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Le programme ARGO a rĂ©volutionnĂ© lâobservation
de lâocĂ©an. Depuis les annĂ©es 2000, lâocĂ©an
mondial est parsemĂ© de ïŹotteurs, des tubes dâacier
dâenviron 1,5 m de long qui dĂ©rivent Ă 1000 m de
profondeur pendant 10 jours, puis remontent Ă la
surface, Ă la maniĂšre de sous marins miniatures,
pour envoyer par satellite les observations de
tempĂ©rature et de salinitĂ© de lâocĂ©an quâils
ont collectées le long de leur chemin, avant de
replonger et recommencer un cycle. Le réseau de
3500 ïŹotteurs, maintenu en partenariat par 30
nations, permet de suivre en temps réel le contenu
de chaleur et la salinitĂ© de lâocĂ©an mondial.
Les ïŹoîeurs ARGO
chaque maille représentant un cube, ou plutÎt un
parallĂ©logramme, avec un cĂŽtĂ© de quelques km Ă
plusieurs centaines de km, et une épaisseur allant
de 1 à 500 m. Les méthodes mathématiques ap-
pliquĂ©es permettent alors dâĂ©crire les Ă©quations
discrĂštes qui relient entre elles les variables de
chaque maille du modĂšle. Cependant, tel lâatmos-
phĂšre, lâocĂ©an rĂ©el nâest pas un empilement de
cubes : Ă lâintĂ©rieur de chaque cube du maillage,
il existe en réalité des phénomÚnes que la maille
ne « voit » pas (vagues, ondes, mélange turbulent,
prĂ©sence de petites montagnes sous-marines âŠ).
La représentation de « phénomÚnes sous maille »
ou paramétrisation (p. 2) est nécessaire pour
prendre en compte la variété des processus
ocĂ©aniques ; elle est aujourdâhui la source princi-
pale dâincertitudes et dâerreurs dans les modĂšles
dâocĂ©an.
La derniÚre étape est la modélisation informa-
tique, câest-Ă -dire la traduction des Ă©quations
discrĂštes en code ou langage informatique com-
préhensible par les ordinateurs. En fait, modÚles
dâocĂ©an et dâatmosphĂšre sont trĂšs semblables
et diffÚrent principalement par la densité des
ïŹuides (1 000 fois plus grande dans lâocĂ©an que
lâatmosphĂšre) et la prĂ©sence des continents, vĂ©ri-
tables murs pour les océans.
Partant dâun Ă©tat initial observĂ© (compilant lâen-
semble des systĂšmes de mesure tels les satellites,
les ïŹotteurs ARGO...), le code informatique cal-
cule pĂ©riodiquement les valeurs des variables Ă
lâintĂ©rieur de chaque maille, avec une pĂ©riode ou
« pas de temps », de lâordre de plusieurs minutes.
Plus la grille est ïŹne et les Ă©quations prises en
compte complexes, plus le nombre de calculs Ă
effectuer à chaque pas de temps est élevé. La ré-
solution choisie (la taille de chaque cube, et donc
le nombre de cubes nécessaires pour couvrir le
globe) est un compromis entre le coût de calcul
en terme de nombre dâopĂ©rations et la prĂ©cision
recherchée, qui dépend des phénomÚnes phy-
siques que lâon souhaite Ă©tudier. De tels calculs
Le programme ARGO a révolutionné
lâobservation de lâocĂ©an. Depuis les annĂ©es
2000, lâocĂ©an mondial est parsemĂ© de ïŹotteurs,
des tubes dâacier dâenviron 1,5 m de long qui
dérivent à 1 000 m de profondeur pendant 10
jours, puis remontent Ă la surface, Ă la maniĂšre
de sous marins miniatures, pour envoyer par
satellite les observations de température et de
salinitĂ© de lâocĂ©an quâils ont collectĂ©es le long de
leur chemin, avant de replonger et recommencer
un cycle. Le rĂ©seau de 3 500 ïŹotteurs, maintenu
en partenariat par 30 nations, permet de suivre
en temps réel le contenu de chaleur et la salinité
de lâocĂ©an mondial.
Les ïŹoîeurs ARGO
« LâocĂ©an profond est inerte. »
LâocĂ©an profond est trĂšs lent mais pas
inerte. Une particule dâeau partie au large
du Groenland vers 3 000 m de profondeur
peut voyager prĂšs de 1 000 ans avant de
faire surface dans le Paciîque Nord.
Ces courants profonds transportent
de la chaleur et du CO2, et sont Ă lâorigine
de variations lentes du climat.
Une erreur classique
nĂ©cessitent lâusage de supercal-
culateurs. Pour lâĂ©tude du climat,
le modĂšle dâocĂ©an est couplĂ© Ă
dâautres modĂšles qui reprĂ©sentent
la glace de mer, lâatmosphĂšre, les
surfaces continentales, les calottes
polairesâŠ
La comparaison des résultats du
modÚle avec les observations océa-
niques est la clef dâun processus
constant dâamĂ©lioration du modĂšle,
pour lequel collaborent physiciens,
mathématiciens et informaticiens.
En France, le laboratoire du LOCEAN
est lâinitiateur du dĂ©veloppement du
modÚle européen NEMO. Ce modÚle est utilisé pour
des Ă©tudes rĂ©gionales (MĂ©diterranĂ©eâŠ) et pour
simuler lâocĂ©an global et sa variabilitĂ© (p. 12, 28).
RĂ©cupĂ©ration dâune bouĂ©e Marisonde lors de
la campagne Hymex en Méditérranée
© C. Dubois
*DISCRĂTISER :
Rendre discret, sĂ©parĂ©, discontinu aïŹn
de dégager des valeurs individuelles
Ă partir de quelque chose de continu. Cette
opération amÚne au maillage numérique.
A-Z
4
îî îîîîîîîîîîîî îîîîîîîîîî
Tout comme pour lâatmosphĂšre (p. 2), on pro-
cÚde en trois étapes pour construire un modÚle
dâocĂ©an. La premiĂšre, celle la modĂ©lisation phy-
sique, consiste à poser les équations qui décrivent
lâĂ©volution dans le temps des variables Ă simuler
(température, salinité, courant, concentration en
nitrates, carbone...). On utilise les lois physiques
trÚs générales de Navier-Stokes qui permettent
de décrire les mouvements de la majorité des
ïŹuides (comme lâatmosphĂšre). Ces Ă©quations sont
ensuite simpliïŹĂ©es pour tenir compte des pro-
priĂ©tĂ©s intrinsĂšques de lâocĂ©an associĂ©es en par-
ticulier Ă sa forte densitĂ© : lâeau de mer est consi-
dĂ©rĂ©e comme quasi-incompressible ; lâocĂ©an est
traité comme une couche trÚs mince à la surface
du globe ; sa densité varie au plus de quelques
pour cent sur tout le globe... Des équations sup-
plĂ©mentaires dĂ©crivent lâĂ©volution des processus
chimiques (dissolution du dioxyde de carbone par
exemple) et la biologie marine.
Il faut ensuite discrétiser* les équations conti-
nues du modĂšle physique pour obtenir le mo-
dÚle numérique. Cette étape consiste à découper
lâocĂ©an selon un maillage en trois dimensions,
Un modĂšle dâocĂ©an est une reprĂ©sentation simpliïŹĂ©e des
processus physiques et biogéochimiques qui se déroulent en
son sein et aux interfaces avec les autres milieux (atmosphĂšre,
continents...). Il repose sur des lois physiques mises en
équations puis résolues par des programmes informatiques.
CONTRIBUTEURS
Olivier Marti
LSCE/ IPSL
Anne-Marie Tréguier
LPO/CNRS
Comment mettre
lâoCĂ©an dans
des petits Cubes ?
1.2
Température de surface de la mer simulée
par le modĂšle dâocĂ©an NEMO
à ~10km de résolution.
© R. Bourdallé-Badie
© D. Swingedouw