Assurer la s
ecurit
e alimentaire dans un contexte
de changement climatique : un d
eïŹ collectif
Sur notre plan
ete, un milliard de per-
sonnes souffrent actuellement de la faim
(United Nations Population Division,
2010) tandis qu’un autre milliard
consomme trop de nourriture, accrois-
sant du meˆme coup les risques de
maladies chroniques (Foresight, 2007 ;
WHO/FAO, 2003 ; Haslam et James,
2005). Alors que la population mondiale
ne cesse d’augmenter, pour atteindre
environ 9 milliards d’eˆtres humains d’ici
2050 (United Nations Population
Division, 2010), alors que les habitudes
alimentaires convergent vers une
consommation plus 
elev
ee de calories,
de lipides et de produits animaux, le
syst
eme alimentaire mondial est aujour-
d’hui confront
e
a une tension impor-
tante. Partout dans le monde, des
populations n’ont pas acc
es aux denr
ees
alimentaires. Outre qu’elle est 
a l’origine
d’une grande souffrance, cette ins
ecurit
e
alimentaire contribue 
alad

egradation et

al’

epuisement des ressources naturelles,

a l’exode rural, aux migrations trans-
frontali
eres, mais aussi 
a l’instabilit
e
politique et 
economique.
Dans les ann
ees pass
ees, la r
evolution
verte a permis de faire mieux que suivre
l’
evolution d
emographique. Mais le
mod
ele agricole et alimentaire doit
eˆtre renouvel
e. En effet, l’agriculture
contribue de mani
ere signiïŹcative aux

emissions de gaz 
a effet de serre, 
a
cause notamment de certaines pratiques
(d
efrichage, mauvaise utilisation des
engrais et des r
esidus organiques,

elevage hors sol...). De plus, et 
a mesure
que la demande mondiale de nourriture,
de fourrage et de cultures bio
energ
eti-
ques augmente, de nombreux syst
emes
agricoles appauvrissent les sols, la biodi-
versit
e et les ressources en eau. Ainsi,
dans de nombreuses r
egions, les 
ecarts
entre les rendements potentiels et r
eels
des cultures sont 
enormes. Chaque
ann
ee, on estime que 12 millions d’hec-
tares de terres agricoles, susceptibles de
produire potentiellement 20 millions de
tonnes de c
er
eales, sont perdus en raison
de la d
egradation des sols ; ils viennent
s’ajouter aux milliards d’hectares qui
sont d
ej
ad

egrad
es (United Nations
Convention to Combat DesertiïŹcation,
2011 ; Bai et al., 2008). EnïŹn, on estime
qu’un tiers de la nourriture produite pour
la consommation humaine est perdu
ou gaspill
e dans le syst
eme alimentaire
mondial (United Nations Convention to
Combat DesertiïŹcation, 2011).

A ce tableau, il convient d’ajouter

egalement un autre facteur important,
le changement climatique, qui devrait
se poursuivre dans les d
ecennies 
a venir.
Ce processus est d
ej
a perceptible par les

ev
enements climatiques (temp
eratures

elev
ees, s
echeresses, inondations...)
Abstract: Achieve food security in the face of climate change: a collective issue
There is an urgent need to renew our agricultural model: 1 billion people still suffer from
starvation nowadays, we are running short with fossile resources and climate change is
already transforming agriculture throughout the World. Food security is at stake for the
decades to come and most of the international decision makers are becoming aware of it,
as illustrated by a series of conferences and summits which include: the G20 summit on
agriculture in Paris (June 2011) and the Earth Summit which took place in Rio on last
June.
However, while preparing for those important meetings decision-makers were in need for
an accurate and comprehensive information on the latest scientiïŹc results. This is the
reason why the international commission on sustainable agriculture and climate change
was set up in 2011.
Made of 13 eminent scientists, this international commission was in charge of identifying
which policy changes and actions are needed to help the world achieve food security in
the face of climate change. After 15 months of working, the commission issued its ïŹnal
report in March 2012 and this article is aimed at introducing the main conclusions of this
report.
Key words: climate change, food security, environment, agriculture, resources, com-
mission, report, summit, decision-makers
Marion GUILLOU
Institut National de la Recherche
Agronomique (INRA),
147 rue de l’Universit
e–75338 Paris
Cedex 07 ;
Commission internationale sur
l’Agriculture durable et le Changement
climatique ;
Agreenium
Article recžu le 12 juillet 2012
Accept
e le 30 juillet 2012
Pour citer cet article : Guillou M. Assurer la s
ecurit
e alimentaire dans un contexte de changement climatique : un d
eïŹ collectif. OCL 2013 ; 20(1) :
61-68. doi : 10.1684/ocl.2012.0471
doi: 10.1684/ocl.2012.0471
OCL VOL. 20 N81 janvier-fe
ÂŽvrier 2013 61
D
EVELOPPEMENT
Article disponible sur le site http://www.ocl-journal.org ou http://dx.doi.org/10.1051/ocl.2012.0471
dont la fr
equence et la gravit
e se sont
accrues au cours des derni
eres ann
ees.
Tant sur le plan social qu’
economique ou

ecologique, ces 
ev
enements extreˆmes
touchent directement de nombreuses
populations 
a travers le monde. De plus,
les temp
eratures moyennes 
a la surface
du globe risquent de connaıˆtre une
augmentation si les 
emissions de gaz 
a
effet de serre ne changent pas de
mani
ere drastique. Or, le changement
climatique aura un impact global ind
esi-
rable sur la production agricole dans les
d
ecennies 
a venir : dans de nombreuses
r
egions, les seuils critiques seront
approch
es, voire d
epass
es, et c’est dans
les zones qui souffrent actuellement de
l’ins
ecurit
e alimentaire que le change-
ment climatique emportera les cons
e-
quences les plus n
efastes. Pour r
eduire les
effets du changement climatique sur
l’agriculture et sur l’alimentation, il est
d’ores et d
ej
aimp

eratif de renforcer de
mani
ere signiïŹcative la capacit
edes
syst
emes agricoles 
a s’adapter tant aux
tendances climatiques de long terme
qu’
a l’augmentation de la variabilit
e.
Les d
ecideurs publics commencent 
a
prendre la mesure de la situation : la
s
ecurit
e alimentaire a 
et
e au centre des
d
ebats lors de la r
eunion que le G20,
sous pr
esidence franc¾aise, a consacr
ee 
a
l’agriculture en juin 2011 et elle a

egalement 
et
e abord
ee lors du Sommet
«Rio + 20 »en juin 2012. Dans ce
contexte, il 
etait important qu’ils puis-
sent disposer d’une information scienti-
ïŹque ïŹable et 
a jour : c’est dans cette
perspective que la Commission inter-
nationale sur l’Agriculture durable et le
Changement climatique avait 
et
e mise
en place au d
ebut de l’ann
ee 2011.
Cette Commission s’inscrit dans le cadre
d’un ambitieux programme que le
Groupe consultatif sur la recherche
agricole internationale (acronyme en
Anglais, CGIAR) a lanc
e en 2009 autour
de l’agriculture, de l’alimentation et du
changement climatique
1
. Compos
ee de
13 experts venus de pays du Nord
comme de pays du Sud, elle est pr
esid
ee
par Sir John Beddington, Chief ScientiïŹc
Adviser du gouvernement britannique.
Tout au long de l’ann
ee 2011, cette
commission internationale a pass
een
revue des dizaines de r
esultats et de
travaux de synth
ese scientiïŹques : elle a

edict
e une s
erie de recommandations
en d
ecembre 2011 
a l’attention des
d
ecideurs publics
2
, puis un rapport
complet, rendu public en mars 2012
3
(tableau 1).
Les recommandations comme le rap-
port de la Commission l’afïŹrment clai-
rement : pour nourrir une population
mondiale en pleine croissance, il faudra
tout d’abord accroıˆtre la production
agricole. Remplir ce premier imp
eratif
suppose de favoriser la r
esilience de la
production (cultures, 
elevage) face aux
chocs climatiques, mais aussi de stopper
la d
egradation des sols tout en favori-
sant le stockage du carbone.
Pour autant, la Commission sur l’Agri-
culture durable et le Changement
climatique estime 
egalement que l’aug-
mentation de la production doit prendre
en compte les imp
eratifs du d
eveloppe-
ment durable. Investir davantage, accroıˆ-
tre l’innovation et cibler prioritairement
les populations les plus vuln
erables :
toutes ces actions doivent contribuer 
a
construire un syst
eme alimentaire mon-
dial qui garantisse mieux la s
ecurit
e
alimentaire.
En r
esum
e, dans ses recommandations et
dans son rapport ïŹnal, la Commission sur
l’Agriculture durable et le Changement
climatique pr^
one une intensiïŹcation
de la production alimentaire combin
ee
avec une action concert
ee pour limiter
l’acc
el
eration du changement clima-
tique. Toutefois, la diversit
etant
ecologi-
que qu’humaine qui caract
erise notre
plan
ete interdit d’imposer des solutions
uniques : il conviendra avant tout de
Tableau 1. Param
etres retenus par la Commission
Population mondiale (2011)
1
7 milliards
Personnes souffrant de malnutrition (2010)
2
0,9 milliard
Personnes de plus de 20 ans en surpoids (2008)
3
1,5 milliard
Personnes vivant avec moins de 1,25 $US par jour (2005)
4
1,4 milliard
Personnes vivant dans les zones arides (2007)
5
2 milliards
Personnes d
ependantes de la d
et
erioration des sols
6
1,5 milliard
Pertes dues aux 
ev
enements climatiques
(temp
eratures extreˆmes, s
echeresse, feu de foreˆt) (2010)
7
7,5 milliards $US
Surfaces des terres agricoles (2009)
8
4,9 milliards d’hectares
Zones de cultures, p^
aturages et surfaces herbag
eres
consacr
ees 
al’

elevage des animaux
9
3,7 milliards d’hectares
Croissance annuelle de la production
agricole mondiale (1997-2007)
10
2,2 %
Nourriture produite pour la consommation
humaine perdue et gaspill
ee chaque ann
ee
11
1,3 milliard de tonnes
1. http://www.un.org/en/development/desa/news/population/world-to-welcome-seven-bil-
lionth-citizen.html.
2. FAO (2010).
3. World Health Organization (2011).
4. Banque Mondiale : Donn
ees sur la Pauvret
e et l’Equit
e.
http://povertydata.worldbank.org/poverty/home/
5. United Nations Convention to Combat DesertiïŹcation (2011).
6. Ibid.
7. Munich RE NatCatSERVICE (2010).
8. Foley et al. (2011).
9. Ibid.
10. Bruinsma (2009).
11. Gustavsson et al., 2011.
1
CGIAR Research Program on Climate
Change, Agriculture and Food Security
(CCAFS).
2
CGIAR, Research Program on Climate
Change, Agriculture and Food Security
(CCAFS), Commission on Sustainable Agricul-
ture and Climate Change, Achieving Food
Security in the Face of Climate Change, Summary
for Policy Makers,d

ec. 2011. http://ccafs.cgiar.
org/sites/default/ïŹles/assets/docs/climate_
food_commission-spm-nov2011.pdf
3
id., Achieving Food Security in the Face of
Climate Change, Final Report, mars 2012.
http://ccafs.cgiar.org/sites/default/ïŹles/
assets/docs/climate_food_commission-ïŹnal-
mar2012.pdf
62 OCL VOL. 20 N81 janvier-fe
ÂŽvrier 2013
s’appuyer sur les pratiques locales et sur
les exp
eriences couronn
ees de succ
es.
EnïŹn, dans son rapport ïŹnal, la Commis-
sion 
emet 
a l’attention des d
ecideurs sept
recommandations concr
etes : sur la base
de ces recommandations, la Commission
voudrait inviter 
a une r
evision compl
ete
du syst
eme alimentaire mondial ; ses
membres soulignent surtout la n
ecessit
e
de mettre en oeuvre tr
es rapidement ces
mesures.
Premi
ere
recommandation :
int
egrer la s
ecurit
e
alimentaire
et l’agriculture durable
dans les politiques
internationales
et nationales
Dans une premi
ere recommandation,
la Commission sur l’Agriculture durable
et le Changement climatique appelle 
a
int
egrer la s
ecurit
e alimentaire et l’agri-
culture durable dans les politiques
internationales et nationales.
En ce qui concerne l’agriculture plus
particuli
erement, il convient tout d’abord
d’
etablir un programme de travail qui
porte aussi bien sur l’att
enuation du
changement climatique que sur l’adap-
tation 
a ce dernier. Ce programme de
travail devra suivre les principes et
les dispositions de la Convention Cadre
des Nations Unies sur le Changement
Climatique (CCNUCC). Il constituera une
premi
ere 
etape vers l’inclusion de l’agri-
culture dans les politiques internationales
relatives 
a la lutte contre le changement
climatique.
Pour la Commission, l’agriculture dur-
able et respectueuse de l’environnement
devait imp
erativement constituer un

el
ement central de l’initiative Croissance
verte
4
et du Sommet de la Terre Rio+20
5
.
Plus concr
etement, il est important de
ïŹnancer des actions pour l’
evolution des
syst
emes de production agricole dans
l’objectif d’atteindre une meilleure
r
esilience 
a la variabilit
e et aux chocs
m
et
eorologiques, tout en contribuant de
mani
ere signiïŹcative 
aatt

enuer le chan-
gement climatique. Parmi ces actions, on
peut citer : le soutien aux 
evaluations
nationales sur le changement climatique,
les d
eveloppements des strat
egies
d’att
enuation et d’adaptation...
La Commission appelle 
egalement 
a
d
evelopper des plateformes de dialo-
gue, que ce soit 
al’

echelon internatio-
nal, national et r
egional. L’objectif :
parvenir 
a des actions politiques coor-
donn
ees dans les domaines du change-
ment climatique, de l’agriculture, de la
r
eponse face 
a la crise et 
alas

ecurit
e
alimentaire aux diff
erents niveaux. La
mise en place d’un tel dialogue suppose
ainsi d’encourager les coalitions natio-
nales pour la s
ecurit
e alimentaire.
Le Br
esil offre un exemple de mise en
place d’une politique volontariste. Dans
ce pays, la d
eforestation et les change-
ments dans l’usage des terres expliquent
plus de 70 % des 
emissions de gaz 
a effet
de serre (World Bank, 2010a). Pourtant,
l’exemple br
esilien montre que les gou-
vernements nationaux peuvent stimuler
la production alimentaire durable par des
politiques coordonn
ees. En plus de ses
succ
es 
economiques et sociaux –une
r
eduction de la pauvret
e
a7%dela
population en 2010, contre 20 % en
2004 –le Br
esil a d
eploy
e des politiques
et de programmes compl
ementairespour
r
eduire l’impact de l’agriculture sur
l’environnement. Cinqui
eme plus gros

emetteur de GES au monde, le Br
esil va
pourtant tenir 80 % des engagements
qu’il avait pris dans les secteurs agricole
et forestier au titre de l’Accord de
Copenhague. Or, ces deux secteurs
g
en
erent plus de 70 % de ses 
emissions.
Entr
e en vigueur en 2008, le plan
national br
esilien contre le changement
climatique est cr
edit
e de succ
es dans le
passage 
a une agriculture 
a faibles

emissions de GES. Les lois de zonage
agro-
ecologique sur la canne 
asucreet
l’huile de palme permettent de limiter les
effets n
egatifs li
es 
a la concurrence sur
l’usage des terres. Parall
element, ces
lois r
epondent 
a plusieurs objectifs dans
les secteurs de l’agriculture, de la foreˆt
et de l’
energie. Le Plan national, le Plan
pour une Amazonie durable et le Plan sur
les ressources nationales en eau inter-
disent ainsi la culture de canne 
asucre
dans les zones prot
eg
ees, l’Amazonie et
le Pantanal.
Deuxi
eme
recommandation :
augmenter de mani
ere
signiïŹcative le niveau
des investissements
mondiaux dans
l’agriculture durable
et les syst
emes
alimentaires
Dans une deuxi
eme recommandation,
la Commission exhorte 
a augmenter de
mani
ere signiïŹcative le niveau des inves-
tissements mondiaux dans l’agriculture
durable et les syst
emes alimentaires au
cours de la prochaine d
ecennie.
Lors du sommet du G8 tenu 
a l’Aquila
(Italie) en juillet 2009, des engagements
ont 
et
e pris et des programmes ont 
et
e
lanc
es par les dirigeants internationaux :
ces engagements, y compris ceux de
long terme, et ces programmes doivent
maintenant eˆtre pleinement mis en
oeuvre, que ce soit pour l’assistance
ïŹnanci
ere et technique dans la produc-
tion alimentaire ou pour les petits
exploitants agricoles.
Dans le meˆme ordre d’id
ees, les
m
ecanismes comme le Fonds «Fast
Start »(
emanation de la Convention-
cadre des Nations-Unies sur les Change-
ments Climatiques), mais aussi les gran-
des banques de d
eveloppement doivent
d
esormais mettre l’accent sur les pro-
grammes d’agriculture durable qui
apportent la s
ecurit
e alimentaire, des
conditions de vie meilleures, une
r
esilience au changement climatique et
simultan
ement des avantages 
ecologi-
ques. Quant 
a ces programmes eux-
meˆmes, ils doivent mettre en avant les
imp
eratifs d’am
elioration des infra-
structures et de r
ehabilitation des terres.
Au niveau national, il importe d’aug-
menter les budgets de recherche et de
d
eveloppement pour des agricultures
durables, aïŹn de bien reïŹ‚î€
eter l’impor-
tance de celles-ci dans la croissance

economique, la baisse de la pauvret
eet
le respect des imp
eratifs de durabilit
e. Les
programmes nationaux de recherche
devront 
egalement mettre l’accent sur
les probl
emes-cl
es de s
ecurit
e alimen-
taire, par exemple le d
eveloppement
des cultures alimentaires autres que
les c
er
eales ou la r
eduction des pertes
post-r
ecoltes.
Plus globalement, la Commission
estime qu’il convient d’accroıˆtre les
4
Green Growth (Croissance verte) est une
politique qui met l’accent sur la progression

economique durable en termes 
ecologiques
aïŹn d’encourager un d
eveloppement inclusif
sur le plan social et 
a faible empreinte
carbone. www.greengrowth.org
5
Rio+20, Conf
erence des Nations Unies sur le
D
eveloppement Durable, Rio de Janeiro,
Br
esil 4-6 juin 2012.
OCL VOL. 20 N81 janvier-fe
ÂŽvrier 2013 63
connaissances sur les bonnes pratiques
et l’acc
es 
a l’innovation, en soutenant
non seulement le renouvellement des
outils de diffusion de la connaissance,
mais aussi le transfert de technologies
entre les communaut
es qui partagent
les meˆmes bonnes pratiques (par exem-
ple 
echanges Nord-Sud, Sud-Nord, et
d’agriculteur 
a agriculteur). Ici une
attention toute particuli
ere devra eˆtre
consacr
ee aux pays qui ont des revenus
bas et aux femmes.
L’exemple d’un programme en Afrique
de l’Est montre bien 
a quel point des
investissements cibl
es peuvent contri-
buer 
a faire reculer la pauvret
e. Dans
cette r
egion, les petits producteurs
laitiers connaissent une situation

economique difïŹcile, en partie 
a cause
d’un acc
es d
eïŹcient aux march
es et
d’une d
egradation des prairies. Le projet
East Africa Dairy Development (EADD) est
un programme de d
eveloppement
r
egional mis en oeuvre au Kenya, en
Ouganda et au Rwanda par l’ONG Heifer
International et par un consortium de
partenaires comprenant l’International
Livestock Research Institute, le Centre
international pour la recherche en agro-
forestrie, TechnoServe et Nestl
e. Initi
e
par la fondation Bill and Melinda Gates, le
projet met en valeur les services et la
formation aïŹn d’am
eliorer les rende-
ments agricoles et les revenus des petits
agriculteurs. En outre, ce projet am
eliore
l’acc
es aux march
es et r
eduit les pertes
apr
es r
ecoltes. Vingt-sept centres de
collecte sont d
evelopp
es pour le stoc-
kage et la r
efrig
eration du lait. Ils sont
g
er
es par de nouvelles associations
commerciales. Quant aux petits produc-
teurs, ils sont form
es aux activit
es
commerciales et 
a la production, avec
un accent particulier mis sur des techno-
logies de reproduction et des pratiques
de nutrition animale am
elior
ees pour une
meilleure qualit
e du lait.
Troisi
eme
recommandation :
intensiïŹer, de mani
ere
durable, la production
agricole tout
en r
eduisant les 
emissions
de gaz 
a effet de serre
issues de l’agriculture
Une troisi
eme recommandation
consiste 
a intensiïŹer, mais de mani
ere
durable, la production agricole tout en
r
eduisant les 
emissions de gaz 
a effet de
serre issues de l’agriculture.
Tout doit eˆtre fait pour favoriser le
d
eveloppement des syst
emes agricoles
b
en
eïŹques qui permettent d’avoir des
moyens de subsistance et des 
ecosy-
st
emes plus productifs et plus r
esilients.
En particulier, il convient d’introduire des
strat
egies permettant de minimiser la
d
egradation des 
ecosyst
emes et de
r
ehabiliter les environnements d
egrad
es,
en mettant l’accent sur les programmes
concžus au niveau local.
Pour certaines cultures, cela suppose de
mobiliser les producteurs marginalis
es
(en particulier les femmes) pour aug-
menter la productivit
e. Plus pr
ecis
ement,
cette action passe par un renforcement
des droits relatifs 
a l’eau et 
a la terre, par
un meilleur acc
es aux march
es, aux
ïŹnancements et aux assurances et par
le d
eveloppement des capacit
es locales
(par exemple via des organisations
d’exploitants agricoles).
Par ailleurs, si des subventions incitent les
exploitants 
a poursuivre des pratiques
n
efastes pour l’eau et les 
ecosyst
emes,
elles devront eˆtre identiïŹî€
ees et modiïŹî€
ees.
Plus largement, il convient de coupler les
incitations 
economiques en faveur d’une
intensiïŹcation durable de l’agriculture
avec une gouvernance renforc
ee des
r
egimes fonciers et de l’affectation des
terres. Il s’agit ici de freiner le recul des
foreˆts, des terres humides et des prairies.
Certains programmes en Chine mon-
trent que l’augmentation de la pro-
ductivit
e accompagne des efforts
signiïŹcatifs en mati
ere de recherche et
d
eveloppement agricoles. Ainsi, le Plan
pour la construction de projets de cultu-
res protectrices doit couvrir 2,7 millions
d’hectares entre 2009 et 2015. Outre
l’am
elioration de la r
esilience des sols 
ala
s
echeresse, entre 1,7 et 2,5 millions de
m
etres cubes d’eau d’irrigation ont 
et
e

economis
es. Des strat
egies visant 
a
am
eliorer les rendements rizicoles tout
en r
eduisant les 
emissions de gaz 
a effet
de serre ont 
et
e mises en avant. Ces
strat
egies encouragent notamment les
agriculteurs 
aprivil

egier les vari
et
es de riz

a haut rendement, tout en ayant recours

adesm

ethodes d’irrigation intermit-
tente et en transformant la paille en
mati
ere premi
ere pour la production de
combustible, de mat
eriaux de construc-
tion et d’
energie. Des subventions ont

et
e instaur
ees pour l’utilisation de tech-
nologies, de machines et d’
equipe-
ments d’irrigation 
economes en eau,
ainsi que pour l’am
elioration des syst
e-
mes industriels. Parmi toutes ces
strat
egies, celles qui auront 
et
e cou-
ronn
ees de succ
es seront int
egr
ees dans
les plans nationaux futurs. Les objectifs
nationaux relatifs au changement
climatique pour 2010, tels que 15 %
de ressources de combustible non
fossile pour la consommation nationale
d’
energie et 40 millions d’hectares de
couverture foresti
ere, ont 
et
e encourag
es
par des subventions, des labels et des
incitations ïŹscales.
Quatri
eme
recommandation :
des programmes et des
politiques sp
eciïŹques
pour les populations
et les secteurs les plus
vuln
erables face
au changement
climatique et 
a
l’ins
ecurit
e alimentaire
La quatri
eme recommandation
concerne les populations et les secteurs
qui sont les plus vuln
erables face au
changement climatique et 
a l’ins
ecurit
e
alimentaire. Pour eux, il convient de
mettre en oeuvre des programmes et
des politiques sp
eciïŹques.
Appliquer cette recommandation sup-
pose d’abord de d
evelopper des ïŹnan-
cements ad hoc : citons ici les «fonds sur
indices»(index-linked funds) qui appor-
tent une aide rapide lorsque des

ev
enements climatiques extreˆmes tou-
chent certaines communaut
es.
Il est par ailleurs imp
eratif de mod
erer les
ïŹ‚uctuations excessives des prix des pro-
duits alimentaires. La lutte contre la
volatilit
e des prix implique d’abord
de partager les informations nationales
sur les pr
evisions de production et les
stocks, en renforcžant les bases de
donn
eessurlesmarch

es, en mettant
en avant des syst
emes commerciaux
ouverts et r
eceptifs, en 
etablissant des
syst
emes d’avertissement pr
ecoces et
en autorisant des exportations et des
importations exemptes de taxes pour
l’aide humanitaire.
Il convient 
egalement de cr
eer et de
maintenir des ïŹlets de s
ecurit
e pour
aider les populations vuln
erables 
a
64 OCL VOL. 20 N81 janvier-fe
ÂŽvrier 2013
atteindre la s
ecurit
e alimentaire (par
exemple, transferts de liquidit
es et
en nature, programmes garantissant
l’emploi, actions pour d
evelopper la
r
esilience, sant
e et nutrition, 
education
et cultures poussant rapidement en
p
eriodes de famine).
EnïŹn, il est important de cr
eer et
soutenir des plateformes destin
ees 
a
coordonner les actions des donateurs
internationaux, aïŹn de veiller 
a int
egrer
syst
ematiquement la gestion des risques
li
es au changement climatique, les avan-
tages de l’adaptation et de l’att
enuation
et l’am
elioration des r
esultats nutrition-
nels locaux.
Plus concr
etement, Il faut 
etablir des
r
eserves alimentaires d’urgence ainsi que
des capacit
es de ïŹnancement suscepti-
bles d’apporter rapidement des r
eponses
humanitaires aux populations menac
ees
par les crises alimentaires.
En 
Ethiopie, l’approche orient
ee vers le
d
eveloppement 
a l’aide alimentaire
adopt
ee par le Productive Safety Net
Program (PSNP) se traduit par la cr
ea-
tion d’un ïŹlet de protection gouverne-
mental et une plus grande pr
evisibilit
e
pour les petits paysans. En combinant
les fonds des donateurs internationaux
(plus de 1,27 milliard de dollars US au
cours des six derni
eres ann
ees) avec
l’infrastructure, la main d’oeuvre et les
intrants fournis par le gouvernement
(500 000 USD par an), le PSNP assure un
acc
es 
a la nourriture, stimule les
march
es et r
ehabilite les ressources
naturelles. Les familles victimes chroni-
ques de l’ins
ecurit
e alimentaire et qui
comptent des adultes valides recžoivent
de l’argent et de la nourriture pour leur
participation aux travaux publics 
a
forte quantit
e de main-d’oeuvre, tandis
que les autres familles recžoivent des
virements inconditionnels. Ces initiati-
ves de travaux publics visent 
a la qualit
e
du sol, les ressources en eau, les condi-
tions 
ecologiques, l’infrastructure et
les services sociaux. Actuellement dans
sa troisi
eme phase et op
erationnel dans
317 woredas (divisions administratives),
le programme PSNP atteint 7,7 millions
de b
en
eïŹciaires. Ce programme connaıˆt
de nombreux succ
es : il a notamment
fait sortir environ 1,3 million d’individus
de l’ins
ecurit
e alimentaire, il a permis
de r
ehabiliter 9 millions d’hectares de
terres tout en augmentant les cheptels,
il a permis un meilleur acc
es 
a l’eau
potable et suscit
eund

eveloppement de
la scolarit
e.
Cinqui
eme
recommandation :
repenser les mod
eles
de consommation
alimentaire pour
s’assurer que les besoins
nutritionnels de base
sont garantis, tout
en encourageant
des mod
eles sains
et durables
La cinqui
eme recommandation vise 
a
repenser les mod
eles de consommation
alimentaire pour s’assurer que les besoins
nutritionnels de base sont garantis, tout
en encourageant des mod
eles sains et
durables 
a travers le monde.
Au titre de cette proposition, il convient
en premier lieu de traiter la sous-
nutrition chronique et la famine : cet
imp
eratif suppose d’harmoniser les
politiques de d
eveloppement et de
coordonner les programmes r
egionaux
destin
es 
aam

eliorer l’acc
es aux aliments
pour toutes les populations qui vivent
dans l’ins
ecurit
e alimentaire.
Il importe 
egalement de promouvoir les
changements positifs dans la vari
et
eet
la quantit
eder

egimes alimentaires : un
tel changement passe par des campa-
gnes p
edagogiques innovantes, qui
ciblent en particulier les jeunes consom-
mateurs, ainsi que par des incitations

economiques pour aligner les pratiques
de marketing des revendeurs et des
transformateurs sur les objectifs de sant
e
publique et d’environnement.
Dans le meˆme ordre d’id
ees, il convient
de promouvoir un ensemble coh
erent
de normes aïŹn de contr^
oler et d’
evaluer
la s
ecurit
e alimentaire, la nutrition et
la sant
e, les pratiques de la chaıˆn e
d’approvisionnement, ainsi que les
co^
uts et les avantages pour le syst
eme
alimentaire. Ainsi, les consommateurs
doivent avoir acc
es 
aun
etiquetage clair
et pr
ecis.
Sixi
eme
recommandation :
r
eduire les pertes
et gaspillages
Dans sa sixi
eme recommandation, la
Commission met l’accent sur la n
ecessit
e
de r
eduire les pertes et les gaspillages, en
ciblant les infrastructures, les pratiques
d’
elevage, la transformation, la distribu-
tion et les habitudes des m
enages.

A ce titre, il est int
eressant d’observer
que tous les programmes visant 
a
d
evelopper une agriculture durable
comportent un volet consacr
e
ala
r
eduction des gaspillages, et ce, depuis
la production jusqu’
a la consomma-
tion : il s’agit le plus souvent d’am
eliorer
la gestion, pendant et apr
es la r
ecolte,
ainsi que le stockage et le transport.
Citons ici l’innovation 
economique pour
amener les producteurs 
a faibles revenus

a stocker des produits pendant des
p
eriodes o
u l’offre est surabondante ou
l’obligation pour les distributeurs de trier
et de r
eduire le gaspillage alimentaire.
Les efforts entrepris pour limiter les pertes
et gaspillages peuvent mobiliser des
partenariats public-priv
e. Une initiative
britannique, le Waste Resources and
Action Programme (WRAP) fait appel aussi
bien 
a des entreprises, des individus et
des communaut
es pour r
eduire le gas-
pillage de nourriture, qui repr
esente
chaque ann
ee pas moins de 12 milliards
de livres sterling de pertes et une 
emission
de 20 millions de tonnes d’
equivalent
CO
2
. Les recherches du programme
WRAP sont ax
ees sur les moyens de
r
eduire la quantit
edenourriturejet

ee par
les consommateurs et porte sur les
habitudes, attitudes et comportements
des consommateurs, sur les moyens
appropri
es de communiquer 
ades
publics prioritaires et sur l’innovation
dans le commerce de d
etail. En partena-
riat avec le WRAP, le secteur de l’
epicerie
s’est adapt
e pour permettre au consom-
mateur d’acheter plus facilement uni-
quement la quantit
e de nourriture dont il
a besoin et pour optimiser la fraıˆcheur des
produits, mais aussi pour mettre en
oeuvre des campagnes 
a grande 
echelle

a l’intention des consommateurs (par
exemple «Love Food Hate Waste »).
670 000 tonnes de nourriture ont ainsi

evit
e de se retrouver dans les d
echarges,
soit une 
economie annuelle de 600 millions
de livres (pr
es de 750 millions d’euros).
Septi
eme
recommandation : cr
eer
des syst
emes
d’informations complets,
partag
es et int
egr
es sur
les denr
ees alimentaires
La septi
eme et derni
ere recommanda-
tion souligne la n
ecessit
edecr

eer des
OCL VOL. 20 N81 janvier-fe
ÂŽvrier 2013 65
1 / 8 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est trÚs important pour nous!