CLIMAT
Modéliser pour comprendre et anticiper
la modélisation climatique
‱ Comment mettre l’atmosphùre dans des petits cubes ? p. 2
‱ Comment mettre l’ocĂ©an dans des petits cubes ? p. 4
‱ Comment reprĂ©sente-t-on les surfaces continentales
dans les modĂšles de climat ? p. 6
‱ Quel est le rĂŽle de la cryosphĂšre dans l’équilibre climatique
et sa modélisation ? p. 8
‱ Qu’est-ce qu’un forçage climatique ? p. 10
‱ Pourquoi le climat varie-t-il ? p. 12
‱ Comment mettre en Ɠuvre les nombreux calculs requis
par les modĂšles de climat ? p. 14
les modÈles, outils de comPRéHension
du climat oBseRVĂ©
‱ Quelles sont les mĂ©thodes d’évaluation et de validation
des modĂšles climatiques ? p. 16
‱ Qu’apprend-on des palĂ©oclimats ? p. 18
‱ Si le climat du dernier millĂ©naire m’était contĂ© ? p. 20
‱ Peut-on dĂ©tecter et attribuer les changements climatiques
observés au cours du dernier siÚcle ? p. 22
‱ Comment peut-on avoir conance dans les rĂ©sultats
de modĂšles imparfaits ? p. 24
‱ Comment afner les scĂ©narios climatiques globaux sur l’Europe,
la Méditerranée ou la France ? p. 26
les modÈles, outils de PRéVision
‱ Quels sont les fondements de la prĂ©visibilitĂ© climatique ? p. 28
‱ Que nous disent les modĂšles quant au climat des dĂ©cennies Ă  venir ? p. 30
‱ Comment dĂ©crire les Ă©vĂ©nements extrĂȘmes p. 32
et leur évolution future ?
‱ Le cycle du carbone peut-il devenir fou ? p. 34
Zoom suR 4 métieRs
‱ Physicienne du climat p. 36
‱ IngĂ©nieur de recherche en calcul numĂ©rique p. 37
haute performance pour le climat
‱ IngĂ©nieur de recherche en dĂ©veloppement p. 38
et dĂ©ploiement d’applications
‱ Passeur de connaissances p. 39
Observer, formuler des hypothùses, conceptualiser, comprendre
 au delà des
socles classiques de la recherche, les sciences du climat ont aussi la difïŹcile
tñche d’anticiper l’avenir. Dans ce cadre, les rapports du Groupe d’experts
Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) sont des rendez-vous
importants. Ils permettent de synthétiser les connaissances sur la variabilité
observée du systÚme climatique mais aussi de présenter les futurs possibles selon
diffĂ©rents scĂ©narios socio-Ă©conomiques. La modĂ©lisation du systĂšme climatique est l’un
des piliers de cette Ɠuvre collective à laquelle contribuent des chercheurs d’horizons et
d’expertises trĂšs variĂ©s du fait de la complexitĂ© et de la diversitĂ© des processus physiques,
dynamiques, chimiques et biologiques mis en jeu. Les simulations numériques requises
mobilisent les supercalculateurs les plus puissants et génÚrent des quantités considérables
de données qui sont ensuite utilisées par diverses communautés pour des études sur les
impacts climatiques.
Le programme mondial de recherche sur le climat assure la coordination au niveau
international par l’organisation pĂ©riodique d’exercices de comparaison de modĂšles
(CMIP) qui servent de support scientiïŹque aux rapports du GIEC. Au niveau national, la
coordination repose sur le projet MISSTERRE soutenu par le programme inter organisme
LEFE et par les centres de calcul du GENCI et de Météo-France. MISSTERRE rassemble les
laboratoires de modĂ©lisation du Cerfacs, du CNRM-GAME et de l’IPSL et leurs partenaires
du LGGE et de Louvain-la-Neuve en Belgique. Il offre un cadre de partage et d’échange
pour le dĂ©veloppement et l’évaluation des modĂšles climatiques français, la rĂ©alisation
des simulations des climats passĂ©s et futurs, leurs analyses et interprĂ©tations. Écrit dans
ce cadre, ce livret présente, de maniÚre accessible à un large public, les fondamentaux
et les limites de la modélisation du climat ainsi que les conclusions majeures tirées de
l’analyse des simulations produites au cours de la 5Ăšme Ă©dition de CMIP par les Ă©quipes
francaises. Son Ă©criture sous forme de sujets-questions repose sur la contribution d’une
quarantaine de chercheurs reïŹ‚Ă©tant la nature intrinsĂšquement multidisciplinaire des
sciences du Climat. S’y ajoutent quelques portraits de chercheurs qui illustrent la diversitĂ©
de la communauté MISSTERRE. Cet ouvrage insiste sur la participation essentielle des
organismes de recherche au plan national et souligne l’importance de poursuivre des
recherches pour améliorer la compréhension du systÚme climatique et des effets de
l’inïŹ‚uence de l’homme sur son Ă©volution passĂ©e et future.
3
© IPSL
nécessite des traitements particuliers aux pÎles
oĂč les mailles deviennent trĂšs dĂ©formĂ©es. Ce pro-
blÚme est évité dans le modÚle CNRM-Cerfacs
en passant dans une base ïŹnie de fonctions
continues sur la sphÚre (méthode dite spectrale),
mais d’autres inconvĂ©nients subsistent. La rĂ©so-
lution numérique nécessite aussi un découpage
en temps de l’évolution des variables (vent, tem-
pérature, humidité...) qui est calculée de maniÚre
discrĂšte (par exemple toutes les 30 mn).
Une fois le problĂšme ramenĂ© Ă  une suite ïŹnie de
calculs, des opérations sont appliquées pour faire
Ă©voluer les variables d’un petit volume (typique-
ment de l’ordre de 200 km x 200 km x 1 km pour un
modùle climatique) d’un pas de temps à l’autre.
On distingue deux étapes : la partie « dynamique »
qui consiste Ă  transporter les variables dans
l’espace au grĂ© des vents (Ă©quations de Navier
Stokes) et la partie « physique ». Celle-ci traite,
entre autres, le chauffage de l’atmosphùre par
le rayonnement solaire et le rayonnement infra-
rouge réémis par la Terre, dont la répartition res-
pective met en mouvement l’atmosphùre dans le
modĂšle comme dans le monde rĂ©el. Il faut enïŹn
représenter, au travers de « paramétrisations »
les processus qui se déroulent à une échelle plus
petite que celle des volumes du maillage (tour-
billons, nuages, orages
) et peuvent avoir un ef-
fet à plus grande échelle. Ces paramétrisations,
basĂ©es sur des lois physiques, s’appuient sur de
nombreuses mesures de terrain ou sur des modé-
lisations plus ïŹnes d’un processus particulier, leur
conférant ainsi un caractÚre empirique.
Deux modÚles français qui diffÚrent par leur
physique et leur maillage, participent aux grands
exercices coordonnés de simulations du climat
passé et de projections climatiques. Le modÚle
CNRM-CM5 est trÚs proche de celui utilisé en
météorologie par Météo-France. En mode clima-
Les réanalyses atmosphériques sont
des simulations climatiques dans
lesquelles les observations de toute
nature (stations météos, ballons-sondes,
satellites...) sont intégrées dans le
modĂšle et le contraignent Ă  reproduire
au mieux l’évolution temporelle
observée des variables météorologiques.
Les rĂ©analyses permettent d’obtenir
une estimation de grande qualité de
la variabilité climatique sur le siÚcle
dernier sur l’ensemble de la planùte. Leur
pertinence s’est amĂ©liorĂ©e notablement
avec la prise en compte des produits
satellites depuis les années 1980.
Les réanalyses
atmosphériques
« Les nuages n’existent pas
dans les modÚles ! »
MĂȘme si les nuages ne peuvent pas ĂȘtre
représentés individuellement car ils sont
souvent plus petits que le maillage, la
représentation de leur comportement
collectif au travers de paramétrisations
est au contraire un point clé de la
modélisation du climat.
Une erreur classique
tique, le modĂšle simule des centaines d’annĂ©es et
on cherche Ă  reproduire les climats moyens et la
statistique des entitĂ©s mĂ©tĂ©orologiques (tempĂȘtes,
vagues de chaleur...), alors qu’en prĂ©vision du
temps, on cherche à prévoir la séquence temporelle
de ces entitĂ©s sur une dizaine de jours d’échĂ©ance.
Le modĂšle de l’IPSL, pour sa part, est dĂ©clinĂ©
aussi dans des versions adaptĂ©es Ă  d’autres planĂštes
du systĂšme solaire. Le fait que les mĂȘmes modĂšles
soient capables de simuler à la fois la météo sur
Terre et des climats aussi extrĂȘmes que le dĂ©sert
glacé de Mars ou la fournaise vénusienne associée
Ă  de trĂšs fortes concentrations de CO2, est un
Ă©lĂ©ment important de la conïŹance dans la per-
tinence de la physique représentée dans ces
modÚles, et dans les résultats des projections
climatiques futures.
*MODÈLE NUMÉRIQUE :
Un modÚle numérique est une
reprĂ©sentation d’un milieu par un
jeu d’équations dont la solution nĂ©cessite
l’utilisation d’un calculateur.
A-Z
2
  
Les lois de la physique gouvernant l’atmosphùre
sont connues depuis longtemps (découvertes par
Pascal, Newton
), mais il est impossible de les ré-
soudre de façon exacte. Il faut attendre l’arrivĂ©e des
ordinateurs, aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale,
pour les calculer numĂ©riquement et passer d’une
approche plutĂŽt descriptive Ă  une approche plus
prédictive. La résolution numérique des équa-
tions consiste à diviser le milieu continu qu’est
l’atmosphùre en un grand nombre de petits volumes
dans lesquels les variables caractéristiques inte-
ragissent entre elles suivant les lois physiques
qui les gouvernent. Le découpage volumique,
ou maillage, se fait à la fois sur la verticale (dé-
coupage en tranches entre le sol et une altitude
d’environ 30 km) et sur l’horizontale. Le problùme
est dĂ©licat car il n’existe pas de mĂ©thode satisfai-
sante pour peigner une sphĂšre. Par exemple, le
découpage selon les latitudes et longitudes, utili-
sĂ© dans le modĂšle numĂ©rique* de climat de l’IPSL
Bien que soumise Ă  des lois physiques trĂšs complexes,
on peut reprĂ©senter la dynamique de l’atmosphĂšre en la
dĂ©coupant en « cubes ». Ensuite, Ă  l’aide d’ordinateurs
puissants, on peut simuler son évolution et la façon dont
elle interagit avec les autres composantes climatiques.
CONTRIBUTEURS
Michel Déqué
CNRM-GAME/Météo-France CNRS
Frédéric Hourdin
LMD/IPSL
Comment mettre
l’atmosphùre dans
des petits Cubes ?
1.1
© C. Cassou
5
Le programme ARGO a rĂ©volutionnĂ© l’observation
de l’ocĂ©an. Depuis les annĂ©es 2000, l’ocĂ©an
mondial est parsemĂ© de ïŹ‚otteurs, des tubes d’acier
d’environ 1,5 m de long qui dĂ©rivent Ă  1000 m de
profondeur pendant 10 jours, puis remontent Ă  la
surface, Ă  la maniĂšre de sous marins miniatures,
pour envoyer par satellite les observations de
tempĂ©rature et de salinitĂ© de l’ocĂ©an qu’ils
ont collectées le long de leur chemin, avant de
replonger et recommencer un cycle. Le réseau de
3500 ïŹ‚otteurs, maintenu en partenariat par 30
nations, permet de suivre en temps réel le contenu
de chaleur et la salinitĂ© de l’ocĂ©an mondial.
Les ïŹ‚oeurs ARGO
chaque maille représentant un cube, ou plutÎt un
parallélogramme, avec un cÎté de quelques km à
plusieurs centaines de km, et une épaisseur allant
de 1 à 500 m. Les méthodes mathématiques ap-
pliquĂ©es permettent alors d’écrire les Ă©quations
discrĂštes qui relient entre elles les variables de
chaque maille du modùle. Cependant, tel l’atmos-
phĂšre, l’ocĂ©an rĂ©el n’est pas un empilement de
cubes : Ă  l’intĂ©rieur de chaque cube du maillage,
il existe en réalité des phénomÚnes que la maille
ne « voit » pas (vagues, ondes, mélange turbulent,
présence de petites montagnes sous-marines 
).
La représentation de « phénomÚnes sous maille »
ou paramétrisation (p. 2) est nécessaire pour
prendre en compte la variété des processus
ocĂ©aniques ; elle est aujourd’hui la source princi-
pale d’incertitudes et d’erreurs dans les modùles
d’ocĂ©an.
La derniÚre étape est la modélisation informa-
tique, c’est-Ă -dire la traduction des Ă©quations
discrĂštes en code ou langage informatique com-
préhensible par les ordinateurs. En fait, modÚles
d’ocĂ©an et d’atmosphĂšre sont trĂšs semblables
et diffÚrent principalement par la densité des
ïŹ‚uides (1 000 fois plus grande dans l’ocĂ©an que
l’atmosphĂšre) et la prĂ©sence des continents, vĂ©ri-
tables murs pour les océans.
Partant d’un Ă©tat initial observĂ© (compilant l’en-
semble des systĂšmes de mesure tels les satellites,
les ïŹ‚otteurs ARGO...), le code informatique cal-
cule périodiquement les valeurs des variables à
l’intĂ©rieur de chaque maille, avec une pĂ©riode ou
« pas de temps », de l’ordre de plusieurs minutes.
Plus la grille est ïŹne et les Ă©quations prises en
compte complexes, plus le nombre de calculs Ă 
effectuer à chaque pas de temps est élevé. La ré-
solution choisie (la taille de chaque cube, et donc
le nombre de cubes nécessaires pour couvrir le
globe) est un compromis entre le coût de calcul
en terme de nombre d’opĂ©rations et la prĂ©cision
recherchée, qui dépend des phénomÚnes phy-
siques que l’on souhaite Ă©tudier. De tels calculs
Le programme ARGO a révolutionné
l’observation de l’ocĂ©an. Depuis les annĂ©es
2000, l’ocĂ©an mondial est parsemĂ© de ïŹ‚otteurs,
des tubes d’acier d’environ 1,5 m de long qui
dérivent à 1 000 m de profondeur pendant 10
jours, puis remontent Ă  la surface, Ă  la maniĂšre
de sous marins miniatures, pour envoyer par
satellite les observations de température et de
salinitĂ© de l’ocĂ©an qu’ils ont collectĂ©es le long de
leur chemin, avant de replonger et recommencer
un cycle. Le rĂ©seau de 3 500 ïŹ‚otteurs, maintenu
en partenariat par 30 nations, permet de suivre
en temps réel le contenu de chaleur et la salinité
de l’ocĂ©an mondial.
Les ïŹ‚oeurs ARGO
« L’ocĂ©an profond est inerte. »
L’ocĂ©an profond est trĂšs lent mais pas
inerte. Une particule d’eau partie au large
du Groenland vers 3 000 m de profondeur
peut voyager prĂšs de 1 000 ans avant de
faire surface dans le Pacique Nord.
Ces courants profonds transportent
de la chaleur et du CO2, et sont à l’origine
de variations lentes du climat.
Une erreur classique
nĂ©cessitent l’usage de supercal-
culateurs. Pour l’étude du climat,
le modĂšle d’ocĂ©an est couplĂ© Ă 
d’autres modĂšles qui reprĂ©sentent
la glace de mer, l’atmosphùre, les
surfaces continentales, les calottes
polaires

La comparaison des résultats du
modÚle avec les observations océa-
niques est la clef d’un processus
constant d’amĂ©lioration du modĂšle,
pour lequel collaborent physiciens,
mathématiciens et informaticiens.
En France, le laboratoire du LOCEAN
est l’initiateur du dĂ©veloppement du
modÚle européen NEMO. Ce modÚle est utilisé pour
des études régionales (Méditerranée
) et pour
simuler l’ocĂ©an global et sa variabilitĂ© (p. 12, 28).
RĂ©cupĂ©ration d’une bouĂ©e Marisonde lors de
la campagne Hymex en Méditérranée
© C. Dubois
*DISCRÉTISER :
Rendre discret, sĂ©parĂ©, discontinu aïŹn
de dégager des valeurs individuelles
Ă  partir de quelque chose de continu. Cette
opération amÚne au maillage numérique.
A-Z
4
  
Tout comme pour l’atmosphùre (p. 2), on pro-
cÚde en trois étapes pour construire un modÚle
d’ocĂ©an. La premiĂšre, celle la modĂ©lisation phy-
sique, consiste à poser les équations qui décrivent
l’évolution dans le temps des variables Ă  simuler
(température, salinité, courant, concentration en
nitrates, carbone...). On utilise les lois physiques
trÚs générales de Navier-Stokes qui permettent
de décrire les mouvements de la majorité des
ïŹ‚uides (comme l’atmosphĂšre). Ces Ă©quations sont
ensuite simpliïŹĂ©es pour tenir compte des pro-
priĂ©tĂ©s intrinsĂšques de l’ocĂ©an associĂ©es en par-
ticulier Ă  sa forte densitĂ© : l’eau de mer est consi-
dĂ©rĂ©e comme quasi-incompressible ; l’ocĂ©an est
traité comme une couche trÚs mince à la surface
du globe ; sa densité varie au plus de quelques
pour cent sur tout le globe... Des équations sup-
plĂ©mentaires dĂ©crivent l’évolution des processus
chimiques (dissolution du dioxyde de carbone par
exemple) et la biologie marine.
Il faut ensuite discrétiser* les équations conti-
nues du modĂšle physique pour obtenir le mo-
dÚle numérique. Cette étape consiste à découper
l’ocĂ©an selon un maillage en trois dimensions,
Un modĂšle d’ocĂ©an est une reprĂ©sentation simpliïŹĂ©e des
processus physiques et biogéochimiques qui se déroulent en
son sein et aux interfaces avec les autres milieux (atmosphĂšre,
continents...). Il repose sur des lois physiques mises en
équations puis résolues par des programmes informatiques.
CONTRIBUTEURS
Olivier Marti
LSCE/ IPSL
Anne-Marie Tréguier
LPO/CNRS
Comment mettre
l’oCĂ©an dans
des petits Cubes ?
1.2
Température de surface de la mer simulée
par le modĂšle d’ocĂ©an NEMO
à ~10km de résolution.
© R. Bourdallé-Badie
© D. Swingedouw
Le programme ARGO a rĂ©volutionnĂ© l’observation
de l’ocĂ©an. Depuis les annĂ©es 2000, l’ocĂ©an
mondial est parsemĂ© de ïŹ‚otteurs, des tubes d’acier
d’environ 1,5 m de long qui dĂ©rivent Ă  1000 m de
profondeur pendant 10 jours, puis remontent Ă  la
surface, Ă  la maniĂšre de sous marins miniatures,
pour envoyer par satellite les observations de
tempĂ©rature et de salinitĂ© de l’ocĂ©an qu’ils
ont collectées le long de leur chemin, avant de
replonger et recommencer un cycle. Le réseau de
3500 ïŹ‚otteurs, maintenu en partenariat par 30
nations, permet de suivre en temps réel le contenu
de chaleur et la salinitĂ© de l’ocĂ©an mondial.
Les ïŹ‚oeurs ARGO
solaire rĂ©ïŹ‚Ă©chie vers l’espace par la surface, est
essentiel et varie trùs fortement d’un type de
paysage Ă  un autre. Une surface ennei-
gĂ©e rĂ©ïŹ‚Ă©chira jusqu’à 85 % du rayon-
nement incident contre seulement
10 % pour une forĂȘt ou 30 % pour un
désert. Dans les modÚles, une valeur
d’albĂ©do est affectĂ©e Ă  chaque paysage
et peut varier dans le temps en fonc-
tion, par exemple, de l’ñge du manteau
neigeux ou du cycle saisonnier de la
végétation.
Les caractéristiques physiques des
surfaces continentales vont aussi
moduler les échanges de quantité de
mouvement avec l’atmosphùre via les
frottements qu’induit la prĂ©sence de
montagne et de vĂ©gĂ©tation sur la ïŹne
couche limite atmosphérique qui la
surplombe. EnïŹn, les modĂšles de sur-
face prennent également en compte
le cycle hydrologique continental. Une partie
des précipitations alimente les réserves en eau
du sol localement alors qu’une fraction est ren-
voyĂ©e dans l’atmosphĂšre par Ă©vapotranspiration,
et une autre ruisselle jusqu’aux ocĂ©ans. Comme
pour le bilan d’énergie, le bilan d’eau va ĂȘtre in-
ïŹ‚uencĂ© par les caractĂ©ristiques physiques des
divers paysages et en particulier la topographie
qui permet de canaliser l’eau de pluie vers les
riviÚres ou la présence de végétation qui tend à
augmenter l’évapotranspiration continentale au
détriment de son écoulement vers les océans.
Cet Ă©coulement des ïŹ‚euves est lui aussi reprĂ©-
sentĂ© dans les modĂšles et permet d’évaluer indi-
rectement la qualité des simulations en se com-
parant aux dĂ©bits des ïŹ‚euves observĂ©s.
Les modÚles de surface utilisés dans les deux mo-
dÚles climatiques français se nomment ORCHIDEE
pour l’IPSL et SURFEX pour le CNRM-Cerfacs. Pour
7
© S. Faroux
Les surfaces continentales et l’atmosphùre
s’inïŹ‚uencent rĂ©ciproquement. Par exemple, dans
certaines zones comme le pourtour méditerranéen,
le réchauffement climatique entraßne une
diminution des précipitations, conduisant à un
assĂšchement des sols. Ces sols plus secs induisent
une diminution de l’évapotranspiration,
qui se traduit par une ampliïŹcation en surface
du réchauffement climatique initial. En effet,
l’évapotranspiration tend Ă  refroidir le sol,
comme pour l’eau sur la peau. On parle ici
de rétroaction positive.
Rétroaction surface
continentale-atmosphĂšre
« Il a beaucoup plu au
printemps, cela a dĂ» remplir
les nappes phréatiques ! »
En France, les pluies du printemps
sont essentiellement absorbées par la
végétation qui revit à ce moment-là.
Ce sont surtout les pluies d’hiver qui
remplissent les nappes phréatiques.
Une erreur classique
le climat actuel, ils prennent en compte diffé-
rents types de paysages, déterminés grùce à des
observations locales et Ă  des images satellites. Il
y a peu, la maturité des modÚles de surface était
telle que ces cartes de paysage Ă©taient ïŹxes dans
le temps, en dehors de leur cycle saisonnier moyen.
Récemment, des travaux de compilation de sources
d’information diverses ont permis de reprĂ©sen-
ter l’évolution de la localisation des cultures, des
pĂątures et des forĂȘts au cours du XXe siĂšcle. Ces
données permettent de suivre la chronologie de
l’anthropisation et d’évaluer son impact sur le climat.
De mĂȘme, des scĂ©narios d’évolution d’utilisation
des terres ont été introduits dans les projections
climatiques (p. 30) aïŹn d’intĂ©grer ce forçage an-
thropique trĂšs important (p. 10).
Cartographie des types de paysages sur la France
*EVAPOTRANSPIRATION :
PhénomÚne physique qui décrit les
Ă©changes d’eau liĂ©s Ă  la transpiration
des vĂ©gĂ©taux, l’évaporation directe de l’eau
du sol et la sublimation de la neige et de la glace.
A-Z
  
Les modÚles de surface représentent les échanges
d’eau, de quantitĂ© de mouvement et d’énergie
entre les continents et les autres composantes du
systĂšme climatique, en fonction du type de pay-
sage (forĂȘt, cultures, pĂąturages, dĂ©sert, neige...) et
de ses caractéristiques physiques (topographie,
albédo, émissivité, rugosité). Les grands proces-
sus intrinsĂšques aux surfaces continentales sont
bien connus. On peut donc les mettre sous forme
d’équations mathĂ©matiques et les traduire en
langage informatique comme pour l’atmosphùre
et l’ocĂ©an (p. 2-5).
Les modÚles de surface résolvent en premier lieu
le bilan d’énergie Ă  l’interface continent-atmos-
phÚre. Celui-ci se calcule comme la différence
entre la quantité de chaleur absorbée par les
continents et celle renvoyĂ©e Ă  l’atmosphĂšre. Ce
bilan dépend des rayonnements solaire et infra-
rouge incidents et des ïŹ‚ux turbulents liĂ©s aux ca-
ractéristiques locales de la surface (type de végé-
tation, évapotranspiration*
) qui vont moduler
la fraction d’énergie absorbĂ©e par le sol et celle rĂ©-
ïŹ‚Ă©chie vers l’atmosphĂšre. À ce titre, le paramĂštre
d’albĂ©do qui rĂ©git la proportion du rayonnement
Les continents représentent environ 30 % de la surface de la
Terre et Ă©changent de l’énergie, de la quantitĂ© de mouvement
et de l’eau avec l’atmosphĂšre et l’ocĂ©an via les ïŹ‚euves.
Ces échanges dépendent du relief et de la végétation.
Ils sont essentiels à la modélisation du climat global.
CONTRIBUTEURS
Bertrand Decharme
CNRM-GAME / Météo-France CNRS
Julien Boé
SUC/CERFACS-CNRS
Comment représente-t-on
les surfaCes Continentales
dans les modĂšles de Climat ?
6
1.3
© C. Cassou
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