Jacques Bonnaffé, le magnifique

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Jacques Bonnaffé, le magnifique
S’emparant du « Roi du bois », le comédien porte jusqu’à son incandescence la langue de Pierre Michon
(Théatre 71)
Jacques Bonnafé explore tous les mystères, tous les abysses du verbe.
Avec c
Dès que Jacques Bonnaffé paraît, le public retient son souffle. Immobile, imposant, impressionnant dans son grand manteau
sombre à blanche collerette. Droit sur ses jambes, il fascine, évoquant quelque reître, quelque capitaine, à la façon d’un Corto
Maltese.
D’un seul regard, il absorbe tout l’espace, concentre l’attention, maître du plateau empli de toiles et voiles éclairées comme un
tableau du Lorrain par les lumières délicates d’Éric Blosse. Soudain, sa voix s’élève : « Moi, Gian Domenico Desiderii… » . Le
récit commence : celui du Roi du bois, de Pierre Michon (1).
JACQUES BONNAFFÉ SE FOND DANS L’HISTOIRE DU PORCHER
Une heure durant, seul acteur en scène (il est accompagné cependant du quatuor Varèse distillant les notes contemporaines
composées tout exprès par Michèle Reverdy), Jacques Bonnaffé se fond dans l’histoire du porcher entré au service du Lorrain.
Ébloui par la beauté et le luxe réservés aux puissants, il se mit à son tour à peindre « pour être prince », mais en vain.
Jamais il ne parvint à quitter son état, condamné à se faire seigneur de son propre royaume : la forêt, source de ses premiers
émois. Un jour, enfant, il y avait surpris une femme aux très riches atours, descendue d’un carrosse pour se soulager.
JACQUES BONNAFFÉ EXPLORE TOUS LES MYSTÈRES
La vision peut paraître obscène. Traduite par Pierre Michon, elle est sublimée, tant l’écriture, d’une force et d’une
incandescence rares, transcende le trivial, magnifie le quotidien. Une écriture dont, savamment mis en scène par Sandrine
Anglade, Jacques Bonnaffé s’empare pour la faire sienne, sensible, concrète, charnelle, lumineuse.
Dansant, courant, s’ébrouant, se figeant, il explore tous les mystères, tous les abysses d’un verbe où le raffiné ennoblit le
vulgaire, le vulgaire rehausse le raffiné. Diseur en même temps qu’imprécateur, il en exprime toutes les couleurs, les
fulgurances, la poésie noire avec une puissance évocatrice sidérante. Porteur de la parole, comme d’autres portent le feu, il
fascine, jusqu’à l’embrasement de son cri final : « Maudissez le monde, il vous le rend bien. »
(1) Éd. Verdier. 50 p., 8 €. Au Théâtre 71, 3, place du 11-Novembre, 92240 Malakoff, le 13, à 19 h 30
(rens. : 01.55.48.91.00), puis en tournée à Besançon du 16 au 18 octobre, Guyancourt du 24 au 26, Vincennes les 14 et
15 novembre, Beauvais le 30, Arles le 9 décembre…
DIDIER MÉREUZE
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