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Cette pathologie se présente, aujourd’hui et
dans sa version la plus spectaculaire, sous la forme
d’une grande ulcération cutanée qui aboutit à des
séquelles très invalidantes. Cette maladie s’ob-
serve surtout en zone intertropicale et existe sous
forme de foyers endémiques en Afrique, en Améri-
que, en Asie et en Océanie. Elle touche notamment
les membres des femmes et des enfants qui vivent
près des zones d’eaux stagnantes. Le mode de
transmission n’est pas vraiment élucidé et il
n’existe pas de traitement médical très efficace. Il
existe quelques publications sur cette maladie qui
reste peu connue mais l’Organisation mondiale de
la santé vient de créer un programme de sensibili-
sation au niveau mondial. Il s’agit de la troisième
infection à mycobactérie, chez l’homme, après la
tuberculose et la lèpre.
Aujourd’hui et de manière plus réelle, cette
pathologie s’observe le plus souvent en dispensaire
et, seule, la chirurgie plastique peut proposer une
solution thérapeutique efficace. Cette publication
présente l’expérience d’une mission de chirurgie
plastique dans un dispensaire du Bénin et dans le
cadre d’un programme national de lutte contre
l’ulcère de Buruli. Pendant cette mission nous
avons travaillé en parfaite collaboration avec le
personnel médical et paramédical béninois pour
essayer d’établir un consensus de prise en charge
de cette pathologie. Nous vous proposons un proto-
cole simple, et pratique, mais adapté à cette mala-
die.
Matériel et méthode
Une équipe de chirurgie plastique
d’Interplast-France
Comprenant un anesthésiste, deux infirmières et
deux chirurgiens plasticiens, elle est intervenue en
mars 2003 dans un dispensaire d’Allada au Bénin.
Cette mission s’est déroulée dans le cadre d’un
programme national de lutte contre l’ulcère de
Buruli et comprenait, par conséquent, une forma-
tion théorique et pratique pour le personnel soi-
gnant local. Quarante-cinq patients ont été opérés
(Tableau 1). L’ulcère de Buruli a été observé en
phase évolutive et au stade de séquelles. Nous
avons opéré les patients dans des conditions correc-
tes compte tenu du contexte. L’indication théra-
peutique a été posée collégialement avant l’inter-
vention. Tous les patients ont été revus en
postopératoire et les suites à distance ont été
prises en charge par l’équipe médicale locale.
Différents groupes de travail
Ils ont regroupé des infirmiers, des médecins et des
chirurgiens. Ces groupes ont travaillé sur l’ulcère
de Buruli et ont permis l’échange de différentes
expériences. Le but de notre action était d’opérer
des patients, de mieux connaître les différents
aspects cliniques de la maladie, de définir un pro-
tocole thérapeutique plus adapté à l’activité en
dispensaire et d’enseigner des techniques simples
de chirurgie réparatrice.
Résultats
La présentation de ces résultats ne veut, en aucun
cas, venir s’opposer aux différents travaux de la
littérature. La casuistique n’a, par ailleurs, aucune
prétention puisque la mission n’a opéré que 45 cas.
Le fait intéressant réside dans la présentation de
résultats concrets sur des cas observés en dispen-
saire et sur la réflexion des équipes locales et
étrangères sur cette même pathologie. Les résul-
tats présentés se veulent être pratiques et corres-
pondre à la réalité du quotidien. Nous renvoyons les
lecteurs pour des résultats plus exhaustifs sur l’ex-
cellent rapport fait par l’OMS sur l’ulcère de Buruli
(WHO/CDS/CPE/GBUI/2000.1) [2].
Résultats des interventions chirurgicales
Nous avons opéré 45 patients. Dans notre série,
nous avons 70 % de garçons et 30 % de filles. L’âge
moyen est de 20 ans, pour un minimum de quatre
ans et un maximum de 42 ans. Nous avons traité
25 ulcères en phase d’état et 16 ulcères au stade de
séquelles. Nous avons fait, également, quatre in-
terventions diverses de chirurgie plastique.
Sur les 25 ulcères de Buruli en phase d’état, nous
avons pratiqué 80 % de greffes de peau.
Sur les 16 ulcères de Buruli au stade de séquelles,
nous avons pratiqué 25 % de greffe de peau et 75 %
de lambeaux (locaux et à distance).
Nous avons eu à déplorer une nécrose partielle
sur un lambeau et deux infections postopératoires.
Résultats des groupes de travail
Sur le plan épidémiologique
L’ulcère de Buruli constitue la troisième infection à
mycobactérie couramment rencontrée chez
l’homme. Il sévit dans la zone intertropicale entre
les tropiques du cancer et du capricorne. Quatre
continents sur cinq sont touchés par la maladie :
l’Afrique, l’Amérique, l’Asie et l’Océanie. L’am-
pleur de l’ulcère de Buruli n’est pas vraiment
connue avec précision au Bénin et dans le monde.
Au Bénin de 1988 à 1997, il a été détecté 2300 cas.
Au Ghana, le taux de morbidité est estimé à 3,19 %
266 P. Knipper et al.