement
important. Si nous avions bien traité ce
problème quand j'étais membre du
gouvernement, le prix que nous aurions
payé aurait été moins important.
tout faire pour éviter que l'option
militaire soit la seule à laquelle on
puisse avoir recours.
I.J : Vous pensez au fond de vous-mêmes
que notre génération connaîtra la paix ?
S.M. : La précédente génération a
connu la signature de la paix avec
l'Egypte. Je veux dire que la chose n'est
pas de l'ordre de l'impossible. Cela
dépend en fait de la qualité des
dirigeants. Je suis convaincu - je le
(il s'agit d'un million de personnes)
afin qu'ils puissent nourrir leurs
familles. Il ne faut jamais oublier l'idée
selon laquelle " les juifs sont
responsables les uns des autres ".
I.J : On dit que la majorité des gens qui
votent pour vous en Israël appartiennent
aux communautés venues d'Orient.
S.M. : Je ne suis pas d'accord. Je
pense au contraire que l'électorat qui
me soutient en Israël - comme cela est
le cas pour tous les autres dirigeants
du pays - représente l'ensemble de
l'échiquier politique.
I.J : Dans un entretien que vous avez
accordé, il y a deux ans, au journal Maariv,
vous avez déclaré que la personnalité
historique qui vous impressionne le plus
c'est le Rav Kook. Que représente-t-il pour
vous ?
S.M. : Il a une vision large et
profonde sur la vie en général et aussi
sur la nécessité pour Israël de veiller
à sa dimension juive et démocratique.
Je suis convaincu qu'au cours des prochains mois une
occasion rêvée se présentera pour qu'on prenne de
très lourdes sanctions contre l'Iran.
répète - qu'il est souhaitable et possible
de parvenir à la paix avec les
Palestiniens. Il y a une seule chose sur
laquelle nous ne pourrons pas faire de
concessions : la sécurité de notre pays.
J'apprécie chez lui également le souci
de sauvegarder la tradition religieuse
d'Israël en même temps que son
ouverture vers une éducation et une
culture de progrès.
I.J : Quels sont selon vous les grands
défis auxquels Israël est confronté
aujourd'hui ?
S.M. : Le premier défi c'est celui qui
consiste à empêcher l'Iran de devenir
une nation possédant l'arme atomique.
Le second c'est la paix avec les
Palestiniens et avec les Syriens. En
I.J : Avez-vous l'intention de vous
présenter à la présidence du parti Kadima
contre Tzipi Livni ?
S.M. : J'ai en effet l'intention de me
présenter à cette présidence et, avec
l'aide de Dieu, je compte l'emporter.
J'ajoute que je serai candidat au poste
de Premier ministre.
Je serai candidat au poste de Premier ministre
I.J : A ce propos, on dit que le fils d'Ariel
Sharon, Guilad a l'intention d'entrer en
politique et de rejoindre votre parti.
S.M. : Je vois cela de manière très
positive. Son père a fondé le parti
Kadima et je souhaite que le fils
parvienne à se faire élire à la
prochaine Knesset.
I.J : Je voudrais revenir à la question du
nucléaire iranien. Comment selon vous
évolue ce dossier ?
S.M. : Je suis convaincu qu'au cours
des prochains mois une occasion rêvée
se présentera pour qu'on prenne de
très lourdes sanctions contre l'Iran. On
fera savoir alors aux responsables
iraniens que le monde ne les autorise
pas à posséder l'arme nucléaire. Parce
que cela représentera pour nous une
menace sur notre existence elle-même.
Pour l'Occident en général, cela
signifiera l'entrée dans un autre
monde.
6 INFORMATION JUIVE Avril 2010
troisième lieu, je pense qu'il faut placer
la nécessité pour notre pays d'investir
dans le domaine de l'éducation en
même temps que l'urgence qu'il y a à
venir en aide à ceux qui, dans le pays,
vivent en dessous du seuil de pauvreté
POLITIQUE
Israël-Etats Unis :
Rien ne va plus
PAR ANDRÉ KASPI
O
n ne comprend plus.
Il était un temps, qui
n'est pas si lointain,
où
l'on
croyait
qu'Israël et les EtatsUnis marchaient main
dans la main. Tout paraissait simple.
Certains allaient même jusqu'à
soutenir que les Juifs, "maîtres du
monde", faisaient la pluie et le beau
temps à Washington. L'AIPAC
(American Israeli Public Affairs
Committee) semblait un lobby toutpuissant, auquel les politiques
obéissaient sans hésitation. Encore
plus rassurant, l'appui des chrétiens
évangéliques, ces fondamentalistes
qui constituent un bon cinquième de
la population américaine, plus
sionistes que les sionistes eux-mêmes.
Rien ni personne ne pouvait affaiblir
l'amitié, la complicité, l'intime
connivence entre deux Etats, entre
deux nations si proches l'une de
l'autre.
D'ailleurs, les esprits réalistes ne
manquaient pas de citer des chiffres
et des faits incontestables. Les
sondages ? De 1967 à 2001, la
israéliennes. En outre, Israël ne
réclame pas que des troupes
américaines viennent stationner sur
son
sol.
Les
services
de
renseignement
collaborent
en
permanence. Les systèmes de défense
contre les missiles sont coordonnés.
Si l'on ajoute que les Juifs américains
forment une minorité active, qui ne
manque pas de voter dans toutes les
consultations électorales et entend
faire savoir aux candidats ce que sont
ses inclinations, on aura compris que
les intérêts d'Israël sont bien
défendus, qu'il existe des liens
indissolubles entre Washington et
Jérusalem, entre Israéliens et
Américains.
Fâcherie
Une belle photo de famille. Voici,
pourtant, que des querelles brouillent
l'image. L'orage qui vient d'éclater ne
remet-il pas en question l'alliance
politique et sentimentale ? Les
experts s'interrogent sur la durée
probable de la fâcherie, sur les
conséquences qui en découleront, sur
le bouleversement des relations
internationales. Une certitude : ce
Est-on entré dans une période nouvelle des relations
israélo - américaines ? Il est trop tôt pour l'affirmer.
sympathie des Américains pour Israël
se situe en moyenne entre 40 et 56%.
Et pour la cause arabe, elle ne
dépasse pas 10%. Israël bénéficie
alors d'une image très favorable. C'est
la seule démocratie au Proche et au
Moyen Orient, bâtie par des
pionniers, imprégnée de références
bibliques. L'aide financière et
militaire? Elle dépasse les 3 milliards
de dollars par an - un record dans le
budget des Etats-Unis. Une bonne
partie de cette manne revient en
Amérique sous la forme de
commandes, d'achats de matériels et
de remboursement des dettes
n'est pas en Israël que le changement
s'est produit. Certes, on peut, on doit
critiquer
la
représentation
proportionnelle qui conduit à former
des gouvernements de coalition,
fragiles, instables, composés de partis
dont les intérêts ne sont pas
identiques. On peut, on doit regretter
- le terme est encore trop faible- que
des hommes politiques soient plus
soucieux de leur réélection, plus
enclins à défendre des causes
particularistes, plus myopes que
visionnaires. On peut, on doit
regretter que des décisions plus que
maladroites, injustifiables soient
annoncées au moment où le viceprésident des Etats-Unis se rend en
visite à Jérusalem. Ces erreurs, voire
ces provocations ne sont pas
nouvelles. Le passé, récent ou
lointain, fournit d'autres exemples qui
n'ont pas entraîné les conséquences
que l'on constate aujourd'hui.
Les Etats-Unis ont changé. Barack
Obama n'est pas George W. Bush.
Contrairement aux rumeurs qui ont
circulé, il ne pratique pas la religion
musulmane. S'il a été élevé en partie
en Indonésie, il ne soutient pas l'islam
contre vents et marées. Son pasteur a
tenu des propos antisémites, il est
vrai, mais Obama les a condamnés et
a pris ses distances à l'égard de son
ancien directeur de conscience. Les
Juifs américains auraient préféré que
Hillary Clinton fût la candidate
démocrate. Il n'empêche qu'aux
élections présidentielles de novembre
2008, ils ont voté à 78% pour Obama,
et non pour le républicain John
McCain associé à la très conservatrice
Sarah Palin. Barack Obama est avant
tout un esprit pragmatique. Sur la
question israélo-palestinienne, il
constate que, sous la présidence de
son prédécesseur, les négociations
n'ont pas avancé, qu'il faut remonter
à 2000 et aux entretiens de Camp
David II pour apercevoir une
intervention active des Etats-Unis.
Obama veut reprendre la piste qu'a
suivie Clinton, en espérant faire
mieux. D'ailleurs, il l'a fait savoir sans
ambiguïté dans le discours qu'il a
prononcé au Caire en juin 2009. Les
Israéliens
doivent
faire
des
concessions et arrêter la construction
dans les implantations, tandis que les
Etats arabes accepteraient un pas en
avant vers Israël.
Sondages
" La politique de la main tendue "
n'a donné aucun résultat concret, et
l'envoyé spécial du Président au
INFORMATION JUIVE Avril 2010 7
POLITIQUE
Proche Orient, George Mitchell, n'a
pas réussi à débloquer la situation. Il
y a plus grave encore. La diplomatie
américaine est affaiblie, dit-on à
Washington, par ce qu'on nomme
l'intransigeance israélienne. Le
général Petraeus qui exerce son
commandement au Moyen Orient l'a
déclaré avec force devant le Congrès.
contre l'Irak - et en ce sens se
retrouvent sur les mêmes positions que
le président Obama. Et puis, face à
l'AIPAC ou bien à côté de l'AIPAC,
voici qu'est né en 2008 un nouveau
lobby juif. Il a pour nom J Street. Les
rues de Washington sont désignées par
des lettres ou par des numéros. Dans
la rue K sont installés les principaux
pas égale à celle de l'AIPAC qui
continue à tenir un rôle capital. Pour
combien de temps ? Les Juifs
américains penchent traditionnellement vers la gauche politique aux
Etats-Unis comme en Israël. Ils
soutiennent l'existence de l'Etat
d'Israël, mais ne sont pas prêts à
défendre toutes les décisions qui sont
Netanyahou reçu par Obama
L'absence de résultats dans le conflit
entre Israël et les Palestiniens
contribue à mettre en danger les
soldats américains. Des attentats
terroristes les menacent d'autant plus
que les Etats-Unis passent pour
protéger, coûte que coûte, l'Etat
d'Israël. Il est temps de renoncer à la
complaisance à l'égard de Jérusalem.
Si de fortes pressions sur Israël ne
sont pas exercées, c'est toute la
politique des Etats-Unis dans cette
région du monde qui débouchera sur
un échec, et cet échec entraînera la
présidence d'Obama dans la chute.
Les Juifs américains acceptent-ils
cette inflexion profonde de l'attitude
américaine ? De plus en plus, la
communauté juive a pris ses distances
à l'égard du gouvernement actuel
d'Israël. Des sondages ont montré que
les deux tiers des Juifs ont
désapprouvé l'offensive militaire
8 INFORMATION JUIVE Avril 2010
lobbies qui tiennent un rôle dans la
capitale. La rue J n'existe pas, pour
éviter la confusion avec la rue I. En
conséquence, J Street signifie que la
parole est offerte à ceux qui jusqu'alors
n'étaient pas représentés.
Ce nouveau lobby encourage le
gouvernement américain à intervenir
très activement au Proche Orient,
donne la priorité absolue à la
diplomatie, désapprouve toute
intervention militaire contre l'Iran,
recommande la division de Jérusalem,
condamne
l'extension
des
implantations dans les Territoires. On
aura compris que J Street, soutenu au
moins à ses débuts par George Soros,
ne manifeste aucune sympathie pour
Benyamin Netanyahu et ses alliés
politiques. En revanche, il exprime
une certaine inclination envers
Kadima et plus encore envers la
gauche israélienne. Son influence n'est
prises par les Israéliens, surtout s'ils
sont nationalistes ou religieux. De ce
point de vue, Obama sait qu'il ne court
pas le risque de perdre l'appui de
l'électorat juif.
Alors, est-on entré dans une période
nouvelle des relations israélo américaines ? Il est trop tôt pour
l'affirmer. Reste que la question de
l'Iran est centrale. Là encore, " la
politique de la main tendue " que
proposait Barack Obama n'a pas
donné les résultats escomptés. Les
Israéliens font pression pour que les
Américains adoptent une attitude
ferme et efficace à l'égard de Téhéran.
On comprend aisément que sur ce
dossier les uns ont besoin des autres.
Peut-être cette nécessité fera-t-elle loi
et
poussera-t-elle
les
deux
gouvernements à un rapprochement.
Il faut le souhaiter.
André Kaspi
LA CHRONIQUE
La dérive, le boycott
et la raison
C
’est le destin de bien des
systèmes utopiques
fondés par des juifs que
de manifester, un jour
ou l’autre, leur hostilité
envers les juifs. Il en fut
ainsi pour le christianisme et le
communisme. Le monde de rêve fondé
par Gilbert Trigano semble suivre la
destinée de l’église bâtie par Jésus de
Nazareth et celle du régime inspiré par
Karl Marx…
Car le bateau Club Med part à la
dérive, lorsqu’il navigue en Méditerranée
orientale !
Les passagers du navire de croisière
Club Med, qui doit faire escale au Liban,
sont informés qu’ils ne pourront pas
embarquer s’ils détiennent un passeport
israélien ou même un passeport d’un
autre pays, maculé par des tampons
israéliens… L’entreprise dirigée par
Henri Giscard d’Estaing a l’élégance de
prévenir avant le départ. C’est
tout de même mieux que
d’interner les passagers
indésirables à Chypre ! Il reste
qu’une entreprise française
répercute sur ses clients le
boycott d’Israël, qui résulte de
la pression terroriste du
Hezbollah sur le Liban.
portent le fer dans toutes les plaies du
pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est
qu’ils ne manquent pas d’adversaires en
Israël même ! Les voici donc, entre deux
feux. D’un côté, les conformistes,
amateurs de vérités officielles, qui, en
Israël, comme en n’importe quel pays,
ne supportent pas les artistes
contestataires. De l’autre, le boycott de
tout ce qui vient d’Israël, et tout
ne veut pas connaître, cette démocratie
vivante, ce pays qui, en dépit de la guerre,
ne connaît pas la censure.
Les Israéliens ont le droit de tout lire et
de tout voir. Les passagers du Club Med,
en faisant escale au Liban, consulteront
avec intérêt les librairies, les vidéos clubs
et les programmes des salles de cinéma
des zones contrôlées par le Hezbollah. Ils
L'honneur d'Israël, c'est précisément de générer ce
formidable cinéma, qui bouscule toutes les idées
reçues, tous les conformismes du pays.
particulièrement les écrivains et les
cinéastes. Les autodafés ne sont pas bien
loin. Les artistes israéliens peuvent
critiquer radicalement le gouvernement,
la police, Tsahal, les rabbins, les colonies,
on refusera de les entendre, on cherchera
à les faire taire, parce qu’ils sont Israël .
Et ils sont précisément cet Israël que l’on
trouveront, certes, des livres et des films
interdits en France, pour négation de
crime contre l’humanité et incitation à la
haine raciale. Pour le reste, la pression de
l’intégrisme islamique a provoqué un
désastre culturel. Il serait difficile de
répondre au boycott par le boycott quand
toute trace de culture libre a disparu.
Le boycott d’Israël s’impose
sans bruit. Le festival du film
israélien qui se tient chaque
année à Paris a été pris pour
cible par deux fois. Il ne semble
pas, pourtant, que les cinéastes
israéliens soient des adversaires
de la paix et du dialogue avec
les Palestiniens. L’honneur
d’Israël, c’est précisément de
générer ce formidable cinéma,
qui bouscule toutes les idées
reçues, tous les conformismes
du pays. Lebanon, Valse avec
Bachir, Les citronniers, Va, vis et
deviens, Tu marcheras sur
l’eau…les cinéastes israéliens
INFORMATION JUIVE Avril 2010 9
DE GUY KONOPNICKI
Or, à aucun moment, les diverses
organisations d’extrême gauche ou de
solidarité arabe, n’ont protesté, et moins
encore manifesté, contre la censure qui
règne sous la botte du Hezbollah au
Liban et sous celle du Hamas à Gaza.
Ces prétendus partisans de la paix au
Proche-orient acceptent sans broncher
la militarisation de la culture. Et ces
grands amis du monde arabe et de la
culture musulmane n’ont jamais un mot
pour les écrivains, les poètes ou les
musiciens muselés sous peine de mort.
D’un côté la liberté d’expression la plus
totale, de l’autre la fatwa contre les
intellectuels et les artistes déviants. Mais
c’est contre l’expression de la liberté
israélienne que l’on manifeste à
Paris !
Gourion ! C’est qu’il n’y eut pas, dans
l’histoire de plus grand crime que la
fondation de l’État d’Israël. On proteste,
donc, on promet de manifester. Contre
Ben Gourion, contre le cinéma israélien,
contre les jus d’orange vendus dans les
grandes surfaces…
es diverses saloperies, car il
n’y pas d’autre mot pour
désigner l’interdiction de
croisière, le boycott d’un
festival et les manifestations contre la
mémoire de Ben Gourion, ces diverses
saloperies ne m’empêchent pas de
m’inquiéter de la politique d’Israël. J’ai
donc signé l’Appel à la raison, avec
quelques centaines d’intellectuels juifs
C
U
ne officine intitulée
Union des juifs pour la
paix, qui semble être
plutôt une union contre
les juifs et contre la paix, m’expédie
systématiquement des courriers
informatiques. Ce groupe proteste
contre l’inauguration, par le maire
de Paris, Bertrand Delanoë, d’une
allée David Ben Gourion. On
comprendrait qu’une organisation
juive
conteste
certaines
personnalités que la ville de Paris
honore d’une manière ou d’une
autre. Le roi Louis IX, dit SaintLouis, qui incita ses Croisés à
exterminer les juifs, donne son nom
à un lycée. Félix Faure gratifié
d’une avenue fut ce président
auquel Zola adressa son J’accuse,
parce qu’il avait couvert de son
autorité de chef des armées la
dégradation et la condamnation du
capitaine Dreyfus. En flânant dans les
rues de Paris, on trouvera nombre
d’écrivains, de généraux, d’évêques, de
souverains, d’hommes politiques français
et étrangers, qui ne faisaient pas mystère
de leur antisémitisme. En franchissant
le pont Alexandre III, les membres d’une
union des juifs pour quelque chose,
seraient à bon droit, indignés en
songeant aux pogromes et aux lois
antisémites de la Russie des Romanov.
C’est le charme des rues que de porter
toute l’histoire, même celles des
bourreaux, puisqu’il y a une rue Charlot,
en souvenir de ce grand serviteur de la
justice qui officiait en place de Grève.
Cependant le scandale vient, lorsque la
ville de Paris inaugure l’allée Ben
10 INFORMATION JUIVE Avril 2010
Un bateau à la dérive…
européens.
Cependant,
lorsque
j’interpelle le gouvernement d’Israël,
j’attends les appels à la raison qui
viendraient d’ailleurs et seraient adressés
aux chefs palestiniens et aux
gouvernements arabes. Ils existent. Je
ne veux pas croire que la totalité du
monde musulman soit identifiable à
l’islamisme radical. Cet islamisme a tué
plus de musulmans que toutes les
guerres d’Israël. En Irak, en Afghanistan,
au Pakistan, le terrorisme a fait plus de
victimes musulmanes que les
bombardements israéliens sur Gaza.
C’est une raison supplémentaire de lutter
pour une politique de raison. Pour
désarmer le terrorisme, en retrouvant le
chemin de la paix. Cependant, je
comprends l’indignation de nos amis
arabes lorsque l’aviation israélienne
laisse sur son passage des victimes
civiles. Mais aucun soldat d’Israël n’a
jamais visé délibérément des civils, en
lançant une bombe sur un marché de
Bagdad, dans une mosquée chiite d’Irak,
une école afghane ou un bus du
Pakistan. Qui lancera un appel à la
raison, incitant les musulmans à
reconnaître leurs véritables ennemis, à
cesser d’attribuer tous leurs malheurs à
Israël ?
L
e mot raison ! Invité à une
table ronde, sur les rapports
de la politique et de la
religion, je planche donc
sur les rapports du judaïsme et de
la politique. Or, les juifs, qui ont,
jadis, conseillé de grands princes
et fourni, par la suite, des hommes
d’État
remarquables
aux
démocraties, ont bâti en Israël un
système politique proprement
impraticable. Le mode de scrutin
interdit la formation d’une majorité
stable, alors que le processus de
peuplement du pays multiplie les
sources de légitimité. On peut se
prévaloir de son origine, de son
mode de pratique religieuse ou du
caractère historiquement sacré
d’un morceau de terre qu’il faudra
peut-être sacrifier. En fait, toutes
les factions d’Israël ont raison
d’une manière ou d’une autre,
mais les Palestiniens n’ont pas
totalement tort, dans la mesure où,
force est de reconnaître qu’ils
existent. Le paradoxe d’Israël, c’est
qu’il est plus facile de discuter
avec l’Autorité palestinienne et
même avec le Hamas, qu’avec un
autre parti, une autre faction d’Israël.
Les Américains peuvent obtenir que
Netannyahou rencontre les dirigeants
palestiniens. Mais il est rigoureusement
impossible d’imposer des négociations
entre le Likoud et Kadima , ou entre
Ehoud Barak et les autres dirigeants
travaillistes. Pour tout dire, je n’ai jamais
entendu un dirigeant israélien parler
de manière haineuse des chefs
palestiniens. Mais tous deviennent
terribles quand ils parlent des autres
dirigeants israéliens. Et dire que les
antisémites imaginent que les juifs
gouvernent le monde ! En vérité, s’ils
étaient capables de gouverner l’État
d’Israël, ce serait une avancée
considérable.
POLITIQUE
Aux lendemains des élections régionales :
Réflexions sur le retour
du Front national
UN ENTRETIEN AVEC JEAN-YVES CAMUS
Politologue, chercheur associé à l'IRIS
(Institut de Relations Internationales et
Stratégiques) spécialiste de l'extrême droite
OOO I.J : Le FN fait-il vraiment un retour
en force ? On le disait pourtant exsangue
financièrement et affaibli dans ses cadres
et ses militants…
Jean-Yves Camus : Il faut être mesuré
car, par rapport aux élections régionales
de 2004, le Front national a perdu près
d'un million de voix et était présent
dans 17 régions, pour 12 aujourd'hui.
C'est donc moins qu'en 2004 mais
beaucoup mieux qu'en 2007 et en 2009,
lors des présidentielles et des
européennes (6,45%). Avant le premier
tour, Marine Le Pen avait prévu un
maintien du FN dans douze régions et
c'est le cas, réalisant un score moyen
de 17% au second tour, contre 11, 42%
au premier.
I.J : Comment expliquez-vous cette bonne
santé retrouvée ?
J-Y.C. : La crise d'abord. Et puis,
Marine Le Pen a fait une bonne
campagne de terrain dans le Nord Pas
de Calais, très réactive, recueillant
22,2% des voix, mais restant en
troisième position, derrière les
socialistes et l'UMP. La fermeture de
la raffinerie Total à Dunkerque, le Quick
halal à Roubaix ont ajouté de l'eau à
son moulin anti mondialisation et anti
immigration. Quant à Jean-Marie Le
Pen, il a mené une campagne
traditionnelle mais efficace en région
PACA, ralliant 23% des suffrages, le
meilleur score de son parti pour toute
la France !
I.J : Il y a aussi France Jamet, tête de liste
du Languedoc-Roussillon qui a fait encore
mieux que Marine Le Pen. Qui est cette
en Europe. Il analyse pour Information Juive
les résultats, le score historique de
l'abstention et la remontée du Front National.
candidate au prénom prédestiné ? Cela veutil dire que le FN ne repose pas uniquement
sur la famille Le Pen ?
J-Y.C. : France Jamet est la fille d'André
Jamet, compagnon de la première heure
de Jean-Marie Le Pen. Elle connaît bien
la région et s'inscrit dans la continuité de
l'action de son père. Son exemple montre
que l'extrême droite en France existe
bien au-delà de sa personnalisation par
le clan Le Pen.
Le vote FN, apparu en 1983-84, a eu
le temps de se consolider : tout d'abord
dans son opposition à la gauche, puis
face à une droite qui s'assumait mal en
tant que telle. Sarkozy est depuis revenu
à une droite qui s'assume mais c'était déjà
trop tard. L'anormal n'est pas le score du
FN en 2010, mais le mauvais score de
2007. Finalement, avec ces élections, on
I.J : Le FN aura-t-il une forte capacité de
nuisance dans ces douze régions ?
J-Y.C. : Oui, quand on a 15% des voix,
on est une force politique importante.
La droite classique refuse de passer des
accords avec l'extrême droite, et ça
l'honore. Dans des régions où la gauche
est largement en tête, comme en MidiPyrénées, ça ne compte pas. Mais
quand le score est plus serré, comme
en PACA, la persistance du vote FN
prive la droite modérée de remporter
les élections.
I.J : Cela veut-il dire que le FN sera un
"acteur majeur" dans les prochaines
présidentielles, comme l'affirme Marine Le
Pen ?
J-Y.C. : Il est trop tôt pour le dire, nous
ne sommes qu'à mi-mandat. Le choix
du Président par les Français est très
Tout laisse à penser que la société française est de
plus en plus tolérante. Pour exemple, à la question :
"Etes-vous prêt à voter pour un président juif ?",
l'écrasante majorité répondait "non" en 1946.
C'était juste impensable ; aujourd'hui,
ils sont 70% à répondre oui !
revient à la normale, comme dans
d'autres pays d'Europe, avec une
moyenne entre 10 et 15%, qui influe sur
le débat politique, s'enkyste, sans jamais
se transformer en
force
de
gouvernement.
lié à la personnalité et la stature du
candidat. Marine Le Pen a montré, par
son score dans le Nord, qu'elle était la
digne héritière de son père. Elle a
réussi le passage de relais et sera sans
doute la candidate du FN.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 11
POLITIQUE
I.J : Jean-Marie Le Pen se retirerait enfin
du jeu politique, comme il l'a si souvent
annoncé ?
J-Y.C. : Passer la main ne veut pas
dire se retirer. Le Pen vit et a toujours
vécu pour la politique. Il reste président
du groupe FN et président d'honneur
du FN, député européen FN : son beau
score en région PACA va le conforter
dans le fait qu'il a toujours son mot à
dire.
puisque un électeur du Front National
sur six n'avait pas voté pour une liste
FN au premier tour. Vote de défiance
contre le gouvernement au premier
tour, suivi d'un vote de protestation au
second tour, de la part d'une population
qui a estimé que son message n'avait
pas été entendu. En effet, la droite a été
dans le déni, pratiquant la langue de
bois formatée, ce qui a contribué à
accroître la défiance envers elle.
I.J : C'est donc un vote sanction contre le
gouvernement ? Que lui reproche-t-on en
priorité ?
J-Y.C. : Les ouvriers modestes n'ont
pas compris, eux si sensibles à la valeur
travail, que l'une des mesures phares
du gouvernement soit le bouclier fiscal.
Quant au projet de taxe carbone, il les
a touchés car ce sont eux qui, en
province, travaillent souvent le plus loin
de leur domicile et allaient donc être
les premiers pénalisés. Pour l'électorat
conservateur bourgeois, plus âgé, les
faits divers leur ont donné l'impression,
de manière réelle ou fantasmée, que la
sécurité ne s'améliorait pas : les chiffres
parlent d'une hausse significative des
violences faites aux personnes. Et pour
la politique d'immigration, "choisie", ça
n'est pas "zéro". Sarkozy paie également
l'ouverture à gauche, d'où son
recentrage sur les fondamentaux de
droite, lors du remaniement qui a suivi.
I.J : Est-ce le gouvernement ou toute la
classe politique traditionnelle qui est
désavouée par cette élection ?
J-Y.C. : L'abstention, qui atteint
jusque 80% dans certaines banlieues,
est un désaveu pour toute la classe
politique. C'est le signe d'un
décrochage et d'un désintérêt total
pour la politique. Cette abstention
dans les communes de Seine-St Denis
va à l'encontre de l'idée qu'il y aurait
un vote des Français arabomusulmans ou islamo-gauchistes.
C'est donc aussi un échec pour les
listes Euro-Palestine antisionistes qui
ont instrumentalisé le conflit au Proche
-orient
et
la
Palestine.
Majoritairement, les Français d'origine
maghrébine ne se déplacent pas pour
voter et la non-inscription sur les listes
électorales devient la norme. Les
tentatives de faire de la politique sur
la base du tissu associatif ont échoué.
Pour eux, la vie est ailleurs et ils
croient, à tort, que leurs intérêts ne
sont pas pris en compte par la
démocratie représentative. Les médias
traditionnels ne font plus la loi : avec
Internet, nous sommes entrés dans un
monde de l'information éclatée, un
monde de la rumeur, de la
dénonciation des élites.
I.J : En dehors du score du FN et de la
victoire écrasante de la gauche, quelle est
la particularité de ces élections ?
J-Y.C. : L'élément nouveau dans cette
élection est le taux d'abstention
écrasant au premier tour (53,6%). Une
abstention record qui s'explique par le
désintérêt d'une partie de l'opinion pour
des élections dont les enjeux ne sont
pas toujours clairs, surtout dans les
grandes villes. Il y a aussi une
désaffection pour la chose publique de
la part de personnes vivant dans les
quartiers difficiles et désocialisés, ainsi
que d'une faible mobilisation de
l'électorat de droite qui n'agit souvent
qu'en sursaut, s'il sent que son camp
est en danger. Or, c'était sans compter
que le FN avait de grosses réserves
chez les abstentionnistes. Ainsi, dans
les douze régions où le FN s'était
maintenu entre les deux tours, il a
gagné. Ce qui veut dire que le
mouvement de vote de protestation
qu'incarne le FN a fait des adeptes
supplémentaires entre les deux tours,
12 INFORMATION JUIVE Avril 2010
I.J : Une partie de la France serait-elle
en train de se replier sur elle-même ?
J-Y.C. : Les électeurs du FN
possèdent le plus fort taux de
personnes aux valeurs ethnocentristes,
qui rejettent la différence, les
mélanges, d'où une mauvaise réaction
face au rapport Sabbeg sur la diversité
par exemple, et à la politique de
nominations de gens issus de cette
diversité. Pourtant, malgré ce noyau
dur anti-multi-culturaliste, tout laisse
à penser que la société française est
de plus en plus tolérante. Pour
exemple, à la question : " Etes-vous
prêt à voter pour un président juif ? ",
l'écrasante majorité répondait " non "
en 1946. C'était juste impensable ;
aujourd'hui, ils sont 70% à répondre
oui !
I.J : Eric Besson et son débat controversé
sur l'identité nationale est-il en partie
responsable de cette hausse de l'extrême
droite, comme certains le lui reprochent ?
J-Y.C. : Eric Besson a sans doute été
un vecteur maladroit, mais il n'a été
que le fidèle exécutant qu'un projet
voulu par Fillon et Sarkozy ! La double
erreur consiste à avoir mis en place ce
débat en période préélectorale, avec
des outils mal maîtrisés. Ce qui a
encouragé dérapages et amalgames
anti-immigrés, ce débat devenant plus
une question sur la place de l'Islam en
France, sans parler du débat sur la
Burqa et les minarets… Or, ces
questions profitent toujours au FN qui
a une antériorité sur ces thèmes, avec
des réponses simples et radicales.
Pourtant ce débat est légitime et le
patriotisme français a historiquement
longtemps été porté par la gauche : les
armées révolutionnaires de 1789
étaient les plus fervents patriotes !
Léon Blum et Mendès France, sous la
IIIème République, étaient eux aussi
très préoccupés par l'identité nationale.
Mais l'attitude d'une partie de la droite
pendant la deuxième guerre mondiale,
a depuis rendu suspect ce thème,
pourtant fondamental pour toute
nation.
I.J : Que pensez-vous de la polémique
autour du billet d'humour de Stéphane
Guillon, comparant Eric Besson a un agent
du FN, presque nazi ?
J-Y.C. : Stéphane Guillon est un
humoriste et le propre de l'humoriste
est de grossir le trait. C'est ce qui rend
son billet d'humeur tolérable. Mais
attention à ce que le langage de
l'humoriste ne devienne pas celui du
débat politique. Il y a d'autres moyens
de critiquer un homme et ses idées
que par l'insulte physique, le
vocabulaire animalier et empruntant
son registre à celui de la maladie (le
cancer de …). Besson a le physique et
les origines qu'il a. On pourrait dire
que Besson, en tant que transfuge du
Parti socialiste, a été traître à ses idées,
à son parti et à sa famille politique
d'origine. Ca n'en fait pas pour autant
un traître à la France.
Propos recueillis par
Hélène HADAS-LEBEL
ECONOMIE
Record historique
à la bourse de Tel-Aviv
PAR PHILIPPE MEYER
M
ais où s'arrêtera-t-elle ? La
bourse de TelAviv n'en finit
pas de progresser. Son
indice phare, le TA-25 qui regroupe
les 25 plus grandes entreprises qui
y sont côtées, a affiché le 6 avril
dernier le plus haut niveau de son
histoire à 1237 points, effaçant ainsi
le précédent record qui datait de
novembre 2007. Ni les bourses
américaines, ni les bourses
européennes n'en ont fait de même.
Depuis le plus bas niveau historique
atteint au plus fort de la crise en
novembre 2008, l'indice israélien
affiche une hausse de 110%, soit la
3ème meilleure performance de la
planète. Un beau bilan pour le
Premier
ministre
Benjamin
Netanyahu, un an après son arrivée
au pouvoir. Comme le soulignait
récemment Laurent Zecchini dans
un article consacré à ce sujet ( Le
Monde 12 avril), "Israël est un îlot
préservé des soubresauts de la
récession mondiale. Non seulement
l'économie locale est probablement
celle qui a été la moins touchée par
la crise, mais elle est aussi celle qui
en est sortie le plus vite".
Cette performance exceptionnelle
de la bourse s'inscrit dans un
environnement
international
porteur, dominé par un sentiment
globalement optimiste quant aux
perspectives
de
croissance
mondiale, quand bien même les
difficultés et les freins à cette
reprise n'ont pas disparu. Dans ce
contexte optimiste, c'est l'ensemble
des places boursières qui a retrouvé
des couleurs. Les indices boursiers
américains sont à leurs plus hauts
niveaux de l'année et l'Europe,
malgré la crise grecque, n'est pas
en reste avec de belles progressions
affichées au cours des semaines
écoulées. Mais la bourse de TelAviv fait mieux que de profiter de
l'optimisme global qui règne sur les
marchés financiers ; elle surpasse
ses
principales
rivales
des
économies développées. Il faut dire
que les investisseurs internationaux
sont, à juste titre, satisfaits des
dernières données économiques en
provenance d'Israël qui reflètent
une économie particulièrement
saine, dynamique et porteuse
d'espoirs pour l'avenir, permettant
ainsi aux capitaux de se porter sans
difficulté sur les actions
entreprises israéliennes.
des
D'une part, les résultats financiers
publiés récemment par un grand
nombre
d'entre-elles
ont
particulièrement
rassuré
en
affichant des bénéfices bien au-delà
des attentes et en conduisant ainsi
à une amélioration sensible du
moral des chefs d'entreprises
israéliens. D'autre part, même si la
situation du marché de l'emploi
demeure fragile au sortir de la crise
et demande désormais à prendre le
relais des signes de reprise qui se
multiplient,
les
motifs
de
satisfaction ne manquent pas : la
Banque centrale d'Israël vient de
La bourse de Tel Aviv a progressé de 110% depuis la fin 2008,
contre +40% pour les Etats-Unis, et +25% pour l'Europe
INFORMATION JUIVE Avril 2010 13
ECONOMIE
réviser à la hausse ses prévisions
du taux de croissance du Produit
Intérieur Brut (PIB) pour 2010 en le
portant de 2,5% à 3,5% (après 0,7%
en 2009).
Cette reprise particulièrement
rapide et solide après une crise sans
précédent s'appuie avant tout sur un
secteur technologique - le fleuron
d'Israël - qui demeure plus que
jamais la locomotive de l'économie
israélienne et dont les avancées par
rapports
à
ses
principaux
concurrents mondiaux lui font
aujourd'hui bénéficier de débouchés
très encourageants au moment où la
croissance mondiale se réveille à
nouveau. Mais il convient également
de souligner l'apport d'un secteur
bancaire qui n'a pas autant souffert
de la crise que ses homologues
américains ou européens, ce qui lui
permet de financer les besoins des
particuliers et des entreprises en
cette phase de redémarrage de la
machine économique, un maillon
essentiel de la chaine du mécanisme
de reprise.
14 INFORMATION JUIVE Avril 2010
Par ailleurs, le maintien prolongé
par la Banque d'Israël, comme
partout dans le monde, de taux
d'intérêt particulièrement bas à
1,25% a permis le retour des
investissements domestiques vers
le
marché
boursier,
plus
rémunérateur que les obligations,
et a en outre soutenu les dépenses
d'investissements qui commencent
brutaux. A la tempête de la crise a
brusquement succédé l'embellie de
la reprise. Illusion boursière ou
signal d'un horizon économique
dégagé ? La prudence doit bien sûr
rester de mise quand à la vigueur
et à la durée de cette euphorie, tant
l'environnement international et le
climat domestique comptent encore
de nombreux facteurs d'incertitudes
Illusion boursière ou signal d'un horizon économique
dégagé ? La prudence doit bien sûr rester de mise
aujourd'hui à porter leurs fruits. La
légère remontée des taux à 1,50%
récemment
décidée
par
le
gouverneur de la Banque centrale,
Stanley Fisher, sur fond de reprise
de l'activité, ne devrait pas, à cet
égard, avoir d'impact majeur.
Au total, si les niveaux atteints par
l'indice de Tel-Aviv sont historiques,
le
phénomène
n'a
rien
d'exceptionnel.
La
bourse
israélienne est en effet réputée pour
ses retournements de tendance
qui pourraient ponctuellement
éclipser l'optimisme ambiant et
conduire à des rechutes. Il ne faut
jamais oublier que la hausse des
cours de bourse est d'abord le
résultat d'anticipations sur la santé
de l'économie, et donc d'un pari des
investisseurs sur l'avenir d'une
économie israélienne qui semble à
nouveau mise sur les rails d'une
reprise solide et durable. Au vu des
dernières informations économiques
disponibles, gageons que ce pari se
révèlera être gagnant.
MÉDIAS
N'y allez plus …
I
nvité là, sur " Canal + ", pour un
débat sur la liberté d'expression,
c'est Alain Finkielkraut qui subit
le mépris et l'ironie grossière de
l'humoriste Guy Bedos.
Une autre fois, sur une autre chaîne,
le même Guy Bedos nous assène un
"sketch" sur les juifs… Son partenaire,
Patrick Timsit, prend des airs de
compère gêné…
Et puis on se souvient, il y a quelques
semaines, de l'odieuse séquence où sur
France 2, Claude Sérillon remettait à
Arthur, en guise de "cadeau", un livre
de Charles Enderlin. Il y ajouta un petit
perfides et des propos tordus. Et le tout
protégé sous le noble alibi du " débat"…
Car ce mot aujourd'hui a des accents
sacrés. C'est ainsi que Frédéric Taddeï
annonce les thèmes de ses émissions
par une formule devenue rituelle : "
Nous allons en débattre "…
Dès lors, à qui s'en prendre ?
A Ouria Boutelgia ? … A Ramadan ?…
A Guy Bedos ? … Certainement pas.
Mais au seul initiateur du " casting ".
Les autres ne sont que des pantins
qu'il a prémédités à l'avance pour
pouvoir les actionner en silence, et le
plus souvent en souriant…
Or de "débat", il n'y en aura pas car
dès le départ, les jeux sont faits. Il suffit
d'observer la composition du "plateau"
pour connaître la suite. Dis-moi qui tu
invites, je te dirai ce qui va se passer…
Car la polémique se vend bien. Si
les animateurs accueillent avec zèle
les invités "incompatibles" c'est pour
corser le débat c'est-à-dire pour faire
éclater la discorde.
Ainsi le prétendu débat s'impose
comme une fatalité dérisoire. Il ne
révèle rien d'autre que l'agressivité. Que
Quant au téléspectateur devant son
écran, il assiste, tel un voyeur, à un
débat qui jamais ne s'adresse à lui
puisque personne ne parle en son
nom.
Autant dire que devant les abus
de
pouvoir
du
discours
médiatique, le droit de réponse
nous est confisqué. Dès lors, que
ces propos nous choquent ou nous
blessent, on les encaisse sans dire
un mot.
Patrick Timsit
Alain Finkielkraut
commentaire qui vantait la prétendue
objectivité politique de l'auteur…
On était chez Drucker et Arthur était
là comme invité d'honneur… Sur son
visage alors on put lire la violence d'une
indignation retenue.
De ces épisodes médiatiques, il ne
reste que le sentiment du dégoût. Alain
Finkielkraut traité comme un "raciste"…
Timsit en garant juif… Et Arthur réduit
au silence devant la provocation.
Inutile désormais d'user son énergie
à démasquer les antisémites.
D'antisémites, il n'y en a pas. Il n'y a
que des montages, des assemblages
Arthur
peut-on attendre, en effet, d'un face à
face entre un membre du Likoud et
Shlomo Sand, cet ultraminoritaire qui
ne représente que lui-même… Ou
encore entre Tariq Ramadan et
Alexandre Adler ? … Pas plus qu'entre
Finkielkraut et Bedos !
Car la violence, qu'elle procède du
rire ou de la véhémence, anéantit tout
espoir de dialogue. La haine ne
dialogue pas. Et l'échec du discours ne
tient pas comme on le croit aux
divergences d'opinions mais à la
discordance des registres. L'un poursuit
l'analyse, l'autre hurle sa hargne. La
confusion des codes c'est la mort du
débat.
C'est ainsi qu'au nom-même de
la "liberté d'expression" et du droit
à "l'humour", on nous impose la
pire répression. Dictature de la
rigolade. Ou bien comme le dit
Milan Kundera : "fascisme du
divertissement"…
C'est là le paradoxe qui règle
notre temps. Le dialogue qui ne sert
plus à nourrir la pensée mais qui
génère la haine. Et le rire qui ne
sonne plus comme un signe de joie
mais comme une agression.
Quoi faire ? Il faudrait éviter ces
situations indignes, quitter ces
émissions, fuir ces terrains minés où
le sens outragé déserte le langage.
Alors à ces auteurs, ces penseurs et
ces maîtres qui tant de fois pourtant
se sont fait prendre au piège, on
voudrait dire : "N'y allez plus" !
Annie Lelièvre
INFORMATION JUIVE Avril 2010 15
JUIFS ET CHRÉTIENS
Entre fausses notes
et espérance
PAR PHILIPPE HADDAD
Quelques dates à retenir :
1940-1945 : 6 millions de nos frères
et sœurs juif périssent victimes du
nazisme.
1946 : L'historien Jules Isaac (18771963) achève "Jésus et Israël", ouvrage
qui va inaugurer un nouveau dialogue
judéo-chrétien.
1947 : "Les dix points de la conférence de Seelisberg" (Suisse). 70 participants venus de 19 pays les recommandent comme charte éducative pour
établir de nouvelles relations entre
Juifs et Chrétiens.
1948 : Naissance de l'Etat d'Israël.
Création de l'Amitié judéo-chrétienne
en France.
1959 : Jules Isaac rencontre le pape
Jean XXIII qui s'engage à ouvrir le
Concile Vatican II pour envisager de
meilleures relations entre Chrétiens et
Juifs.
1965 : Concile Vatican II : Déclaration "Nostra Ætate", notamment le chapitre 4, sur les relations entre l'Église
et la Synagogue.
50ème anniversaire de l'A.J.-C.F "La
Source de Vie", "Présence Protestante"
et "Le Jour du Seigneur" regroupent
leurs émissions pour débattre du dialogue entre Juifs et Chrétiens.
2000 : Le Pape Jean-Paul II se rend
à Jérusalem, à Yad Vashem, et se
recueille au Mur occidental du Tem-
Le dialogue franc et direct est le meilleur rempart
contre les dérives.
ple (le Kotel) en y déposant l'acte de
repentance prononcé quelques jours
auparavant à Rome.
2002 : Déclaration de Leuenberg établie par les Églises réformées et luthériennes : "Église et Israël".
Les fausses notes :
Ces quelques dates (et nous aurions
pu en ajouter d'autres) montrent que
les relations entre juifs et chrétiens se
sont renforcées depuis la Shoah. Certes, il faut rappeler ici que lorsque l'on
1986 : Le Pape Jean-Paul II rend
visite au Grand Rabbin de Rome, Elio
Toaff, à la synagogue de Rome.
1993 : Accord fondamental de reconnaissance entre le Saint-Siège et l'Etat
d'Israël.
1997 : Déclaration de repentance de
l'Église catholique en France, lue à
Drancy.
2000 : Sur France 2 à l'occasion du
16 INFORMATION JUIVE Avril 2010
parle du monde chrétien en France, il
s'agit surtout du catholicisme (majoritaire) et de l'Eglise réformée. Quant à
l'Eglise orthodoxe, si dans le monde
oriental elle reste indifférente, voire
hostile, à ce dialogue, il faut souligner
les bonnes initiatives dans l'Hexagone
émanant de prêtres ou de laïcs issus
de cette obédience. Est-ce à dire que
Philippe Haddad
tout va pour le mieux dans le meilleur
des mondes ? Pour être objectif, il faut
reconnaître que ce dialogue est autant
jalonné d'avancées significatives dans
l'élaboration d'un "nouveau regard"
pour une "théologie de l'estime", que
de "retours en arrière" et de résurgences de la dramatique "théologie de la
substitution" qu'on croyait pourtant
définitivement abandonnée.
Ces marches en arrière ou ces fausses notes nous renverront tout d'abord
à l'affaire du Carmel d'Auschwitz. En
1985, huit carmélites polonaises
s'étaient installées dans l'ancien théâtre du camp de concentration d'Auschwitz pour former un couvent, qui
devait devenir " une forteresse spirituelle et un gage de la conversion des
frères égarés ". L'affaire fit beaucoup
de bruit en son temps et engendra de
nombreuses protestations de la communauté juive et ce, durant cinq longues années d'âpres négociations,
avant une issue satisfaisante.
Plus près de nous, deux initiatives
papales ont de nouveau jeté de l'huile
sur le feu. Tout d'abord les intentions
de Benoît XVI de lever l'excommuni-
JUIFS ET CHRÉTIENS
cation qui pesait sur trois évêques
lefebvriste - dont l'évêque Williamson
ges possibles. Il suffit par exemple de
se rendre sur le site des amitiés judéo-
Le Pape cherche peut-être à unifier le monde
catholique face à une défection de fidèles dans une
société occidentale où, incontestablement, la pratique
religieuse s'étiole.
ouvertement négationniste - ont de
nouveau inquiété la communauté juive,
dans une période où le virus de l'antisémitisme refait surface. Signalons que
des jeunes issus de cette mouvance ont
largement perturbé l'intervention du
rabbin Rivon Krygier donnée le dimanche du Carême à Notre-Dame de Paris,
le 21 mars dernier. L'autre fausse note
a été entendue quand de nouveau le
Pape Benoît XVI à signer le décret d'héroïcité des vertus du Pape Pie XII, ce
qui constitue une première étape en
vue d'une béatification.
Le Pape cherche peut-être à unifier
le monde catholique face à une défection de fidèles dans une société occidentale où, incontestablement, la pratique religieuse s'étiole. Mais cette
volonté unificatrice ou ses
réformes au sein de l'Eglise
doivent-elles se faire dans l'oubli des faits historiques et au
détriment de la communauté
juive? En fait la mutation théologique supposée par Nostra
Ætate est loin d'avoir été entièrement assumée par tous les
théologiens et par tous exégètes catholiques.
chrétiennes de France pour se rendre
compte de la bonne santé de ce dialogue. Personnellement, nous avons reçu
Lâcheté
Le prédicateur de la maison
pontificale, le frère Raniero
Cantalamesa, en prononçant son
homélie pascale, a comparé les
accusations portées contre les prêtres
pédophiles à l'antisémitisme. Mais
il ne s'est pas contenté de cela. La
comparaison lui paraissait si
grotesque qu'il a préféré en attribuer
l'idée à " un ami juif " dont il aurait
reçu une lettre.
Les questions n'ont pas manqué de
lui être posées : a-t-il vraiment " un
des mails et un courrier nombreux de
la part de catholiques fervents qui ne
se reconnaissaient nullement dans les
dernières décisions papales. Je crois
que le dialogue franc et direct est le
meilleur rempart contre les dérives.
Alors plutôt que de rester frileux
devant cette bénédiction de la rencontre, ne vaut-il pas mieux y voir un chemin salutaire ? Entre être un fou de
Dieu et un fou de dialogue, personnellement nous avons choisi la
seconde folie !
ami juif " ? Quel est son nom, s'il en
a un ? De quoi s'occupe cet ami pour
venir mettre son nez dans un
problème qui ne le concerne en rien
? Quant à la lettre en question, peuton en voir le texte ?
A toutes ces questions, le
prédicateur a opposé un silence
radio. Y compris quand c'est la
secrétairerie d'Etat, au Vatican, qui
lui a posé la question…
Si bien qu'on peut dire qu'à
l'imbécillité de la comparaison qu'il
a avancée, le prêtre a ajouté une
chose: la lâcheté.
Nous de l'espérance :
Malgré ces fausses notes, il
reste qu'au niveau des relations de base entre Juifs et
Chrétiens (catholiques et protestants) les choses se passent
différemment. Les colloques,
les débats, les cercles d'étude
autour de la Bible et des Evangiles (au plan historique ou
religieux) demeurent bien
vivants, et toujours dans la
vigilance quant aux dérapaINFORMATION JUIVE Avril 2010 17
HUMEUR
Interrogations
OOO
Godard
Voilà que le philosophe BernardHenri Lévy décide, dans son BlocNotes du Point du 8 avril dernier, de
voler à la rescousse du cinéaste
Jean-Luc Godard. Si on a bien compris la réflexion que développe notre
ami, il considère que traiter Godard
Quand j'entends cette
phrase et d'où qu'elle
vienne, je sais,
de science sûre, à qui
j'ai affaire.
d'antisémite c'est faire injure à un
artiste considérable ( ce qui, de toutes manières, est discutable ) et c'est
tenter de disqualifier son œuvre
entière ( ce qui constitue, que l'on
parle de Godard ou de Céline, le
droit de chacun ).
La seule chose que BHL soit disposé à concéder dans cette chronique c'est qu'en effet le rapport de
Godard au fait juif est " complexe,
contradictoire, ambigu ". Va pour
ambigu, mais le lecteur ne saura pas
en quoi, par exemple, ce rapport est
complexe. Il y a, nous semble-t-il,
une question - et une seule - à
laquelle, curieusement, le philosophe ne fait aucune référence, et que
l'on peut trancher sans ambiguïté :
M.Godard a-t-il, oui ou non, prononcé la formule qu'on lui prête:
"C'est toujours la même chose. Les
juifs vous appellent quand ils entendent le bruit du tiroir-caisse" ?
Personnellement quand j'entends
cette phrase et d'où qu'elle vienne,
je sais, de science sûre, à qui j'ai
affaire.
18 INFORMATION JUIVE Avril 2010
OOO
L'ami d'Ahmadibejad
Dans un entretien qu'il a accordé à
un grand quotidien du matin, le Premier ministre de Turquie Recep Tayyip
Erdogan parle de son " cher ami
Ahmadinejad " . Mais alors pourquoi
feint-il de s'étonner de susciter des
désaccords sur l'adhésion de son pays
à l'Union européenne ?
OOO
Reconquista ?
Voilà qu'on annonce ( Le Figaro du
5 avril 2010 ) que des touristes musulmans mettent en émoi Cordoue " la
catholique ". En se prosternant dans
la cathédrale de la ville, ils créent un
incident. Il semble que, depuis des
années, les autorités islamiques locales, y compris les plus modérées d'entre elles, revendiquent le droit de pouvoir " partager la mosquée " avec les
chrétiens. Il faut rappeler que l'édifice - inscrit au patrimoine mondial
de l'Unesco - avait été transformé en
cathédrale au 13ème siècle.
S'achemine-t-on vers une Reconquista à l'envers ? Une autre guerre
de religion en perspective ?
OOO
Une bonne nouvelle
Il y a quand même de temps à
autre, dans le flot des nouvelles, des
informations réjouissantes : ainsi on
Il y a quand même de
temps à autre, dans le flot
des nouvelles, des
informations réjouissantes
apprend que l'hebdo lancé en septembre 2008 par le dessinateur qui se
revendique comme antisémite, Siné,
s'arrête, faute de lecteurs.
Personnellement, je ne le pleurerai
pas.
OOO
Pitres
On se rappelle comment, il y a quelques semaines, Vincent Peillon s'était
conduit à l'égard de la rédaction en
chef de France 2. Et voilà qu'un autre
homme politique, M.Jean-Luc Mélenchon, se livre face à un jeune journaliste à une attaque des plus violentes
et des plus vulgaires. Fort bien !
On attend maintenant de voir si les
journalistes vont réagir par dignité.
Imaginons un instant que leurs
confrères de la presse radio, télé et
écrite décident de ne plus inviter ces
pitres de la vie politique. Imaginez
qu'ils les inscrivent comme on dit " au
cimetière ". Puisque nous faisons un
"métier pourri".
Il n'est pas interdit de rêver, non !
OOO
Réfugiés
Qui aurait pu penser que l'Etat d'Israël serait aujourd'hui , à l'instar des
démocraties occidentales, confronté
au grave problème que constitue l'immigration clandestine. Selon des chiffres officiels publiés par le quotidien
Maariv ( 26 mars 2010 ) , les immigrants illégaux sont aujourd'hui au
nombre de 25.000. D'ici la fin de l'année, leur nombre risque de passer,
ajoute notre confrère, à 30.000 ou
40.000. Ils viennent notamment du
Soudan, d'Ethiopie, du Congo, de la
Côte d'Ivoire, après un bref séjour en
Egypte. " Pourquoi viens-tu en Israël
" a-t-on demandé à un réfugié soudanais. " Parce que, en Israël, je peux
gagner 4 dollars de l'heure, et qu'en
Egypte je ne peux que rêver d'un tel
salaire "
Et comme partout ailleurs, le débat
oppose, au sein de la société israélienne, ceux qui considèrent que l'arrivée de plus en plus massive de ces
HUMEUR
clandestins est de nature, à plus ou
moins longue échéance, à mettre en
danger le caractère juif de l'Etat d'Israël et ceux qui déclarent, non sans
raison : Nous aussi, nous avons été
jadis des réfugiés. Comment oserionsnous fermer l'entrée du pays quand
des hommes et des femmes frappent
à notre porte et nous demandent de
leur porter secours ? Est-ce là la
morale juive ?
Le gouvernement Netanyahou n'a
pas encore défini une politique
claire à cet égard. Et on comprend
que le problème ne soit pas simple
à résoudre…
OOO
doute l'auteur est-il masochiste : non
seulement il est nullissime mais il
tient à ce que cela se sache.
Eh bien voilà qui est fait. (Le statut personnel des juifs du Maroc.
Droit et pouvoir. Par Hanania Alain
Amar Editions L'Harmattan)
OOO
Neher
OOO
On voudrait rappeler ici ce que le
grand théologien André Neher - si
injustement oublié aujourd'hui par
l'intelligentsia juive française - disait
de l'identité juive : "Je suis juif en
cette ligne étroite mais assumée,
escarpée mais ineffaçablement tracée, où se rejoignent le temps et
Détestable
On hésite en consultant cet objet
(on n'ose pas appeler cela un livre)
entre le rire et la colère : voici un
homme qui s'autorise - et sur quel
ton!- à vouer les rabbins du Maroc
à tous les diables,les traitant au
mieux d'incapables et au pire d'abêtisseurs, alors que lui-même fait la
preuve dans ces quelques pages
d'une inculture juive vertigineuse.
Si bien qu'on se pose tout au long
de la lecture la question de savoir
d'où viennent à cet homme à la culture juive primaire - tout psychiatre
qu'il est - une telle satisfaction de
lui-même et une telle arrogance
dans son expression. Quand on écrit
asserot hadevarim d'un côté et
kitoubba de l'autre, c'est que, sans
doute, on n'a pas pris soin de prêter
l'oreille aux enseignements de ces
maîtres qu'il abhorre tant et qu'il
voue aux gémonies.
Bien plus, cet auteur de troisième
type passe son temps à se citer luimême : "ainsi que je l'ai écrit" ou
encore "ainsi que je vais l'écrire dans
un livre si mon éditeur l'accepte".
Et c'est là la deuxième question
que pose en vérité cet objet : comment expliquer qu'un éditeur ayant
pignon sur rue puisse accepter de
publier ces pages détestables ? Sans
André Neher
l'éternité, l'histoire et le rite, la
contemplation et l'action, la solitude
et le compagnonnage, le bonheur et
le devoir, la vie et le martyre. Je suis
juif non pas tel que me voient les
autres, ni tel que je me vois moimême, mais tel que je suis vu par
Dieu"
Superbe, non ?
OOO
peut ( elle doit ) faire réfléchir chacun d'entre nous : " Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont
pour point de départ un respect profond du passé. Tout ce que nous faisons, tout ce que nous sommes est
l'aboutissement d'un travail séculaire"
La télé, un démon ?
On sait que dans un certain nombre de milieux ultra- orthodoxes, à
Jérusalem en particulier, l'appareil
de télévision est considéré comme
un objet interdit parce qu'il abêtit
les esprits et pollue les cœurs. Beaucoup de nos lecteurs considèrent
sans doute cette attitude comme
réactionnaire et relevant purement
et simplement de l'obscurantisme.
Sans doute y a-t-il - ainsi que le
disait Malraux - une télévision pour
passer le temps et une autre pour "
comprendre son temps ". Jusqu'au
jour où on découvre que le brillant
rédacteur en chef de Philosophie
Magazine, M.Alexandre Lacroix,
dans son éditorial du numéro de
mars dernier, écrit ceci : " Pour ma
part, je ne crois pas qu'il y ait une
bonne ou une mauvaise télévision je préfère qu'il n'y ait pas de télévision du tout. En fait, si je refuse
d'avoir la télé, c'est pour une raison
bien moins relevée : la vie me paraît
plus belle sans… La télé est un
démon difficile à contrôler".
Et c'est un homme des lumières
qui écrit cela…
Des regardants
Deux phrases auxquelles il m'arrive souvent de réfléchir. D'abord
celle d'André Breton qui, dans son
manifeste du surréalisme et alors
que la télévision n'était pas née,
avait écrit de manière prémonitoire:
"Il viendra un jour où les images
remplaceront l'homme. Celui-ci
n'aura pas besoin d'être mais de
regarder. Nous ne serons plus des
vivants mais des regardants".
L'autre formule est de Renan. Elle
OOO
Etudier
On raconte que le père de Diderot
a dit un jour à son fils :
- Mais enfin, que va-t-on faire de
vous ? Que voulez-vous ?
Et le fils de répondre comme l'aurait fait n'importe quel sage fréquentant le Beth Hamidrach, la Maison
d'études :
- J'aime l'étude. Je ne demande
pas autre chose !
V.M
INFORMATION JUIVE Avril 2010 19
LA VIE DU CONSISTOIRE
" Au service de l'œuvre
du Consistoire "
UN ENTRETIEN AVEC SIMON MAREC*
OOO Information Juive : Vous êtes Secrétaire
général de l'Association consistoriale de Paris.
Vous occupez, de ce fait, un poste-clé au
cœur même de l'institution. Quelles sont vos
responsabilités et en quoi consiste la fonction
qui est la vôtre ?
Simon Marec : Il me faut d'abord dire
que j'assume mes responsabilités
évidemment sous l'autorité du président
du Consistoire de Paris dont j'applique
les directives. Pour dire les choses d'un
mot, j'ai en charge la bonne marche au
quotidien des différents services de
l'institution ainsi que la coordination de
l'ensemble des activités de notre
organisation.
président du Consistoire m'a confié la
responsabilité des services comptables de
l'Institution.
J'y ai peu à peu, gravi quelques
échelons
puisque
j'ai
occupé
successivement les fonctions de directeur
financier, secrétaire général adjoint puis
Secrétaire général.
Du mois de janvier 1997 à octobre
2007, j'ai été amené pour différentes
raisons à interrompre ma mission au
Consistoire. Après cette interruption, les
Le poste de Secrétaire général
correspond à une fonction d'interface
entre les élus (membres du conseil
d'administration) qui naturellement ont
une légitimité démocratique et les
différents services qui ont, eux, une
compétence professionnelle technique et
administrative.
J'ajoute que j'ai pour préoccupation
d'animer, d'encadrer et de coordonner
l'activité des différentes équipes. Bref, j'ai
la responsabilité de veiller au
fonctionnement
harmonieux
de
l'organisation ainsi qu'à l'image qu'elle
donne
d'elle
auprès
de
nos
coreligionnaires
Le poste que j'occupe me conduit enfin
à participer à de nombreuses instances
(bureaux, conseils, commissions……) et
à entretenir de multiples relations aussi
bien auprès des directeurs responsables
des autres Institutions de la communauté
qu'auprès de différents ministères et
administration.
Il faut enfin noter que dans
l'organisation actuelle de l'ACIP, je cumule
les fonctions de Secrétaire général et
celles de directeur financier.
I.J : Quel a été votre parcours personnel ?
Quand êtes vous arrivé à l'ACIP ? Pourquoi
avoir choisi d'exercer cette fonction ?
S.M : J'ai commencé ma mission à
l'ACIP en février 1977. A cette époque, le
20 INFORMATION JUIVE Avril 2010
Simon Marec,
Secrétaire général du Consistoire de Paris
dirigeants du Consistoire de Paris ainsi
que le grand rabbin de Paris m'ont
demandé instamment de réintégrer le
poste de Secrétaire général.
Ce qui m'a conduit à engager ma
carrière au sein du Consistoire ? Peut-être
est-ce ma manière à moi de concilier à la
fois les compétences que j'ai acquises
dans le domaine de la gestion financière
avec ma volonté d'agir au sein de la
communauté juive. Juif respectueux des
traditions religieuses et des rites de mes
pères, soucieux aussi de la transmission
à mes enfants d'une forte identité juive,
j'aurais sans doute eu bien du mal à
exercer telle ou telle activité
professionnelle ailleurs qu'au sein de la
communauté juive.
C'est peu de dire que les problèmes que
je rencontre jour après jour au sein de
l'institution me passionnent. Cela ne
signifie pas certainement qu'ils sont
toujours faciles à résoudre. Mais au moins
j'ai le sentiment d'être aujourd'hui
relativement utile et au service de notre
communauté dans les défis auxquels elle
est aujourd'hui confrontée.
I.J : Que représente l'ACIP en quelques
chiffres ?
S.M : Des chiffres ? En voici quelques
uns en vrac : 24 000 000€ de budget de
fonctionnement ; 300 permanents dont
80 personnes affectées au siège ; 35 000
adhérents ; 80 communautés ; 1900
élèves au Talmud Thora ; 810 mariages
célébrés
annuellement
;
1450
inhumations et purifications ; 1760
certificats de judaisme, célibat et mariage
; 350 guittin (divorces religieux) délivrés
annuellement ; Un abattage réalisé sur
35 sites différents(abattoirs) avec une
production de plus de 4000 tonnes
annuelles de viande bovine et ovine ; 65
boucheries ; 207 restaurants ; 44
pâtisseries ; 53 traiteurs ; 2 200 réceptions
sous contrôle du Beth Din de Paris ; 10
négociants en vins et alcools ; 750
références de vins et alcools étiquetée
Beth Din de Paris ; 150 sociétés et usines
bénéficiant de la certification Beth Din
de Paris ; 2 500 produits certifiés Beth Din
de Paris.
I.J : Quel est selon vous le défi essentiel
auquel le Consistoire de Paris est confronté
aujourd'hui ?
S.M : Il y a aujourd'hui une réalité dont
chacun doit prendre conscience : le
Consistoire doit impérativement se
transformer afin de s'adapter aux
circonstances du moment. C'est une règle
qui vaut pour toute institution : changer
ou perdre son dynamisme. Qui ne voit
que la communauté juive d'aujourd'hui
n'est plus celle d'il y a seulement trente
ans et qu'elle se transforme de jour en jour
à la fois sociologiquement et dans
l'expression de ses besoins ? Je considère
que notre premier chantier est celui-là.
Notre devoir aux uns et aux autres est
donc de nous adapter à ces changements.
-*Secrétaire général
du Consistoire de Paris
LA VIE DU CONSISTOIRE
Rencontre
avec la communauté juive d'Enghien
et tout récemment nous avons ouvert une
branche locale de la Coopération
Féminine. Nous accueillons également
une branche locale du Bnai Brit, très
active. Sur le plan religieux, la
communauté entretient un Mikvé pour
les dames répondant aux normes
halakhiques les plus exigeantes. Nous
achèverons bientôt la construction d'un
Mikvé pour la vaisselle, qui sera très utile
pour les fidèles. Et mentionnons bien sûr
les Bar Mitsva, les mariages, les kidouch
communautaires, les conférences, les
galas et fêtes de la communauté, etc...
OOO Information Juive : En tant que
Président, présentez-nous en quelques mots
la Communauté d'Enghien…
Jules Marciano : La communauté
d'Enghien-les-Bains est la troisième
communauté du Val d'Oise, après
Sarcelles et Garges-les- Gonesse. Elle
rassemble de 800 à 900 familles qui
habitent Enghien et les cinq communes
qui lui sont limitrophes (Epinay-surSeine, Deuil-la-Barre, Soisy-sousMontmorency, le bas de Montmorency et
Saint-Gratien). Le rite est Séfarade depuis
le milieu des années 1960.
I.J : Quelles sont les grandes dates et les
grands événements qui ont marqué votre
Communauté ?
J.M : La Synagogue d'Enghien-lesBains est l'une des plus anciennes d'Ilede- France. Dans les années 1880, un
groupe de juifs ashkénazes qui venaient
régulièrement pour la cure décident de
bâtir une synagogue à Enghien. Les plans
sont élaborés par Alfred-Philibert
Aldrophe, l'illustre architecte de La
Victoire et de la Synagogue de Versailles.
La Synagogue est inaugurée en 1889 par
le Grand Rabbin de France Zadoc Kahn.
Durant la seconde guerre mondiale, la
communauté juive paie un lourd tribut :
de nombreux juifs tombent au champ
d'honneur ou sont victimes de la
déportation. Une plaque sur laquelle
figurent leurs noms est apposée à
l'entrée de la Synagogue pour
rappeler sans cesse leur mémoire.
Dans les années 60 et 70, l'arrivée
des Juifs d'Afrique du Nord permet
de renforcer le tissu communautaire
ravagé par la guerre. Dans les
années 80, le Synagogue, devenue
trop petite, est agrandie et sa
capacité d'accueil est multipliée par
4. Enfin, en 2001, pour répondre aux
besoins communautaires, le Conseil
d'Administration inaugure une salle
polyvalente de 170m2 située sous la
Synagogue.
I.J : Parlons de l'actualité de la
Communauté d'Enghien…
J.M : La communauté d'Enghienles-Bains offre aujourd'hui de
nombreux services et infrastructures
à ses fidèles : Tout d'abord le minyan
y est assuré tous les jours de la
Jules Marciano,
Président de la Communauté d'Enghien
semaine matin et soir, et douze mois sur
douze, le Chabbat matin, la communauté
propose même deux minyanim. De plus,
durant la semaine et le Chabbat, le
Rabbin dispense une palette de cours de
Torah. A l'intention de la jeunesse, nous
disposons : d'un Talmud Tora performant
(classé 2e parmi tous les Talmudé Tora en
2009), d'une cantine cacher accueillant
70 enfants, d'une branche locale des
Eclaireurs Israélites, de très belles
activités sportives élaborées par le
Maccabi Sporting Club, et des Chabbats
de la jeunesse sont organisés
régulièrement. Pour ce qui est du public
féminin, nous bénéficions d'un excellent
Club des Dames qui réunit chaque
semaine plusieurs dizaines de femmes,
I.J : Quels sont vos souhaits et vos projets
pour la Communauté d'Enghien ?
J.M : Nous souhaitons continuer à
développer, avec l'aide de D., les activités
à l'intention de la jeunesse qui reste notre
priorité. Nous souhaitons également
continuer à améliorer le confort des
fidèles, à répondre aux attentes multiples
de la Communauté
et à son
accroissement constant. Enfin, je profite
de cette interview pour rappeler à quel
point nous sommes heureux d'accueillir
tout un chacun dans la communauté, quel
que soit son degré de pratique religieuse.
Et pour terminer, je prie Hachem pour
qu'il continue de nous accorder la plus
belle des bénédictions : le Chalom.
Amen!
La synagogue d’Enghien
INFORMATION JUIVE Avril 2010 21
LA VIE DU CONSISTOIRE
Région Parisienne pour passer ensemble
magnifique Chabbat au château de Chaumont.
Le service éducatif de l' ACIP
organise un chabbat plein
au château de Chaumont
Ce Chabbat était encadré par le Directeur du
Service Educatif, Rav Méïr MOATY, le
Rabbin Mickaël JOURNO - Rabbin
de la Communauté de Fontenayaux-Roses-, le Rabbin Bruno
ELBAZ - Rabbin de la
Communauté d'Asnières-, le
Rav Ménahem ENGELBERG ainsi que les jeunes
de la 'Hazac.
C
ela fait déjà plusieurs
années que le Service
Educatif du Consistoire s'investit et se
mobilise pour donner la
possibilité à des enfants
du
Talmud
Torah
provenant
d'écoles
laïques
qui
ne
connaissent pas ou qui
nepratiquent pas le
Chabbat de découvrir
un Chabbat dans un
cadre agréable, joyeux et
convivial afin de leur faire
découvrir le plaisir du
Chabbat.
Toute cette équipe très
dynamique a rendu ce
Chabbat un moment
formidable.
Cette année, le Chabbat du 20
mars 2010 (5 Nissan 5770) Parachat
Vayikra, le Service Educatif a rassemblé plus
de 60 enfants des différents Talmudé Torah de Paris et
Yom Haatsmaout
unitaire à la Victoire
C
’est une synagogue de la
Victoire comble et aux couleurs
d’Israël qui a été le théâtre de la
grande soirée unitaire de la
communauté juive qui commémorait
Yom Hazikaron et Yom Haatsmaout,
avec les mouvements de jeunesse, en
liaison avec le Consistoire de Paris, le
Consistoire Central, la communauté de
la Victoire et de nombreuses institutions
juives. De nombreuses personnalités de
la communauté juive étaient présentes
parmi lesquelles le grand rabbin de
France Gilles Bernheim, le grand rabbin
de Paris David Messas, le Président du
22 INFORMATION JUIVE Avril 2010
un
Chants, prières, cours,
débats et échanges sur le
Judaïsme et l'identité juive et
dégustations
de
mets
traditionnels ont bercé ce Chabbat
à la sortie duquel une soirée
Israélienne et un spectacle de magie
attendaient les enfants.
Consistoire de Paris Dov Zerah, le
Président du Consistoire Central Joël
Mergui, le Président du Crif Richard
Prasquier, l’Ambas-sadeur
d’Israël en France Daniel
Shek, le Président du KKL
France Frédéric Nordmann, la
Présidente de la Fondation
France-Israël Nicole Guedj et
de nombreux dirigeants des
principales institutions et
associations juives. Les
différentes interventions des
personnalités ont toutes mis
l’accent sur la fierté d’Israël, la
solidarité avec Israël et le soutien
indéfectible avec Israël et sa capitale
éternelle Jérusalem. La soirée a débuté,
comme c’est traditionnellement le
cas, par la célébration de Yom
Hazikaron à la Mémoire des plus
de 22 000 victimes israéliennes des
guerres et du terrorisme depuis la
création de l’Etat il y a exactement
62 ans. Minute de silence sous le
son des sirènes, El Malé
Rachamim entonné par le chantre
de la grande synagogue, allumage
des bougies par des jeunes à la
mémoire des victimes israéliennes,
Kaddich récité par le père de Yohan
Zerbib z’’l tombé lors de la dernière
guerre du Liban, ont marqué dans la
ferveur et l’émotion le souvenir des
disparus. Mais après la tristesse et le
recueillement, place a été faite à la joie
et à la l’allégresse avec les chants et la
musique du groupe Adama présent
dans la synagogue qui ont permis aux
nombreux jeunes, et aux autres, de
danser et de fêter Israël en brandissant
avec fierté les drapeaux bleus et blancs.
Une soirée unitaire, émouvante et
joyeuse où la communauté juive dans
son ensemble a prié, pleuré et chanté
Israël, et qui s’est bien sûr achevée sur
le son de la Hatikva reprise en chœur
par toute l’assistance.
LA VIE DU CONSISTOIRE
Shaul Mofaz
au Consistoire de Paris
M
. Shaul MOFAZ, ancien Ministre de la
Défense, ancien Chef d'Etat-major de Tsahal
et Député à la Knesset, a été invité à déjeuner
au Consistoire de Paris le vendredi 9 avril 2010, à
l'initiative du Président Dov ZERAH et de M. Gil TAIEB,
Vice-président et Président de la Commission Israël du
Consistoire de Paris.
BRÈVES
- Le Consistoire de Paris a appris
avec infiniment de peine et tristesse
la terrible tragédie qui a frappé la
Pologne. Il a exprimé ses
condoléances à l'Ambassadeur de
Pologne à Paris
- Le Grand Rabbin Bruno FISZON a été
élu membre correspondant de
l'Académie Vétérinaire de France. C'est
la première fois q'un rabbin ou grand
rabbin est élu !
- Jeudi 15 avril, en présence de Shimon
Peres, Président de l'Etat d'Israël, de
Bertrand Delanoë, Maire de Paris, de
Rachida Dati, Maire du 7ème
Arrondissement, ainsi que de
nombeuses personnalités de la
Communauté juive, dont le Président
du Consistoire Central, a eu lieu
l'inauguration de l'esplanade Ben Gourion à l'espace
vert au droit du quai branly en hommage à celui qui
proclama voici 62 ans l'indépendance de l'Etat d'Israël.
A son arrivée à Paris, le Président Shimon Peres avait
été accueilli par les dirigeants de la Communauté juive.
Assistaient notamment à ce de déjeuner le Grand
Rabbin de Paris David MESSAS, le Av Beth Din de Paris
Jirmiyahu KOHEN, Le Président du CRIF Richard
PRASQUIER, le Président du FSJU Pierre BESNAÏNOU,
M. Sammy Ravel, Ministre-Plénipotentiaire près
l'Ambassade d'Israël, étaient présents.
Après un discours de bienvenue à M. et Mme Shaul
MOFAZ et un rappel de l'activité des Institutions
centrales de la Communauté, le Président Dov ZERAH
a souligné le soutien indéfectible de la Communauté
juive pour l'Etat d'Israël.
M. Richard PRASQUIER, Président du CRIF a rappelé
l'action et l'engagement du CRIF en faveur de l'Etat
d'Israël.
M. Shaul MOFAZ a présenté son analyse de la
situation sur le terrain et dans la région. Il a rappelé que
depuis 3 ans 9 mois 14 jours nous attendons tous la
libération de Gilad SHALIT. Il a ensuite présenté ses
propositions pour la paix, et a insisté sur la nécessité de
développer en Israël une politique sociale active et
dynamique pour enrayer la pauvreté.
Le grand Rabbin de Paris a clos le déjeuner en
formulant l'espoir que la paix s'installe rapidement au
Proche orient. Il a terminé en bénissant la République
française, l'Etat d'Israël, le peuple juif, et a souhaité
Chabat Chalom à tous les participants, et notamment à
M Shaul MOFAZ qui a participé à la prière du vendredi
soir à la communauté consistoriale de Neuilly-sur-Seine.
- Dimanche 18 avril, les balaniot –
dames responsables du rituel dans
les mikvaot - ont participé à une
journée de formation continue. Sous
la haute autorité du Grand Rabbin
de Paris, David Messas et en
présence du Av Beth Din, Rav Yermyahou M. Kohen,
le Rav Elie Dreyfuss a abordé deux thèmes : l’accueil
des femmes, qui découvrent la mitsva du mikvé et, la
spécificité de la gestion des immersions le chabbat
et les jours de fête. Le Grand Rabbin Pierre-Yves Bauer
a, quant à lui, traité de la conformité religieuse du
bassin du mikvé et du traitement de l’eau pour
garantir un bon niveau sanitaire.
- Le Ministère des anciens combattants
et victimes de guerre & le Consistoire
de Paris organisent une cérémonie lundi
3 mai à 18h30 à la synagogue du
quartier latin 75005 Paris pour la commémoration de
la Victoire du 8 mai 1945. La cérémonie aura lieu en
présence du Représentant de la Présidence de la
République et des Autorités civiles et militaires.
- A l'occasion de Yom
Yeroushalaim, une avantpremière du film "Le syndrome
de Jerusalem" sera organisée le
mardi 11 mai à 20h00 au cinéma
Le Lincoln, 14 rue Lincoln 75008
Paris, en présence des
réalisateurs Stéphanie Bellaïsch
et Emmanuel Naccache.
Réservations en ligne sur www.consistoire.org
INFORMATION JUIVE Avril 2010 23
LA VIE DU CONSISTOIRE
Cérémonies
de Yom Hashoah
du Consistoire
L
es commémorations de Yom Hashoah, dont la
journée a été instituée par l'Etat d'Israël,
avaient lieu cette année du dimanche 11 avril
au soir au lundi 12 avril au soir.
A l’appel du Consistoire de Paris , de la Commission
Shoah et du Rabbin Olivier Kaufmann, un office
solennel en la Synagogue Charles Liché devait clore
la journée du Yom Hashoah, en présence du Grand
Rabbin de Paris, de Shaul Mofaz, ex vice-premier
ministre d’Israel, du Consul d’Israël Rachel
Agam, de Dov Zerah et de Joël Mergui au
nom des Consistoires, de Moïse Cohen
et Denis Elkoubi de la Commission
Shoah de l’ACIP, du Dr Marc
Zerbib, Jacky Fredj au nom du
Mémorial, P. Allouche de la
FMS, Gilles Taieb pour l’ABSI,
des élus en particulier des
4ième, 3ième et 10ième
arrondissement, des responsables d’associations et de
leurs porte-drapeaux, ainsi que
de nombreux jeunes du Talmud
Thora et d’un parterre archi
comble de fidèles.
Milo Adoner, ancien d’Auschwitz,
vice-président de la synagogue
témoigna de ce que fut le martyrologue
des victimes, avant d’exhorter les jeunes à ne
jamais oublier. Puis, après l’interprétation d’un
psaume et d un chant Yiddish par Gabriel Neuman
enseignant au Talmud Torah prirent la parole : Dov
Cérémonie dans la crypte du Mémorial de la Shoah
24 INFORMATION JUIVE Avril 2010
Cérémonie à la Place des Vosges
Zerah au nom de l’ACIP qui incita chacun à s’opposer
à la résurgence des forces du Mal, le rabbin
Olivier Kaufmann, lequel en appela à
cultiver la Mémoire de la Résistance
Juive sous toutes ses formes, Joel
Mergui pour le
Consistoire
central qui rendit hommage aux
victimes, aux survivants de la
Shoah et à Israël en la
personne de Shaul Mofaz
ancien chef d’Etat Major de
Tsahal qui tint des propos
fermes et chaleureux et enfin
le Grand Rabbin de Paris,
David Messas qui souligna que
l’avenir de la Mémoire était
confié désormais aux enfants.
Au cours de cette émouvante
cérémonie, 6 bougies furent allumées
par les survivants présents, puis les
enfants de la shoule se relayèrent à la Teba
pour lire des témoignages dont ceux de Alfred et
Esther Elkoubi, ainsi que différents textes et poèmes,
avant que le rabbin Olivier Kaufmann
n’interprète le “El male Rahamim”, suivi du
“Kaddish”, et des prières pour la République
Française et de l’Etat d’Israël.
Plus tôt dans la journée, à l'initiative du
Président du Consistoire Central, et avec le
concours d'Eric de Rothshild, Président du
Mémorial de la Shoah, une cérémonie religieuse
s'est déroulée dans la crypte du Mémorial, en
présence notamment de David Messas, grand
rabbin de Paris, de Me Robert Badinter, de
l'aumônier général des armées, accompagné des
aumôniers militaires, et de plusieurs rabbins et
présidents de communauté. Trois classes d'enfants
des écoles Yaguel Yaacov (Montrouge) et Alef
(Neuilly) étaient également présentes, ainsi que
de nombreux jeunes de la Hazac'. Le Rabbin
Mevorah Zerbib a chanté El Malé Rahamim puis
un Kaddich a été récité.
REPÈRES
Le kibboutz : cent ans après
Le Financial Times de Londres publie une étude sur l'état
des kibboutzim en Israël. Des extraits de cet article ont
été traduits par l'hebdomadaire Courrier International dans
son édition du 18 mars. Le journal rappelle d'abord que le
premier kibboutz a été créé, en 1910, à Degania, près du
Lac de Tibériade par des juifs originaires de Russie et qu'en
février 2007, les membres de ce kibboutz ont décidé à une
écrasante majorité ( 85 % des voix à de transformer la
coopérative en société privée et de mettre en place des
salaires différenciés.
Le Financial Times écrit : " Aujourd'hui bon nombre de
kibboutzim sont propriétaires d'entreprises florissantes qui
fonctionnent exactement comme leurs concurrentes privées
- notamment dans le secteur du tourisme. Et certains
d'entre eux ont pleinement embrassé l'idéologie capitaliste:
22 société sont actuellement cotées en bourse à Tel Aviv,
New York et Londres…La transformation de ces bastions
du socialisme en coopératives capitalistes est avant tout
le reflet d'une profonde évolution de la société
israélienne(…) .Les principes fondateurs n'ont toutefois
pas tous été balayés. Les maisons, les terres et les outils
de production sont toujours propriété de la collectivité "
Un expert parle
Le chemin de la Knesset
Méir Klifi qui a été durant longtemps le secrétaire pour
les questions militaires du Premier ministre Benjamin
Nétanyahou. Dans un entretien qu'il a accordé au
quotidien israélien Maariv, le 19 mars dernier, il a
déclaré à propos des menaces proférées contre Israël
par les dirigeants iraniens : " Je ne souhaite pas
envisager un scénario apocalyptique. Mais je veux
ajouter ceci : si notre peuple connaissait 10 %
seulement de la puissance de notre pays, il dormirait
apaisé, se réveillerait le matin dans la paix et la
sécurité et dans l'après-midi il rendrait hommage à
ceux qui l'ont conduit à cette situation. Il y a des
domaines dans lesquels nous figurons parmi les
meilleurs au monde… "
Interrogé sur l'affaire Chalit, l'expert militaire a déclaré:
"Vous savez que la libération de terroristes encouragera
de nouvelles captures dans l'avenir. Il y a dans le pays
des familles qui ont perdu des enfants dans tel ou tel
acte de terrorisme. Ne pensez-vous pas que nous avons
le devoir de manifester à leur égard aussi
compréhension ? "
La presse en Israël ne cesse pas d'évoquer la possibilité
pour un journaliste de la télévision Yaïr Lapid de se lancer
dans l'arène politique où les sondeurs lui prédisent d'arriver
bien vite à un poste de responsabilité., On parle même excusez du peu - pour le coup de Premier ministre.
Rappelons que Yaïr Lapid est le fils de celui qui fut un temps
ministre de la justice Tommy Lapid, véritable bête noire
des milieux religieux en Israël.
Le fils Lapid n'a pas encore décidé s'il allait entrer en
politique. S'il le faisait, il serait un des nombreux
journalistes du pays qui se sont, ces dernières années,
lancés dans le domaine politique sans que l'on voie ce qu'ils
ont pu apporter à lascène politique du pays. Citons pour
mémoire Nissan Horowitz et Daniel Ben Simon, anciens
journalistes du Haaretz, devenus l'un et l'autre dépités ;
Silvan Chalom, ancien rédacteur de Hadachot ( devenu
ministre des Affaires étrangères)…Faut-il rappeler que
Herzl lui-même a été journaliste.
Il y eut un temps où c'étaient les anciens généraux qui
entraient en politique. Les journalistes les ont remplacés.
La Turquie et les Juifs
L'ambassade de Turquie en France nous fait savoir
que " depuis 2008, il a été décidé en coopération avec
la Poste nationale d'éditer une série de
timbres consacrée aux diplomates
turcs qui ont aidé un grand nombre de
Juifs européens à trouver refuge en
Turquie, lors de la Deuxième guerre
mondiale ".
Selon l'ambassade cette initiative
veut honorer le courage de ces
diplomates et constitue une occasion pour rappeler à
quel point " la Turquie, digne héritière à cet égard de
l'Empire ottoman, a toujours entretenu des liens étroits
et amicaux avec les Juifs "
Le timbre que nous publions
constitue un hommage à M.Namik
Kemal Yolga, ancien ambadssadeur
de Turquie à Rome, Paris, Caracs,
Téhéran et Moscou. Son action
comme vice-consul à Paris en 1940 "
a permis de sauver un grand nombre
de Juifs "
INFORMATION JUIVE Avril 2010 25
JUDAÏSME
Pour vous guider dans
l'œuvre de Maïmonide
UN ENTRETIEN AVEC GÉRALDINE ROUX
Mme Géraldine Roux est docteur en philosophie. Elle
a consacré de nombreuses années à étudier l'œuvre
et la pensée de celui que la tradition juive appelle
Harambam (Axcronyme de Moshé ben Maïmon) et
que le monde de la philosophie a pris l'habitude
d'appeler Maïmonide. Rabbin, philosophe et médecin,
il a vécu dans l'Espagne du 12ème siècle avant de
s'installer à Fostat, dans le vieux Caire. La tradition
juive le considère comme la personnalité la plus
éminente dans le panorama de la culture et de la
pensée juives, au point qu'une tradition tardive parle
de lui comme " l'équivalent de Moïse ".
OOO I.J : Pourquoi cette passion pour
l’œuvre philosophique de Maïmonide ?
Géraldine Roux : Lorsque j’ai
découvert le Guide des Egarés, j’ai été
frappée par la figure du perplexe , le
lecteur auquel s’adresse Maïmonide
dans ce traité. Sa perplexité n’est pas un
égarement moral, religieux ou
philosophique mais, en raison du trouble
qui l’accompagne, elle représente la
condition même de l’accès aux vérités
que l’auteur se propose de dévoiler. Pour
Maïmonide, si des connaissances
préliminaires doivent être acquises pour
avancer dans les domaines de la
physique et de la métaphysique, un
savoir assis sur ses bases, sans remise en
question, ne peut être que stérile, et c’est
cela que je trouve si stimulant dans son
œuvre philosophique. Si sa pensée est
systématique, elle n’est pas pour autant
close sur elle-même mais ouverte à
toutes les hypothèses.
I.J : De quand date votre intérêt pour la
pensée juive en général ?
G.R. : J’ai découvert la pensée de
Maïmonide lorsque j’étais étudiante en
philosophie à Aix-en-Provence. Comme
toute rencontre, elle a été imprévue
puisqu’à l’époque je ne connaissais
Maïmonide que de nom, et encore de
manière très abstraite et c’est à travers
26 INFORMATION JUIVE Avril 2010
C'est à ce penseur que Géraldine
Roux consacre un livre d'une
grande densité : " Du prophète au
savant. L'horizon du savoir chez
Maïmonide " (Editions du Cerf).
Mme Roux assure aujourd'hui la
direction du Centre Rachi à
Troyes, que lui a confiée son
fondateur le grand rabbin RenéSamuél Sirat.
Géraldine Roux répond ici
d'Information juive.
l’étude de cet auteur que, depuis des
années, de la maîtrise de philosophie
jusqu’à présent, j’approfondis, autant que
possible, mes connaissances de la pensée
juive, de l’étude du Talmud et de son
questionnement
infini
aux
contemporains de Maïmonide – comme
Judah Halevi ou Salomon ibn Gabirol –
aux questions
même, l’étudier en autarcie ne pourrait
être que stérile, à mon avis.
I.J : On peut supposer que, n’étant pas juive,
vous avez eu plus de difficultés à entrer dans
le monde de la halakha de Maïmonide.
G.R. : En effet, les difficultés sont
redoutables… La halakha m’apparaît
Etudier Maïmonide en le coupant de ses racines
halakhique ne peut que conduire
à de dangereux contresens.
jusqu’aux penseurs ultérieurs qu’il
influencera, comme Nachman Krochmal
et Moïse Mendelssohn. Si Maïmonide
peut être lu comme un continent en lui-
comme un océan que je ne peux ignorer.
Etudier Maïmonide en le coupant de ses
racines halakhique ne peut que conduire
à de dangereux contresens. Mais le
champ est si vaste et technique que l’on
peut très vite se sentir englouti sous ce
savoir. Toute la difficulté consiste à
naviguer, en essayant de maintenir un
cap dont on ne peut jamais être sûr de la
destination. C’est tout au moins la
manière dont je me représente la
difficulté, qui est permanente.
I.J : Diriez-vous que les deux aspects de son
œuvre – la halakha et la philosophie – sont
interdépendants et qu’on ne comprend l’un
qu’à la lumière de l’autre ?
G.R. : Isadore Twersky avance une
hypothèse très intéressante : on pourrait
JUDAÏSME
lire le Guide des perplexes comme la
guemarah du Mishneh Torah. En ce
sens, halakha et philosophie seraient
bien interdépendantes. Si le Mishneh
Torah a pour but, selon Maïmonide, de
“dévoiler la science de la Loi”, sa
codification et sa compréhension
juridique, le Guide des perplexes doit
“restaurer” la science de la Loi “dans sa
réalité”, c’est-à-dire lui rendre son sens
profond, que l’auteur juge perdu depuis
l’Exil. Si le Mishneh Torah clarifie la
halakha à travers l’explication des
moyens de pratiquer la Loi, le Guide
devrait rendre aux communautés, à
travers leurs savants, la compréhension
de la finalité même de la Loi, notamment
grâce à la philosophie qui joue le rôle de
pont entre un savoir perdu et un autre à
(re)construire.
I.J : Penchons-nous sur un certain nombre
de thèmes essentiels dans l’œuvre de
Maïmonide : que veut-il dire quand il écrit
qu’on ne peut approfondir les paroles de la
Torah qu’en s’enfonçant d’allégorie en
allégorie vers la source de la signification ?
G.R. : Maïmonide, dans son
introduction du Guide, utilise l’image
de Salomon qui se servit de cordes pour
puiser de l’eau dans un puits profond.
Cette image, selon lui, doit être
interprétée en un sens allégorique. Pour
boire à la source de la signification –
laquelle d’ailleurs ne peut être
approchée selon un sens univoque – il
est nécessaire avant tout de prendre
conscience du statut d’image de la
plupart des passages obscurs de la Torah.
Ceci compris, une fois l’image
anthropomorphique dévoilée, par un jeu
entre la métaphore, qui désigne l’image
en tant qu’image, et l’homonymie,
pointant l’écart de signification,
Maïmonide construit son interprétation
allégorique comme un travail
systématique de défiguration de l’image
afin de retrouver son sens originel, dans
la langue de la Torah qui utilise le
langage des hommes.
I.J : Quand le récit de l’Exode évoque le fait
que Dieu a parlé à Moïse “face à face” (panim
el panim), Maïmonide dit qu’il faut entendre
ce rapport comme étant métaphorique. Qu’estce que cela signifie ?
G.R. : C’est en ce sens qu’on peut
étudier l’interprétation maïmonidienne
de panim el panim (Exode 33:11). Dans
cette expression, Moïse ne contemple
pas le visage de Dieu. Ce serait de
l’anthropomorphisme. Si Maïmonide
insiste sur le caractère métaphorique de
ce rapport, c’est pour montrer que Moïse
comme une image et ceci est capital pour
Maïmonide. En parlant à Moïse “face à
face”, Dieu communique d’intellect à
intellect, ce qui sous-entend également
que si la prophétie de Moïse est de part
en part rationnelle, la Loi qui lui a été
révélée l’est également. Donc même les
commandements
qui
semblent
Maïmonide, selon ses propres mots, s'adresse à une
communauté ignorante, en proie aux persécutions, aux
doutes, et guettée par le désespoir qui risque
d'entraîner la perte de la pratique de la Torah.
l’entendait sans intermédiaire – sousentendu sans l’intermédiaire de
l’imagination, à la différence des autres
prophètes, qui n’ont que des visions
prophétiques ou des rêves prophétiques
par cet intermédiaire. Si la plupart des
prophètes ne peuvent que concevoir des
images, traduisant leur prophétie, celle
de Moïse ne doit pas être comprise
irrationnels ou obscurs (les ’huqim) ne
peuvent être attribués à l’imagination de
Moïse mais participent de cette même
rationalité.
Ainsi,
dans
cette
interprétation, Maïmonide ne critique
pas seulement l’anthropomorphisme
d’une interprétation littérale de ce verset
mais réaffirme, de manière tacite, la
rationalité foncière de la Torah.
ODASEJ
L’ Œ U V R E D ’A S S I S TA N C E S O C I A L E A L’ E N FA N C E J U I V E
est une association reconnue d’utilité publique par décret du 28 mai 1919
Pa r c e q u ’ u n e n f a n t h e u r e u x
devient un adulte qui a de meilleures chances
de construire son avenir et celui
de la communauté
L’ODASEJ a pour mission
d’aider les enfants et les adolescents défavorisés ou
en difficulté sur le territoire national
Leur avenir
est entre vos
Transmettez
mains
votre nom à un programme
de solidarité…
Perpétuez la mémoire de vos parents …
… Faites un legs ou une donation à l’ODASEJ
Que vous ayez des héritiers ou non, vous pouvez faire
un legs ou une donation en faveur de l’ODASEJ
en exonération des droits de succession ou de mutation
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Tél. : 01 42 17 11 92 • Fax : 01 42 17 11 73
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INFORMATION JUIVE Avril 2010 27
JUDAÏSME
I.J : Pour Maïmonide, le récit de Job luimême n’est qu’une parabole. Mais il ne voit
pas Job comme le voit parfois la tradition : le
juste accablé par les maux.
G.R. : Dans l’interprétation maïmonidienne, les figures capitales de ce récit
sont Job et Elihou. Job est présenté
comme un homme qui n’avait de
connaissances que sensibles et pratiquait
en ignorant les raisons de sa pratique.
Sa connaissance de départ est donc celle
du vulgaire qui est juste et agit
moralement par tradition. Job n’est donc
pas un savant mais l’homme du commun
qui se révolte contre les maux qui
s’abattent sur lui, sans raison apparente.
De cet état de fait, Maïmonide se gardera
de construire une théodicée ou une
quelconque justification des actes de
Dieu. A la fin de son interprétation,
aucune raison ne sera donnée. Et
pourtant, Job, le perplexe, par
l’intermédiaire d’Elihou, trouvera une
forme d’apaisement. Pour dire vite,
Elihou, par des pistes que nous donne
l’auteur,
représente
le
savant
maïmonidien qui permettra à Job de
concevoir des croyances vraies sur la
justice divine. Cette appréhension est à
la mesure de ses moyens, certes,
puisqu’il ne peut dépasser la vision du
sensible mais sa croyance populaire se
transforme bien en croyance véritable.
Et c’est en ce sens qu’en creux, à mon
avis, on peut esquisser le projet éducatif
maïmonidien à travers l’étude de ces
deux figures, où le rehaussement du
I.J : L’un des concepts les plus passionnants
développés par Maïmonide est celui de
prophétie et de prophète. Comment l’interprètet-il ? La prophétie ne semble pas être pour
lui “un don miraculeux”.
G.R. : Il est exact que, pour
Maïmonide, la prophétie ne peut être
comprise
comme
une
faculté
surnaturelle, à la différence par exemple
de Saadia Gaon ou de Judah Halevi. En
inscrivant le prophétisme au cœur même
de la nature – au sens où elle est
l’épanchement de l’intellect actif sur
l’intellect humain par l’intermédiaire de
Maïmonide définit la sagesse ('hokhma), dans le
dernier chapitre du Guide, comme la science absolue.
savoir de Job, du vulgaire, ne résulte pas
d’un enseignement de vérités
métaphysiques pour elles-mêmes,
déliées de son vécu. Elihou reprend
chacune de ses paroles, leur donnant un
sens nouveau, lui permettant de se
replacer sur le chemin du savoir et
d’appréhender le gouvernement de Dieu,
à partir de ces bases sûres, dans une
appropriation singulière du savoir. Ce
serait peut-être là un des sens les plus
importants de cette interprétation comme
projet
de
rehaussement
des
connaissances des communautés que
Maïmonide juge, jusque là, ignorantes.
28 INFORMATION JUIVE Avril 2010
l’imagination – la prophétie est moins un
miracle que l’utilisation maximale des
facultés humaines. Seul un homme
savant, parfait dans ses mœurs et sa
religion, peut prétendre au statut de
prophète mais, malgré ces qualités, Dieu
peut lui refuser la prophétie. Et c’est là,
en quelque sorte, que consiste le miracle,
par la négative et le retrait. Et bien sûr
le “miracle” du retrait est crucial du
temps de l’Exil.
Le temps des prophètes est achevé et
pourtant, d’une certaine façon, cette
figure ne cesse de hanter le temps
exilique, en général, et le savant, en
particulier, qui doit relayer, par ses seules
forces, cette figure absente. Ce dernier
doit acquérir, pour Maïmonide, les
qualités du prophète, sauf la prophétie
sous peine de ruiner son enseignement
par un excès d’hubris. On pourrait alors
parler d’une sorte de revenance du
prophète qui ne cesse, par son absence,
de hanter le savant comme une tentation
mais qui, outrepassée, ne serait qu’une
trahison de la Loi et de sa finalité propre.
I.J : Comment expliquez-vous ce paradoxe
: alors qu’il dit pis que pendre de ceux qui
calculent le temps de la venue du messie
(mekhachevé kitzine), lui-même ne manque
pas de s’y livrer ?
G.R. : Ce paradoxe a été très largement
commenté et la piste suivie par David
Banon,
notamment
dans
Le
messianisme, a été pour moi la plus
stimulante. Premièrement, seule la Lettre
au Yémen présente ses calculs sur la
venue du messie et il ne faut pas oublier
le contexte dans lequel il l’a écrite, ainsi
que son destinataire. Il écrit au guide de
la communauté du Yémen qui croit à la
messianité d’un homme qui se présente
comme tel et fonde cette croyance sur
des calculs astrologiques, une pratique
très fréquente. Maïmonide, selon ses
propres mots, s’adresse à une
communauté ignorante, en proie aux
persécutions, aux doutes, et guettée par
le désespoir qui risque d’entraîner la
perte de la pratique de la Torah.
Face à ces calculs fondés sur
l’astrologie, Maïmonide présente à cette
communauté d’autres calculs fondés sur
la Torah. En ce sens, on pourrait dire qu’il
agit en médecin. En annonçant l’année
4976, il redonne espoir aux
communautés, voyant l’achèvement de
leurs souffrances assez proche, sans l’être
trop. D’une certaine façon, les calculs,
fondés sur des croyances imaginaires,
nés de la souffrance et de l’impatience,
doivent être détournés de leur source
idolâtre, non par une raison
intransigeante mais par un calcul fondé
sur la lecture des textes, rapprochant le
guide de la communauté du Yémen de
sa source, comme la Torah se sert de
l’idolâtrie pour la retourner contre ellemême. Dans ce cas précis, qu’il croit ces
calculs véridiques ou non importe peu.
Seule la “stratégie” compte, celle de
JUDAÏSME
remettre sur la voie de la Torah la
communauté du Yémen, la détachant,
par cette tradition peut-être fictive, d’une
tendance contraire à la Loi, celle des
calculs astrologiques.
I.J : Comment Maïmonide définit-il la
sagesse ?
G.R. : Maïmonide définit la sagesse
(’hokhma), dans le dernier chapitre du
Guide, comme la science absolue. Il
semblerait donc que cette sagesse
serait moins celle du savant, qui ne
peut sortir des apories dans les sujets
métaphysiques, que celle du prophète,
et plus précisément celle de Moïse. De
même, toutes les pratiques, celle du
culte, doivent avoir pour finalité cette
sagesse. Est-ce alors un idéal
à atteindre, même si la
tension vers cet idéal doit
être infinie ? Il me semble
qu’on ne peut comprendre
cette “sagesse”, différente de
la sagesse grecque, que dans
l’articulation de la crainte et
de l’amour de Dieu. Au plus
haut point de connaissance,
amour et crainte de Dieu
semblent solidaires, et pas
seulement dans une simple
corrélation entre théorie et
pratique. Amour et crainte de
Dieu seraient les deux faces
d’une même recherche, celle
de la sagesse, où la crainte
met l’accent sur la séparation
alors que l’amour tend vers
l’union,
comme
un
mouvement de flux et de
reflux.
I.J : Pourquoi veut-il que les
savants juifs se réapproprient la
philosophie ? Est-ce parce
qu’il la considère comme
essentielle à la compréhension
de la Torah ?
G.R.
:
Maïmonide
développe une hypothèse,
qui pourrait être assimilée à
un pieux mensonge, au sens
platonicien du terme, celle
d’une naissance simultanée
de la sagesse grecque et de
la sagesse juive. Elle ne lui
sert pas seulement à justifier
son utilisation de la philosophie dans
l’interprétation de la Torah, mais à
montrer que seule la philosophie est
capable de revivifier l’ancienne sagesse
juive perdue. Si cette sagesse s’est
perdue et si la philosophie a développé
une sagesse similaire, alors elle peut
être retrouvée, par l’intermédiaire de
la philosophie, selon un système
d’équivalence que Maïmonide mettra
en place tout au long du Guide. C’est
en ce sens que les savants juifs doivent
se réapproprier la philosophie, comme
seul moyen de se réapproprier leurs
propres racines.
I.J : Il faut rappeler ici que Maïmonide
considérait que les autres religions
monothéistes travaillent également “à la
restauration et à la réparation du monde”
G.R. : C’est une thèse très
intéressante de Maïmonide, qu’il
développe dans le chapitre III, 29 du
Guide et dans le passage censuré de
la fin du chapitre XII du Mishneh
Torah. Malgré leurs divergences, les
trois monothéismes œuvrent au
déploiement de la rationalité de la
Torah, notamment dans la pacification
des rapports socio-politiques. Leurs
idées divergent certes de la Loi mais
toujours sur sa base. Elles ne sont donc
pas des ennemis mais des alliés, dans
la propagation du monothéisme et de
sa rationalité fondamentale selon
Maïmonide, comme une sorte d’idée
régulatrice aussi bien de la
raison théorique que de la
raison pratique.
I.J : Quelle est l’idée
essentielle que vous retenez
d’une œuvre aussi féconde ?
G.R. : C’est une question
très difficile, surtout en
regard de l’entrelacs des
différents
thèmes
qui
parcourent son œuvre. Ce qui
me semble le plus stimulant,
c’est sa conception de la
perplexité comme source non
pas de faiblesse mais de
force, poussant les savants
aux limites de leurs capacités
et, avec eux, celles des
communautés dont ils ont la
charge.
Au temps de Maïmonide,
après la perte de la prophétie,
d'une autorité centrale et d'un
Etat politique, son innovation
serait celle d'une transmission
du savoir qui ne serait plus
seulement
orale
mais
rehausserait les connaissances des communautés et
par là même renforcerait
leurs liens à travers un savoir
écrit qui ne serait plus
tributaire de contraintes
géographiques et historiques
et par là même ne
pourrait plus tomber dans
l'oubli.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 29
BONNES FEUILLES
Le rire de Dieu
Perles du Talmud
PAR AMI BOUGANIM
Notre collaborateur et ami, l'écrivain et philosophe Ami
Bouganim publie aux éditions du Seuil un petit livre où
il a réuni un certain nombre de perles des maîtres du
Talmud. On y trouvera ce que fut leur sagesse et leurs
réflexions sur " les vertus du silence, les charmes du
C
e livre recouvre une
passion pour les sages
du Talmud. Quand ils
s'éprennent de vous,
ces sages-là, ils ne
vous lâchent plus. Ils
vous poursuivent partout, ils vous
visitent de jour et de nuit. C'est qu'ils
ont l'intelligence bonasse. Ils ont tant
vu et tant entendu qu'ils ne cherchent
pas à vous impressionner davantage
qu'ils ne se laissent impressionner. Ils
ne s'en laissent montrer par rien, ni
par la sorcellerie ni par la dialectique,
et ils ont leur mot à dire sur toute
chose, de la psychanalyse à l'écologie.
Ils traitent du divan et de l'arbre, du
rêve et du pouvoir. Deux mille ans
avant qu'on ne s'avise des trous
inconscients dans la conscience et des
trous de l'ozone dans l'atmosphère. Ils
n'étaient ni devins, pour lesquels ils
n'avaient que dédain, ni prophètes,
qu'ils avaient remisés dans une
vénérable Bible, et s'ils avaient mis
Dieu de leur côté, c'était pour mieux
ruser avec sa parole et mieux
l'interpréter à leur guise. Ils excluaient
sa voix de leurs débats, c'est dire leur
malice religieuse et le plaisir qu'ils
trouvaient à se divertir avec lui (…).
Une théologie est cachée dans le
Talmud et cette théologie présente des
accents irrémédiablement agnostiques
et eupatrides. Or cette théologie a été
occultée. Pendant deux mille ans.
Peut-être pour mieux se mesurer au
christianisme et à l'islam, composer
avec des philosophies volontiers
30 INFORMATION JUIVE Avril 2010
pouvoir, les ruses du désir, le respect des arbres…
Avec l'autorisation des éditions du Seuil (que nous
remercions) , nous publions ici trois brefs extraits de
l'introduction que Bouganim a donnée à cette petite
anthologie.
monistes, s'attacher des masses ne
s'entendant à d'autre sens que divin
et ne s'attachant à d'autre Dieu que…
Dieu. Cette théologie repose sous les
gravats de commentaires, pour
certains magistraux, pour d'autres
niais, desquels l'on devra un jour la
dégager pour mieux mesurer le
dessillement des sages. Le présent
ouvrage n'en serait que le prélude, à
tous les sens du terme…(…)
On ne plonge pas dans " la mer du
Talmud " sans succomber, à un
moment ou l'autre, à des crampes
intellectuelles, la marque la plus
éloquente de tout Juif en quête
avec autant de sérieux contre… le
sérieux : la dictature, le totalitarisme,
le terrorisme et, aujourd'hui,
l'intégrisme. La dédramatisation de
l'histoire passe, me semble-t-il
quelquefois, par une décrispation et
une décontraction de l'esprit, voire sa
remise en dérision. Rien de mieux
pour ruiner le pouvoir - l'ascendant
des maîtres à penser autant que
l'autorité des maîtres à régner - que
de piéger la connaissance ; et quelle
meilleure bombe introduire dans les
métaphysiques, les religions et les
doctrines que l'humour. Un humour
qui, s'il pouvait gagner les discours,
paverait, plus sûrement qu'autre
Les maîtres du Talmud ne se posaient pas tant en
sages qu'en disciples-de-sages parlant au nom
d'autres disciples-de-sages.
permanente d'un remède à une
condition que d'aucuns - que leur nom
soit effacé des annales du souvenir !
- trouvent par trop psychotique. Elles
seraient surtout le lot de l'intellectuel
juif, derrière lequel se cache souvent
un prophète, avoué ou non, qui
caresse,
consciemment
ou
inconsciemment, une vocation
messianique. Ses éclats, ses répliques,
ses mises en garde, ses incantations
retentiraient d'un bout à l'autre de
l'univers, répercutés par les cris des
victimes auxquels il ne peut se
dérober. On se désole seulement sans lui en vouloir ! - de le voir lutter
chose, la voie à une humanité plus
tolérante et plus gaie. Un humour
désarmant, salutaire… messianique.
Nous sommes malheureusement
encore loin, surtout du fait de ces
courants intégristes qui soufflent de
tous côtés et nous contraignent à
nous voiler les visages et à travestir
nos lettres, de cette dérision
universelle susceptible de neutraliser
la violence et de susciter le sourire.
Je considère volontiers l'ironie et
l'humour comme mes traits les plus
judaïques, misant sur eux pour me
préserver du sérieux par lequel le
malheur arrive(…).
BONNES FEUILLES
Des disciples-de-sages
Les maîtres du Talmud ne se
posaient pas tant en sages qu'en
disciples-de-sages parlant au nom
d'autres disciples-de-sages. Peutêtre un signe d'humilité et une
marque de vénération ; peut-être
une expression du refus à se mettre
au manège intellectuel grécophilosophique qui, en taisant ou
voilant ses références et ses dettes,
se livre souvent, dans une mesure
ou l'autre, au plagiat. L'intellectuel
qui court la philosophie occidentale
vise la publication de ses œuvres,
se compromettant volontiers pour
assurer leur publicité - les travaux
conçus et réalisés dans une totale
indépendance d'esprit sont plutôt
rares. Les débats talmudiques, qui
n'étaient pas destinés au départ à
être consignés, seraient plus libres.
Ils ne s'embarrassent ni de ce que
penseront les lecteurs ni de ce
qu'écriront les critiques, excepté
peut-être ce critique suprême que
serait Dieu - et encore ! Sans
charmes rhétoriques, sans velléités
littéraires. Les interventions des
protagonistes seraient d'autant plus
désintéressées que pesait sur eux
l'interdiction de vivre de leur savoir.
Elles se proclament au nom du ciel,
vouées à la gloire de son Dieu
inconnu, perçu davantage comme
inspirateur que comme auteur. Les
maîtres ne s'interrogent pas sur
l'existence de celui-ci - elle serait
patente - ni ne cherchent à déterminer
Les maîtres prisaient tant l’amitié qu’ils considéraient
des retrouvailles comme une résurrection :
Rabbi Yéhoshoua Ben Lévi dit :
“Quiconque retrouve un ami après trente jours de séparation doit
prononcer la bénédiction :
“Béni soit Celui qui nous a maintenus en vie, nous a permis de
durer et de connaître ce moment.”
Après un an de séparation, il doit déclarer :
“Béni soit Celui qui ressuscite les morts”.”
TB Bérakhot 58b.
Les maîtres prescrivent l’hospitalité, comme partout
ailleurs, à condition bien sûr qu’on n’en abuse pas :
Rabbi Zéra dit :
“Quand on reçoit un invité une première fois, on lui cède volontiers
son lit ; une deuxième fois, on lui propose une chaise ; une troisième
fois, on lui consent un tabouret ; une quatrième fois, on lui avoue
sans prendre de gants : “Tu nous déranges et nous importunes.””
Choher Tov 4.
ses attributs - ça ne relève pas de leurs
compétences. Ils le rencontrent sur le
chantier de l'étude de la Torah qui
représente la vocation de tout
disciple-de-sage. Catégorie religieuse
et morale autant qu'intellectuelle,
l'étude perpétue la Révélation pour
éclaircir les contours et les modalités
d'application de la Loi qui régit la vie
intime et publique de l'Israélite.
Dans un commentaire, Rav Hanina
Bar Papa raconte que Dieu se
présente sous deux visages : un
visage courroucé dans la Bible et la
Halakha et un visage rieur dans la
Aggada. Les passages présentés dans
les pages qui suivent sont empruntés
à cette dernière. Ils n'épuisent en
aucun cas sa richesse et ne restituent
qu'une perspective, parmi d'autres,
sur les sujets traités. Nous les avons
choisis parce qu'ils nous semblaient
restituer la tournure d'esprit du
Talmud,
ses
inclinations
humoristiques surtout, et qu'ils
présentent une pertinence que deux
mille ans n'auront pas démentie :
"Ceux qui découvrent la Aggada dans
un livre, nous rassure le Talmud, ne
l'oublient pas de sitôt… "
A.B
-(Copyright Editions du Seuil
Les bonnes manières seraient requises, ne serait-ce que
pour prévenir les sempiternelles querelles entre Anciens
et Modernes :
Rabbi Yossé et Rabbi Yéhouda mangeaient du même plat, le premier
avec ses doigts, le second avec une fourchette. Rabbi Yéhouda
reprocha à son collègue :
“Jusqu’à quand me feras-tu avaler la saleté [de tes ongles] ?”
Rabbi Yossé rétorqua :
“Jusqu’à quand me feras-tu avaler ta salive [qui adhère à la
fourchette] ?”
TB Nédarim 49b.
Rien n’horripile autant les maîtres, ces grands studieux,
que la paresse, la veulerie et la vulgarité :
Rav Dossa Ben Horkinas dit :
“Faire la grasse matinée, boire du vin à midi, tenir des propos
obscènes et fréquenter des rustres excluent l’homme du monde
[abrègent ses jours].
Aboth 3 : 13.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 31
JUDAÏSME
Réflexions
sur le rire biblique
UN ENTRETIEN AVEC DANIEL SIBONY
C'est aux sens du rire et de l'humour que
le psychanalyste et écrivain Daniel Sibony
consacre son nouveau livre (Editions Odile
Jacob. 23 euros). Dans cet essai, le rire du
patriarche Abraham occupe évidemment
OOO I.J : En quoi le rire qui secoue Sarah
(Genèse 17. 16) quand on lui annonce
qu’elle va devenir mère est-il, ainsi que vous
le dites, “un rire d’affirmation” ?
Daniel Sibony : Parmi les rires que
j’explore dans mon livre, il y a celui du
grotesque, qui ne comporte aucune
moquerie; il dit la joie devant le
nouveau, l’insensé; il signale comme
une naissance inattendue; il affirme la
présence de vie, du corps vivant qui se
reproduit, avec son ventre et son basventre. Ce rire n’a que faire du ridicule;
il nomme lui-même, par sa joie, le
une place importante. Dans l'entretien que
Daniel Sibony nous a accordé, il explore
entre autres les différences qu'il y a entre
ce qu'il appelle le rire d'affirmation et le
rire moqueur.
tomba sur sa face et rit”. Il rit, lorsque
Dieu lui annonce que sa femme, dont
au passage Dieu décide qu’elle ne
s’appellera Sarah et non plus Saraï aura un fils, dont seront issus des rois.
Abraham tombe sur sa face, signe de
prosternation reconnaissante, et il rit.
C’est ensuite qu’il exprime “en son
coeur”, par devers lui, son étonnement:
un fils pour une femme de quatre-vingt
dix ans? et un homme de cent ans? Et
il intervient auprès de Dieu pour
avancer Ismaël: “Que déjà Ismaël se
tienne devant toi”. Mais son Dieu
La “crainte de Dieu” empêche certains d'assumer
pleinement leur joie d'exister,
leur imagination, leur créativité.
passage à vide qui le provoque. C’est
aussi un rire de la présence, qu’en un
sens il vient fêter; il célèbre un
renversement des choses; et n’est-ce
pas la définition du “miracle”, quand
ce renversement est favorable? Et l’on
peut dire que ce rire affirme la vie, c’est
un rire d’affirmation par opposition au
rire moqueur qui est un rire de
négation implicite (“ce n’est pas moi,
c’est l’autre qui est risible”... )
Or la nouvelle, l’annonce d’un fils,
est renversante pour Abraham, qui la
reçoit en premier. Et l’instance divine
qui lui présente ce fils incroyable
comme pratiquement déjà né, lui dit de
le nommer Isaac, avant même que
Sarah en sache quoi que ce soit. Et on
nous dit: (Genèse 17, 17): “Abraham
32 INFORMATION JUIVE Avril 2010
d’acquiescement, d’affirmation, il
accepte cette joie, il la reconnaît; même
s’il lui reste un petit doute lorsqu’il
évoque Ismaël. Sarah, en revanche, rit
en écoutant à l’entrée de la tente, qui
est derrière le messager, pendant qu’il
fait l’annonc e à... Abraham. Du coup,
le messager veut qu’elle précise le sens
de son rire, et il questionne: pourquoi at-elle ri? Mais elle nie, “car elle avait
peur”. Elle y croit mais elle a un doute
elle aussi, c’est si fragile qu’elle préfère
nier son rire. Alors qu’au fond le
messager divin lui disait simplement:
Mais non, tu as ri, sous entendu: assume
ton rire, assume ta joie dans ce moment
à la fois drôle, grotesque et fécond.
insiste (v. 19): “Pourtant Sarah ta femme
te fait naître un fils et tu le nommeras
Itshaq et je tiendrai mon Alliance avec
lui, Alliance éternelle...”
On peu déjà en tirer ceci: la “crainte
de Dieu” empêche certains d’assumer
pleinement leur joie d’exister, leur
imagination, leur créativité. Pour
beaucoup, la crainte et l’appréhension
viennent inhiber l’affirmation de vie, qui
est pourtant au coeur de cette
transmission.
Donc le rire de Sarah (Genèse 18, 12)
ne prend son sens qu’après le rire
d’Abraham. On peut se demander
pourquoi la plupart des gens ne
retiennent que ce rire de Sarah, (alors
que les deux annonces sont faites à
Abraham). Bien sûr, ce rire affirme aussi
l’entorse à la norme biologique; il
présentifie le miracle, il nomme la joie
du grotesque. Mais il comporte autre
chose. Le messager divin demande:
pourquoi a-t-elle ri? Alors que, lorsque
Abraham rit, il se prosterne en même
temps, marquant ainsi que son rire ne
prête à aucune confusion; c’est un rire
I.J : Pourquoi le fils d’Abraham et de Sara
est-il ainsi nommé par le rire ?
D.S. : On comprend donc que le fils
d’Abraham et Sarah soit nommé par le
rire puisque ce rire est le premier “mot”
inarticulé, la première “parole” indicible
qui est venue à son père et à sa mère
séparément, lorsqu’il fut question de le
concevoir. En lisant bien le Texte, on voit
que ce rire - d’Abraham - est perçu par
le divin, puis relancé par lui en forme de
demande: Tu l’appelleras Isaac (il rira,
puisque le père a ri à cette idée). Ici, le
nom du fils est l’acte du père relayé par
la mère.
JUDAÏSME
I.J : Vous considérez que ce rire de Sarah
“passe dans l’enfant avant même sa
naissance, dans sa conception même”.
Qu’est-ce que vous voulez dire ?
D.S. : Ce rire d’Abraham puis de
Sarah, du fait qu’il marque les
premières paroles concernant l’enfant
à venir, fait partie de son origine
symbolique; pour ainsi dire, il passe
dans cet enfant, dans sa conception
même, au sens sublimé, mais aussi au
sens physique: imaginez deux vieux en
train de copuler; ils doivent rire de
retrouver leurs jeunes ébats (dans mon
livre, je montre les liens du rire au
sexe); leurs anciens ébats, et ce
mélange de grotesque et de sainteté
passe dans l’enfant pendant qu’il est
conçu, et marque son destin.
I.J : Page 64, vous écrivez qu’Isaac “est
un symbole pour ce peuple dont il est
l’ancêtre”. Symbole de quoi ?
D.S. : Ce même Isaac conçu dans le
rire vivra la scène du sacrifice. Il endure
l’angoisse d’être tué, non par des
malfaiteurs mais par son propre père.
J’ai écrit là-dessus une pièce de théâtre,
La passe1 où l’épisode apparaît bien
comme un symbole de la Saga juive:
toujours entre le rire et l’angoisse, mais
on avance quand même, on crée, on
produit, on survit, on vit; et ça passe.
Cet Isaac, pris entre rire et angoisse,
vivra aussi entre la joie de produire des
richesses lorsqu’il parcourt des régions
de la terre promise, et verra la jalousie
qu’il suscite chez les Philistins; tout cela
fait de lui un symbole du destin hébreu.
Et le voit “rire” avec sa femme, sans
doute érotiquement.
Le christianisme aussi a pris Isaac
pour un symbole de la passion de
Jésus: Isaac portant le bois du sacrifice,
comme Jésus portant la croix. Mais
sans le répondant du rire, parce qu’il
s’agit d’”accomplir”, de clôturer. Il est
vrai que le christianisme voit l’annonce
de Jésus à tour de pages dans la Bible
hébraïque.
I.J : Vous notez avec raison que, dans le
récit biblique, on ne trouve pas de phrase
qui dise : Dieu se mit à rire. Mais cette
phrase on la trouve très souvent dans les
récits du Midrash. Comment définissez-vous
l’humour qui se manifeste au Midrash ?
D.S. : Déjà dans la Bible, le psalmiste
dit: “Celui [Dieu] qui est assis dans le
cieux rit” [en voyant les turpitudes des
méchants]. Mais c’est lui, le poète, qui
le dit. Ce même mouvement se
prolonge dans le midrash, qui est une
sorte de fiction éclatée où les Juifs
inspirés enrichissent la transmission
qui les porte, de quoi faire vivre le
la Bible comme telle comporte un
humour étonnant: avoir découvert ou
inventé un Dieu qui vous donne des
raclées à tour de pages, et quand vous
avez tout juste le temps de souffler, vous
dites qu’il vous aime... C’est un acte
d’humour sans pareil. Certes, les
“raclées à tour de pages”, ce n’est pas
Ces blagues juives singulières ouvrent chacune sur
l'universel. Cela illustre, de façon plus générale,
comment la transmission singulière du peuple juif a
des fenêtres qui donnent sur “l’humain universel”, à
supposer qu'il existe.
peuple. Alors on met Dieu en scène, on
l’humanise, on le rapproche de soi, et
peu à peu il se conduit comme un
homme ou un surhomme. Façon de se
consoler devant la distance assez ardue
où se tient le divin; d’autant qu’au fil
des siècles où le midrash s’est créé, le
peuple juif a surtout affronté de dures
épreuves. Donc cet humour du midrash
entre dans ma définition: l’humour c’est
de pouvoir se consoler d’en être là...
avec un petit air navré, une légère
feinte; une joie de vivre un peu blessée
mais tenace; une joie désolée...
Quant à savoir si Dieu rit, je n’en ai
pas la moindre idée. Si par exemple
Dieu se trouve dans la nuée (‘arafél) ou
la Torah dit qu’il se trouve lorsqu’il
donne les Dix paroles, je ne sais pas
comment un nuage rit; a fortiori si Dieu
se trouve aussi dans l’immense
microcosme
des
particules
élémentaires, ou dans le macrocosme
astronomique. Peut-être que deux
planètes qui se croisent sur leurs orbites
distantes se font un petit sourire de
reconnaissance? Un peu navré de
refaire toujours le même chemin?
I.J : Comment pouvez-vous trouvez de
l’humour dans le texte du prophète Jérémie
lui-même ?
D.S. : Cette phrase de Jérémie que
je cite: “Jusqu’à quand, Adonaï, serastu furieux éternellement?” est porteuse
d’humour. Façon de dire: tu ne pourrais
pas, de temps à autre, laisser ton
échelle de valeur infinie et nous
mesurer un peu plus à l’aune humaine?
Vivable et supportable? En fait, même
très perceptible dans la Torah mais dès
Josué et les Prophètes, ça se gâte: le
peuple juif s’y définit presque autant
par la Torah que par sa façon de la
trahir.
I.J : La très grande majorité des histoires
drôles que vous convoquez dans votre travail
à la rescousse de votre théorie sont extraites
de ce qu’on appelle “le folklore juif”. Avezvous une explication ?
D.S. : Ces blagues juives singulières
ouvrent chacune sur l’universel. Cela
illustre, de façon plus générale,
comment la transmission singulière du
peuple juif a des fenêtres qui donnent
sur “l’humain universel”, à supposer
qu’il existe. Cela dit, les blagues que je
prends chez Devos, dans l’humour
anglais ou ailleurs ne sont pas “juives”;
même celles de Woody Allen et des
Marx Brothers ne sont pas
spécialement folkloriques.
I.J : Vous considérez que “rire c’est
secouer l’identité en étant sûr qu’on peut la
récupérer”. Et vous ajoutez qu’il n’est rien
d’étonnant à ce que l’humour juif soit
pléthorique.
D.S. : L’humour juif existe comme tel,
et j’en donne la raison. Vos lecteurs la
découvriront.
—
Daniel Sibony est psychanalyste et
écrivain. Il A publié récemment:
marrakech, le départ, roman, et Les sens
du rire et de l’humour, (Odile Jacob)
1 . Voir Le jeu et la passe, Seuil, 1995.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 33
MÉMOIRE
Né à Alger
en France
PAR ALBERT BENSOUSSAN
O
n le sait : Ferhat
Abbas, le vieux
leader nationaliste
algérien,
se
demandait, après
l’avoir
cherchée
dans les cimetières, si l’Algérie avait
jamais existé. Pour ma part, après tant
d’années – un tiers de ma vie à Alger,
deux tiers en Bretagne -, au milieu
des brumes et des laines, je me pose
la même question. Dans mon jeune
temps, nous étions Français de plein
droit, et vivions la vie des Blancs, ceux
qui, à l’Assemblée algérienne, qui
comprenait deux collèges, votaient au
Premier collège, le seul à décider de
tout, au détriment du second qui
faisait tapisserie. Même pendant la
période infâme de Vichy où les juifs
furent collectivement ramenés au
statut indigène antérieur au décret
Crémieux de 1870, mes parents, mes
frères et sœurs restâmes Français
parce que mon père avait été un héros
de la guerre de Quatorze, avec sa
blessure au combat et sa Légion
d’honneur (épinglée par le général
Catroux : photo faisant foi). En
novembre 1942 et après le
débarquement des Alliés, Alger devint
la capitale de la France Libre, et De
Gaulle débarqua à son tour un an
après.
Nous arborions tous la croix de
Lorraine avec une légitime fierté.
Nous savions aussi que s’il était là, ce
général, c’est bien parce que nos
jeunes juifs résistants (la bande à José
Aboulker) lui avaient donné un
sérieux coup de main. Et nous étions,
malgré l’accent, malgré nos coutumes
judéo-arabes (mon père lisait la
Hagada en hébreu et en arabe quand
Lalla Sultana, mère de ma mère, était
34 INFORMATION JUIVE Avril 2010
parmi nous pour Pessah), malgré le
racisme ambiant de la société blanche,
et l’antisémitisme viscéral de L’Écho
d’Alger, oui, nous étions totalement
Français. C’est pourquoi, en 1962, lors
de l’Indépendance de l’Algérie, nous
avons fait nos bagages (la valise ou le
cercueil, disait-on alors) et avons
gagné tous ensemble, collectivement,
la métropole sans nous poser plus de
question. Sans souci d’alya,
contrairement à nos coreligionnaires
du Maroc et de Tunisie qui, eux,
n’étaient pas Français. Cela nous fut
reproché, et l’on sait qu’un “procès”
fut fait à Jérusalem mettant en
souci de nationalité est tel qu’après
bien des années, la Sécurité Sociale
a admis que nous – nous les Français
d’Algérie – n’étions vraiment pas nés
à l’étranger et l’on remplaça le
discriminatoire 99 (au numéro de
sécurité sociale), qui désigne ceux qui
sont nés hors de France, par un 91
plus légitime au regard du droit. Exit
l’Algérie et vive la France !
En fait, lorsque j’ai débarqué à
Paris, en 1963, au sortir de mes
obligations militaires, et donc de ce
que nous appelions par euphémisme
“les événements” et qui fut ensuite
En fait, dans cette inquiétude bouillonnante de l'exil et
cette injonction à bien se situer, nous nous sentons,
pour beaucoup, bien plus proches de notre lointain et
ancestral passé juif, et notre regard s'est tout
naturellement tourné vers la terre d'Israël.
accusation les juifs d’Algérie qui
n’avaient pas cru bon de faire retour
en Israël comme les autres juifs des
pays arabes. Le fait est que nous ne
venions pas d’un pays arabe, mais
d’un département français, et c’est là
une chose qui ne fut et n’est toujours
pas totalement comprise en Israël.
L’alya des juifs originaires d’Algérie
s’est faite par la suite, bien des années
après, et de façon notable, dans le
cadre de l’alya des juifs de France, ce
qui était la chose la plus normale. Il
n’y avait pas de juifs algériens, il n’y
en a jamais eu, il n’y avait que des
juifs français vivant dans les
départements français d’Algérie. Moi,
je suis né à Alger en France. Et le
nommé “guerre d’Algérie”, je me suis
senti, certes, Français de droit et fier
de l’être, mais aussi Français à part.
Nous faisions partie du troupeau
“pied-noir ”, déjà en soi considéré
alors en métropole comme un
troupeau de brebis galeuses
(Alexandre Arcady et Daniel SaintHamont l’ont bien montré dans Le
coup de sirocco), et nous étions peutêtre aussi considérés encore plus
galeux que les autres. Ou alors on
nous prenait pour Arabes (mais je n’ai
jamais pris cela pour une injure), et
l’on nous en voulait. Que de fois, aux
“beaux jours” de l’Affront National
n’ai-je été réveillé dans la nuit par
cette apostrophe : “Ben, la benne va
MÉMOIRE
venir te chercher, la benne des
ordures, fais ta valise, sale
bougnoul” . À mon arrivée à la
Sorbonne, en octobre 1963,
l’administrateur voulant savoir de
quoi il retournait et à qui il avait
affaire me demanda innocemment
: “Votre nom… n’est-il pas un peu
kabyle ?” Ce brave homme avait
peur de dire qu’il me voyait et me
croyait arabe, alors, en bon
grammairien, il usait d’un
euphémisme, un glissement subtil
du langage, mais l’on comprenait
bien de quel pied il boitait, lui
aussi, et ce qui lui tordait la
bouche. Néanmoins, je fus un
enseignant accepté et choyé, et
bientôt professeur comblé par ses
étudiants et ses collègues, qui le
regardèrent toujours comme
Français… bien qu’un peu à part,
forcément, pied-noir, juif, arabe
sur les bords, bref tout cela. Il
n’empêche,
la
Bretagne
représenta pour moi une forme de
bonheur.
Mais nous nous sommes sentis,
forcément, en exil et nous sommes
mis alors à choyer cette mémoire
juive et arabe de l’Algérie et nous
l’avons portée dans notre tête ou sur
nos lèvres, avec les accents de Lili
Boniche et d’Enrico Macias, jusqu’à
ce troisième millénaire où la question
nous demeure posée : l’Algérie a-telle jamais existé ? Un pays
mythique, certes, et je ne me vois pas
retournant dans une terre à la
géographie humaine totalement
différente qui est ce que l’on appelle
désormais l’Algérie. Un pays comme
les autres, pour le meilleur et pour le
pire, et pour lequel nous gardons une
vieille tendresse de cœur, comme en
parle Albert Cohen de son rivage
lointain et effacé…
Grande synagogue d’Alger
d’Israël. À qui s’étonnerait de voir
dans l’alya des juifs de France tant
d’enfants ou de petits-enfants issus
du rivage algéro-français, la réponse
est que cet Orient dont nous avons
culturellement et religieusement
hérité ne se trouve plus en face de
Marseille, mais un peu plus loin, là
où l’ont toujours situé toutes nos
prières. Ce rivage vers lequel nous
nous tournons à l’heure de l’oraison.
P.S. Signalons pour mémoire ces
Chroniques des communautés juives
d’Algérie… aujourd’hui disparues, qui
viennent de paraître à Netanya en
Israël
(contact : [email protected]).
En fait, dans cette inquiétude
bouillonnante de l’exil et cette
injonction à bien se situer, nous nous
sentons, pour beaucoup, bien plus
proches de notre lointain et ancestral
passé juif, et notre regard s’est tout
naturellement tourné vers la terre
INFORMATION JUIVE Avril 2010 35
LIVRES
Pleurnichard
par Jean-Claude Grumberg
OOO Ce récit qui fait suite à Mon
Père, inventaire, raconte Suzanne
la mère de l'auteur ainsi que son
propre parcours, avec un petit clin
d'œil pour les grands-parents
maternels Baruch Katz et Dinah
nés à Brody en Galicie et
l'incroyable odyssée Paris/Brody
aller/retour de Dinah avec sa fille
Suzanne et ses deux frères entre
1915 et 1921. Le père de
Pleurnichard déporté sans retour,
Suzanne l'aimante, la courageuse,
finisseuse en tailleur pour homme,
élève seule le petit Pleurichard et
Maxime son frère aîné. Fils de
déporté, le petit va bénéficier à deux reprises, à 13 et 14 ans,
des colos solidaires de la FNDIRP dans deux pays de l'Est
invitants, la Tchécoslovaquie et la RDA. Le récit qu'il en
Mickey Mouse Rosenberger
et autres égarés
par Dorothée Janin
OOO Des
êtres "en partance",
des âmes qui "flottent", des
vies qui tanguent…Une star
habite "La Fameuse", assoiffée
du regard ébloui des hommes,
indifférente à celui, cruel, des
femmes. Accrochée à sa
beauté, atterrée par la
vieillesse qui la lui ravira. Un
disc-jockey accro à la poudre
brune et au visage à jamais
glacé de sa bien-aimée
appelle les ténèbres pour
recouvrir son âme. Jonathan,
être sans agressivité en
recherche d'amitié et de partage, traité de sale youpin,
quitte la France pour Israël où il veut faire son service
militaire. Mordu à l'orteil par une vipère, réformé, il s'envole
avec une fille pour " flotter " en Inde. Voici Anvers et sa
gare propice aux rencontres thérapeutiques. Voici le
biologiste et ses folles étreintes, sa maladie évolutive, sa
hantise de la couleur bleue, et sa dénomination embrasée
des bactéries. Voici la jeune Elue, 11 ans à l'amour fusionnel
avec sa mère de 39 ans, laquelle croit retrouver l'amour
avec un pianiste, être égaré, violent et jaloux aux cadeaux
fastueux, semant le terrorisme dans l'âme de l'enfant.
L'écriture crue, hachée, dépeint avec fièvre cette galerie
de personnages au mental déchiré.
(Editions Denoël - 14€)
36 INFORMATION JUIVE Avril 2010
retranscrit est des plus savoureux à commencer par l'accueil
enthousiaste des populations antifascistes en gare de Cologne
avec offrande aux petits voyageurs d'un " viandox fraternel
et pour la paix" et, à Pilsen de chopes de bière en carton !
Dans les camps : chants révolutionnaires (on y croyait encore
ferme !), lever de drapeaux, échange de médailles, visite à
l'épouse de l'idole Zatopek, et le choc lors de l'excursion
obligatoire au camp de Ravensbrück. Qui est alors
Pleurnichard ? Un gosse " arrogant et trouillard …
pleurnichard … qui s'ennuie " mais déjà doué d'un sacré
bagout. Premier tournant, alité pour une angine, il découvre
la lecture : lire-lire-lire. Destiné à la confection, il fera 18
ateliers en 4 ans… Sa rencontre avec le théâtre, second
tournant, se fera un jour à la foire St-Laurent près de la Gare
de l'Est face à un Robespierre " emperruqué". Bientôt après
ce sera l'IJRF, puis la Jeune Scène, l'écriture et l'abandon
définitif de la confection, sauf au théâtre !
Entre larmes et rires, questionnements et affirmations,
sujets de politique brûlants, humour et émotion, un ouvrage
épatant.
(Editions du Seuil - La Librairie du XXIe siècle - 16€)
Kayro Jacobi,
juste avant l'oubli
par Paula Jacques
OOO Les riches heures du
cinéma égyptien c'était au
Caire vers les années 1950,
avant l'arrivée au pouvoir de
Nasser, en 1954. Kayro
Jacobi, l'élégant, l'autoritaire,
le fastueux propriétaire des
studios Kayro Films en est le
prince admiré. Deux passions
l'habitent : le cinéma et les
femmes avec une inévitable
interaction entre les deux. Le
jour où sa vedette masculine
se rebiffe et lui lance un
article paru dans la presse,
signé d'un " Esprit frappeur "
dénonçant les agissements des " cinéastes étrangers ", il fonce
chez le journaliste dont il s'est procuré l'adresse. Etranger ?
Lui ? Parce que juif ? Mais sa famille est installée en Egypte
depuis plus de 70 ans. Elle n'a pas la nationalité égyptienne?
Quelle importance ? Dans sa naïveté, il affirme que son pays,
c'est ici, avec le travail qu'il y élabore. Il ne saurait le faire
ailleurs, dans une autre culture. Lorsqu'un jour il est contacté
par des cinéastes américains de renom pour quelques
conseils, il s'imagine déjà au pinacle du cinéma international.
La chute n'en sera que plus dure. S'y greffe le comportement
insensé de ses deux sœurs fascinées par le communisme de
Staline, puis les directives de Nasser envers la communauté
juive. Mais Kayro s'accroche, refuse de fuir cette terre et
entre tout simplement " en résistance ".
(Editions Mercure de France - 19,80€)
Odette Lang
EN BREF
Le Big Bang, et après ?
Sous la direction
de Nadia Benjelloun
Les Editions Albin Michel ont pris
l'heureuse habitude d'éditer, chaque
année, les principaux textes dits et
débattus lors des rencontres de Fès
qui se tiennent dans le cadre du
Festival des musiques sacrées du
monde. Dans cette collection de
livres qui a pris le nom de "
Rencontres " ont déjà paru " Le Sacré
: cet obscur objet du désir " et " L'Art,
un miroir du sacré ".
Dans ce nouveau volume,
Alexandre Adler, Dany RobertDufour, Marc Fumaroli, Blandine
Kriegel, Victor Malka, Trinh Xuan
Thuan et Max-Jean Zins débattent
des origines de l'univers et de la vie.
Dans la belle introduction qu'elle
donne à ce volume, Mme
Benjelloun, directrice internationale
du Festival de Fès écrit notamment
: " Ces discours sur l'origine ont été
dits et entendus ensemble, dans un
même lieu, devant un même public,
sous le chêne centenaire du musée
Batha, comme y sont jouées les
musiques
sacrées
des
cinq
continents, avec une même
intention, un même intérêt et un
même respect pour ce qu'une telle
réunion représente. Croyants ou non,
ceux qui viennent, chaque année, au
rendez-vous de Fès ont au moins un
point commun : l'envie d'entendre
d'autres musiques et d'autres idées
que les leurs, d'en discuter et d'en
tirer l'aliment de réflexions
nouvelles" ( Albin Michel. 12 E )
ghetto de Varsovie et qu'il prit part
au soulèvement en 1944. Dans " La
vie malgré le ghetto ", il raconte la
Français et musulman :
est-ce possible ?
Par Khalil Merroun
Le recteur de la mosquée d'Evry
Courcouronnes aborde, dans ce
livre d'entretiens avec Isabelle
Lévy, les grandes questions
auxquelles est confronté l'islam de
France aujourd'hui. Il aborde les
grandes questions qui agitent la
société française dans ses rapports
avec les musulmans. Relevons ce
que Khalil Merroun dit dans le
chapitre qu'il consacre à "l'islam et
l'antisémitisme" : "Que l'on soit
musulman de souche ou de
conversion, on ne peut pas être
antisémite…En
effet,
un
"musulman antisémite " ne signifie
pas qu'il est uniquement contre les
juifs, mais contre les juifs, les
chrétiens et les musulmans…C'est
l'envers
du
bon sens. Il en est de même des
chrétiens : s'ils se déclarent
antisémites, ils insultent Jésus,
sémite lui aussi(..). Les musulmans
ne doivent pas vivre dans le
dessein de supprimer les juifs de la
surface de la terre. Au contraire, ils
doivent vivre ensemble, en parfaite
harmonie, dans le respect mutuel,
comme ils ont su le faire au
Maghreb, en Andalousie et dans
bien d'autres pays ". ( Presses de la
Renaissance. 17 E )
La vie malgré le ghetto
Par Marek Edelman
Les éditions Liana Levi ont pris
l'initiative de publier deux livres de
Marek Edelman décédé l'an
dernier. On sait qu'il fut membre de
l'état- major de l'insurrection du
fraternité, l'amour et l'amitié qui ont
marqué la vie alors même que les
Allemands patrouillent et tuent.
Edelman a voulu ici rappeler le
parcours de ceux qui ont
accompagné la vie du ghetto. Pour
mémoire.
L'autre livre a pour titre
"Mémoires du Ghetto de Varsovie"
dont la première édition avait paru
en 1983 aux éditions du Scribe.
Dans la préface qu'il a donnée à ce
livre, le regretté Pierre VidalNaquet
écrit notamment :
"L'insurrection du Ghetto de
Varsovie… Peu de périodes de
l'histoire contemporaine ont vu se
braquer sur elles autant de
projecteurs.
Documents,
témoignages de toutes sortes, des
victimes et des bourreaux,
reconstitutions romanesques, il
semble que tout ait été dit tant sur
le combat lui-même que sur le
grand enfermement, la déportation
et l'extermination massive à
Treblinka qui l'ont précédé ".
(Editions Liana Levi.
Respectivement
16 euros et 7 euros)
INFORMATION JUIVE Avril 2010 37
MUSIQUE
Autoryno, un trio français
sous le label Tzadik
Le Musée d'art et d'histoire du judaïsme présente une
exposition sur Tzadik, l'éditeur musical New Yorkais
de la " radical jewish music ". Un courant musical qui
marie les influences du jazz, du rock et du kleztmer.
Au même moment, un album français, sous label
OOO I.J : Comment s'est produit votre
rencontre avec John Zorn et le label Tzadik.
David Konopnicki : Cela fait dix ans
que j'écoute des disques de ce label :
Marc Ribot, Krakauer et bien sûr John
Zorn. Étant à New York l'été dernier,
j'ai déposé une maquette dans la boîte
aux lettres de John Zorn. Quelques
morceaux que j'avais travaillés avec
mes deux comparses. John Zorn m'a
répondu immédiatement. Il avait
écouté. Il m'a proposé de produire le
disque. Il était intéressé par l'apport de
la guitare Fretless, dont la particularité
est d'avoir un manche lisse comme
celui du violon. C'est le compromis
idéal entre la guitare rock et le violon
kletzmer. J'ai une main gauche de
violoniste yiddish et une main droite
de guitariste rock.
I.J : Le choix de la musique
juive, c'est une affaire
d'instrument ?
D.K. : Oui et non. Ma mère
m'a mis un violon dans les
mains quand j'avais cinq ans.
Pas un clavecin ou un
accordéon musette ! Bien sûr,
je suis passé à la guitare rock
à l'adolescence. Je suis
musicien dans diverses
formations de rock depuis 10
ans. Avec le groupe Fiszcus,
j'ai beaucoup joué en Europe
centrale, dans les Balkans, en
Slovaquie, en Bohème et en
Autriche. Ces pays d'où
venaient les musiciens juifs
et tziganes ! Tout en
continuant avec les groupes
38 INFORMATION JUIVE Avril 2010
Tzadik arrive dans les bacs. Il est signé Autoryno , un
trio formé par David Konopnicki, guitariste et
compositeur, avec Bertrand Delorme à la basse et Cyril
Grimaud à la batterie. Rencontre avec David
Konopnicki.
rock, j'ai eu envie de créer un trio, pour
rechercher plus de liberté musicale. La
guitare prend un rôle mélodique, la
basse et la batterie ont plus de place
pour s'exprimer. Pour certains
morceaux,
nous
invitons
un
clarinettiste, Florent Méry, pour d'autres
un accordéoniste, Loïc Aurdureau.
I.J : C'est sur cette base que se greffe
l'influence de la musique yiddish ?
D.K. : Elle vient naturellement. Zorn
a identifié ce que nous avons fait
comme " radical jewish ". La musique
est toujours un mélange. Nous avons
intitulé l'abum " Pastrami bagel Social
club ". La trace juive dans la vie
quotidienne à New York, les jazzmen
noirs du Buena Vista Social Club de La
Havane . Mais je ne sais si le public
peut identifier comme " musique juive
" autre chose que le kletzmer
traditionnel ou le chant judéo andalou.
Dans l'expression " radical jewish ", il y
a radical, au sens américain. Donc
l'engagement artistique, musical, qu'il
est évidemment difficile d'exprimer
avec des mots.
Propos recueillis par
Fabrice Hoffnung
Cet engagement radicalement musical
s'écoute. Le trio Auoryno sera en concert à Paris
le 10 mai au Sunset, 60 rue des Lombards, puis
en tournée à travers l'Europe, jusqu'à Prague.
Pour en savoir plus sur autoryno et l'album
Pastrami Bagel Social Club :
Tsadik. Com.
Myspace.com/autoryno.
Sous le label Tzadik…
CINÉMA
Un premier film prometteur
signé Pascal Elbé
H
omme d'engagement
et de promesses
(notamment de dons)
en sa qualité de
parrain de l'Appel
national pour la
Tsedaka 2009, le comédien Pascal Elbé
passe pour la première fois derrière la
caméra et signe un premier long
métrage réussi et prometteur en tant
que réalisateur et scénariste, aux
confluents du polar, de la chronique
sociale et du film choral.
PAR ELIE KORCHIA
Puis, alors que le médecin remonte
dans sa voiture au gyrophare bleu, un
cocktail molotov est jeté par Bora - qui
va faire s'enflammer le véhicule en
quelques secondes - avant que le
gamin ne décide contre toute attente
de secourir incognito sa victime et la
sorte de sa voiture, ses copains ayant
tous déguerpis, d'où une trame
romanesque fondée sur le dilemme
psychologique que va vivre Bora,
sauveteur héroïque et secret de celui
qu'il a lui-même agressé.
En effet, celui qui est décrit par notre
ami commun Gil Taïeb comme un être
à la fois "généreux, spontané et
profondément humain", a décidé de
s'attaquer pour son premier film à
plusieurs histoires apparemment
distinctes
mais
habilement
enchevêtrées, sur fond de conflit social
et familial, revendiquant les nobles
influences de grands metteurs en
scène comme Alejandro Inarritu (21
grammes) ou encore James Gray (La
nuit nous appartient).
Il s'inspire ici d'un fait divers qui
avait tristement marqué l'actualité il y
a quatre ans, à savoir l'attaque et
l'incendie d'un bus à Marseille par huit
mineurs, qui avaient fait pour
malheureuse victime une jeune
étudiante
sénégalaise,
Mama
Galledou, brûlée vive dans l' incendie,
affirmant avoir autant été choqué par
cet acte dramatique que par le
comportement des jeunes garçons à
leur procès, qui n'avaient exprimé ni
remords ni regrets, "comme si notre
pacte social avait éclaté en morceaux".
Particulièrement bien mise en scène,
la première partie du film est la plus
aboutie sur un plan visuel et narratif,
qui voit un adolescent de quatorze ans
d'origine turque, Bora, participer du toit
d'un immeuble au caillassage de la
voiture d'un médecin urgentiste avec
plusieurs copains, alors même que le
médecin en question, Simon (interprété
par Pascal Elbé lui-même) est en train
de soigner un patient à l'intérieur de
l'immeuble.
au quotidien dans ce qu'on pourrait
appeler l'urgence du réel.
Mais il convient aussi et surtout de
féliciter Pascal Elbé pour sa direction
d'acteurs et son casting au cordeau, que
ce soit pour l'interprétation de son ami
intime et ancien coscénariste de
Mauvaise foi, Roschdy Zem, véritable
frère de cinéma qui joue ici son frère
policier en charge de l'enquête, ou
encore pour la grande Ronit Elkabetz
(dans le rôle de la mère courageuse,
digne et combattive de Bora), dont
Pascal Elbé aime à rappeler qu'il
admire l'univers cinématographique et
qu'il avait été impressionné par son
premier film comme réalisatrice,
Prendre femme.
Et pour que la boucle soit
parfaitement bouclée, on rappellera
que Ronit Elkabetz avait fait jouer le
rôle de son mari dans Prendre femme
par l'excellent comédien Simon
Abkarian, qui interprète ici, dans le
cadre d'une sous-partie de l'histoire qui
se révèlera décisive (bien que
regrettablement sous-exploitée) un
veuf aveuglé par la vengeance, ayant
perdu sa femme alors qu'elle agonisait
dans ses bras et qu'il attendait d'une
façon aussi éperdue que vaine l'arrivée
du médecin urgentiste, lui-même en
train de dépérir dans son véhicule en
feu…
Un ado qui aura le choix entre
sauvegarder sa liberté (au mépris de sa
conscience) ou reconnaître son acte
(afin de permettre notamment à l'un de
ses copains qui a été arrêté de ne pas
être condamné à sa place).
Outre le fait que ce thriller soit
rondement mené, il faut rendre grâce
à Pascal Elbé de n'être pas tombé dans
le piège du discours moralisateur et
d'avoir évité certains clichés dans la
description de certaines situations,
ayant pris notamment le soin de faire
relire son scénario par le patron de la
Brigade Criminelle et ayant rencontré
des travailleurs sociaux, des policiers
ou encore des médecins qui exercent
On pourra évidemment faire
observer qu'à force de vouloir manier
nombre de personnages et d'intrigues,
dans un long-métrage qui se révèle au
final un peu trop court, Pascal Elbé a
pu survoler un peu superficiellement
certaines parties de son histoire, mais
une fois oubliées ces erreurs inhérentes
à une première œuvre qui reste
agréablement ambitieuse, nous
espérons vivement et sincèrement que
cet artiste manifestement aussi
talentueux qu'attachant arrivera à
imposer sa propre marque dans le
7ème art hexagonal, dans la lignée de
ce que ses prestigieux modèles ont
brillamment réussi à faire outreAtlantique.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 39
CHRONIQUE
Marx : le Capital famille
M
PAR ALBERT BENSOUSSAN
de vérité. La vérité de la Comédie
Humaine, certes, mais centrée, axée sur
le monde juif des immigrants de la
première vague ¾ tels qu’ils apparaissent
dans l’extraordinaire paradigme filmé de
Hester Street (de Silver, en 1975) ¾, et
qui est celui de leur petite enfance. Celle
d’une famille juive de New York, issue
d’un père alsacien – Simon Marrix,
devenu à New York Samuel Marx – et
d’une mère allemande – Minnie
Schoenberg –, celle-ci harpiste à ses
heures, celui-là ventriloque et
prestidigitateur, quand ils ne sont pas
l’un tailleur ou fabricant de parapluies,
l’autre ouvrière dans une usine de
chapeaux ¾ tous ces éléments se
retrouvant, peu ou prou, dans la célèbre
série de films des quatre frères unis
comme les doigts de la main (surtout si
on y ajoute Gummo, le théâtreux). Ils
sont, donc, cinq fils d’immigrants passés
par Ellis Island, à l’ombre de la statue de
la Liberté, et enfants de la balle. On
imagine aisément la Minnie Schoenberg
en yiddishe mame transmettant ses soins
de vigilance et de secours à cette cellule
soudée des quatre frères qui ont
triomphé à Broadway, et elle qui n’avait
dirigée par le grand Capital – Groucho
passe son temps à chercher à survivre,
avec l’aide de ses compères Chico et
Harpo ; le thème de la faim et de la
subsistance est de toutes les séquences
– ; mais qui finissent par triompher à la
fin, et l’emporter parce qu’ils seront restés
tous ensemble, solidaires, comme un bloc
soudé. Car face à Das Kapital marxiste,
ils ont su opposer le Capital Famille de
Samuel et Minnie Marx.
Les juifs, de toute origine ou obédience, sont soudés.
Même les " mauvais " juifs font partie de la famille, et le
mauvais caractère s'efface lorsqu'il y a danger de
rupture du lien familial.
Les juifs, de toute origine ou
obédience, sont soudés. Même les
“mauvais” juifs font partie de la famille,
et le mauvais caractère s’efface lorsqu’il
y a danger de rupture du lien familial.
C’est aussi pourquoi le lien entre Israël
et la diaspora juive est si fort,
indéfectible, infrangible. Il s’agit, en fait,
d’un cordon ombilical qui n’aurait jamais
été coupé. Nous sommes tous, que nous
habitions Jérusalem ou Paris, Tel Aviv ou
New York, les fils et filles de Rachel.
Nous nous aimons et nous nous aidons.
Finalement il ne faut peut-être pas
chercher ailleurs la racine de
l’antisémitisme. Les juifs, parce qu’ils
sont une seule et grande famille,
pénétrée de tseddek et de ‘hessed, font
peur aux autres. Souhaitons qu’ils
continuent ainsi, je veux dire, non pas
qu’ils fassent trop peur aux autres qui,
souvent, nous détestent, mais qu’ils
fortifient et renforcent ce cordon
ombilical, et ne cotisent, pour plaire à
Minnie Marx, la yiddishe mame, qu’au
capital famille.
on neveu Claudy,
qui fut élevé chez
nous, à la faveur de
la guerre, avait
l’habitude de dire,
au
sortir
des
chambres noires où nous allions rire à
ces films de comique enfantin Bud
Abbot et Lou Costello, Charlot, Laurel et
Hardy, et, last but not least, les Marx
Brothers ¾, Claudy, donc, qui avait tout
bien compris, ne tarissait pas d’éloge et
de rire sur “les frères Marx Brothers” !
Et, invariablement, moi son aîné, et fier
de sa science supérieure, je le reprenais
en censurant le pléonasme : Brothers,
idiot, ça signifie déjà frères. Mais lui, mon
neveu, n’en démordait pas, et il en est
toujours, à son âge avancé, à dire et
répéter jusqu’à la satiété qu’il aime pardessus tout “les frères Marx Brothers”
(Encore heureux qu’il n’ait pas connu
les “Warner Bros”, car il aurait tout aussi
sec enchaîné : “les frères Warner Bros”.)
J’entends souligner ici, en rappelant
cette redondance amusante, le poids de
la famille ou des liens familiaux qui
caractérise tous les films des frères Marx.
Et d’abord parce qu’ils sont trois et même
quatre frères à jouer, tous en scène, trois
clowns déguisés, sous des oripeaux
différents, en augustes et un quatrième
en clown blanc ; et avec des identités
distinctes : pourquoi Chico est-il italien?
Zeppo séducteur ? Groucho, ashkénaze?
et pourquoi Harpo reste-t-il toujours dans
les limbes de sa mutité ? Le cirque, au
centre de cette filmographie, est, on le
sait, territoire de la vérité dévoilée sous
le masque grotesque. Suivant la vieille
norme ¾ celle de Guignol, de la
Commedia dell’Arte, de Karagheuz ou
du Bouffon du Roi ¾, ces énergumènes
délivrent, par leurs grimaces et
contorsions excessives, ainsi que par
leurs drôleries langagières, un message
40 INFORMATION JUIVE Avril 2010
jamais lu Les Trois mousquetaires ¾
mais peut-être avait-elle vu Max Linder
dans L’étroit mousquetaire ¾ leur avait
dit, lancé et conseillé : Un pour tous et
tous pour un, avec sûrement un fort
accent yiddish. Et en bonne marxiste,
elle avait édicté cette loi de conduite dans
la vie : “Min oytser, mes trésors, mes
chéris, vous avez tous ensemble ein
Kapital : la famille !”
Et les Marx Brothers, qui ne l’ont
jamais oublié, ont fabriqué des films où
nous les voyons tous les quatre, unis, face
aux déboires et aux pénuries de la vie, à
la méchanceté et la mesquinerie des
autres, à l’oppression des forts, et la dure
loi d’une société libérale totalement
En cela s’affirme, indéniablement, le
caractère juif de leurs films. Le judaïsme,
qui nous enjoint d’aimer notre prochain
comme nous-mêmes et de respecter nos
parents, a développé au cours des siècles,
et comme carapace contre oppression,
persécutions, expulsions et menaces de
toutes sortes, le culte de la famille. La
tsedaka est une obligation religieuse, et,
comme l’on dit, charité bien ordonnée
commence par soi-même, autrement dit
par sa famille, mais au sens large. Il suffit
de voir les juifs en dispersion enquêter
sans cesse sur leurs origines et leurs
cousinages, et quelle joie quand on se
découvre, à l’autre bout de la terre, un
parent, un autre soi-même !
COURRIER
Les Turcs et les Arabes
Je lis aujourd'hui jeudi 15 avril
dans les colonnes du journal Le
Point cette curieuse déclaration du
Premier ministre de Turquie,
M.Erdogan : " Les Arabes et les
Turcs sont les doigts d'une seule
main. Sans les Arabes le monde n'a
pas de sens "
Et sans M.Erdogan, a-t-il vraiment
un sens ?
Jean Benhaïm
Merci Jean-Pierre
Je ne vous cache pas que j'ai
trouvé bouleversante l'émotion manifestée par Jean-Pierre Foucault en
Israël à l'occasion de la cérémonie
au cours de laquelle un hommage
a été rendu à son père " Juste pour
avoir sauvé des juifs pendant la
guerre "
Il faut peut-être rappeler que son
père Marcel avait sauvé, entre
autres, une jeune Polonaise, Pessa
Leska qui, plus tard, est devenue sa
femme.
A cette occasion, Jean-Pierre Foucault a déclaré, et c'est cela que j'ai
trouvé très beau : " C'est le plus
beau jour de ma vie. Si mon père
nous voit de là-haut, lui qui était si
modeste, si discret et qui ne faisait
jamais état de son courage sous l'Occupation, il doit se dire : Qu'est-ce
qui leur prend ? "
Je veux dans les colonnes de votre
journal dire un simple merci à JeanPierre.
Albert Assouline
Plumitifs
Ah ! ces chroniqueurs qui se prétendent humoristes quand ils ne sont
qu'amuseurs publics. On peut évidemment penser ce que l'on veut
d'Eric Besson mais ce Stéphane
Guillon me donne des envies de
vomir. Non seulement il ne me fait
pas rire mais que dirait-il si, d'aven-
ture, on se mettait à se moquer de
son physique…Quoi , n'y aurait-il
rien à en dire ?
Parler des "yeux de fouine" et d'un
"menton fuyant" c'est d'une bêtise
lamentable. Et dire que nous payons
de nos deniers d'aussi grotesques
plumitifs.
Chantal Uzan
Bourdin, Dieudonné ans Co.
Pour la énième fois - c'est devenu
une habitude chez lui - M.Jean-Jacques Bourdin n'invite à son micro de
RMC que des hommes à scandale.
Le 30 mars dernier, il n'a trouvé que
Dieudonné à qui il a offert généreusement son micro pour qu'il puisse
redire à la France ce qu'il pense des
juifs.
Ma question est toute simple : ne
se rend-il pas ainsi complice des
idées de son douteux invité ?
Alexandra M.
Courriel
CARNET
Légion d'Honneur
OOO Nous
avons relevé dans la liste des personnalités honorées
par la République à l'occasion de la promotion de Pâques les noms
de
- M.Moïse Cohen, président d'honneur du Consistoire de Paris,
promu officier,
- M.Eric de Rotshchild, président du Mémorial de Shoah,
- M.Edmond Elalouf, président du Centre communautaire de Paris,
nommés chevaliers.
Information juive leur adresse à cette occasion ses plus chaleureuses
félicitations.
Distinction
OOO Mme
Muriel Dahan , ancienne conseillère technique de la
ministre de la Santé et des Sports, conseillère générale des
Etablissements de santé à l'Inspection générale des affaires sociales
a reçu, le dimanche 29 mars, le prix " caducée spécial " qui lui
a été remis par le commissaire du congrès annuel des pharmaciens,
Pharmagora, pour l'action qu'elle a menée, dans le domaine
pharmaceutique, auprès de Mme Roselyne Bachelot-Narquin.
Mme Muriel Dahan est la nièce de nos confrères Salomon et
Victor Malka.
Nous lui adressons à cette occasion toutes nos félicitations.
INFORMATION JUIVE Avril 2010 41
VERBATIM
AXEL KAHN.
Président de l'université Paris V :
" Je conçois l'université comme le
FRANÇOIS LÉOTARD.
dernier lieu de civilisation "
Ancien ministre :
SHIMON PÉRÈS.
"C'est à la Shoah que je dois mon engagement
Président de l'Etat d'Israël :
politique "
" Plus vite les Palestiniens auront un
Etat, plus vite nous aurons de
meilleurs voisins "
l'écoute, l'art d'une attention
pour tout dire, la désinformation dès
concentrée et scrupuleuse. C'es un
qu'il est question de Benoît XVI "
ANDRÉ VINGT-TROIS.
apprendre par cœur : ce qu'on
Archevêque de Paris :
apprend par cœur, personne ne peut
ISABELLE STENGERS.
" Je suis réticent à l'idée que les
vous l'arracher, ni la police secrète, ni
Philosophe :
pouvoirs publics s'occupent de la
la censure…Ma crainte est la
" Le défaut mortel du système
façon dont on s'habille ou alors ils
disparition du silence. Avoir un espace
capitaliste est moins sa recherche
doivent s'occuper aussi de la façon
silencieux pour soi-même est devenu
permanente et effrénée du profit que
dont on se déshabille "
un luxe "
le fait qu'il sépare, divise, isole,
déchire les tissus collectifs. Il nous
BARACK OBAMA.
SCHIRIN EBADI.
sépare de la nature, il sépare les
Président des Etats-Unis d'Amérique :
Iranienne. Prix Nobel de la Paix :
individus les uns des autres "
" Israël est l'un de nos proches alliés.
" Mon pays détient deux tristes
Parfois, les amis sont en désaccord "
records :celui du nombre de
IVAN RIOUFOL.
journalistes emprisonnés et celui du
Chroniqueur :
nombre de mineurs exécutés ".
" L'islam progresse d'autant plus que
MALEK CHEBEL.
le christianisme recule. Se dirige-t-on
Anthropologue algérien. Spécialiste de
vers une " allaïcité " à la française ? "
l'islam :
SYLVIE KERVIEL.
" Après un vingtième siècle positif de
Journaliste au Monde :
décolonisations, on retombe dans une
" Thierry Ardisson se plaît, émission
GUY SITBON.
phase archaïque de guerres de
après émission, à monter les
Journaliste :
religions "
communautés les unes contre les
"Les hommes politiques meurent à
autres "
l'instant même où la presse cesse de
s'intéresser à eux"
PAL SARKOZY.
Père du président de la République :
FRÉDÉRIC MITTERRAND.
" je n'ai jamais regardé que l'avenir. Et
Ministre de la culture :
GILBERT SINOUÉ.
en riant ".
"Quand on m'appelle Monsieur le
Ecrivain franco-égyptien à propos de
ministre, j'ai toujours l'impression que
son livre Inch'Allah, le souffle du
Jack Lang va surgir derrière moi"
jasmin :
TIM BURTON.
"J'ai fait relire mon manuscrit à un
Metteur en scène :
" On dit qu'avec le temps et les
CHRISTOPHE BARBIER.
Israélien et à un Palestinien. Les deux
malheurs de la vie, on perd l'étincelle
Directeur de L'Express :
ont été furieux : c'est donc que je suis
de la jeunesse. C'est faux. On ne la
" La bêtise tue l'humour et ...le
dans le vrai "
perd pas, on la laisse s'éteindre. C'est
privilège d'être méchant impose le
différent. Matisse a veillé à ce que
devoir d'être spirituel "
HÉLÈNE AHRWEILER.
Ancienne président de Paris I
cela ne se produise pas ".
BERNARD-HENRI LÉVY.
Sorbonne :
GEORGE STEINER.
Philosophe :
"Une nation doit savoir prendre en
Philosophe :
" Il faudrait quand même que l'on arrête
charge son passé, et s'interroger sur
" L'art de la lecture est un art de
avec la mauvaise foi, les partis pris et,
ses héros"
42 INFORMATION JUIVE Avril 2010
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