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économique de la Chine impériale atteingnit son apogée grâce au déploiement d’une
diplomatie navale dans l’Océan Indien et l’ouverture de routes commerciales vers l’Arabie et
la Corne de l’Afrique, à travers l’Océan Indien.
Première illustration de la mondialisation chinoise :
Zheng He (1371-1435), l’« amiral des mers de l’Ouest » quitta le port de Canton
en juillet 1405 avec une flotte de 67 vaisseaux emportant 2700 hommes (savants,
interprètes et soldats). Il vogua vers Java et atteignit le Sri Lanka à travers le
détroit de Malacca. Ce fut la première expédition d’une série de sept qui lui permit
d’explorer, le Golfe de Thaïlande, le nord de l’île de Bornéo, les côtes de l’Inde, le
sud de la péninsule arabique, le Golfe arabo — Persique et les rivages de
l’Afrique de l’Est. Ces expéditions visaient à tisser des liens diplomatiques et
commerciaux (soie, céramique, produits laqués contre épices, encens, pierres
précieuses) entre le « Fils du Ciel » et les souverains locaux et avaient
généralement un caractère pacifique.
Quant à l’empire arabo-musulman du IXe au XIIIe (sous la dynastie abbasside), il maîtrisa un
espace géopolitique qui s’étendit de l’Espagne aux marches de l’Inde et de la Chine. Cet
espace se projetait à l’extérieur, grâce aux contacts commerciaux avec les Tang (après la
bataille de Talas en 751), avec l’Inde et l’Insulinde, à travers l’Océan Indien (route des
épices), et avec l’Afrique (commerce des esclaves par la Corne de l’Afrique et le Sahara).
Une illustration de la mondialisation arabo-musulmane :
Ibn Battûta, l’un des plus grands voyageurs du Moyen Âge qui parcouru plusieurs
milliers de kilomètres (en 29 ans) de Tanger (où il est né en 1304) à Quanzhou (en
Chine), et de Tambouctou (Mali) à Bulghar (en Russie, sur la Volga). Ses récits de
voyage sont décrits dans Rihla. Né d’une famille bourgeoise, il se fit vendeur de
dattes en Arabie, obtint des docteurs de la foi de Damas l’autorisation d’enseigner,
devint successivement cadi (juge) au service du sultan de Delhi et aux îles
Maldives. Il fut chargé d’une mission diplomatique à Constantinople par le khan
de Kiptchak (Russie méridionale), et dirigea une ambassade indienne auprès de
l’empereur de Chine (voir Michel Mollat « Deux mondes qui s’ignorent », in : Les
explorateurs. Des pharaons à Paul Émile Victor, Robert Laffont, Coll. Bouquins,
2004, Chapitre premier, p. 203).
Ces grandes routes commerciales constituent les « veines » des « systèmes d’économies-
mondes » décrits par Fernand Braudel (Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVè-
XVIIè siècle, Armand Colin, 1979).
Sécurisées pendant près de cinq siècles par les royaumes arabo-musulmans, l’Empire chinois
et une chaîne de « khanats » turco-mongole vassaux, les routes commerciales par voie
terrestre sont perturbées par les invasions mongoles (XIIIe - XVe siècles).
Vers 1500, le pouvoir chinois décida brusquement l’arrêt des expéditions maritimes,
interdisant même la construction de jonques de haute mer. C’est la « fermeture des mers »
décrétée par les empereurs Ming qui marqua la « sinisation manquée du monde ». Une des
explications serait l’affaiblissement du pouvoir central chinois ainsi que la nécessité qu’il se
trouvait de faire face aux envahisseurs venus du nord. La Chine se referme pour plusieurs