
tout en s’impliquant notamment contre un projet
d’autoroute et contre les fusions municipales en
1997. Devenue citoyenne canadienne en 1974, elle
a vécu dans cette ville qu’elle aimait passionnément
jusqu’à sa mort en 2006 à l’âge de 89 ans.
Autodidacte et anticonformiste, surnom-
mée affectueusement la « mère Jacobs » par ses
détracteurs, Jane Jacobs opposait une démarche
humaniste à la spécialisation, aux méthodolo-
gies mécaniques et à la domination du quantitatif.
S’inspirant de sources aussi diverses que l’histoire,
la biologie, la littérature et l’expérience person-
nelle, elle privilégiait l’observation, le qualitatif et
l’analyse des rapports complexes entre les différents
aspects des choses. Elle est connue surtout dans
le milieu de l’urbanisme, mais ses essais ont aussi
porté sur le développement économique et la phi-
losophie politique, sans toutefois perdre de vue son
intérêt pour ces milieux extraordinairement créatifs
que sont les grandes villes.
Son ouvrage Cities and the Wealth of Nations
a été au développement économique ce que Death
and Life of Great American Cities était à la plani-
fication urbaine : une critique des théories désin-
carnées qui évacuent l’humain et le qualitatif. Selon
ces théories, ce sont les investissements de capitaux
qui sont la source du développement économique.
Mais d’où provient d’abord ce surplus de richesse à
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public canadien-anglais et américain. Son livre le
plus connu, The Death and Life of Great American
Cities, publié en 1961, s’est vendu à 250 000 exem-
plaires, a été traduit en six langues, et a eu une
|influence profonde pendant des décennies dans le
monde anglo-saxon et en Europe, révolutionnant la
manière dont on aborde le développement des villes.
Elle a été nommée officier de l’ordre du Canada en
1996 et a reçu le Outstanding Lifetime Contribution
Award de l’American Sociological Association en
2002. Deux prix annuels ont été créés à son nom, le
prix Jane Jacob au Canada en 1997, et la médaille
Jane Jacobs, créée à New York par la fondation
Rockfeller en 2007.
Née en 1916 dans la petite ville de Scranton
en Pennsylvanie, Jane Jacobs s’est installée à
New York dans les années trente. Amoureuse de
la vie citadine riche et diversifiée de son quartier
de Greenwich Village, elle s’est impliquée dans les
affaires urbaines en critiquant la conception alors
dominante du développement des villes, axée sur les
mégaprojets, la destruction de la trame urbaine, les
banlieues-dortoirs, l’étalement urbain et ses corol-
laires, le tout-à-l’auto et les grandes autoroutes. En
1968, elle a quitté les États-Unis pour s’installer
à Toronto, parce qu’elle s’opposait à la guerre du
Vietnam et pour soustraire ses deux fils au risque
d’être conscrits. Elle y a poursuivi sa carrière
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