II. Plasticité cérébrale
Dans ses grandes lignes, l'organisation anatomique du cerveau est la même pour tous les êtres humains.
Cependant, dans le détail, elle présente des variations non négligeables entre individus (Doc. 1 p. 382). Il en va
de même pour l'organisation des aires corticales motrices. (Doc. 2 p. 382) Cette variabilité interindividuelle est-
elle entièrement d'origine génétique ou au moins en partie due à l'apprentissage ?
1. Apprentissage et cortex moteur
Après apprentissage régulier d'une tache motrice simple mais qui demande de la précision, on constate qu'une
plus grande surface du cortex est activée lors de l'exécution de cette tâche chez les personnes
entraînées, tandis qu'elle n'augmente pas significativement chez les sujets qui ne suivent pas l'entraînement.
(Doc. 4 p. 383 : Attention, l'avant du crâne est à droite.) Cette augmentation est durable et se poursuit même
pendant quelques semaines après la fin de l'entraînement. Elle est interprétée comme étant due à une
réorganisation des connexions synaptiques entre neurones. Ainsi, l'apprentissage d'une tâche motrice
modifie l'organisation du cortex moteur, ce qui prouve la "plasticité" du cerveau.
Les différences interindividuelles dans l'organisation du cortex moteur s'acquièrent ainsi au cours du
développement, de l'apprentissage des gestes et de l'entraînement. Elles ne semblent pas innées.
2. Récupération après une lésion cérébrale
Lors d'une lésion due à un accident vasculaire cérébral (A.V.C.), les neurones de la zone privée d'apport sanguin
donc de dioxygène meurent (ils ne résistent guère plus de 2 minutes à une privation de dioxygène). Si la lésion a
lieu dans le cortex moteur, on observe une paralysie de la zone du corps commandée par la région concernée.
Mais la plupart du temps, la personne récupère en quelques mois une bonne partie des capacités
motrices de la zone du corps temporairement paralysée. L'imagerie cérébrale a démontré que cette
récupération est due à une réorganisation locale du cortex : des régions situées autour de la lésion
prennent en charge les tâches précédemment effectuées par la zone morte (doc. 1 p. 384). Une
rééducation appropriée peut améliorer cette récupération (doc. 2 p. 384). Cette récupération se fait
essentiellement par une réorganisation des connexions synaptiques au sein du réseau de neurones.
La plasticité cérébrale permet une récupération parfois étonnante : plusieurs années après une amputation, le
cerveau d'un patient ayant reçu une greffe des deux mains s'est réapproprié le contrôle de ces deux mains !
(photo p. 374 droite, doc. 4 p. 385 et ci-dessous).
Après la section des deux mains, l'utilisation de l'IRMf a montré une réorganisation corticale chez le patient. Il est fréquent que la
représentation corticale des zone non affectées se dilate de telle sorte que la région du moignon (l'avant-bras) envahisse les parties du
cortex moteur auparavant dédiées aux mains. Chez le patient, avant la greffe, les mouvements de la main n'activent plus que la
partie la plus latérale de la région de la main dans le cortex moteur primaire, près de la zone affectée au visage.
En 2000, soit 4 ans après l'amputation, une greffe bilatérale des mains a été pratiquée à Lyon.
Protocole d'obtention des images :
4 examens avec IRMf ont été réalisés : le premier, 6 mois avant l'opération, les suivants, 2, 4 et 6 mois après la greffe. A chaque fois, le
sujet a réalisé 4 tâches :
- flexion et extension des 4 derniers doigts de la main droite
- flexion et extension du coude droit
- flexion et extension des 4 derniers doigts de la main gauche
- flexion et extension du coude gauche.
Avant la greffe, les tâches concernant les doigts étaient réalisées en suivant la contraction des muscles de l'avant-bras dédiés au
mouvement des doigts.
Le résultat a été présenté sous la forme de carte corticale contenant la zone du cortex moteur primaire activée, et en plaçant le centre de
gravité de la zone activée.
Déplacement dans l'espace du centre de gravité des activations
au cours des différentes sessions d'enregistrement pour les
mouvements de la main (avant l'opération, 2 mois, 4 mois et 6
mois après la greffe) ; le centre de gravité a été positionné en
affectant à chaque voxel la valeur de son activation
Déplacement dans l'espace du centre de gravité des activations
au cours des différentes sessions d'enregistrement pour les
mouvements du coude (avant l'opération, 2 mois, 4 mois et 6 mois
après la greffe) ; le centre de gravité a été positionné en affectant à
chaque voxel la valeur de son activation
Cependant, les capacités d'apprentissage et de récupération diminuent avec l'âge. La préservation de
ces capacités dépend du mode de vie (tabac et alcool notamment sont leur ennemi), et de leur entretien.